‹ La crise de la certitudeChapitre 96 sur 104 · Brochard, De la méUiode de Descaries, p. lOS · texte numérisé non relu

Brochard, De la méUiode de Descaries, p. lOS

sérieux

et universel?

douter réellement et sérieusement des choses les plus évidentes et de l'évidence elle-même, — un tel élat d'esprit ne dépendant pas de notre volonté ; — soit parce qu'après avoir fait cette concession imprudente au scepticisme le plus radical, il ne resterait plus aucun critère ni aucun moyen pour avaacer dans la recherche de la vérité. Comme Ta finement remarqué M. Rabier : « Descartes s'est ainsi mis dans l'état d'un homme, qui, par crainte de s'égarer en marchant, se serait coupé les jammbes ; il n'y a plus pour lui possibilité de faire un seul pas '. » Le point de départ du philosophe ne serait plus qu'un point d'arrêt et un tombeau, où tout progrès logique de la pensée serait à jamais enseveli.

A cette première question, anti-scientifique et anti- sera-t-ii rationnelle, il faut donc en substituer une seconde : ""ver-

. . sel ?

faut-il commencer la recherche de la vérité en agissant comme si l'on doutait, c'est-à-dire en doutant fictivement et méthodiqiiem.ent de tout, môme de l'évidence, ou faut-il réserver et soustraire au doute universel, un ou plusieurs principes premiers ?

C'est sur cette nouvelle question, en apparence si simple, que porte le débat si vif et si étrangement compliqué des philosophes. Pour y apporter un peu de lumière, qu'on nous permette de distinguer deux points de vue fort différents, dont l'oubli nous semble avoir été la cause des plus fâcheux malentendus. Le point de départ du philosophe peut, en effet, l'orienter vers deux buts assez différents. Ou bien il cherchera à découvrir la vérité ; ou bien à la démontrer aux autres, une fois découverte. Méthode d'invention et méthode de démonstration, étant choses fort différentes, peuvent exiger des points de départ différents. Nous allons les examiner successivement, en commençant par la méthode d'invention ou de découverte.

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