XX RÉPONSE ANTICIPÉE
hausse de ses changes : mais les faits sont là pour prouver que cette augmentation de charges n'atteint véritablement les contribuables du pays considéré qu'autant que TÉtat tient lui-même tous ses engagements extérieurs.
Le Portugal avait une Dette extérieure représentant 56.700.000 francs d'intérêts annuels payable^ en or à l'étranger. Avant l'année 1891, il n'y avait pas de change entre le Portugal, pays monométallique or, et l'Angleterre, par exemple ; les contribuables portugais devaient donc payer 56.700.000 francs d'impôts pour les arrérages de cette Dette extérieure.
La crise des changes portugais — pour les raisons que l'on trouvera développées au Chapitre X, — s'est manifestée dans le courant de juin 1891, et l'agio sur l'or s'est brusquement élevé de à 30 Vo? taux auquel il se maintient actuellement.
Du chef de cette hausse, les charges des contribuables portugais auraient dû, en effet, s'augmenter de 56.700.000x0.30 = 17.010.000 francs. Mais, six mois plus tard, le Gouvernement portugais modifiait ses paiements extérieurs, et décidait de ne plus payer à ses créanciers étrangers qu'un tiers des arrérages primitivement convenus, soit 18.900.000 francs au lieu de 56.700.000 francs. Que devenaient, avec cette faillite extérieure, les charges des contribuables portugais, par rapport à leur Dette extérieure ?
Ils n'avaient plus à payer que 18.900.000 francs en or, et comme (grâce à la faillite extérieure ellemême) l'agio sur Tor ne s'est pas élevé au-dessus de 30 ®/® de prime, les charges résultant de la Dette extérieure sont devenues : 18.903.000 francs
REPONSE ANTICIPEE XXI
en papier-monnaie du pays, plus 5.670.000 francs (l'agio, soit 24.570.000 francs au total.
Avant la faillite extérieure de l'État, la monnaie du pays était en or, et les charges des contribuables, payables en or naturellement, étaient, pour le même objet; de 56.700.000 francs.
Mais les Portugais avaient également demandé à l'étranger les sommes nécessaires pour construire le réseau de la Compagnie Royale des Chemins de fer, rÉtat ayant ouvert les lignes lui appartenant avec le produit de ses propres Emprunts extérieurs. LdiCompagnie Royale a, de son côté, suspendu ses paiements et, en ce moment même, elle négocie un arrangement avec ses créanciers extérieurs, auxquels elle n'a payé aucun intérêt depuis le commencement de 1892.
Par conséquent, sur cette question spéciale de l'agio sur l'or, les frais d'exploitation de la Compagnie Royale ne se sont point augmentés ; cette Compagnie n'a pas eu besoin d'élever ses tarifs pour imposer des charges supplémentaires aux marchandises et aux voyageurs portugais : ce sont les créanciers extérieurs qui ont supporté exclusivement les conséquences de la crise des changes.
Comprend-on maintenant pourquoi le prix général des choses portugaises, à l'intérieur du territoire portugais, ne s'est pas élevé en raison directe de la dépréciation extérieure de la monnaie portugaise, conformément à la théorie des changes généralement admise ?
Et si le prix général des choses portugaises — à cause de cette faillite extérieure d'un ordre spécial ne s'est pas pas élevé, peut-on nier que la
XXII RÉPONSE ANTICIPEE
perte au change, ou la prime sur Tor, constitue en ce moment pour les produits portugais une véritable prime à l'exportation.... et pour le^ marchandises étrangères, importées en Portugal, un véritable impôt douanier? (Voir le Chapitre X, page 42).
Or, la faillite extérieure de la République Argentine a produit, dans ce pays, exactement les mêmes eliets que ceux constatés en Portugal.
On dit bien aujourd'hui — et je viens de contrôler l'exactitude du fait — que le prix général des choses à Tintérieur du pays se règle d'après l'agio sur l'or : Mais il ne faut pas oublier que cette hausse générale des prix argentins s'est manifestée avant la faillite extérieure de la République Argentine, c'est-à-dire pendant la période de 1885-1889, à l'époque où la circulation fiduciaire a pris, dans ce pays, l'importance effroyable que l'on sait et qui l'a poussé à la faillite extérieure.
La hausse générale des prix a mis des années à se produire et, pendant toute la période, l'agio sur l'or est resté une véritable prime k l'exportation pour les produits argentins, parce que les producteurs, ou les négociants exportateurs, étaient les premiers à bénélicier de cette prime (ce qui les incitait à exporter), laquelle ne s'est répercutée que plus tard, et progressivement, sur les salaires, les impôts, les loyers, et le prix général des choses argentines.
Mais comme, d'autre part, l'agio sur l'or conti-