‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 16 sur 48 · XXIV RÉPONSE ANTICIPÉE · texte numérisé non relu

XXIV RÉPONSE ANTICIPÉE

On comprend maintenant pourquoi, au mois de novembre dernier, la Chambre de Commerce de Buenos-Ayres a si énergiquement protesté contre la baisse de l'agio sur For qui commençait à se produire sur les marchés de la République Argentine, et demandé au Gouvernement de ne rien faire pour faciliter cette baisse.

D'une manière générale l'argument qui consisterait à dire que la perte au change argentin n'a aucune influence sur le prix du blé européen parce que, aujourd'hui, le prix du blé à Buenos- Ayres se cote en or, et que ce prix n'est inférieur à celui du blé européen — abstraction faite des droits de douane des divers pays de l'Europe — que de la différence des frais de transport : n'a aucune valeur réelle.

En effet, le prix du blé argentin à Buenos-Ayres est déjà un priœ extérieur^ en ce sens qu'il subit l'influence directe des marchés de l'Europe, parce que les négociants qui le détiennent ne consentent pas à le livrer à un prix sensiblement inférieur à celui qu'ils en retireraient en Europe, déduction de certains frais connus d'avance.

I.e prix du blé à l'intérieur de la République Argentine ne serait lui-même qu'un renseignement incomplet, parce que les producteurs connaissant parfaitement le prix du blé en or sur le marché de Buenos-Ayres, ne consentent pas à vendre ce blé à un prix sensiblement inférieur à celui qu'ils en retireraient, déduction faite des frais de transport et de commission, en l'expédiant sur ce marché.

Ce qu'il faudrait prouver pour affirmer que la perte du change argentin, ou la prime sur l'or dans la République Argentine (ce qui est à peu

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près la même chose), n'est pas une prime dVxportation en faveur du blé argentin — et par répercussion, une cause de baisse pour le blé européen — c'est que tous les éléments du prix d(» revient de ce blé argentin se sont exactement majorés dans la proportion de la prime sur Tor elle-même. Que, par exemple, le prix de revient étant de 10 francs en monnaie argentine par 100 kilogs de blé produit, alors que cette monnaie perdait 25 0/0 par rapport à For (période de 1885 à 1888), ce prix de revient s'est lui-même élevé brusquement à 30 francs en monnaie argentine, lorsque la dépréciation de cette monnaie, par rapport à l'or, a elle-même atteint 75 0/0 dans l'espace d'une année (1889-1890).

Et le même raisonnement sapplique au blé indien rendu sur les marchés de Calcutta et de Bombay (qui sont, en fait, des marchés internationauœ)^ et au blé russe rendu sur le marché d'Odessa.

11 ne faut pas perdre de vue, en ce qui touche les contribuables de la République Argentine, que la hausse de l'or résultat de la Crise de 1880-18ÎK) n'a point aggravé (de même que pour le Portugal) leurs charges de Dettes extérieures, puisque l'Etat a suspendu le paiement de ses coupons extérieurs et que toutes les (Compagnies de chemins de fer ont imité l'Etat. Nous savons même que beaucoup de particuliers, ayant des contrats extérieurs, ont profité de ce double exemple pour rompre des engagements que la hausse des changes rendait évidemment onéreux.

11 est évidemment impossible de chiffrer mathématiquement l'importance du bénéfice que l'agio

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