‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 28 sur 48 · SUPPRESSION DU BIMÉTALLISME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DU BIMÉTALLISME FRANÇAIS

Première Conséquence de la Suppression du Bimétallisme français

Depuis 1873, les pays monométallique-or et les pays monométallique-argent n'ont plus d'instrument commun d'échange : ils troquent leurs marchandises à des conditions toujours incertaines, puisqu'elles dépendent uniquement des cours de la marchandise argent sur le marché anglais.

M»is comme^ d'antre pnrt, tous les pays du monde a ciiculatioQ papier qui ont eu besoin du crédit de ce riche Etat monométallique-or qui s'appelle l'Angleterre, ont dû souscrire leurs engagements payables en or ; comme tous les pays qui ont placé des litres, depuis 1873, en Allemagne, en Hollande et dans ces nations prospères qui s'appellent la France, la Belgique et la Suisse (devenues en fait monométallique-or depuis cette époque, bien qu'elles aient conservé une forte circulation intérieure d'argent) ont dû contracter égalememt leurs dettes payables en or : la possession de ce souve- ^fain absolu est devenue l'unique préoccupation des nations modernes.

On le thésaurise partout, on l'emprisonne dans les caves des Banques d'émission, dans les caisses des Tréaois publics. Accouplé à l'argent il circulait librement <ia]is le monde selon les besoins du commerce universfel: l'entrave brisée il est devenu un prisonnier d'Etat,

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il s'est nationalisé liour employer une expression d'actualité, il s'est transformé enreseri?e spéciale pour les dangers monétaires que les ndiWons poitrraiefit courir... et dans les grands pays militaires on le considère, en outre, comme un Trésor de guerre qu'il faut défendre et conserver à tout prix.

Examinons le rôle de ces fameuses encaisses métalliques des Banques d'émission dont l'augmentation successive a fait dire à quelques économistes qu'il n'y ^ avait pas raréfaction du numéraire d'or puisque sa masse apparente grandissait.

D'après la dernière situation d'ensemble, le total de l'encaisse métallique des Banques européennes s'élève, en décembre 1893, à la somme de 8.592 millions de francs.

Au point de vue des échanges internationaux il convient tout d'abord de retrancher de cette masse 2.484 millions de francs de monnaie d'argent puisque l'arjîent, révoqué de sa fonction d'instrument international d'échange, est devenu simple marchandise depuis la rupture du pair bimétallique.

Il est bien resté monnaie intérieure, mais en vertu seulement d'une législation locale qui n'a aucun effet au delà des fronlières, sauf pour le petit groupe de V Union latine, lu Convention de 1885 ayant imposé une loi commune aux nations qui la composent.

Les pièces de 5 fr. de V Union latine circulant en France à leur pair nominal n'y sont acceptées pour une valeur de 5 francs qu'à cause de la loi qui leur donne qualité de monnaie légale, qualité garantie au public .par l'effigie qu'elles portent. EfTacez l'effigie, c'est-à-dire la signature de l'Etat émetteur, et les 22 grammes 5 d'argent fin qui composent chaque pièce deviennent mar-

SUPPRESSION' Di: BIMETALLISMK FUAXr.ATS

chandise et, au cours actuel de ce produit, ne valent plus que 2 fr. 75.

Cette simple épreuve indique nettement que, dans l'état actuel des choses, l'argent ne peut être utilLsi» comme instrument d'échange international ni par les Hanques d'émission européennes, ni par le public, car, entrant dans la composition des encaisses métalliques et des coffres particuliers pour son ancienne valeur du pair bimétallique : qui supporterait sa perte extérieure de 45 0/0?

Voici donc rencaisse utilisable pour les paiements internationaux diminuée de 29 0/0 et ramenée au chiffre de 6.108 millions de francs.

Ce dernier chiffre est-il réellement disponible el le commerce universel peut-il en disposer librement pour ses besoins? Hélas non! sauf Tencaisse-or de la Banque d\ingleterrey soit 641 millions de francs (7 décembre 1B93), tout Tor des Banques d'émission européennes est plus ou moins prisonnier d'Etat.

La Banque de France, qui possède à elle seule les 28 0/0 de la masse d'or visible del'Europe, n'en dispose qu'avec une extrême parcimonie. Elle a absolument raison d'agir ainsi, et d'utiliser le moyen de défense légale que notre bimétallisme intérieur lui donne, car notre commerce national n'est nullement gêné par l'emprisonnement de ce métal jaune, puisqu'à l'intérieur il est représenté dans la circulation monétaire par une «^gale somme en billets de banque et qu'à l'extérieur tous les changes sont favorables à la France : en supposant, bien entendu, qu'un bas cours des changes extérieurs soit favorable à l'ensemble des intérêts maté-

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