‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 29 sur 48 · H SUPPRESSION DU BIMÉTALLISME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

H SUPPRESSION DU BIMÉTALLISME FRANÇAIS

riels da pays. . . ce qiie, personnellement, je ne crois plus!

Sans parler de la situation politique que nous occupons en Europe et qui impose à la Banque de France des obligations spéciales d'ordre national, il n'est pas douteux que notre grand Etablissement d'émission agit avec une patriotique sagesse en défendant son encaisse-or contre les intérêts particuliers de la spéculation cambiste, et, en cherchant même, à l'augmenter.

SUSPENSION DE LA FRAPPE DE I. ARtîENT

Pourquoi la France a suspendu la frappe libre de l'argent

Depuis la suppression du pair bimétallique franç<n)8, le monde, au point de vue monétaire, a marché i\ Taventure. « Ni les guerres — dit fort justement Cernuschi dans SI belle étude sur les Grandes puissances métalliques — ni les crises commerciales, ni la production plus abondante tantôt de Targf nt et tantôt de Tor, aucun fait naturel n'avait jamais pu troubler la bienfaisante domination du 15,5 français, ni dans Tun ni dans l'autre hémisphère.

« Pour que cette domination vînt à cesser, il fallait que Tanoienne loi bimétallique fût transgressée et abandonnée en France même. Elle le fut, mais par un cas de force majeure, sans précédent dans l'histoire Une grande nation monométallique argent, rAllemagne, avait entrepris de démonétiser et d'exporter toute sa monnaie. L'exporter où? Principalement en France, pays toujours ouvert aux grands monnayages. La France, qui s'était laissé inonder sans sourciller par l'or californien et australien, n'a pas voulu se laisser inonder par l'argent allemand. Pourquoi? Parce que l'Allemagne opérait doublement : elle importait l'argent et, du même coup, elle exportait l'or. »

Pour compléter l'observation de Cernuschi je dois

'^> SCSPENSIOX DE L\ FR \PPE DE L AHGEXT

ajouter que la funeste Guerre de 1870-1871 avait fait disparaître de la circulation française la presque totalité des espèces métalliques puisqu'on 1873, quand l'Allemagne commença ses premières exportations de métal blanc, la France était au régime du cours forcé I et rencaisse de la Banque de France comprenait à peine 791 millions de fran-^s (658 d'or, 133 d'argent) pour une circulation fiduciaire totale de 2.779 millions de francs. Soit une proportion miétallique de 28 0/0.

La France était donc hors d'état matériel de soutenir, contre la coalition anglo-allemande, une lutte quelconque en faveur de l'argent, d'autant plus qu'elle avait à faire appel, pour des sommes énormes, au crédit public, au crédit de l'étranger même, et qu'il fallait éviter tout prétexte d'inquiétude, toute cause de méfiance pour les engagements pris ou à prendre.

Aujourd'hui, la situation s'est singulièrement modifiée à son avantage, mais, après la politique monétaire funeste des Américains, il y aurait quelque danger à ramener la France au bimétallisme réel, si l'Angleterre, les Etats-Unis et l'Allemagne n'adoptaient avec elle, et en même temps qu'elle, ce régime monétaire.

Pour que la France puisse franchir tran pillement et sans préoccupation du lendemain — sous quelque forme que ce lendemain se présente — la période monétaire transitoire que le monde traverse, il lui faut beaucoup d'or. Les louis, les souverains, les double-couronnes, les aigles, les ducats, les alphonsines, les yen, les lingots jaunes : sont les armes qui lui permettront de défendre pratiquement ses intérêts dans la solution \ venir.

C'est pour cela que la Banque de France, se plaçant sur le terrain des intérêts français, a mille fois raison

SUSPENSION' DE LA FRAPPE 1>E L'aKCJENT îiî)

de conserver soigneusement non seulement les louis d'or portant Teffîgie nationale, mais aussi les (îSO millions de francs de lingots et monnaies d'or étrang«''n»s qui complètent son stock de métal jaune.

Mais, en attendant, ses 1.700 millions d'or ne sont pas à la libre disposition des échanges internationaux.

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