SITUATION FINANCIÈRE UNIVERSELLE
Situation financière universelle
A l'heure actuelle, les grandes nations du monde <;ivilisé peuvent, au point de vue monétaire, se diviser en trois catégories : 1» les nations à circulation monétaire au pair de l'or: la France, l'Angleterre, l'Allemagne, les Etals-Unis, la Belgique, la Hollande et la Suisse ; 2» les nations à circulation papier avarié : la Russie, TAutriche-Hongrie, Tltalie, l'Espagne, le Portugal, la Grèce, la République Argentine, le Brésil et presque tous les Etats de l'Amérique du Sud; S» les nations à circulation argent avarié : les grandes nations asiatiques, Indes, Chine, Japon, le Mexique, etc..
Dans quelle mesure la contraction monétaire universelle, provoquée par la disqualification de l'argent comme d'échange international, a-t-elle influé sur la hausse des changes des pays à circulation papier avarié: c'est ce que nulle statistique ne pourrait déterminer exactement!- Mais comme tous ces pays avaient, plus ou moins, des emprunts extérieures payables en or ; comme la contraction a raréfié l'unique marchandise qu'ils devaient se procurer pour remplir leurs engagements et solder leur balance de paiements extérieurs ; comme la suppression de toute concurrence, et l'excès de la demande, à rendu cette marchandise plus exigeante; comme enfin la contraction a amené un resserrement de crédit et diminué les
SITUATION FINANCIÈRE INIVEHRELLE Xé
facilités que ces pays débiteurs avaient pour convertir en métal le solde de leurs règlements à l'étranger : le simple bon sens n'indique-t il pas que cette nouvelle situation a augmenté leurs charges budgétaires et contribué à compromettre leur crédit extérieur... c'est-àdire a accentué la dépréciation de leurs changes ?
Les nations au pair de l'or sont créancières des nations à papier avaria, mais comme celles-là accaparent peu à peu Tunique monnaie avec laquelle celles-ci sont tenues de payer les intérêts de leurs dettes, et que les craintes légitimes, provoquées par la hausse des changes de plus en plus générale, réduisent progressivement le crédit qui pourrait remplacer cette monnaie : il s'ensuit que les nations débitrices éprouvent chaque jour des difficultés plus ^^randes pour faire face à leurs engagements, et qu'un moment viendra fatalement — si cet état, de choses ne se modifie pas — où l'exemple de la République Argentine, de la Grèce et du Portugal, trouvera de nombreuses imitations.
Âh! je sais bien qu'on peut critiquer la politique financière des pays à circulation papier avarié, qu'on peut leur reprocher d'avoir trop emprunté à l'étranger, d'avoir exagéré leur circulation fiduciaire, d'avoir violé les lois économiques les plus élémentaires en portant leurs dépenses au delà de leurs ressources réelles, etc.. Mais en quoi ces critiques — qui méritent évidemment d'être enregistrées, parce qu'elles empêcheront peut-être le retour des mêmes fautes — modifieront-elles la situation que je viens d'exposer ?
Le mal est fait : c'est entendu ! Gomment y remédier? Gomment briser le cercle vicieux dans lequel le monde tourne depuis vingt ans? That is ihe question!
:H situation financière universelle
Les nations riches, celles dont les ressources et les épargnes accumulées ont pu permettre ces emprunts qui rendent aujourd'hui les nations à circulation papier avarié leurs tributaires, ont un intérêt d'autant puissant à résoudre le problème, que les crises de crédit extérieur qui frappent successivement ces nations, atteignent beaucoup plus cruellement leurs intérêts matériels que ceux des nations sinistrées elles-mêmes.
C'est cette démonstration que je vais essayer de faire dans- les chapitres suivants.
Pour les pays à circulation argent : Indes, Chine, Japon, Mexique, et les divers pays de TExtrême-Orient, le doute n'est pas possible : c'est bien la dépréciation de l'argent métal, par rapport à Tor, qui a provoqué la hausse de leurs changes extérieurs et non des fautes budgétaires, ou des exagérations quelconques d'émissions fiduciaires. (Test la cote de l'argent à Londres — et exclusivement cette cote — qui détermine le cours du taël, du yen, de la piastre américaine, et qui, avant le mois de juin 1893, déterminait le cours de la roupie indienne.
D'ailleurs la grande enquête monétaire anglaise de 1887 (Gold and Silver Commission), dont j'aurai plusieurs fois l'occasion de parler, et la discussion de l'Emprunt indien qui vient d'avoir lieu à la Chambre des Communes ces jours derniers (13 décenibre 1893) a démontré ce fait d'une manière si évidente, qu'aucun économiste ne le contestera plus .
CRÉDIT EXTÉRIErR ET HAUSSK DES CHANGES :\^
Les Crises de a Crédit extérieur » et la hausse des changes sont favorables aux pays qui les subissent.
Gomme ce titre de chapitre a quel(jue cliose de paradoxal et comme ses conclusions seront absolument contraires à toutes les théories de l'économie politique, je crois indispensable de n'invoquer que des documents
officiels.
La République Argentine : La hausse des changes extérieurs de la République Argentine, signe précurseur de la catastrophe dont les finances de ce pays étaient menacées, commença à se produire sérieusement dans les premiers mois de Tannée 1889. L'insurrection de juillet 1890 provoqua la chute du président Gelman et ouvrit la fameuse crise qui fit sombrer la Maison Baring au mois de novembre suivant et qui aurait pu avoir les conséquences les plus graves pour le marché de Londres, si la Banque de France n'était venu? au secours de la Banque d'Angleterre.
Aujourd'hui, la République Argentine demande un arrangement à ses créanciers extérieurs. M. Terry, Ministre des finances de cette République, fait suivre la proposition de Convenio d'un important Mémoire
sur la situation économique et financière de la nation, dont les détails suivants sont caractéristiques.
Pour établir les merveilleux progrès que l'exportât on des produits argentins a réalisés, dans ces dernières années, M. Terry donne les tableaux suivants :
Exportation de matières, animales
Produits Moyennes Moyennes
— Tonnes Tonnes
Laines. C02.436 685.164
Cuira 12.744 19.001
Viandes 159.070 821.115
Suif. 73.283 91.988
sans compter l'amélioration de la race, la meilleure qualité des produits et la consommation toujours plus grande étant donné l'augmentation de la population.
Exportation de produits agricoles
Quant aux produits de l'agriculture, je vous présente le tableau suivant, qui accuse le progrès admirable de ces dix dernières années :
1883-1887 1888-1892 Produits Moyennes Moyennes
— Tonnes Tonnes
Blé 523.427 1.395.294
Mais 943. lO:^ 1 .814.024
Farine 26.688 47.038
Ces trois produits, ajoutés à ceux du bétail, forment approximativement 80 0/0 de la valeur des exportations annuelles. Leur progrès, en dehors de toute proportion, augure pour l'avenir une somme de richesse produite, dépassant tout calcul.
Produits industriels
La production de sucre, d'eau-de-vie, de bière, d'allumettes, de bougies, de stéarine, de farine, de viande conservée, constituent, quant à présent, les principales manifestations industrielles.
La production du sucre était, en 18S3, de 12.000 tonnes ; aujourd'hui, elle Atteint 35.000 tonnes approximativement, ce qui donne une augmentation de 200 0/0. On calcule que la production du vin, en 1883, était de 290.000 hectolitres, tandis qu'aujourd'hui elle atteint 660.000 hectolitres, ce qui représente une augmentation de 127 0/0, etc.
Le Mémoire officiel constate encore :
Que, dans ces dix dernières années, plus de 10.000 kilomètres de lignes ferrées ont été construits ;
Que le mouvement des voyageurs et des marchandises de ces chemins de fer a augmenté de la façon suivante :'de 5.587.299 voyageurs en 1885, à 11.709.017 en 1892 et de 4.145.117 tonnes de marchandises pour toute Tannée 1885, à 6.360.260 pour les six premiers mois de cette année (1893).
Que le nombre des lettres, des télégrammes et des envois postaux, dont le mouvement a toujours été en relation directe avec le progrès des peuples et avec leur activité économiqre et commerciale, paraît en progression constante ;
Que l'importation de 80 millions en 1883 est arrivée à 164 millions en 1889, descendant à 67 millions en 1891 par suite de la crise. Dans les premiers six mois de cette année, (1893) l'importation a atteint piastres or 50.291.986 fr. ;
Que le revenu a été en augmentant, d'après les chiffres suivants :
Millions de piastres Augmentât
ériode quinquennale 1878-1882.
La somme recouvrée en or, dans les années 1891 et 1892, a
été réduite en papier au taux moyen de l'agio de chaque année ;
Et enfin que, bien qu'en 1893, nous ayons eu une émigration de 44.120 personnes, en 1892, nous avons eu un excédent d'immigration de 10.080, et, dans les six mois de celte année, de plus de 3.000, ce qui nous démontre que le courant d'immigration d'outremer tend à se rétablir.
Enfin, M. Terry déclare textuellement :
« Que l'exportation de 60 millions, en 1883, a monté « à 113 millions en 1892, et, dans le premier semestre « de cette année 1893, à 70.355.939 piastres, avec cette « particularité que l'augmentation a été constante, « dans ces dix années, ce qui démontre jusqu'à Vévi- « clence que la crise n'a pas affecté le moins du monde « LES SOURCES produc:trices du pays ».
Les créanciers anglais et français de la République Argentine, ruinés par sa faillite extérieure — car on ne saurait mieux démontrer que la crise n'a porté aucun préjudice aux intérêts intérieurs du pays — , ont au moins la consolation d'apprendre, aujourd'hui, que les chemins de fer, les routes, les ports et tous les travaux effectués avec leurs capitaux sont en parfait état d'exploitation.
Portugal : La situation financière extérieure du Portugal était déjà depuis longtemps compromise, lorsque la Révolution du Brésil vint brusquement priver ce pet t pays des envois réguliers d'or qui lui permettaient d'équilibrer, sans perte au change, sa balance des paiements étrangers : ce fut le commencement de ses embarras financiers extérieurs.
Jusqu'alors le Portugal avait dépensé et siirtout em-
CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DKS CHANGES Ml
pninté sans compter; les banquiers de Londres et de Paris se disputaient sa clientèle et la Maison Barin^ lai ouvrait, à chaque échéance, le crédit nécessaire pour compléter le paiement de son coupon quand les remises brésiliennes n'y suffisaient pas. La liquidation B aring (novembre 1890) obligea le Trésor portugais non seule' ment à se passer désormais de cette maison de bamiue par trop complaisante, mais à lui rembourser certaines avances à court terme arrivant à échéance à la fm de l'année.
Il convient de remarquer qu'à cette époque la circulation monétaire du Portugal se composait, d'une manière à peu près absolue, de souverains anglais ayant cours légal à la parité de 4 : 500 reis. Toutes les transactions, locales ou extérieures, s'effectuaient en or; la Banque du Portugal avait à peine 35 millions de francs de billets en circulation et les statistiques évaluaient à 200 millions de francs environ le numéraire d'or existant dans le royaume.
La perle au change était absolument inconnue des Portugais.
L'Emprunt des Tabacs Portugais, réalisé en Portugal, en France, en Belgique et en Allemagne dans le courant des mois de février et de mars 1891, permit un instant de croire que la crise portugaise de crédit extérieur serait évitée, car, d'après l'article 3 du contrat de concession, le Trésor devait recevoir en or 30 millions de francs fin juin 1891, 30 millions fin septembre suivant et 40 millions à la fin de l'année. Malheureusement, la crise des banques portugaises (mars-avril 1891) amena le Gouvernement portugais à prendre avec ces établissements, et avec d'autres créanciers de l'Etat, des ar-
4^ CRÉi»IT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CHANGES
raDgements tellement extraordinaires — pour ne pas employer d'autre expression — qu*au moment où le second ministère Joao Chrysostomo prit le pouvoir, il ne restait de disponible pour le Trésor, sur V Emprunt des Tabacs, qu'une somme de 600 contos ou 3.330.000 francs payable seulement à la fin de Tannée 1891.
Diaprés les documents officiels, publiés depuis, le nouveau Ministère (ayant M. Mariano de Carvalho aux finances) se trouva, au commencement du mois de mai 1891, en présence d'un ensemble de charges extérieures immédiatement exigibles, s'élevant au total de 64 millions de francs, sur lesquels le coupon de juillet figurait pour 18.700.000 francs, une créance exigible de la liquidation Baring pour 17.500.000 francs et diverses créances exigibles de banquiers parisiens pour 16 millions 500. COO francs environ. Pour faire face à ces besoins immédiats, le nouveau Ministère trouvait 3.330.000 francs liquides sur l'Emprunt de 200 millions de francs contracté deux mois auparavant.
Le souvenir de la tourmente monétaire qui éclata en Portugal, vers la fin du mois de mai 1891, est encore trop vivace pour qu'il soit nécessaire d'en raconter lès péripéties. Malgré les efforts du Gouvernement, malgré la prodigieuse activité que M. Mariano de Carvalho déploya au service d'une cause irrémédiablement compromise : toute la monnaie d'or et d'argent disparut en quelques semaines de la circulation intérieure et les transactions commerciales furent absolument suspendues. . . faute de numéraire pour les effectuer.
Le décret dictatorial du 10 mai 1891 avait accordé moratorium général de 60 jours (suspension de paiement) à toutes les valeurs commerciales. Les billets
de la Banque de Portugal furent compris dans cette mesure d'Ëtat; puis un second décret, en date du 9 juillet suivant, accorda à cette Banque le tlroit de refuser le remboursement de ses billets en espèces « tant qu'un nouveau régime monétaire ne serait pas mis en vigueur. »
Ce fut par le papier-monnaie de la Banque de Portugal, réorganisée et investie du monopole de rémission pour tout le royaume par un contrat du 4 décembre 1B91, que le Gouvernement remplaça le numéraire or et argent que la hausse des changes extérieurs avait enlevé à la circulation. Les billets de la Banque de Portugal obtinrent le bénéfice du cours légal dans tout le royaume (jusqu'alors ce cours légal n'existait pour eux que dans le département de Lisbonne) et, chose très curieuse à signaler : comme il n'y avait pas d'autre monnaie en Portugal, lo Gouvernement n'eût même pas besoin de leur donner le cours forcé. Ce dernier régime, en effet, n'a jamais été établi en Portugal par aucun acte officiel.
Avant la crise, la circulation fiduciaire de la Banque de Portugal était normalement de 35 à 40 millions de francs. Elle atteint aujourd'hui 290 millions et constitue exclusivement la circulation monétaire du royaume.
Nous voici à la fin de Tannée 1893, c'est-à-dire à deux ans et demi de distance de la crise des changes ou de crédit extérieur dont je viens de relater l'histoire sommaire; le Portugal a fait une faillite extérieure, il a ruiné, ou à peu près, ses créanciers étrangers qui ne touchent plus qu'un tiers de leurs arrérages ; il a perdu la totalité de son numéraire international (l'or fait en
ce moment 30 0/0 de primp à Lisbonne), mais quelle est la situation économique actuelle du pays ?
Les documents officiels prouvent qu'elle est excellente.
En 1890, avant la crise, les importations portugaises avaient été de 44.623 conlos (le contos valant 5.600 francs à la parité théorique) et les exportations de 21.509 contos, soit un déficit dans la balance commerciale de 23.034 contos, ou 129 millions de francs environ.
En 1891, Tannée de la crise, les importations avaient été de 43.510 contos et les exportations de 21.39i contos, soit 22.116 contos de déficit. La perte au change augmenta cette année-là le déficit de 5.529 contos, ce qui porta le déficit total de l'année 1891 à 154 millions de francs environ.
Les résultais officiels des dix derniers mois de l'année 1892 (janvier à octobre), qu'on vi^nt de publier au commencement de ce présent mois révèlent un changement radical dans la situation du commerce extérieur du Portugal. En voici les chiffres :
Importations. . . * 24.611 contos
Exportations nationales. 20.825 ) ^^^ ^
— coloniales. 4.414 * ~"
Différ. en faveur des Exportations 682 contos
Les résultats de 1893 ne sont pas encore publiés (la statistique douanière portugaise est toujours en retard d'une année), mais VEconomista du Portugal a déjà annoncé que ces résultats se présentaient en sensible amélioration par rapport à l'année précédente.
Les recettes des Chemins de fer nous fournissent, de
CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CH.VNGIIS 'l7
leur côté, une preuve certaine du réveil de Tacliviti' industrielle et commerciale du Portugal. Voici, d'après le Diario do Governo (journal ofûciel), les recettes de la Compagnie Royale du premier semestre 1893, comparées au premier semestre de Tannée 1802 (reis = fr. (X)56) :
DÉTAIL 1" SEMESTRE 1892 1" SEMKS IRE ISlKJ
Voyageurs (kS : : 549 : 3M CCS : : .7. i8 : 31 '3
Grande vitesse,, 101::735:727 110::()70:70l Pelile vitesse.,. , 613:: 28^3:893 684::006:408
Totaux 1.353::5G8:1>61 1.472:: 275: 018
Soit, pour le premier semestre 1893, une au^^mentatioD de 118.7 contos. Ramenés en receltes kilométriques les chiffres ci-dessus donnent 14.765 francs pour le premier semestre 1892 et 15.903 francs pour le premier semestre 1893.
Les recettes publiques donnent enfin des résultats dépassant toute prévision : les recettes douanières (exportation et importation réunies, déduction faite des céréales et des tabacs) ont fourni pour les quatre premiers mois de l'exercice 1893-1804 (rannée financière commençant le l*"" juillet) une plus-value supérieure à 5 millions de francs par rapport à la période correspondante de l'exercice antérieur.
VEconomista de Lisbonne accompagne la publication de ces résultats des réflexions suivantes :
On peut dire, sans se tromper, qu'à la fin d'octobre, il y a mille contes de reis d'au<;çinentation dans les recettes douanières, ce qui permtt la participation des coupons de la Dette extérieure, c'est-à-dire que ces recettes d«jivent s'évaluer à 11 :854 contos, soit 4Ô4 contos de reis destinés à la par-
ticipalion en supposant que, d'ici à la fin de Tannée économique, les rendements des douanes se maintiendront identiques à ceux des mois correspondants de l'année dernière et la probabilité est qu'ils seront en excès.
Il convient de rappeler, en effet, qu'en application de la Loi portugaise du 20 mai 1893 (Règlement de la Dette), le tiers en or des coupons de la Dette extérieure doit s'augmenter de la moitié du* bénéfice du change au-dessous de 22 0/0 et de la moitié des augmentations des recettes douanières au-dessus de 11 .400 contos, en exceptant de ces recettes les céréales, le tabac et le droit d'exportation sur les vins de Porto.
Quant à l'ensemble des recettes et des dépenses budgétaires de l'exercice 1892-1893 (voir V Economiste Européen du 29 octobre 1893), les chiffres publiés par le Diaro do Governo établissent que les recettes de la gérance de l'exercice courant ont augmenté de 2.922 contos par rapport à la période correspondante de l'année antérieure, que les d<^penses du même exercice ont, au contraire, diminué de 1:588 contos (bien qu'elles comprennent 1:758 contos de perles au change qui ne figuraient pas dans les précédents exercices), et que la balance budgétaire se présente finalement avec un excédent de 4:025 contos, au lieu d'un déficit de 485 contos pour V exercice courant de 1891-1892.
En réunissant les deux budgets de la gérance (antérieur et courant), l'année financière 1890-91 — 1891-92 avait donné un déficit de 8:440 contos, tandis que l'année financière 1891-92 — 18^2-93 ne présente plus qu'un déficit total de 1:401 contos, soit une amélioration de près de 40 millions de franco.
Mais je dois ajouter que dans cette amélioration budgétaire, la réduction arbitrairement imposée aux por-
CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CHANGES 4î>
teurs de la Dette intérieure et extérieure figure lï elle seule pour 4:186 contos, soit environ 23 millions <ie francs.
Pour compléter Tenquête sur la situation économique actuelle du Portugal, je donnerai les détails suivants que la Légation du Portugal a bien voulu me transmettre :
La hausse des changes portugais a eu des inconvénient i très graves pour les affaires intérieures tt cxtéripures du Portugal tant que le numéraire métallique or et argon t. qno l'agio a brasquement et complètement enlevé à la oiivulation J en quelques semaines, a fait défaut. Mais lor8(iue les gros^* s / etle^ petites coupures d(s Billets de \k Banque de Portugal ont pu prendre dans notre circulation la place des souverains anglais disparus ou exportés (il y en avait pour 7 à 8 millions de livres sterling dans tout le royaume, et avant la crise loat les paieoQents s'effectuaient en or), toutes les affaires ont rapidement repris leur cours normal et, aujourd'hui que l'habitude du billet est prise, jusque dans les plus p»viles bourgides, personne ne se plaint de la nouvelle monnaie.
L'agio sur l'or (il est encore de 30 0/0), a eu pour effet d'élever considérablement les prix de toutes les marchandises on denrées importées de l'étranger. Mais il n'y pas eu dtfhausse de prix p mr les produits nationaux : tous les produit j d* l'industrie ou du sjI portugais se [.aieat aujourd'hui, en b I- \ lets de banque, ce qu'ils se payaient en or avant la crise. L'^s salaires, les loyers, les fermages, les frais de transport, etc. n'ont pas monté; on peut même signaler une baisse, quoiijue peu importante.
L'élévati)n du prix dea marchandises étrangères impart 'es aeapmr conscqucnca d'en diminuer la consomn^atio i, ain i qu'en téraoign«-nt les chiffres de la statistique douanière; mais elle a eu aussi comme contre-coup le développement du travail national et la créatiji de nouvelles industries dans presque toutes les branches de la production. Le pays cherche mainienant, et par tous les moyens, à se suffire à luiluèrne.
La cicalation fiduciaire de la Ba^ijue de Fortugal a
donné au crédit particulier une élasticité qu'il n'avait pas avant la crise et cela à des conditions relativement douces puisque le taux de son escompte n'est eu ce mom*^nt que de 6 0/0, alors qu'il est de 5 OyO en Espagne, en Italie, en Autriche, en Russie, et même en Hollande et en Allemagne; mais il serait cependant à souhaiter qne cette Banque privilégiée adoucit les conditions de ses rapports avec le Trésor public. En fait, la hausse des changes a réellement favorisé l'iadustrie portugaise, de même qu'elle a facilité l'exportation de quelques articles importants de la production indigène, ainsi que le cons^tate d'ailleurs le mouvement actuel du commerce extérieur. Les relations commerciales entre Lisbonne et les colonies portugaises se développent d'une manière vraiment extraordinaire, surtout en ee qui concerne les possessions de l'Afrique occidentale. Le Chemin de fer de Loanda à Ambaca a créé entre la colonie d'Angola et Lisbonne un mouvement commercial supérieur à toute attente.
Les faits et les explications qui précèdent ne démontrent-ils pas que le titre de ce Chapitre X est justifié en ce qui concerne le Portugal ?
Espagne : Avec la République Argentine et le Porta gai nous . avons eu deux exemples de crise de crédit extérieur complète, c'est-à-dire hausse des changes, perte du numéraire international et faillite partielle de l'Etat. Mais afin que notre Étude soit complète, il est nécessaire d'observer les effets économiques de la crise des changes chez les nations qui n'en sont encore qu'à la première période : hausse des changes et disparition des espèces or de la circulation monétaire. L'Espagne est dans ce cas particulier.
La hausse des changes espagnols ne fut point provo-
CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CHANiiES 7)1
qnée, comme qaelques-uns de nos confrères semblent le croire, par Tapplication des nouveaux tarifs douaniers français. C'est la politique financière de la Banque éCEspagne qui la prépara ; c'est la fameuse discussion du renouvellement et de l'extension de son privilège (mai 18&1) qui la fit éclater.
Ea effet, l'élévation de la limite de la circulation iidaciaire demandée et obtenue par le gouvernement de M. Canovas, malgré l'opposition énergique de toutes les Chambres de commerce et du monde financier espa- ^mols, révéla les graves embarras monétaires dans lesquels se trouvait l'Espagne et démontra, publiquement, que la Banque d'Espagne, sortie de son véritable rôle de Banque d'émission, était devenue une Caisse d'Eiat toujours ouverte au Trésor espagnol pour solder les déficits budgétaires. Et c'est à partir de ce même mois de mai 1891 que les changes espagnols commencérent leur ascension.
Qu'on me permette de faire, en quelques mots, la preuve de ce que j'avance ici :
Jusqu'à la Conversion de 1882, les Espagnols avaient trouvé l'emploi de leurs fonds disponibles dans les opérations du Trésor; mais lorsque, par .application <le la loi de Conversion et de la loi de Trésorerie, la banque d'Espagne employa toute son émission statutaire de billets en Rente amortissable et en pagarès, elle prit à l'épargne espagnole son placement préféré et l'obligea de se reporter sur la Rente intérieure, et, plus tard, sur la Rente extérieure elle-même.
La Banque d^Espagne favorisa singulièrement ces achats en abaissant à 4 0/0 les prêts sur ces Rentes, lesquelles rapportaient à cette époque plus de 6 0/0,
Les étrangers, qui voyaient d'une manière p'us nette les conséquen«*es éventuelles des engagements de h Banque avec le Trésor, qui constataient chaque année récart de plus en plus disproportionné entre sa circulation, son encaisse métallique et son véritable portefeuille commercial, les étrangers, dis-je, réalisèrent d'ab rd toutes les Renies intérieures qu'ils possédaient encore, puis vendirent d'assez fortes quantités d'Extérieure que les marchés de Madrid et de Barcelone absorbèrent en exportant, en or, les sommes correspondant aux achats effectués à Paris et à Londres.
En moins de neuf années l'Espagne a ainsi acheté pour environ un milliard de titres à l'étranger et, pendant la même période, la Banque d'Espagne a prêté ou avancé plus de 700 millions de pesetas au Trésor. La laborieuse discussion de mai 1891 fut la goutte d'eau qui ût déborder le vase.
La crise du change de 1891 a donc son origine réelle dans la politique financière de la Banque d'Espagne, qui a poussé l'épargne espagnole à s'employer en valeurs espagnoles, il est vrai, mais achetées à l'étranger avec trop de précipitation. La fortune publique ne s'est pas appauvrie; on pourrait, au contraire, démontrer qu'elle s'est enrichie du montant des couiDons extérieurs qui se règlent maintenant en Espagne, et on peut même supposer que la circulation métallique existant dans le royaume — au commencement de l'année 1801 — aurait encore suffi à maintenir les changes extérieurs avec seulement 4 ou 5 0/0 de perte, si la malencontreuse discussion du renouvellement, d'une part, et l'approche de la rupture des négociations commerciales avec la France, d'autre part, n'avaient
CRÉDIT EXTÉRIEUR ET HAUSSE DES CHANGES H'î
pas effrayé le public et ouvert le champ à la spéculation.
C'est eu effet, à partir du mois de mai 1891, que les changes espagnols ont commencé à monter. Ils étaient à 2,90 0/0 de perle k la fin d'avril, nous les trouvons successivement à 5,65 0/0 fin mai — 6,40 0/0 fin juillet - 10,80 0/0 fin octobre — 12,75 0/0 fin décembre 1891 - 14 0/0 fin janvier 1893 — 15 0/0 fin février — et 16,10 0/0 fin avril.
Depuis ils ont continué leur ascension et se maintiennent actuellement au-dessus de 23 0/0.
On voit donc que la hausse des changes espagnols a commencé bien avant l'application des nouveaux tarifs douaniers français. D'ailleurs, si celle hausse n'avait eu d'autre cause que le déplacement de la balance commerciale espagnole proprement dite, le change se serait fatalement abaissé en février 1892^ puisque les années 1890 et 1891 avaient été exceptionnellement favorables à l'Espagne relativement à ses exportations et que le mois de janvier de l'année nouvelle avait donné comme résultats, par rapport aux années précédentes :
Commerce extérieur du fnois de janvier :
Iraport.
Kxport.
Celte simple constatation ne démontre-t-elle pas jusqu'à l'évidence que la hausse des changes espagnols a pour cause réelle la politique monétaire suivie par la Banque d'Espagne et le cabinet Canovas.
Kfi
)ï CREDIT EXTERIEUR ET HAUSSE DES CHANGES
La haussjB des changes espagnols, arrivant après les crises de la République Argentine, du Brésil et du Portugal, a produit une effroyable baisse sur toutes les valeurs espagnoles, dont les coupons sont payables en or à l'extérieur.
Le tableau suivant va nous permettre d'apprécier rimportance du préjudice causé par cette baisse aux portefeuilles des porteurs étrangers, tout en reconnaiôsant d'ailleurs que le revenu de la Rente Exlérieura et des obligations de Chemins de fer a'a pas eacore été atteint :