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L'EXCÈS DE NUMÉRAIRE

Telles monnaies d'or, soit sous la forme de nouveaux titres extérieurs émis par les nations débitrices.

La faculté que le bimétallisme universel donnerait à ces dernières nations d'utiliser leur stock national d*argent pour balancer provisoirement leurs charges extérieures augmenterait, sans doute, le stock monétaire des Puissances métalliques, mais pendant deux ou trois années cette faculté réduirait aussi l'importation, dans ces Puissances, des titres extérieurs que les pays à papier avarié créent si volontiers en échange de cet or si difficile à acquérir.

En d'autres termes, l'argent que les pays débiteurs importeraient dans les pays créditeurs y remplacerait une quantité équivalente de papier. La situation économique et financière des pays créditeurs y gagnerait beaucoup, d'abord parce que leur stock de créances incertaines (et tous les titres d'Etat des pays à changes avariés sont, plus ou moins, des créances incertaines) s'allégerait d'autant; ensuite parce que la perte au change subie par ces pays — et dont la répercussion est si funeste à la production des nations métalliques — se réduirait au moins pendant la période de l'écoulement du métal blanc.

Mais, peut-on dire encore, les nations bimétalliques créancières des nations à circulaUon-papier avarié, ne doivent-elles pas craindre que ces dernières continuent, par la suite, à libérer leurs charges extérieures avec de l'argent et qu'elles se procurent du nouveau métal blanc au fur et à mesure que leur stock actuel s'épuisera?

Cette éventualité n'est pas à redouter parce que le jour, le jour précis, où le bimétallisme réel serait

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adopté par la FraHoe, TAuglelerre, TAllemagiie et les Etats-Unis, le prix universel de l'argeirt et de l'or B*étal>lirait rigoureusement dans le rapport du pair Iximélallique commun admis par les grandes Puis- ««iitoes. L* argent ne serait pas meilleur marché que l'or : les deux métaux auraient la même valeur relative et, Q&nsé({uemment, les nations débitrices (qui resteront toujours débitrices en or tant qu'elles n'auront pas fait faillite ou remboursé leurs dettes payables on or), ne jouiraient d'aucun avantage en achetant de l'argent pour solder leurs charges extérieures en or, parce que ce mode de paiement comporterait deux opérations, passibles de frais, au lieu d'une.

En résumé, la mise en vigueur, à des conditions identiques, du Double étalon en France, en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis ne pourrait avoir pour effet d'augmenter d'une manière brusque et rapide le numéraire circulant à l'heure actuelle dans ces grandes Puissances.

Par conséquent, la crainte d'une hausse brusque et rapide du prix général des choses — qui serait la conséquence de l'augmentation brusque et rapide du numéraire — n*ept nullement à redouter : les chifiÉres que je viens de produire le démontrent péremptoirement.

Certainement, la circulation métallique des pays riches s'accroîtra dans l'avenir... L'événemeni; contraire serait désastreux pour l'ordre de choses établi dans ces pays, et pour Is développement de leur puissance productive ; mais cet accroissement sera lent, régulier et proportionnel à la production future des mines d'or et d:argent.

Des découvertes de lornes nouvt lies pourreait l'accé-

l'lxcêb de NUMÉiuraE 211

lérer, mais le danger de V inflation y c'est-à-dire une augmentation du numéraire hors de toute proportion avec les besoins réels de nos sociétés modernes, n'est pas à craindre de sitôt, car en même temps que de nouveaux lingots d'or et d'argent seront apportés aux Hôtels de Moimaie pour être convertis en numéraire, les besoins de la dvilisatian universelle s'élargiroat : soit en raison du développement de la population terrestre, soit en raison du développement de la fortune publique universelle—dont la monnaie est à la fois la mesure, l'instniment représentatif et le véhicule de transport — soit en raison de l'amélioration progressive du bien-être individuel chez les peuples du Vieux-Monde (amélioration qui augmentant le nombre des transactions commerciales, nécessitera une plus grande quantité de numéraire), soit par la reprise des paiements en espèces métalliques des nombreux pays qui sont aujourd'hui au régime du papier-monnaie, soit enfin par l'avènement à la civilisation des pays barbares du Continent africain, de l'Asie et de TOcéanie.

Quels phénomènes économiques provoquerait un trop grand accroissement de numéraire?

Nous avons vu, dans le Chapitre précédent, que l'adoption du Double-étalon (à des conditions communes pour la France, l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats- Unis) n'aurait point pour conséquence certaine un trop grand accroissement de la production de l'argent et »^ue — en tout état de cause — ce nouveau régime monétaire ne pouvait provoquer une augmentation trop brusque et trop considérable du numéraire.

Mais il peut arriver que Ton découvre de nouveaux gisements aurifères et argentifères et que la productions des deux métaux précieux, qui s'est considérablement élevée depuis une dizaine d'années, double, triple, ou quadruple d'ici à dix, quinze ou vingt années.

« C'est un très grand danger pour l'avenir, disent les monométallistes-or : l'accroissement illimité du numéraire peut amener les perturbations économiques et sociales les plus graves, et en réhabilitant l'argent, en lui rendant son ancienne fonction d'instrument d'échange international, on doublerait l'importance de ce danger. »

Examinons d ic cette nouvelle objection théorique :

La Monnaie est à la fois une commune mesure delà valeur des choses, un équivalent de cette valeur et un

véhicule, un moyen de transport de la fortune publique.

Quand je dis : cette maison vaut 100.000 francs I je rapporte la valeur supposée de la maison à la commune mesure française qui est le franc, c'est-à-dire, à 5 grammes d'argent au titre 900«ne ; si je possède 100.009 de ces planes j'ai l'équivalence de la valeur de la maison, puisque je pourrais l'acquérir, en échange de ces 100.000 francs, si elle était à vendre à ce prix-là ; enfin, le propriétaire qui aurait touché ces 100.000 francs en échange de sa maison, pourrait les employer pour acheter d'autres choses.

Quel est le rôle de l'Etat dans cette triple fonction lie la Monnaie ?

l» Garantir par sa frappe, par son estampille, que le franc contient bien les 4 grammes 1/2 d'argent fin fixé par la loi ; 2o Décréter que ce franc — ainsi livré à la circulation par ses Hôtels de Monnaie — possède cours Ugal et forcé, c'est-à-dire que tout débiteur a le droit de 8*en servir pour payer sa dette, à moins qu'il n'ait convenu avec son créancier, et par contrat écrite que le paiement s'effectuerait d'une autre manière.

Cette courte définition explique le grand intérêt économique et social qu'il y a, pour un pays, d'avoir une monnaie invariable dans sa valeur, invariabilité dépendant, naturellement,- de la stabilité de la valeur marchande du métal dont la monnaie est composée, et de la fixité du poids et du titre de ce métal.

Jusqu'ici bimétallistes et monométallistes sont absolument d'accord : mais ils se séparent dès qu'il s'agit de déterminer les conditions desquelles dépend la stabilité de la valeur marchande du métal monétaire.

Uor el r argent tont-Us des marchandises, etc.

J'ai essayé de démontrer, par Texemple de TAiagi*terre, pays monométaUiqna-or, et par TexempLe de rinde, pays monométallique-urgent avant le moiade juin 1898, que T Etat, accordant La frappe 10)re à.V\m des deux métaux précieux, l'investissant du monopole monétaire à des conditions de poids et de titre iig<nireusement prescrites par la loi, supprimait absoinimesd — en faveur du métal choisi et protégé par lui — Is qualité de marchandise à Tintérieur du pays et M assurait ainsi — mais seulement à Tintérieur — la fixité de valeur requise pour la constitution d'une honae monnaie.

Mais les faits irrécusables que j'ai produits en faveur du bimétallisme ont prouvé, je crois, que cette transformation de qualité, cette fixation de la valeur, que les monométallistes admettent comme possible pourua métal précieux, serait beaiucoup plus réelles (car aa lieu de rester intérieuire elle deviendrait uni^jerseUe) si les deux métaux employés concurremment comme monnaie dans les divers pays du monde, étaient investis à la fois du monopole monétaire par les quatre grandes nations, dont la richesse accumulée, dont la* , puissance financière, dont l'influence commerciale embrassent l'univers et lui imposent leur loi économique.

Si les divers groupes sociaux qui composent cet unif vers n'avaient pas encore de monnaie métallique et SrH s'agissait, aujourd'hui, de choisir pour eux le système monétaire le plus parfait : je n'hésite pas à reconnaître qu'il faudrait s'arrêter à l'étalon unique, et que l'étalott d'or aérait préférable à l'éUlon d'argent, s'il était àé-

fflontué qae ce premier métal poécieux est assez abooh daat pour satisfaire aux besoins de toute T humanité.

Malhexirensement les peuples de la terre ont ignoré, pendant de longs sièclies, les grands principes de Técoiiomi3e poUtiqrie moderne et, depuis l'antiquité la plus reculée, ils ont utilisé l'or et l'argent comme monnaie... et aucun historien n'a pu justifier la raison ce double choix.

Le bimétallisme est donc ua fait monétaire acq^uis depuis trois ou quatre mille ans et il reste tellement acquis de nos jours, que le stock monétaire des sociétés modernes se divise presque d'une manière égale en Bionnaies d'or et en monnaies d'argent.

Et c'est précisément pour n'avoir pas tenu compte de ce fait acquis, pour avoir voulu rompre l'association mouétaire qui a existé, de tous temps et chez tous les peuples, entre les deux métaux précieux, pour avoir voulu les isoler l'un de l'autre, pour avoir ainsi divisé la masse monétaire que la civilisation s'était constituée au cours de son évolution, qu'on a détermiué ces phénomènes économiques nouveaux dont la vieille Europe souffre aujourd'hui.

Les monométallistes-or nous disent : « Cette révolution monétaire est fatale parce que l'argent s'avilit de jour en jour et que les nations les plus civilisées ne veulent pins de cette marchandise comme monnaie ; nous sommes dans la période de transition, prenez patience, le monde marche à grand pas vers le monométallismeor; encore quelques années (ils n'en n'indiquent pas le nombre) et la révolution monétaire sera également un fait accompli. »

Quel est celui de mes lecteurs, absolument dégagé

des préventions de doctrine, ou des querelles d'école qui, après avoir pris connaissance des faits relatés dans les Chapitres précédents, n'admettra pas que siTargent, s'est avili comme marchandise, c'est uniquement parce que les nations les plus civilisées, les plus riches, les plus puissantes au point de vue monétaire,\m refusent la protection de la frappe libre qu'elles accordent exclusivement à l'or ?

Quel est l'esprit impartial qui ne se rendra pas compte, surtout, des pertes matérielles, des perturbations économiques, des secousses sociales — dont les crises actuelles ne sont que le prélude — que ces nations devront subir avant d'être parvenues à cet équilibre monétaire universel que le monométallisme-or leur promet à échéance incertaine ?

Et enfin, pourquoi cette révolution si dangereuse, si cruelle pour la vieille Europe, quand le bimétallisme universel peut assurer cet équilibre immédiatement et sans porter aucun préjudice aux situations gicquises des sociétés existantes ?

Par crainte d'un danger hypothétique, d'un futur accroissement de numéraire hors de proportion avec les besoins de ces sociétés ? Soit ! examinons encore la valeur de cette objection théorique.

Nous avons vu, par la définition du rôle de la monnaie, que cette commune mesure de la valeur des choses est aussi V équivalence de la valeur de ces choses, et le moyen de transport de cette valeur.

Ce qui semble dire : que la valeur des choses est en raison directe de la masse monétaire qui la représente et la transporte, ou encore : que la valeur de la masse

monétaire est en raison directe de la quantité des choses qu'elle est chargée de représenter et de transporter.

Il résulte donc de cette double définition que :

lo Si la masse monétaire reste la même et si la quantité des choses augmente : la valeur de ces choses diminue;

2© Si la quantité. des choses reste la même et si la masse monétaire augmente : la valeur des choses augmente ;

30 Si la masse monétaire diminue et si la quantité des choses reste stationnaire : la valeur de ces choses augmente ;

4'' Si la quantité des choses diminue et si la masse monétaire reste stationnaire : la valeur des choses diminue ;

50 Enfin, si la masse monétaire et la quantité des choses restent stationnaires, ou augmentent dans la même proportion, ou diminuent dans la môme proportion : la valeur de ces choses reste stationnaire.

C'est, sans doute, en s'appuyant sur ces déductions que M. Levasseur a pu dire, au Congrès de 1889, que si les quatre grandes nations engagées dans un futur pacte monétaire bimétallique, doublaient leur stock de métaux précieux : elles risqueraient de doubler le prix des choses.

Quelques chiffres vont nous montrer le caractère légèrement exagéré de la crainte de M. Levasseur. La France possède environ 7.500 millions de francs de monnaies d'or et d'argent, l'Angleterre 3.500 millions, l'Allemagne 3.700 millions et les Etats-Unis 6.100 mil lions; soit au total : 20.800 millions de francs.

C'est ce total, qui est à la fois la meBtire de 1^ valeccr des choses, Téquivaleot de la valear <fe ces choses et le moyen de transport de cette valeur pour ces quatre grandes Puissances..

Or^ pour l'année 1892, le commâcce extérieux des

qaatce nations se décompose ain^ :

(Millions de francs) Importations Expoctations Total

France

âv562

Angleterre..

Allemagne..

Etats-Unis. .

Totaux.. 24.437 17.290 4i.7â7

Leurs dépenses budgétaires totales, pour la même année, ont atteint le chiffre de 15.700 millions de francs. En ce qui concerne la richesse nationale de ces pays, M. de Foville, dans son très remarquable ouvrage de la France économique statistique raisonnée et comparative, admet que les évaluations pour la France, l'Angleterre et les Etats-Unis peuvent avoir un caractère à peu près scientifique, grâxîe aux bases de calcul qui y sont possibles. Il produit, en conséquence, les chiffres suivants qu'il ne donne cependant que comme des indications et auxquels je laisse, bien entendu, leur valeur approximative :

(Milliards de francs) Capital national Revenu national

France

Angleterre

Allemagne . . .

Etats-Unis. . . .

Total

PHÉNOMÈNES ÉCONOMIQUICS • 219

Le montant des seules valeurs mobilières dans les quatre pays dépasse un capital nominal de 300 milliards de francs, et représente un total d'opérations annuelles (Tentes et achats réunis) de beaucoup supérieur à cette somme.

Je ne cite que pour mémoire le mouvement annuel des^ capitaux résultant des successions (environ 30 milliards pour les quatre pays), les ventes et les achats de propriélés immobilières ; l'ensemble des opérations du commerce intérieur qui ne peuvent se chiffrer, et qui dépassent peut-être deux mille milliards de francs.... et pour faire face à cet ensemble formidable de transwtionfi, pour mesurer» transporter et représenter Féquivaleace de cette énorme valeur de choses : la France, l'Angleterre, TAUemagne et les Etats-Unis possèdent seulement un stock global de 20.800 millions de francs de métaux précieux.

On me dira, sans doute, que les billets de banque, les chèques, les lettres de change, les billets à ordre, le fonctionnement des Clearing -house, des Chambres de Compensation, des comptes courants aux Banques, etc... remplacent, dans un très grand nombre de cas, l'intervention du numéraire effectif. Je me rends un compte exact du rôle considérable que le crédit joue duns nos sociétés modernes, mais nous verrons, dans le Chapitre suivant, qu'il ne faut pas confondre crédit avec monnaie et que le premier n'a de la valeur que s'il peut se convertir facilement et sûrement en numéraire effectif.

M. Levasseur estime que si ce stock monétaire effectif doublait dans ces quatre pays, le prix des choses y doublerait également : ce qui revient à dire que tous

tous kfi chiffres que nous venons de produire devraient se multiplier par 2.

Je crois qu'il suffit d'un peu de réflexion pour comprendre que In crainte de M. Levasseur est au moins excessive.

Certainement, une augmentation considérable d'espèces métalliques en France, en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis élèverait, dans ces pays, le prix général des choses ; mais dans quelle proportion î à la suite de combien d'années? C'est ce que nul mathématicien ne saurait évaluer, parce qu'il n'y a pas de calcul possible pour un pareil problème.

Le cadre de cette Etude ne me permet pas de m'étendre sur les questions multiples que soulève cette hypothèse d'une augmentation de numéraire hors de proportions avec les besoins des sociétés modernes; mais ce que je puis affirmer ici, c'est que la majeure partie des économistes anglais, allemands, belges et hollandais qui ont étudié, dans ces derniers temps, les conséquences, pour leurs pays respectifs, de la crise monétaire ou des changes de plus en plus générales — et dont tous les pays à numéraire au pair de l'or subissent le contre-coup — loin de redouter la hausse des prix qui résulterait d'une augmentation du numéraire international et du rétablissement de l'équilibre monétaire universel, appellent cette hausse de tous leurs vœux.

En effet, l'or et l'argent extraits des mines ne deviennent productifs qu'à partir du moment où, transformés en numéraire, soit par la frappe, soit par des bons représentatifs de leur valeur, ils s'emploient d'une manière quelconque.

Ce nouveau numéraire vient disputer au stock monétaire accumulé dans la société le bénéfice que ce stock procure à ses détenteurs. Pour produire des bénéfices, le numéraire nouveau doit s'utiliser, soit sous forme d« création productive, soit sous forme de prêt, soit sous forme d'acquisition de choses productives ; et dans ces deux derniers cas, le numéraire ancien, dont il vient prendre la place, est à son tour obligé de se remettre en mouvement et d'aller s'employer autre part.

Il en résulte une concurrence de capital à capital qui produit une activité toujours croissante, qui amène une hausse progressive du prix général des choses : mais ce sont toujours les salaires, la main-d'œuvre qui profitent les premiers de cette hausse, parce que le capital disponible vient nécessairement leur faire ses offres.

C'est le phénomène contraire qui se produirait, nécessairement, avec une diminution plus ou moins rapide du stock monétaire de la société.

Od peut même affirmer qu'une augmentation consi* dérable des espèces métalliques aurait les conséquences les plus heureuses au point de vue social : parce qu'elle rendrait le travail plus nécessaire que jamais, et que, par la force des choses , le ' numéraire nouveau en quête d'emploi, serait dans l'obligation de s'entendre avec lui et de trouver une formule d'association qui terminerait peut-être l'éternelle lutte du Travail et du Capital.

Les monométallistes répondent à ces déductions que l'activité industrielle et commerciale, et la hausse des prix provoquées par l'augmentation du numéraire ne

pourraient durer toujours, et qu'un moment viendrait fatalement où elles devraient s'arrêter. Pourquoi cette supposition ? Si le numéraire continue à augmenter, ne faudra- t-il pas toujours qu'il s'emploie à quelque chose? Et si la monnaie est Véquivalent de la valeur des choses, n'est-il pas conforme à la théorie monométal- Uque de soutenir que la valeur de ces choses continuera à s'élever proportionnellement à l'augmentation de la monnaie ?

Quelle est la crainte que peut susciter la trop grande abondance du numéraire ? La hausse générale du prix des choses, dit M. Levasseur. Mais qu'importe cette hausse si, comme l'affirme le savant économiste, c'est l'augmentation des métaux précieux qui la produit. La monnaie n'est-elle pas l'équivalent du prix des choses ? Si cette monnaie double, en quantité, et si le prix des choses s'élève dans la même proportion, qui peut souffrir de la hausse générale des prix ? Personne, car il n'y aura pas de hausse dans le vrai sens du mot, parce que la monnaie chargée de la mesurer se sera allongée en même temps que la valeur des choses ellemême.

— « Halte-là I s'écrient les monométallistes : vous oubliez les employés et les rentiers I »

Le sort des employés n'est invoqué ici que pour défendre le sort de« rentiers : il suffît de constater que les employés appartiennent à cette armée du travail, avec laquelle le nouveau capital eerait dans l'obligaticm de s'associer, pour les mettre hors de cause.

iBeste les rentiers I Je n'héfiitte pas à reconnaâtre que l'augmentation du munaéraipe, ppovaqraaoaJ; ime li&iEBfie. GOTJïespondainte du prix géiaésad ^s ohsoeea, serait p»é-

judiciable à une certaine catégorie de rentiers : les créanciers de l'Etat, les retraités, les titulaires de rentes viagères et, en général, tous les bénéficiaires de contrats à long terme conclus sous le régime économique actuel.

La hausse du prix général des choses équivaudrait, pour eux, à une diminution correspondante de leurs rervemis.

Je ne dirai pas — avec Proudhon je crois — : « Personne n'est obligé de rester rentier 1 » Je me contenterai de faire observer que toutes les tranformations économiques (même celles qui ont une influence incontestalile sur le développement de la civilisation) atteignent les intérétB de certaines catégories d'individus. Au Burplus, la hausse des prix mettrait peut-être de longues aEaées à se produire et, dans l'intervalle, un grand aoiuikbre de contrats actuels seraient arrivés à expiration, un grand nombre de créances actuelles de TEtat auraient changé de mains, la plupart des retraités actuels dormiraient de Téternel sommeil.

Dans quelle mesure et à quelle condition le Papier-Crédit peut-il remplacer les Espèces métalliques ?

Les bimétallistes disent, avec raison, que la monnaie doit être métallique (or et argent) et que c'est à cette seule condition qu'elle peut servir, en toutes circonstances, aux transactions internationales. Les abus d'émission de papier-monnaie ou de circulation fiduciaire dont certaines nations nous donnent l'exemple trop fréquent, indiquent suffisamment les effro^-ables complications de change et les incessantes perturbations économiques auxquelles le monde serait soumis, si le commerce international devait nécessairement se ba* lancer en lettres de change, billets de banque ou papiermonnaie, n'ayant d'autre garantie extérieure que la signature (c'est-à-dire le crédit) des particuliers, de la Banque ou de l'État émetteur.

Étant donné la triple fonction que la monnaie exerce dans nos sociétés modernes, on peut affirmer, d'avance, qu'avec un pareil régime monétaire, les relations économiques internationales seraient toujours aléatoires et que la plus petite crise de crédit les rendrait impossibles.

Sans même parler du commerce international:

a-ton jamais réfléchi, par exemple, à ce qui se passe-

rait en France 8i la crainte d'une grande crise poussait brusquement les gens qui possèdent des valeurs mobilières, ou des propriétés quelconques, à réaliser leur avoir en numéraire effectif, c'est-à-dire à se disputer les 7. 500 millions de francs d'espèces métalliques qui mesurent en France la valeur des choses, qui sont l'équivalent et le véhicule de cette valeur ?

Dans l'édition de 1890 de La France Économique, M. de Foville a cherché à déterininer, aussi rigoureusement que possible, le revenu national et l'ensemble de la fortune privée de notre pays.

Après avoir vériBé les études qu'un grand nombre d'économistes ont consacrées à ce double problème, le savant statisticien tire les conclusions suivantes :

« Le revenu national doit être compris, ainsi qu'on « l'admet généralement, entre 20 et 30 milliards « de francs. Personnellement, nous aurions cru le « chiffre de 25 milliards un peu faible il y a quelques « années. La crise agricole, le ralentissement des (( affaires et le Krach ayant sensiblement réduit les <( ressources de beaucoup de familles, nous suppose- « rions plutôt le revenu national composé actuellement « entre 20 et 25 milliards. »

Mais à quel chiffre d'affaires, à quel mouvement de transactions de toute nature correspond ce revenu qui résume à la fois : les salaires, les rentes, les loyers, les bénéfices de l'agriculture, du commerce, de l'industrie, etc... ? C'est ce que personne ne pourrait indiquer, même approximativement.

La statistique fiscale (impôts surlespropriétés, sur les successions, sur les valeurs mobilières, etc.) permet cependant d'évaluer d'une manière assez précise le

capital représenté par Tensemble des fortunes particulières de la France.

En voici la répartition par nature :

Propriétés non bâties 80 milliards

Constructions 40 »

Fonds d'États français et étrangers 30 »

Valeurs mobilières diverses 50 »

Total, . . 200 milliards

Or, pour faire face à Ténorme chiflfro des transactions qui s'effectuent quotidiennement sur notre territoire, et à tous les besoins de réalisation des fortunes privées qui pourraient se produire à un moment quelconque, nous possédons, au plus, 7.500 millions de francs de numéraire effectif, or et argent.

Les monométallistes-or trouvent que ce stock est suffisant et qu'il est inutile de l'augmenter ; leur haine de Targent-métal les conduit même à soutenir que les espèces métalliques deviennent de jour en jour moins nécessaires et que Ricardo, le célèbre économiste anglais, proclamait une vérité absolue en écrivant en 1816 : la monnaie, à Vétat le plus parfait^ est de papier.

Comme la chose en vaut vraiment la peine, je demande la permission de discuter cette théorie.

M. Frédéric Passy Ta fort bien résumée au Congrès monétaire de 1889. Après avoir expliqué que la loi naturelle du progrès poussait les nations perfectionnées à abandonner Tusage des espèces métalliques et rendait inutiles les masses de numéraire qui s'accumulaient dans les Banques d'émission, M. Frédéric Passy s'est ainsi exprimé :

J'insiste, messieurs ; car, ainsi que je l'ai dit, ce n'est pas seulement Vargent, mais l'or lui-même qui, par suite dtt

changement des habitudes, est devenu et devient tous los jours relativement moins nécessaire. Ce n'est pas seulement l'argent qui a cédé sa place à l'or, c'est l'or qui a cédé sa place au papier qui îe représente. On nous a cité les 150 mil* liards de francs de règlements annuels opérés par voie de virement et de compensation au Clearing-Hotise de Londres, ©n n'en fait pas moins à celui de New- York. Et non seulement entre les maisons admises au Glearing-IIouse, l'emploi des espèces métalliques devient pour ainsi dire inutile, mais les remises de valeurs elles-mêmes ne se font plus matériellement que dans de très faibles proportions. Lorsque l'on a épuisé, comme en algèbre, la série des quantités à recevoir et à payer qui s'annulent, il ne reste, la plupart du temps^ qu'un solde qui peut être sans inconvénient, reporté à compte nouveau pour le lendemain

Permettez-moi de vous le dire, mes chers contradicteurs» c'est à ce progrès que vous tournez le dos. Vous repoussez les engins perfectionnés pour en revenir aux vieux engins. Vous faites comme ceux qui voudraient supprimer le gaz ou rélectricité pour empêcher d'abandonner la chandelle et la torche. Nos pères portaient bravement des sacs d'écus sur leurs épaules et s'éclairaient avec des chandelles ; nous en avions encore quand j'étais au collège, et l'une des prérogatives des gradés, en ce temps, consistait à moucher les chandelles. Nous avons des éclairages plus perfectionnés; nous avons aussi des modes de paiements plus rapides et plus faciles. Ne nous obstinons pas à retenir, malgré lui, cet argent, qui tend à nous quitter, et qui nous aurait quittés déjà, en grande partie, sans pertes sérieuses et sans brusques soubresauts, si nous ne l'avions pas accumulé artificiellement, au risque de produire ce qui s'est produit et ce qui se produira.

Je pourrai répondre à M. Frédéric Passy et à M. Clé* ment Juglar, qui partage son opinion à l'égard des espèces sonnantes et trébuchantes, qu'ils confondent absolument le rôle du crédit et la fonction de la mon* naie. Mais je préfère laisser la défense de la monnaie

métallique (la monnaie automatique, comme rappelle H. Gernuscbi) au grand- maître de l'école monométallique française à Michel Chevalier lui-même.

Voici comment l'importateur du Libre-échange en France, dans son Etude sur la Monnaie (Dictionnaire d'Economie politique) répond aux économistes qui professent la théorie dont M. Frédéric Passy s'est fait le porte-parole :

Le crédit est un élément par le moyen duquel des engagements de formes très diverses, écrits sur des morceaux de papier, tiennent lieu de monnaie pendant un laps de temps plus ou moins long. La force des choses conduit naturellement à organiser des institutions vers lesquelles ces diflférents engagements convergent de manière à y être contrôlés H soldés, en se balançant en grande partie les uns les autres.

Par le moyen de ces institutions, qui agissent comme des compensateurs et des régulateurs, il ne faut plus, dans les affaires, du numéraire métallique, que ce qui est nécessaire pour payer des balances très faibles par rapport à la masse des engagements. Les instruments de crédit sont assez varié», et les institutions où ces instruments viennent se présenter, afin que les engagements qu'ils portent s'y compensent, et sauf de faibles balances, s'y liquident les uns par les autres, ne le sont pas moins.

Parmi les instruments de crédit, nous signalerons le billet de banque, la lettre de change, le billet à ordre, qui n'est qu'une variante de la lettre de change, et la traite à vue sur un banquier, qui est extrêmement usitée en Angleterre sous le nom de check, et le compte courant. Parmi les institutions de crédit, celles qui frappent le plus les regards sont les Banques, puis les maisons de banque. On peut citer aussi en ce genre les établissements de centralisation, tels que celui qui est connu à Londres sous lô nom dé la Maison de liquidation (Clearing -House)

Dans un Etat dont l'organisation commerciale est bonne, on arrive par des degrés successifs de centralisation à réduire, d'une manière incroyable, la quantité d'espèces qui autrement aérait indispensable. Les grandes Banques, telles que sont, à

Londres, la Banque d'Angleterre, et à Paris, la Banqœ de France, servent d'une manière admirable à remplir cet objet. C'est dans leur sein que viennent se liquider de prodigieuses masses de transactions avec des quantités réellement trèis bornées de numéraire métallique

C'est en ce sens, et non pas dans un sens absolu ou au pied de la lettre, qu'il faut entendre la formule de RLcardo, sur laquelle on a beaucoup disserté, en la faussant par l'exagération : la monnaie, à l'état le plus parfait, est du papier.

Et, répétons-le, tous ces titres qui avec l'or ou Vargent passent de mains en mains pour liquider les transactions, toutes ces combinaisons qui dispensent même de titres circulants et parmi lesquelles le compte courant est le plus remarquable, tout cela vient se classer sans effort sous ime dénomination unique, précise, simple, celle du crédit.

On a par là un des aspects sous lesquels se peut le mieux mesurer l'étendue des services que le crédit rend à la Société, et on s'explique comment des faiseurs de projets et des écrivains peu réfléchis ont attribué au crédit une puissance sans pareille et lui ont demandé tout, même l'impossible.

Tous ces titres et ces instruments de crédit sont des substituts de la monnaie, mais aucun d'eux n'est de la monnaie, et l'on ne saurait, sans les plus grands inconvénients, tenter de les y assimiler complètement. Ce serait une méprise de la même force que si l'on confondait un portrait avec l'original, l'ombre avec la substance.

Dans tous les emplois qu'on peut en faire, sous toutes les formes qu'il peut revêtir, le crédit, par cela seul qu'il est exprimé en francs ou en livres sterling, suppose absolument que l'individu crédité au créancier ait la faculté d'exiger la livraison d'une somme effective de monnaie, c'est-à-dire, nous ne saurions trop le faire remarquer, d'or ou d'argent en nature, car les écus sonnants ne sont pas autre chose. Toujours finalement Tor ou Vargent servent de gage possible à la transaction.

. De là, pour tous les titres de crédit, une condition, facultative pour le créancier, de conversion en espèces métalliques , condition en l'absence de laquelle la stipulation portée sur le titre de crédit courait grand risque d'être mensongère. En effet, quelle autre garantie incontestable puis-je avoir que tous

2ii0 LE CRÉDIT ET LA MONNAIE

ces engagements représentent un certain nombre de francs, c'est-à-dire un certain nombre de fois 5' grammes d'argent au titre de 9/10, si lorsque j*ai lieu de soupçonner le contraire, je n'ai le pouvoir de les échanger effectivement contre la

quantité de métal dont ils portent le nom ?

On voit par là que c'est une entreprise chimérique de viser à se passer des métaux précieux comme instrument des échanges, c'est-à-dire comme monnaie.

Je demande pardon à M. Frédéric Passy d'avoir invoqué, contre lui, Topinion du grand maître du monométallisme français. En relisant ces lignes, aussi vi'aies aujourd'hui qu*à l'époque où elles ont été écrites (1852), il comprendra peut-être Tune des raisons qui m'ont rendu hiinétalliste.

Il est vrai que M. Frédéric Passy n'était pas toujours d'accord avec M. Michel Chevalier : c'est lui-même qui en a fait l'aveu au Congrès de 1889 :

Michel Chevalier, dans ses belles Etudes sur la monnaie, a fait ressortir, dès cette époque, le danger du maintien artificiel d'un rapport qui avait cessé d'être vrai, et démontré, aux termes mêmes de la loi, la nécessité de renoncer à la fiction du Double étalon. Il est vrai qu'Use trompait sur un point, et je m'honore d'être de ceux qui, sur ce point, malgré sa grande autorité, ne l'ont point suivi. Il pensait que c'était l'argent qui devait rester l'étalon, la monnaie-type, et que l'or, plus sujet à varier et plus menacé de dépréciation, devait être réduit definitivement.au rôle secondaire et ne s'échanger qu'au cours du jour ou à un cours légal, fixé tous les six mois ou tous les ans d'après les variations du cours commercial.

Effrayé par la surproduction de l'argent et pensant, de bonne foi, que l'or est celui des deux métaux précieux qui remplit les conditions monétaires les plus parfaites, M. Frédéric Passy — et avec lui toute l'école monornétallique — demande aujourd'hui la démonétisation de l'argent.

Exactement pour les mêmes raisons, Michel Chevalier demandait, il y a quarante ans, la démonétisation de For. Je demande aux monométallistes s'ils ont jamais réfléchi aux conséquences que cette démonétisation aurait pu avoir pour notre pays, en 1872 et 1873, à l'heure où il nous a fallu régler Tindemnité de guerre ?

L'article 7 du traité de Francfort (10 mai 1871) déterminait de la manière suivante les échéances que le Gouvernement allemand nous avait imposées :

Un mois après le rétablissement de francs

Tordre dans Paris 500.000.000

Dans le courant 1871 1.000.000.000

Le lermai 1872 500.000.000

Le 2 mars 1874 3.000.000.000

Total 5.000.000.0Ô0

Dans le remarquable Rapport adressé à l'Assemblée nationale par M. Léon Say, au nom de la Commission du budget de 1875, sur le paiement de cette formidable contribution, et sur les opérations de change qui en ont été la conséquence, je relève le passage suivant qui pose nettement la question :

Le Gouvernement français devait, en outre, payer le 3 mars de chaque année les intérêts au taux de 5 0/0 l'an sur les trois derniers milliards, tout en conservant la faculté, à charge de prévenir trois mois à Tavance, de devancer par des à-comptes l'échéance finale du 2 mars 1874. Dans le cas où le Gouvernement français userait de cette faculté, les intérêts devaient cesser de courir à partir du jour de l'anticipation.

Quant au mode de paiement, il consistait en or ou en argent, en billets de la Banque d'Angleterre, de la Banque de Prusse, de la Banque royale des Pays-Bas, de la Banque nationale de Belgique, en billets à ordre ou en lettres de change négociables de premier ordre, valeur comptant sur ces mêmes pays.

232 LE CRÉbiT ET LA MONNAIE

Ije cliange du thaler était fixé à 3 fr. 75 et celui du florin d'Allemagne à 2 fr. 15, comme nous l'avons vu plus haut, en vertu de l'article 15 de la Convention de Ferrières. Mais, pour les autres valeurs, on n'en avait pas déterminé le change, par cette raison qu'elles n'étaient pas libératoires. Elles pouvaient être données en paiement, mais le montant n'en était porté en compte que pour le produit net, en thalers ou en florins, de la négociation que se réservait de faire le Gouvernement allemand. C'est ce qui résulte du paragraphe 3 des observations contenues dans le protocole de signature des Conventions de Berlin, signé le 12 octobre 1871, et ainsi conçu :

« 3» Il a été convenu que les lettres de change, domiciliées autre part qu'en Allemagne, que la France a remises ou remettra au Gouvernement allemand, ne passeront en compte que pour les sommes formant le produit net de leur réalisation, déduction faite des frais de recouvrement. Le cours du change des valeurs remises, servant de base au calcul à établir entre les deux pays, sera celui du jour de la réalisation, par l'Allemagne, des lettres de change. »

Il s'en suit que la France devait supporter tous les frais de change et de négociations de toutes les valeurs étrangères à convertir en valeurs allemandes.

La France a payé à TAllemagne une somme totale de 5.315.758.853 fr. 29, ainsi réalisée :

Francs

Remise pour les lignes de l'Est 325.000.000

Emprunt fait à la Banque de France... 125.000.000

Emprunt dit des 2 milliards 1 .561 .958.767

Emprunt dit des 3 milliards 3.002.655.007

Budgets de 1872 et 1873 (intérêts) 301 . 145. 078

Total 5.315.758.853

Mais ce n'était pas tout d'avoir les fonds nécessaires à la libération : il fallait encore les transformer en nu-

LE CRÉDIT ET LA. MONNAIE 'ioS

méraire libératoire et en valeur.-» allemandes. Cette dernière opération a donné les résultats suivants :

Francs

Compejisations, pour 325.098.400 »

Billets de banque, monnaies allemandes, or et argent, pour 742.334.079 03

Lettres de change, pour 4.248.326.374 26

Total 5.315.758.853 20

La première somme représente l'indemnité que le Gouvernement allemand a abandonnée pour la reprise des lignes de la Compagnie de TEst, situées sur le territoire annexé et un solde restitué de 98.400 fr.

Le deuxième comprend :

Francs

Billets de la Banque de France 125.000.000 . .

Monnaies et billets allemafids 105.039.145 18

Monnaies d*or françaises 273.003.058 10

Monnaies d*argent françaises 239.291.875 75

Total 742.334.079 03

Il ne faut point perdre de vue qu'en mai 1871 TAllemagne était encore au régime monométallique argent. Elle a donc consenti à recevoir des monnaies d*or et d'argent françaises et des billets de la Banque de France, mais c'est surtout parce que, à cette époque, et grâce au bimétallisme français, l'or et l'argent avaient encore leur parité réelle du 15,5.

La troisième somme se subdivise ainsi :

Francs

Valeurs allemandes 2.799.514.183 72

Valeurs diverses 1 .448.813.190 54

Total 4.248.326.374 26

C'est ce dernier total qu'il a fallu transformer

:2:Vt LE CRÉDIT ET LA MONNAIE

en numéraire libératoire, et le tableau suivant nous «lonne la décomposition des achats de change effectués par le Gouvernement français :

Cours moyen Valeur

Monnaies Quantité d'achat effective

— — — Francs

Thalers 690,907.104 3.79 2.619.228.831

Livres sterling ... . 60.583.452 25.49 1.544.532.725

Marcs banco 280.707.013 1.90 535.841.617

Francs belges 518.209.291 1.00 521.370.367

Flor. de Hollande.. 150.519,519 2.15 323.816.960

Flor. de Francfort. 110.341203 2.16 238.745.254

Reichsmarcs 63.275.492 1.25 79.271.536

Total 5.862.807.290

Ce dernier chiffre est supérieur à celui des lettres de change, parce que les mêmes fonds figurent souvent sous deux formes : par exemple, en livres sterling, puis en thalers ; et aussi parce que le tableau comprend les sommes que notre Agence financière de Londres a dû employer pour le règlement des coupons des titres placés en Angleterre.

Dans son lumineux Rapport (qui donne tous ces chiffres et que tous les économistes qui s'occupent de questions monétaires devraient lire et apprendre par cœur) M. Léon Say explique les ingénieuses combinaisons auxquelles le Gouvernement français s'est arrêté pour réaliser cette effroyable quantité de numéraire libératoire sans provoquer une hausse ruineuse de nos changes étrangers. Les cours moyens d'achat contenus dans le tableau ci-dessus indiquent les merveilleux résultats de ces combinaisons.

Le rapporteur se pose ensuite cette question :

Que signifient les lettres de change trouvées dans notre pays par les agents du Trésor de 1871 à 1873?

Si on le savait, on aurait la clef de ce qui s'est passé pen-

dant ces trois années sur le marché français : on comprendrait la possibilité de la transmission, sans crise, d'un capital de 5 milliards de France en Allemagne, on aurait l'explication d'un fait qui n'est venu en quelque sorte probable que par sa réalisation, et dont on peut dire que la théorie nous échappe en partie.

Et après avoir démontré que les résultats de la balance commerciale ne donnent point la clé du problème, M. Léon Say examine la situation monétaire de la France en 1871.

Il rappelle que c'est surtout dans notre pays que l'or australien et californien est venu s'offrir à la frappe libre et il nous présente l'état de cette frappe :

Monnaies éCor

Francs

1852 à ia>() 1 .822.230.305

Total 6.640.237.260

Pendant la même période, il n'a été monnayé en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie que 8 milliards 449.550.000 francs, ce qui revient à dire que la France, à elle seule, « a absorbé 44 0/0 de la monnaie d'or frappée, de 1848 à 1871, dans les quatre grands pays où la circulation monétaire est fondée sur l'or ».

M. Léon Say estime qu'un milliard, à peine, do cet or frappé en France, a servi aux remises directes sur l'étranger.

« Les Hôtels de Monnaie d'Allemagne ont démonéa tisé pour 847 millions de francs de pièces d'or de 20

t francs et la Banque d'Angleterre a acheté pour 197 « millions de francs de pièces de 20 francs ».

Puis il examine enfin les ressources de change que les valeurs étrangères, existant en France en 1871, ont fournies de leur côté. Il en tire les îonclusions suivantes :

Quant à l'opération même du change entreprise par le Trésor français et à la composition du portefeuille de 4 milliards. et plus que le Trésor a réunis, on peut dire que les coupons de valeurs étrangères restées en France, et que les valeurs étrangères exportées en ont donné la majeure partie, presque la totalité, à l'exclusion du mouvement des marchandises, qui s'est balancé pour les trois années, et du mouvement des métaux précieux, qui n'a pas été aussi considérable qu'on pouvait le supposer, et qui n'a fourni que peu de chose en dehors des envois directs faits par le Trésor français à l'Allemagne.

Les choses se sont passées comme si les 5 milliards avaient été remis à Berlin en titres de rente et comme si les Français avaient envoyé leurs épargnes à Berlin pour racheter ces titres de rente, de même qu'ils les envoyaient auparavant en Italie, aux Etats-Unis, en Autriche et en Turquie, pour acheter de la Eente italienne, américaine, turque, ou des actions ou obligations des Chemins de fer autrichiens.

En fait, dès la fin de Tannée 1874, presque tontes les Rentes françaises prises par l'étranger au moment des grands Emprunts de 1871 et 1872 étaient revenues se classer dans des portefeuilles français.

Je pose maintenant cette question : Gomment les choses se seraient-elles passées si la France, ayant démonétisé Tor en 1854 ou 1855 (comme le demandait Michel Chevalier), la Guerre de 1870-1871 Pavait surprise en plein régime monométallique argent? Comment, malgré ses titres étrangers, aurait-elle pu mener à bonne fin, et sans dépenses ruineuses de conversions

(ces opérations ne lai ont coûté que 1L3G0.248 francs pour le premier Emprunt et seulement 277.037 francs pour le deuxième) cette formidable opération de change âiellen*avait eu dans sa circulation qu'une seule sorte de monnaie : l'argent?

Et tout d'abord le rapport bimétallique du 15,5 entre Ter et l'argent, que nous retrouvons intact en 1871, se serait-il maintenu, si la France — comme le fait si judicieusement remarquer le môme M. Léon Say dans sa Préface à la 3» édition française de la Théorie des Changes étrangers de M. Goschen —n'avait pas donné, an monde entier, jusqu'à cette époque une garantie très réelle, quoique indirecte, contre les variations de la valeur relative des deux métaux ?

« L'arrangement de Galonné, consacré par la loi de « germinal an IX (le bi^nétallisme) a permis à tous les <( paySj pays d'or et pays d'argent, d'entretenir des « relations monétaires faciles entre eux et de liquider « aisément leurs dettes internationales pendant près « d'un siècle, sans que les changes aient été sérieuse- « MENT TROUBLÉS, sl ce u'cst par des émissions de « papier-monnaie. »

M. Léon Say, qui a écrit cette belle Préface en juin 1892, nierait-il que la France, en 1871 et 1872, a été la première à bénéficier de cette harmonie monétaire universelle que son himétallisme maintenait depuis près d'un siècle ? Que c'est grâce à cette harmonie monétaire universelle, et à sa double circulation d'or et d'argent, qu'elle a pu utiliser si avantageusement le marché de Londres à étalon d'or, les marchés d'Amsterdam, de Hambourg et d'Allemagne à étalon d'argent ?

J'ai la conviction absolue que si M. Léon Say avait à refaire aujourd'hui son Rapport du 5 août 1874 sur le

Règlement de l'indemnité de guerre et sur les opérations de change qui en ont été la conséquence, il comparerait la situation monétaire universelle de 1871 à celle de notre époque, qu'il décrit ainsi dans sa Préface :

La monnaie d'or n'est plus exportable, et si' elle a cessé de l'être, c'est par la volonté des Gouvernements, c'est-à-dire en raison d'une politique financière dont les Gouvernements ont l'initiative et la responsabilité. La monnaie d'argent n'est pas exportable parce qu'elle n'est plus acceptée au dehors pour sa valeur nominale. Dans les pays où ces conditions se réali. sent, on peut dire qu'il n'y a pas de véritable monnaie ; il n'y a plus que des assignats garantis par des lingots d'argent, des warrants créés contre le dépôt d'une marchandise en baisse, sur laquelle il y a toujours eu, depuis quinze ans, plus d'offres que de demandes.

Les changes dénoncent très nettement cet état de choses, ils le crient tout haut; on ne peut étouffer leur voix.

Ils chercherait certainement à analyser les conséquences fatales de, cet état de choses pour les formidables opérations de change que le Gouvernement français a dû faire en 1871 et 1872, et je suis persuadé qu'il terminerait son nouveau Rappport en disant :

« Il a été fort heureux, pour la France, que le Gou- « vemement de l'Empire n'ait pas adopté la formule monométallique de Michel Chevalier. »

FUTURE CONVENTION BIMÉTALLIQUE 289

Les Bases de la Future Convention Bimétallique

IL ns nous reste plus à examiner que les conditions

communes dans lesquelles le régime du Double-étalon

pourrait être adopté, en même temps, par la France et

l'Union latine, l'Angleterre, TAUemagne, la Hollande

et les États-Unis.

La première de ces conditions communes, c'est le rapport légal à fixer pour la valeur relative des deux métaux précieux : Prendra- t*on le rapport réel qui existe à l'heure actuelle, entre Tor et l'argent, d'après le prix marchand de l'argent payable en or : 1 kilogr. d'or=29kiiogr. 6 d'argent? Reviendra-t-on au contraire à l'ancien pair bimétallique français : 1 kilogr. d'or =r 15 kilogr. 5 d'argent ?0u, enfin, prendra-ton un rapport intermédiaire, par exemple : 1 kilogr. d'or = 22 kilogr. d'argent ?

J'ai démontré dans les chapitres précédents que la valeur du rapport légal était une question indifférente en ce qui concernait la stabilité réelle de ce rapport : parce que le prix de l'argent par rapport à l'or, ou de l'or par rapport à l'argent, ne pourrait varier que dans des proportions infinitésimales (frais de transport, d'assurance et de frappe), si le porteur d'un lingot d'argent ou d'un lingot d'or pouvait toujours librement et sans restriction, transformer son métal précieux en monnaie légale

^'iO FUTURE CONVENTION BIMÉTALLIQUE

à cours forcé, dans Tun des Hôtels de Monnaie de la France et des Pays dePUnion latine, de l'Angleterre, de FAllemagne, de la Hollande ou des État-Unis.

Je ne reviendrai donc pas sur cette démonstration, engageant mes lecteurs à relire attentivement les Chapitres XV et XVI s'il pouvait rester, à cet égard, un seul doute dans leur esprit.

Si le choix du rapport est indifférent à la stabilité réelle de la valeur relative des deux métaux, les futures nations seront nécessairement amenées à adopter celui qui lésera le moins d'intérêts, et qui s'adaptera le plus facilement à la situation monétaire existante des pays en présence, chacun de ces pays pouvant naturellement conserver Tusage de ses diverses monnaies nationales : francs, écus, louis, schillings, livres, dollars, aigles, marcs, florins, thalers, etc.

Examinons rapidement cette situation :

La France et les pays de l'Union latine, l'Allemagne et la Hollande, possèdent à l'heure actuelle environ 4.500 millions d'écus ou monnaie d'argent ayant cours légal et forcé, frappée au titre 900"ae8 et au rapport de 1 kilogr. d'or := 15 kilogr. 5 d'argent.

Les États-Unis ont une circulation de dollars ayant cours légal et forcé de 2.400 millions de francs environ. Ces dollars sont frappés au titre de OOOmes, mais ils contiennent 24 gram. 057 d'argent fin et leur rapport au dollar d'or (soit : 1 gram. 5045 d'or fin), est del kilogr. d'or = 15 kilogr. 99 d'argent.

L'Angleterre, pays monométallique-or, n'a pas de monnaie d'argent libératoire dans le vrai sens du mot. Elle a bien 500 à 550 de millions de francs de monnaie d'appoint d'argent (shilling), frappée au titre de 925me«

FUTURE CONVENTION BIMÉTALLIQUE 241

mais cette monnaie n'est légal tender que jusquà concurrence de 2 livres sterling ou 40 shillings.

Si l'Angleterre devenait bimétallique réelle, tout en conservant l'usage de ses monnaies habituelles, il lui sufârait de créer des pièces de 4 shillings à la parité de 5 de ces pièces pour une livre sterlings, et de leur donner légal tender, absolument comme pour les souverains d'or actuels.

Tous les pays intéressés adoptant l'ancien rapport légal français : 1 kilogr. d'or = 15 kilogr. 5 d'argent, la valeur des 4.500 millions de francs d'argent du premier groupe monétaire, resterait ce qu'elle est actuellement à l'intérieur des divers pays» qui les possèdent, et les gouvernements respectifs n'auraient à subir, grâce à ce rapport, aucune perte pour le présent, et aucune perte pour l'avenir, puisque toutes les nouvelles pièces présentées à la frappe libre par les particuliers, le seraient à des conditions identiques à la frappe des pièces anciennes.

Les Etats-Unis n'auraient pas un grand intérêt à refondre leurs 2.400 millions de francs qui sont actuellement au rapport de 1 kilogr, d'or pour 15 kilogr. d'argent parce que la refonte (déduction faite des frais de concentration, de transport et^de frappe nouvelle) ne leur donnerait guère qu'une soixantaine de millions de francs de bénéfice.

Les pays contractants devraient, cependant, exiger cette refonte pour éviter les effets de la Loi Greaham. Sans cela, et pour les raisons que j'ai développées au Chapitre XVII, tous les dollars américains anciennement frappés risqueraient de traverser l'Atlantique.

242 FUTURE CONVENTION BIMÉTALLIQUE

Quant à FÀngleterre elle n'aurait ni à perdre, ni à gagner : ses schillings (monnaie divisionnaire), conserveraient leur valeur actuelle et les futures pièces de quatre schillings, qne les particuliers anglais ou étrangers obtiendraient en portant des lingots d'argent à ses Hôtels de Monnaie, n'auraient rien à craindre du rapport 15,5 par Texcellente raison que ces pièces ne seraient frappées qu'après l'adoption définitive de ce rapport.

Pour bien comprendre que le choix du rapport bimétallique ne pourrait avoir de répercussion que sur la valeur des monnaies d'argent actuellemeut créées, il ne faut pas oublier que le jour où les grandes Puissances métalliques auraient adopté le régime du Double-étalon, avec frappe libre et pouvoir libératoire pour les deux métaux, la valeur respective de For et de l'argent se fixerait, dans le monde entier, au taux assigné par le rapport admis.

Supposons que ce rapport, soit 1 kilogramme d'or = 15 kilogrammes 5 d'argent : immédiatement l'argent en barre remonterait à son ancien prix de 222 francs le kilogramme de fin (moins les frais de frappe), l'or restant toujours à 3.444 francs.

Si le rapport choisi était 1 = 22 : le prix du kilogramme d'argent fin se fixerait à 156 francs, moins les frais de frappe.

Avec le rapport réel actuel: 1=29,6 le pri]^ du kilogramme d'argent fin se maintiendrait à 116 francs, toujours les frais de frappe en moins.

Silerapport: 1=15,5 était adopté par l'Angleterre, et si ce pays conservait ses monnaies actuelles, la future pièce de 4 schillings d'argent libératoire s'obtiendrait

FUTURE CONVENTION BIMÉTALLIQUE 243*

exactement avec 22 {|[rammes 7 d'argent fin, parce que ces 22 grammes 7, à 222 fr. 22 le kilogr. (toujours moins les frais de frappe) vaudrait exactement 5 f r. 004, c'est-à-dire rigoureusement la cinquième partie d'une

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