‹ La crise des changes: la baisse de l'argent et ses conséquences, laChapitre 46 sur 48 · livre sterling · texte numérisé non relu

livre sterling

Si Ton s'arrêtait au rapport : 1 = 22, fixant le prix de l'argent fin à 156 francs le kilogr., la valeur de la future pièce de 4 shillings d'argent libératoire serait toujours de 5 fr. 044, mais son poids s'élèverait à 32 gr. 3 d'argent fin.

La pièce n'aurait pas plus de valeur monétaire, pas plus de puissance d'acquisition ou de libération qu'avec le rapport : 1 = 15,5 ; elle pèserait simplement 9 gram. 6 de plus.

Le particulier qui la ferait frapper ne gagnerait pas un penny de plus avec le rapport : 1 = 22 qu'avec le rapport : 1 = 15,5. Dans le premier cas, il paierait l'argent en barre 156 fr. le kilogr., mais il lui faudrait fournir 32 gr. 3 d'argent pour avoir une pièce de 4 shillings d'argent libératoire, équivalant à un cinquième de souverain d'or; dans le second, cas il paierait . le kilogr. d'argent 222 fr., mais avec 22 gr. 7 d'argent fin il aurait la même équivalence du cinquième du souverain d'or, soit 4 shillings d'argent libératoire ou 5 fr. 044.

Avec le rapport : 1= 29,6 la môme pièce de 4 shillings pèserait 43 gr. 4.

Mais il faut bien remarquer que la fortune de l'Angleterre, qui seule pourrait faire quelques objections' contre le choix du rapport 15,5 — puisque les autres

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nations d^Europe ont déjà 4.500 millions de francs de monnaies d'argent libératoire frappées à ce rapport, et que les 2.400 millions de francs des États-Unis ont un rapport actuel un peu plus élevé — n'aurait pas plus de bénéfice avec le rapport 29,6, qu'avec le rapport 15,5.

Dans le premier cas, sa future pièce libératoire d'argent, égale en valeur à un cinquième du souverain d'or, contiendrait 43 gr. 4 d'argent fin, mais comme l'argent fin ne se vendrait forcément qu'à 116 francs le kilogr., cette pièce ne vaudrait que 5 f r. 044 d'or et rien de plus. Dans le second cas, la dite pièce ne contiendrait que 22 gr. 7 d'argent fin, mais l'argent valant forcément 222 fr. le kilogr. elle vaudrait toujours 5 fr. 044 d'or, et l'Anglais qui la posséderait ne serait ni plus riche, ni plus pauvre, que si elle contenait 43 gr. 4, l'argent valant 116 fr. le kilogr.; elle pèserait moins dans sa poche, voilà tout.

Il n'en serait pas ainsi s'il s'agissait du blé, de la laine, ou d'une marchandise quelconque pouvant être consommée. La question du poids par rapport à la valeur resterait une question capitale, tandis qu'elle n'a réellement aucune importance avec la monnaie qui n'est pas une chose directement consommable, mais simplement la mesure de la valeur des choses, l'équivalence et le véhicule de cette valeur.

Qu'importe le poids du mètre chargé de mesurer les longueurs, qu'importe le poids du billet de banque équivalant à une somme de 1.000 francs : Ce mètre estil rigoureusement conforme à l'étalon admis ? Ce billet de 1.000 francs sera-t-il accepté par tout le monde pour 1.000 francs ; aura t-il pouvoir libératoire et

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cours forcé pour cette valeur ? Voilà ce qu'il faut garantir au public ! Et n'avons-nous pas vu que le régime du Double-étalon, adopté à des conditions communes par les grandes Puissances métalliques, peut sûrement appointer au monde cette garantie ?

L'adoption du rapport : 1 = 15,5 ne donnerait aucun profit à l'Angleterre, mais ne lui causerait aucun préjudice ; ce rapport procurerait au Trésor américain une soixantaine de millions de francs d'économie sur sa circulation actuelle de dollars monnayés et un certain nombre de millions (qu'on pourrait déterminer d'après le prix d'achat) sur l'argent qu'il possède en ce moment à l'état de lingots.

Les autres nations contractantes auraient à examiner < si les États-Unis ne devraient pas les faire participer (au prorata du chiffre de leur population respective) à ce bénéfice direct, exslusivement produit par l'adoption commune du rapport 15,5.

Les États-Unis se prêteraient certainement de bonne grâce à cette répartition, dont la forme serait à trouver, parce que le rapport 15,5 procurerait d'énormes avantages à ses propriétaires de mines d'argent.

Nous avons vu aux chapitres XVII et XVIII que de longtemps TEurope n'aurait pas à redouter la surproduction que le relèvement des prix de l'argent pourrait provoquer dans les mines américaines, et cela par la simple raison que les propriétaires de ces mines trouveraient toujours un plus grand profit à faire transformer leurs lingots en dollars américains qu'en schillings, écus ou thalers. Mais le bénéfice des silvermen n'en serait pas moins très considérable et le Gouvernement des États-Unis ne saurait le méconnaître.

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En ce qui touche la France, et les pays de rUnion latine, TÂllemagne et la Hollande, le rapport du 15,5 consacrerait simplement leur situation monétaire actuelle, sans modifier la valeur ou le poids de leurs écus, thalers ou rixdalers. Je dois même ajouter qu'il serait presque impossible à ces pays d'adopter un rapport supérieur.

En eflfet, nous savons que leur circulation de monnaie d'argent libératoire (frappée sur le pied de 15 kilogrammes 5 d'argent pour 1 kilogr. d'or) représente une somme totale de 4.500 millions de francs, laquelle somme a conservé sa pleine valeur monétaire à l'intérieur des pays d'origine. Si on élevait le rapport à 18 kilogr. d'argent pour 1 kilogr. d'or par exemple, il faudrait refondre toute cette monnaie et donner au franCy si nous examinons le cas de la France, non plus le poids de 4 gr. 5 d'argent fin comme avec le rapport 15,5, mais le nouveau poids légal de 5 gr. 2 d'argent fin.

Ce qui revient à dire que les 4.500 millions de monnaie d'argent libératoire de l'Union latine, de l'Allemagne et de la France perdraient en valeur intérieure 625 millions de francs.

. Si le rapport adopté était : 1 = 22 la perte s'élèverait à 1.332 millions de francs.

Enfin, si l'on prenait le rapport existant actuellement entre le prix marchand de l'argent par rapport à l'or : 1 kilogr. d'or = 29 kilogr. 6 d'argent, la perte atteindrait 2,150 millions de francs.

Les mêmes calculs appliqués à la circulation des dollars américains, actuellement frappés du rapport : 1 = 15,99 donneraient'pour les Etats-Unis une perte de

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265 millions de francs avec le rapport : 1 = 18 ; une perte de 655 millions de francs avec le rapport : 1 = 22 et une perte de 1.095 millions avec le rapport : 1 = 29,6.

Inutile de dire que ce sont les gouvernements respectifs de ces divers pays qui devraient supporter

cette perte et cette simple perspective rendrait

tout accord international impossible.

Il y aurait encore un autre moyen qui permettrait d*éviter la perte pour les pays bimétalliques : ce serait de majorer la valeur relative de Tor et de décider, par exemple, que la pièce de 20 francs au lieu de contenir - 6 gr. 45 d'or au titre 900«, comme avec le rapport 15,5, n'en contiendrait plus que 5 grammes ou 4 grammes, selon le rapport que Ton voudrait adopter.

Si le prix marchand de Targent fin payable en or était par exemple de 111 francs (nous y sommes presque), le rapport réel des deux métaux précieux serait exactement de 1 kilogr. d'or = 31 kilogr. d'argent.

Si Ton voulait maintenir ce rapport sans modifier le poids et la valeur des pièces de 5 francs, il suffirait de décider que 1/2 kilogr. d'or = 15 kilogr. 5 d'argent. Les pièces de 5 francs conserveraient leur poids et leur ancienne valeur légale, mais les louis d'or vaudraient immédiatement 40 francs d'argent.

Mais ce procédé (qui serait très désavantageux pour les propriétaires des mines d'argent, tandis qu'il doublerait les bénéfices des propriétaires des mines d'or), aurait des conséquences désastreuses pour le régime économique de tous les pays dont la circulation monétaire est au pair de l'or, parce qu'il consacrerait irrémédiablement l'avilissement de l'argent.

Eu rendant définitif le renchérissement de l'or, par

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rapport à l'ancien ne valeur de l'argent, il rendrait plus précaire encore la valeur extérieure de la monnaie des pays à circulation argent ou papier avarié et accentuerait ainsi : soit du côté de rExtrôme- Orient, soit du côté des pays de TAmérique du Sud, soit du côté des nations de TEurope à circulation papier avarié, cette crise des changes dont la répercussion est si cruelle pour la France, la Belgique, la Suisse, la Hollande, l'Allemagne et les Etats-Unis.

En résumé, la solution du grand problème monétaire ne peut s'obtenir que par la réhabilitation de l'argent et par la résurrection de l'ancien pair bimétallique français : 1 kilogr. d'or = 15 kilogr. 5 d'argent.

Mais sous quelle forme ce pair bimétallique peut-il être accepté par la France, l'Angleterre, l'Allemagne et les Etats-Unis.

Dans son livre : La Monnaie et le bimétallisme international, M. Emile de Lavelaye a posé en principe que ce Bimétallisme pouvait fonctionner sans qu'il fût nécessaire, aux pays qui se mettraient au régime du Double-étalon, de conclure entre eux des traités, de signer des Conventions. Il suffirait, d'après lui, que quelques grands Etats prissent l'initiative de lamesure pour obtenir le résultat désiré.

Je crois que, sous cette forme, la question est mal posée, parce qu'il n'y a pas de grand pays qui voudra ouvrir ses Hôtels de monnaie à la frappe libre et sans limitation de l'or et de l'argent, avec pouvoir libératoire aux deux métaux dans le rappport de : 1 = 15,5, s'il n'a la certitude absolue que d'autres grands pays ouvriront leurs Hôtels de Monnaie en même temps et aux mêmes conditions que lui.

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Mais H. Gemuschi a formulé une proposition de Convention bimétallique qui résume d*une manière absolument parfaite toutes les conditions communes que les grands Etats devraient accepter : Voici le texte de ce document :

Convention Bimétallique

Article premier. — L'Angleterre, rAllemagne, les Etats- Unis d'Amérique et la France admettront l'or et l'argent au monnayage sans aucune limite de quantité, et adopteront la proportion de 1 à 15 1/2 entre le poids du métal pur contenu dans l'unité monétaire en or et le poids du métal pur contenu dans la même unité en argent.

Article 2. — Sous la condition que cette proportion de 1 à 15 1/2 sera toujours observée, chaque Etat restera libre de garder ses types monétaires : dollar, franc, livre sterling, mark.

Article 3. — Toute personne aura droit d'apporter toute quantité d'or ou d'argent, soit en lingots, soit en pièces de monnaie étrangère, aux Hôtels de Monnaie de chaque Etat pour la reprendre ensuite sous la forme de numéraire.

Article 4. — Le monnayage sera gratuit pour le public. Chaque Etat prendra à sa charge les frais de .son monnayage.

Article 5. — Les Hôtels de Monnaie de chaque Etat devront frapper le métal apporté par le public aussi rapidement que possible et à la susdite proportion de 1 à 15 1/2 entre les espèces d'or et les espèces d'argent. Le numéraire ainsi fabriqué sera remis à la personne qui aura apporté le métal ou à ses ayant-droit.

Si la personne qui apporte de l'or ou de l'argent demande le paiement immédiat de la somme qui lui reviendrait après le délai de monnayage, ce paiement lui sera fait moyennant une retenue qui ne pourra excéder deux pour mille. La somme sera comptée au gré de la partie payante, en numéraire, or ou argent, ou en billets au cours légal et convertibles à vue en monnaie métallique.

Article 6. — Les monnaies d'or et d'argent auront cours

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légal et pour toute somme, dans l'Etat qui les aura fabriquées.

Article 7. — Dans chaque Etat le Gouvernement conti- . nuera à émettre, par voie de monopole, sa monnaie divisionnaire ou d'appoint ; il en déterminera la quantité et la qualité et fixera le montant au delà duquel un particulier ne sera tenu de la recevoir en paiement.

Article 8. — Le fait d'émetttre ou de laisser émettre du papier-monnaie ne dispensera pas l'Etat qui l'émettra ou le laissera émettre de l'obligation ici stipulée de tenir des Hôtels de Monnaie toujours ouverts au libre monnayage des deux métaux à la proportion de 15 1/2,

Article 9. — L'or et l'argent, soit en lingots, soit en numéraire, ne seront soumis à aucun droit de douane, ni à l'importation ni à l'exportation.

Article 10, — La réception de l'argent commencera le 1890 dans tous les Hôtels de Monnaie, .

Article 11. — La présente convention restera en vigueur jusqu'au 1«' janvier 1900. Si, un an avant cette date, elle n'a pas été dénoncée, elle restera prorogée de plein droit, par voie de tacite reconduction, jusqu'au 1" janvier 1910, et ainsi de suite par période de dix ans jusqu'à ce qu'elle soit dénoncée un an avant l'expiration de la période décennale.

Je ne me permettrai de discuter qu'un seul article de ce projet de Convention : V Article 4.

Je ne pense pas qu'il soit utile de faire prendre aux Etats les frais du monnayage : J'estime, au contraire, qu'il faut non seulement les dispenser de ces frais, mais leur laisser, même, un djroit de seigneuriage assez important : par exemple, 10 francs par 1,000 fr. ou 1 0/0, comprenant à la fois les frais de frappe et le droit de seigneuriage, et ces 10 francs s'appliquant également à 1.000 francs d'or ou 1.000 francs d'argent.

Il n'est pas nécessaire de favoriser la spéculation

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cambiste au détriment des contribuables : que TEtat slnteidise de frapper les lingots d"or et d'argent d'un droit de douane quelconque; qu'il prenne l'engagement formel de livrer la monnaie dans un délai uniforme à celui des autres Etats, ou de payer immédiatement les lingots sous déduction d'un escompte déterminé : rien de plus juste. Mais qu'il se prive du droit de timbre qu'il impose aux billets de banque, aux chèques, aux lettres de change, etc.. : je n'en vois pas la raison.

Mais ce n'est là qu'une toute petite question de détail qui n'enlève aucune valeur à la Convention Gernuschi, dont les grandes lignes serviront certainement à l'accord international des quatre grandes Puissances métalliques le jour, prochain, peut-être, où cet accord interviendra.

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