‹ La Crise des Eaux-de-Vie Naturelles et La Taxe DifférentielleChapitre 11 sur 87 · ES · texte numérisé non relu

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Il voit d'un mauvais œil cette production locale et semble considérer la culture de la vigne comme sa propriété exclusive; il croit ou feint de croire qu'en dehors de lui, on ne peut obtenir que de maigres récoltes d’un “vin qui pour être buvable exige l'emploi du sucre. Peu s’en faut qu'il ne réclame l'interdiction de la vigne en dehors du Midi, de la Gironde et de la Bourgogne (1).

D'un autre côté, la consommation du vin à progressé, ainsi que le montrent les statistiques ; il en résulte que la production naturelle serait normalement à peine suifisante pour alimenter à elle seule le marché.

Mais à côté de cette production naturelle, il existe une production artificielle qui multiplie frauduleusement les récoltes et rend le vin suspect; c'est la fabrication des vins de raisins secs, de marcs, de sucre et des piquettes, le mouillage et l'utilisation des vins défec-

tueux. Il n’est pas exagéré de dire que cette production

obtenir du raisin et la plante de Bacchus poussera bientôt tout près de chaque consommateur indulgent au vin et même à la piquette de son terroir. Avec un peu de sucre pour lui donner du montant, son vin lui paraîtra aussi bon que du Bourgogne. » (Revue vinicole, 1905, n° 16, p. 14.)

1. Le projet de distillation obligatoire pour les vins faibles irait droit à ce but; la vigne, dans bien des cas, ne donnerait pas le degré minimum exigé par la proposition de M. Durand en 1909. Par contre, le Nord, c'est intéressant à remarquer, émet une théorie économique identique suivant laquelle on ne pourrait cultiver la vigne pour obtenir de l'alcool, car il y a d’autres sources plus faciles et plus rémunératrices de ce produit ; il faudrait donc mettre de côté les vins nécessaires à la consommation et ne distiller que l'excédent.

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artiticielle fut en grande partie l'œuvre des propriétaires eux-mêmes.

Au temps de la crise phylloxérique, ils ont demandé au Parlement le vote de lois permettant la fabrication des vins de raisins secs el de sucre, sous prétexte qu'il. leur fallait pour leur usage personnel une boisson moins chère que celle qu'ils vendaient. Malheureusement, beaucoup d’entre eux ne se sont pas arrêtés à la consommation familiale; ils n'ont pas résisté à la tentation et à la facilité d'écouler dans la consommation générale ces vins défectueux. Ces pratiques coupables ont amené un contingent sérieux à la baisse des prix en discréditant notre production nationale. La loi du 6 avril 1897 enraya un peu le mal en réglementant la fabrication des vins de raisins secs et en la soumettant au régime fiscal des alcools; la loi du 29 juin 1907 vint à son tour restreindre la faculté du sucrage en première et deuxième cuvées,

A la suite de ces mesures, la fabrication des vins de raisins secs fut à peu près abandonnée, mais celle des vins de sucre n'a pas cessé d’une façon aussi générale ; les petits vignerons du Centre et de l'Est de la France ont réclamé pour eux et réclament encore aujourd’hui le sucrage en première et deuxième cuvées, et ils suivent en cela l'exemple du Midi au moment de la crise. La grande viticulture critique aujourd’hui l'emploi du sucre et ses abus : elle accepterait toutes les interdictions qui

ne la gênent pas, pourvu que son vin se vende et elle

réclame aujourd’hui la réglementation ou même la suppression du sucrage. oubliant qu’elle a sa part considérable de responsabilité dans le développement de cette fabrication artificielle. Si les récoltes se vendent bien à l'heure actuelle et si le Midi n’a plus intérêt à sucrer, il n'en fut pas de même pendant la crise. En 1903. par exemple, beaucoup de viticulteurs ont doublé et même triplé leur récolte; le sucre n’était pas alors considéré comme l'ennemi du vin, mais comme son précieux auxiliaire (1).

Remarquons aujourd'hui, après les récoltes déficitaires de 1909 et 1910, la mentalité de certains viticulteurs qui, jadis zélés partisans des lois de protection viticole, réclament à l'heure actuelle une grande tolérance dans l'application des dispositions réprimant les fraudes commerciales. C'est ainsi que les conseils généraux de l'Allier et de la Vendée adoptent des vœux tendant à l’adoucissement de la répression en matière de mouillage (2). Signalons encore une proposition de loi de M. Cassadou, député, tendant à autoriser sous certaines conditions, la circulation et la vente des piquettes

en Gironde.

1. À Aimargues, par exemple, du 3 septembre au 26 octobre 1903, arrivèrent 53 wagons contenant 492.935 kilogrammes de sucre cristallisé. C’est après de tels abus que le Midi voudrait supprimer aux petits vignerons la faculté de sucrer qui leur permet de retirer de la vigne leur boisson familiale.

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