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D'autre part, les viticulteurs qui combattent les alcools industriels au nom de l'hygiène oublient qu’ils fournissent des arguments aux antialcoolistes intransigeants ; ceux-ci retournent contre l’alcool en général, et contre les eaux-de-vie naturelles elles-mêmes, les attaques qui visaient d'abord les seuls spiritueux d'imitation. Ces plaintes exagérées contre les falsifications et usurpations de noms ont mis en méfiance les acheteurs consommateurs et ont contribué à restreindre l’écoule-
ment des produits naturels.
$ 6. — La Diminution de l'exportation
La dernière cause de la crise des eaux-de-vie naturelles est la diminution de l'exportation ; de 590.497 hectolitres en 1872 et de 504.410 hectolitres en 4876,celleci tombe brusquement à 274.465 hectolitres en 1877 et de 314.000 hectolitres en 1891, elle retombe à 259.581 en 1892 pour demeurer stationnaire depuis cette époque (1). C’est qu'en 1875 et 1892, deux faits se produisirent qui eurent une grande influence sur nos exportations : la crise phylloxérique et la politique protectionniste inaugurée par notre système douanier. A ces deux causes, il faut joindre l'influence de la campagne
antialcoolique menée à l'étranger comme en France.
1. Bulletin des Contributions indirectes, 1908, p. 275. Voir le tableau ci-contre.
ExXPORTATION DES ALCOOLS DEPUIS 1800
Total | Total Total
Années de l’alcool Années | de l'alcool | Années | de l’alcool pur exporté pur exporté pur exporté hectolitres hectolitres hectolitres
1852 | 339.883 | 1891 | 416.039 | 1890 | 316.551 1853 | 270.040 | 1892 | 590.497 | 1891 | 314.938 1854 | 158.866 | 1893 | 534.132 | 1892 | 259.581 1855 | 159.868 1874 | 390.014 | 1893 | 254.223 1856 | 197.534 | 1895 | 445.776 | 1894 | 260.980 1857 170.148 | 1896 | 504.410 | 1895 | 269.632 1858 | 921.167 | 1897 | 274.465 | 1896 | 272.062 1859 |.313.103 1878 | 302.760 | 1897 | 277.900 1860 | 173.358 1879 | 340.725 | 1808 | 273.472 1861 16/.238 1880 | 283.814 | 1899 | 274.471 1862 | 183.927 1881 | 285.937 | 1900 | 327.466 1863 | 224.159 1882 | 242.543 | 1901 | 296.233 1804 253.443 | 1883 | 206.947 | 1902 | 257.403 1865 297.127 1884 | 260.780 | 1903 | 268.090 1866 | 363.077 1885 | 269.205 | 1904 | 251.444 1867 : | 297.931 1886 | 277.530 | 1905 | 271 987 10020 CIS 1887 | 264.604 | 1906 | 266.093 1907 | 300.532
A. — La crise phylloxérique. — Jusqu'en 1875, l’'exportalion était la règle pour les Charentes et elle fournissait à nos eaux-de-vie un débouché rémunérateur et assuré; mais avec la crise phylloxérique, le viticulteur français s’est trouvé dans l'impossibilité de satisfaire son ancienne clientèle et d'alimenter le marché que la réputation de ses produits lui avait conservé jusque-là. Les alcools naturels étaient insuffisants pour la consom-
mation intérieure ; à plus forte raison, le marché exté-
rieur devait-il leur échapper. La crise viticole eut ainsi pour résultat de pousser au développement des vignobles en Italie, Espagne, Algérie et Californie. Le commerce français, les viticulteurs eux-mêmes acceptèrent avec enthousiasme les vins étrangers qui, mélangés à nos produits insuffisants et médiocres, leur permettaient de satisfaire la clientèle au plus fort de la crise ; ils se rendirent eux-mêmes en Algérie et en Italie pour y enseigner les procédés perfectionnés de viticulture et de vinilicalion qui, jusque-là, étaient restés l’apanage de nos vignobles.
Ainsi favorisés par les circonstances, les vins étrangers prirent un développement considérable qui leur permit de combler les vides creusés par la crise phylloxérique et d’entrer en concurrence avec nos produits sur le marché intérieur lui-même.
Un résultat identique s’est produit pour les eaux-devie. Remarquons d’abord que les Charentes écoulaient leurs eaux-de-vie surtout en Angleterre et en Allemagne ; on à attribué la diminution de nos exportations depuis 1875 à des causes économiques; pour l'Angleterre, on a mis en avant la gêne qui suivit la guerre du Transvaal et on a invoqué pour l’Allemagne la situation critique de l’industrie, situation qui a produit un tassement général du marché (1). Mais il faut surtout y voir
la conséquence de la crise phylloxérique.