SON IMPORTANCE. — SON LIEN AVEC LA CRISE VITICOLE
Si nous considérons les tableaux de la production et du prix des eaux de-vie naturelles, de celles de vin en particulier, nous voyons deux phénomènes se produire depuis un certain nombre d'années: la diminution de la production et l'abaissement du prix de vente. Ce n’est pas que la matière première soit plus rare; tout le monde connaît la crise d’abondance qui a frappé la viticulture et, d'un autre côté, la consommation de l'alcool n’a cessé d'augmenter.
Le fait brutal, c’est que les chais des négociants sont remplis; mais le commerce paralysé ne peut écouler
ses stocks et n’achète PQ au producteur. En un mot,
1e les eaux-de-vie naturelles ne se vendent plus à un prix rémunérateur qui en rende la distillation possible : c'est, depuis 1900, une crise plus terrible que celle de l'oïdium et du phylloxera qui dévastèrent à deux reprises le vignoble français dans le courant du siècle dernier (1).
La production des eaux-de-vie naturelles, déclarent les défenseurs des intérêts viticoles, est en pleine décadence et elle finira par disparaitre, si les pouvoirs publics ne se décident à intervenir.
Et si nous envisageons la place considérable de la viticullure dans la production nationale, les ressources qu'elle fournit à une nombreuse population, viticulteurs et autres professions qui s’y rattachent, la valeur exceplionnelle des terres et des capitaux engagés dans cette production, et surtout le renom et la place qu’elle nous garde sur le marché mondial, il nous faut reconnaître l'importance des crises fréquentes qui la frappent et dont les conséquences sont d'autant plus graves que dans bien des régions la vigne est la seule culture possible (2).
1. Il faut remarquer que la crise n’est pas un fait particulier à la France; la plupart des pays viticoles, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, ont souffert ou souffrent encore du même mal.
2. La France produit en moyenne 60 millions d’hectolitres de vin, soit plus d’un tiers de la consommation du monde qui s'élève à 160 millions. La valeur des vins français est de
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La continuation de la crise serait la ruine économique pour le Midi et ses trois-six de vin, pour les Charentes et leurs eaux-de- vie ;et cela, malgré les efforts énormes et les sacrilices considérables accomplis pour la reco nstitulion du vignoble après le phylloxera, malgré même les succès obtenus par la viticulture entière dans cette reconstitution.
Cette situation n'a pas échappé à l'opinion qui, depuis 1895, s’est émue à bien des reprises et s’est manifestée sous forme de pétitions et de propositions de lois en faveur des eaux-de-vie naturelles ; parfois le Parlement na repoussé ces propositions qu'à de faibles majorités. Et même cette évolution si mouvementée ne s'est pas faite sans de graves convulsions économiques ; c'est au printemps de 1907 que lacrise atteignit son caractère Le plus violent : tout le monde connait les incidents regrettables de mai et juin 1907, à Narbonne, Béziers, Perpignan, Carcassonne, Nîmes et Montpellier.
La situation des eaux-de-vie naturelles s’est encore aggravée en présence de la crise vilicole ; on peut dire
alors qu'il y a une crise unique sous deux formes
1.200 millions par an sur les 10 milliards que rapporte le sol national. La viticulture fait vivre 1.500.000 propriétaires et 6.000.000 d'ouvriers ; elle emploie annuellement 300 millions d'engrais chimiques et 200 millions d’instruments; elle donne au Trésor 500 millions d'impôts et l’exportation des vins et eaux-de-vie s'élève à 260 millions. (Revue politique et parlementaire, Mai 1900.)