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gée à la monoculture contre celle qui a pour ressources des productions variées. Or, il est certain que le sol et le climat de certains départements du Midi en font des régions vouées à la culture exclusive de la vigne, et s’il leur fallait renoncer à cette production, la seule qui leur soit possible, ils resteraient déserts. Le Nord, au contraire, et en général les régions productrices de la betterave à alcool, sont des terrains riches et capables de produire toutes sortes de récoltes.
D'autre part, la vigne dans le Midi représente 1 million 735.000 hectares, tandis que le Nord ne plante en betteraves que 80.000 hectares ; il est encore logique de protéger la culture qui représente la superficie la plus étendue.
Il faut ajouter que la culture de la vigne n’a qu'un débouché, la consommation sous forme de vin ou d’eaude -vie, tandis que le Nord a de nombreux emplois pour son alcool; celui-ci n’est pas seulement une boisson, mais une source de lumière, de chaleur et de force motrice. La vigne ne produit que du vin et souvent même, comme dans les Charentes, un vin impropre à la consommation directe et qu'il faut transformer en eau-de-vie ; la betterave, au contraire, donne encore sa pulpe pour la nourriture des bestiaux et elle prépare économiquement les récoltes qui la suivent dans l’as-
solement des terres (1).
1. On a essayé d'employer les marcs de raisin à l’alimentation du bétail, sous forme de « marcs mélassés », mais cette tentative est restée vaine.
Enfin la betterave est annuelle ; il suffit de six mois pour planter et récolter : il est donc facile au propriétaire d'abandonner cette culture lorsqu'elle cesse d’être productive et d'échapper ainsi aux crises violentes. La vigne, au contraire, à un caractère de durée et de fixité dont l'homme n’est pas maître ; la création d'un vignoble exige de nombreuses dépenses, et il faut attendre longtemps avant d’en tirer un revenu ; on peu arracher en un jour, mais il faut des années pour reconstituer. Et quand la crise éclate, que les prix s avilissent, le viticulteur est rivé à sa production ; il faut, bon gré, mal gré, qu'il fasse du vin, même à perte. Le Nord est mieux doué par la nature pour résister: aux crises, et il serait injuste de lui sacrifier le Midi.
La taxe différentielle sauvera la viticulture en permettant aux alcools naturels de reprendre leur place dans la consommalion et en allégeant ainsi le marché des vins eux-mêmes par un retour facile à la distillation d'autrefois. Elle agira de deux façons : par son taux d’abord, la différence des tarifs égalisant le prix de revient des alcools, rélablira dans une certaine mesure l'équilibre des conditions de la concurrence ; elle sera surtout l'origine et l'occasion d'un contrôle sévère de l'administration, d'une authentification qui rendra au Midi son ancienne clientèle à l'intérieur et à l'étranger. L'alcool d'industrie lui-même a tout intérêt à ce que les eaux-de-vie naturelles ne disparaissent point, car avec
elles s’en iraient les produits d'imitation ou de coupage
dans lesquels l'alcool du Nord entre en grandes proportions.
Les partisans modérés de la laxe différentielle ne méconnaissent pas d'ailleurs le droit à l’existence pour les producteurs de betteraves et de grains ; ils ne veulent pas substituer une crise à une autre crise, sauver les eaux-de-vie du Midi en sacrifiant l'alcool du Nord; à ce dernier, on ouvrira de larges débouchés vers l’industrie. Ainsi, « grâce à la taxe différentielle, chaque facteur de la production nationale reprendra sa place légitime: nos eaux-de-vie retrouveront la clientèle qu'elles ont perdue ; nos vins reverront les cours qui firent la fortune des vignerons de France et l'alcool recevra de larges compensations aux concessions que nous ne voudrons pas lui arracher de vive force, mais que nous espérons lui faire librement consentir » (1). La lutte cessera entre ces différentes branches de la production pour la conquête d’un marché trop restreint, chacune d'elles aura ses débouchés : telle est la solution du pro-
blème des eaux-de-vie naturelles.
$ 2. — La Taxe différentielle est juste, car elle s'applique à des produits différents
Les partisans de la taxe différentielle veulent aussi la
justifier théoriquement; les alcools naturels et industriels