‹ La Crise des Eaux-de-Vie Naturelles et La Taxe DifférentielleChapitre 42 sur 87 · Taquet, p · texte numérisé non relu

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injustifié, et dont le poids retomberait sur la clientèle pauvre ; le peuple admettrait difficilement qu'on augmente sa part d'impôt au profit exclusif des proprié-

{aires ou du consommateur des classes aisées.

$ 3. — La taxe différentielle n’est pas réclamée

par l'hygiène

Nous avons vu que la taxe différentielle avait été réclamée au nom de l'hygiène et de la santé publiques, car l’eau-de-vie naturelle, affirmait-on, doit être considérée comme moins nocive que l’alcool industriel; mais celte opinion est discutable.

Au point de vue du goût, de la finesse et du bouquet, les grandes eaux-de-vie de Cognac, d'Armagnac et de quelques autres terroirs ont une supériorité que nul ne leur conteste et qui leur a valu dans le monde entier une réputation dont les producteurs ont le droit d'être fiers et dont la France aussi peut s'enorgueillir, car elles sont l'un des meilleurs produits de son sol. Mais au point de vue hygiénique, est-il possible d'affirmer que ces eaux-de-vie soient préférables aux alcools d'industrie qui, parfaitement rectiliés comme ils le sont aujourd'hui dans nos grandes distilleries, contiennent une proportion de non-alcool presque nulle ?

Remarquons d'abord que l'alcoolisme n’est pas le

mal dont on a souvent tracé de noirs tableaux ; s’il

fallait ajouter foi aux affirmations des hygiénistes, dans quel état se trouveraient les pays où l’abus de l'alcool est aussi répandu qu’en France, c’est-à-dire en Angleterre, en Belgique et en Allemagne ; ces nations, au contraire, ont une vitalité extrême, une prospérité économique et sociale égales et souvent même supérieures à celle des peuples abstinents.

Les hygiénistes ont comparé les statistiques de la cousommation de l'alcool en 1850 et à notre époque, et de l'examen des chiffres, sans tenir compte des éléments qui peuvent influer sur cette consommation ou sur les. statistiques elles-mêmes (1), ils ont conclu que la France absorbaïit aujourd'hui quatre fois plus d’alcool qu’autrefois. En rapprochant encore des chiffres et des enquêtes sur le développement de l'alcoolisme, la tuberculose et la criminalité, les hygiénistes ont affirmé, par exemple, que l’alcool produisait la tuberculose ; mais ces statistiques et ces enquêtes ont souvent fourni des arguments aux deux partis à la fois. « On a même pu dire que ce ne sont pas les alcooliques qui deviennent tuberculeux, mais les tuberculeux qui deviennent alcooliques ; et le

fait n’aurait rien d'invraisemblable chez les tuberculeux

1. En 1850, il y avait moins de buveurs ; avant le développement de la distillerie industrielle, l'alcool pouvait être considéré comme un luxe ; les bouilleurs de cru ne déclaraient pas les quantités qu'ils produisaient et consommaient ; enfin la statistique était bien imparfaite.

de la classe pauvre; car on peut admettre qu’à défaut de l'alimentation fortifiante recommandée par les médecins (nourriture suralimentaire et coûteuse, vins généreux), les pauvres gens cherchent naturellement l’équivalent du régime réconfortant qu’on leur prescrit et qui leur est inaccessible, dans la boisson qu'ils considèrent, à tort ou à raison, comme une source de force et d'énergie » (1).

La seule affirmation qui paraisse certaine, c’est que l'alcoolisme est une cause indiscutable d’affaiblissement, de diminution de résistance, prédisposant à l'attaque et au développement des grandes maladies.

En un mot, tous les méfaits de l'alcoolisme ne paraissent pas établis au point de justifier les exagérations des hygiénistes\et il n'ya pas lieu de le considérer comme l’unique et peut-être même comme le principal facteur des maux qu’on lui impute.

L'alcoolisme ramené à de plus justes proportions, recherchons les causes qui peuvent l’engendrer ; tout le monde est d'accord sur ce point que les méfaits et le développement de ce mal sont dus à l'abus et aussi quelquefois à la mauvaise qualité des produits consommés ; les impuretés et les essences ne jouent qu’un rôle secondaire dans cette question.

Tout spiritueux se compose : 1° d’alcool éthylique et

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