Si l'alcoolisme était moins répandu autrefois, c’est que
tueuses réside précisément dans la facilité de l'abus: sans prétendre que la consommation de l’alcool est liée à la sociabilité, remarquons le besoin qui conduit l'ouvrier au cabaret où il retrouve ses camarades et oublie quelques instants le fardeau de la vie ; souvent en face du taudis misérable où vivent la femme et les enfants, le café apparaît bien gai et l’homme vient y chercher la consolation éphémère et factice de l'alcool. Si l'absinthe elle-même est plus dangereuse que les autres boissons, ce n'est pas qu'elle soit plus nocive, mais son goût particulier, l'oubli de tout souci qu'elle engendre, offrent plus d'attraits au buveur et le conduisent plus facilement à l'abus.
Concluons donc que la question hygiénique est une arme à deux tranchants, qu'il faut écarter du débat, et que par conséquent la taxe différentielle ne peut servir à enrayer ou à favoriser la consommation des alcools suivant leur origine ; le seul procédé de discussion consiste à se renvoyer les arguments pour et contre; les uns tiennent pour Debove, les autres pour Duclaux.
Il en résulte aussi qu’il ne faut pas distinguer les eaux-de-vie en hygiéniques etnon-hygiéniques ; ce caractère ne dépend point de la richesse des spiritueux en
produits autres que l'alcool ; ils en possèdent Lous et les
l'abus ne pouvait guère exister avec les eaux-de-vie naturelles assez coûteuses. Aujourd’hui la consommation s’est développée considérablement avec les spiritueux à bas prix.
eaux-de-vie dites naturelles plus que les autres, D'après le mot de M. Duclaux, « les seules eaux-de-vie hygiéniques sont celles dont on n’abuse pas » : et M. Caillaux, lors de la discussion de la loi de 1900, rappelant la définition qu'Ésope donnait de la langue, « il n'y a rien, disait-il, de si mauvais que l’eau-de-vie quand on en abuse et elle est à peu près inoffensive quand on en fait un usage modéré ». En réalité, ce qu'il faut appeler hygiénique ou antihygiénique, ce n’est pasl'eau-de-vie,
mais l'usage que l’on en fait.
$ 4. — Difficultés d'application et conséquences de la taxe différentielle
Si la taxe différentielle était admise, son organisation rencontrerait de nombreuses difficultés: la science impuissante ne pourrait fournir les données nécessaires à la solution de certaines questions délicates d'application ; et enfin, elle aurait de graves conséquences au point de vue fiscal et économique.
A. — Difficultés d'application. — En exposant les différents modes d'établissement de la taxe différentielle, nous avons montré les inconvénients de chacun d'eux ; comme droit de fabrication, la taxe différentielle bouleverse complètement le mode de perception de l'impôt sans atteindre le but de moralité commerciale poursuivi
par ses partisans, but qui consiste à empêcher la vente
des alcools d'industrie sous le nom et à la place des eaux-de-vie naturelles, Après le paiement des droits, la distinction créée par la taxe différentielle n’offrirait plus aucun intérêt pour le fisc. À Établie à la consommation sous la forme d’un double tarif, comme le demandent la plupart de ses partisans, elle nécessite l’organisation extrèmement dispendieuse d’un vaste service de contrôle et de surveillance, tant à la production que chez les intermédiaires ; mais le profit tout moral que le consommateur retirerait d’une authentification mieux assurée des eaux-de-vie naturelles, peut-il réellement compenser la gène qui en résulterait pour le commerce. Nous avons signalé les difficultés qui surgiront en cas de mélange ou d'exportation; ces obstacles décourageront facilement les producteurs et les intermédiaires au grand détriment de notre prospérité économique, car « selon la parole de Montesquieu le commerce parcourt le monde, fuit les pays où on l'opprime et se repose dans ceux où on le laisse respirer » (1). Il faudrait aussi que la taxe différentielle rencontrât partout des conditions de production identiques ; or, celles-ci varient avec chaque région ; les trois-six de vin, les cognacs et les eaux-de-vie de fruits sont trois branches bien différentes des « eaux-de-vie naturelles »;;
telle réforme proposée par le Midi est inapplicable aux