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90 degrés » et du trois-six de vin dit « de Montpellier à 86 degrés ». L'alcool industriel reste ainsi, grâce à son bas prix, le maître exclusif du marché et ne laisse plus au viticulteur la faculté de distiller les excédents de récolte.
Pendant la crise phylloxérique, les eaux-de-vie natu” relles, plus rares, avaient augmenté leur prix; on conçoit que le consommateur, limité dans son budget, y ait renoncé et se soit contenté de produits moins coûteux, et le commerce s'est ingénié à satisfaire les désirs des consommateurs. Les liqueurs contrefaites sont vendues à 5 francs en moyenne, depuis les liqueurs à haut degré, eau de mélisse, eau de cologne, jusqu'aux liqueurs dites surfines, telles que le curaçao ; le prix de revient de 1 à 2 francs donne un bénéfice de 200 0/0 à partager entre les intermédiaires ; et même, si l’alcool est vendu au petit verre, ce bénéfice peut s'élever à 500 0/0 ; enfin on peut utiliser l'alcool au lendemain même de sa fabrication. Pour les COgnacs, au contraire, le prix de revient atteint 5 francs après vieillissement et, comme ils laissent peu de bénéfice, le gros commerce les abandonne (1).
Dans ces conditions, les eaux-de-vie ne pouvaient songer à soutenir la lutte contre l'alcool industriel qui
prit alors dans la consommation de bouche une place
1, Calvet, Sénat, Discussion de la loi de 1900.
de plus en plus grande, surtout pour la vente au petit verre. Il est donc impossible aux viticulteurs de reconquérir leur clientèle d'autrefois; et si la concurrence est écrasante pour les trois-six du Midi, que dire des eauxde-vie fines des Charentes et de l'Armagnac dont le prix de revient est encore plus élevé ?
Il faut ajouter que l’avilissement des prix ne frappe pas seulement les eaux-de-vie naturelles : parfois les cours sont à peine rémunérateurs pour l'alcool du Nord lui-même: le développement considérable de la distillerie a donné lieu à une surproduction industrielle qui amena en 1901 et 1402 une baisse considérable des prix de l’alcooï de Bourse.
La concurrence des alcools d'industrie, écrasante pour les eaux-de-vie naturelles, revêt un caractère spécial; elle est déloyale, aîffirment les viticulteurs qui accusent leurs adversaires de se présenter à la clientèle avec des noms et des marques usurpés. Il est certain, par exemple, que la quantité de cognac produite annuellement par les Charentes est inférieure à celle vendue sous cette dénomination.
Pendant la crise phylloxérique, le consommateur connaissait parfaitement la valeur de ce qu'il achetait en l'absence des eaux-de-vie naturelles ; il ne s’est pas trompé sur l’état de la viticulture; maïs son goût s’est peu à peu transformé et ce qu’il considère avant tout aujourd’hui, c'est le bon marché des produits. Et pour
les commerçants, « les affaires sont les affaires » ; ils
trouvent plus de bénéfice à vendre de l'alcool d'industrie aux lieu et place des eaux-de-vie naturelles d’un prix élevé. Cette concurrence déloyale est universelle à tel point qu'il est difficile de se procurer des produits authentiques. À un prix plus élevé, l'acheteur aura peut-être une eau-de-vie de fabrication plus soignée, des étiquettes plus riches, une affirmation d'authenticité plus énergique; mais les éléments et la nature du produit ne varieront guère. « L'alcool d'industrie rectifié et additionné d’essences vient se placer en face des eaux-de-vie naturelles sous de faux noms; et de deux produits en apparence semblables, le consommateur prendra souvent celui pour lequel on aura fait le plus de réclame et qui sera le moins cher: or, la marge des bénéfices possibles sur l'alcool permet beaucoup de réclame et une grande diminution de prix; la bouteille dont le coût de fabrication n'atteint pas souvent O fr. 75, est cotée 4 ou 5 francs, prix fort qui peut à la rigueur descendre à 1 franc en laissant encore un bénéfice à son ingénieur fabricant (1). »
Le commerce est libre assurément de donner ce qu'on lui demande et au prix qui lui est offert, mais qu'il ne trompe pas la clientèle et respecte les dénominations d'origine des produits. S'il n'est guère possible de
réformer le goût du consommateur ; il faut au moins