SU POUR
que celui-ci sache à quois’en tenir ;« nous voulons qu'un chat s'appelle un chat et qu'on ne puisse donner le nom de cognac qu’à un liquide provenant directement et exclusivement de la distillation du jus de raisins frais des Charentes » (1).
Une pratique des plus préjudiciables'aux eaux-de-vie est lé « blanchissage » des acquits ; l'alcool industriel entrant dans un magasin de gros avec l’acquit rose des spiritueux d'imitation, en sort aussitôt avec l’acquit blanc qui devait servir exclusivement aux produits naturels ; on arrive ainsi à présenter comme cognacs authentiques des alcools qui n'ont jamais traversé les Charentes ou qui, dans la meilleure des hypothèses, y ont simplement « touché barres » ; nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cetie pratique frauduleuse
etcomment le législateur a tenté d'y mettre obstacle.
$ 2. — Les Conditions de la production et du marché
des vins et des eaux-de-vie
La crise phylloxérique a été le point de départ d'une transformation profonde dans les conditions de la production et du marché viticoles. Nous étudierons ces
modifications, non seulement pour les eaux-de-vie,
1. Lauraine, Chambre 1901. Discussion au sujet de l’interpellation Narbonne.
mais encore pour les vins, car nous avons montré le lien qui unit les deux crises ou plutôt les deux phases du mal unique qui frappe la viticulture.
Les producteurs se plaignent de l'élévation des prix de revient; mais, d'autre part, on leur reproche d’avoir songé à la quantité plutôt qu'à la qualité dans la reconstitution du vignoble et d'avoir ainsi causé une surproduction désastreuse ; enfin le marché lui-même se ressent d'une organisation défectueuse.
A.— L'élévation des prix de revient. — La viticulture, comme la plupart des autres branches de production ou de commerce, a vu s'élever ses prix de revient par suite du renchérissement de la main-d'œuvre et des soins donnés à la vigne.
« La nature produit le raisin et l’homme fait le vin », affirmait un vieux dicton, indiquant par là que la vigne donnait autrefois son fruit sans beaucoup de soins ; mais aujourd'hui, sujette aux maladies cryptogamiques, elle demeurerait stérile, si le vigneron ne lui consacrait son temps et sa peine; et d'autre part, l'augmentation des impôts a élevé les frais d'exploitation. Ajoutons pendant ces dernières années les frais considérables engagés pour la reconstitution des cépages et l'amortissement des emprunts consacrés à ce but.
En résumé, si l’on tient compte des facteurs qui influent sur le prix de revient, on peut affirmer que l'hectare de vigne produisant 90 hectolitres, revenait
autrefois à 400 ou 500 francs, alors qu'aujourd'hui les
frais de production s'élèvent à 800 ou 1.000 francs (1).
B. — La qualité des vins. — On a souvent prétendu que, lors de la reconstitution du vignobie, le Midi s'était préoccupé de la quantité des vins récoltés plutôt que de leur qualité ; et ce serait là une des causes qui auraient amené la baisse des cours. A l’époque où la crise phylloxérique avait fortement réduit la production, les vins quels qu’ils fussent se vendaient bien ; l'essentiel était dès lors de produire beaucoup. Aussi les propriétaires s'orientent vers les gros rendements et plantent la vigne non plus seulement dans les terres pauvres, mais encore dans les sols riches et couverts d'engrais chimiques. Les débuts furent rémunérateurs ; mais une fièvre de dépense et de luxe s’empara du Midi; on achète à des prix doubles, triples, les denrées, objets d'art, voitures, chevaux, toilettes, bijoux; on payait comptant parce que le vin était abondant et se vendait bien; mais en 4901, le vin ne se vendit plus; on attend le relève ment des prix, mais en vain; « et un beau matin, le Midi tout entier se réveilla ruiné ». Les viticulteurs exhalent leurs plaintes dans leur cri d'alarme, le tocsin, et en arrivent aux événements de 1907.
Le Midi, par son insouciance et sa prodigalité dans l'opulence avait lancé un véritable défi à l'avenir. Une
autre race française eût constitué des réserves ; le Midi
1. Il est vrai qu'aujourd'hui le rendement moyen atteint souvent 100 hectolitres à l’hectare et même davantage.
DE qe
fut coupable, il se reposait trop sur l « État-Providence », attendant de lui qu'il assurât l’écoulement automatique et fructueux des récoltes (1).
M. Cazeaux-Cazalet a parfaitement dit ce qu’il fallait penser du reproche fait au Midi d’avoir songé à la quantité des vins plutôt qu’à leur qualité : « Il ne faudrait point cependant, dit-il, oublier qu'autrefois, c’est-à-dire avant le phylloxera et la reconstitution du vignoble, il y avait dans toutes les régions des années de qualité inférieure et des produits défectueux, même quand la récolte avait une qualité exceptionnelle. A cette époque, comme aujourd'hui, il y avait des cépages à grands rendements, des sols humides plantés en vignes, des plaines où la production était abondante. Le commerce, qui n’achetait que les bons vins, faisait des coupages entre vins de qualités différentes et la propriété distillait les vins malades. Depuis la reconstitution des vignobles, aux causes anciennes se sont ajoutées certaines causes nouvelles : on a planté davantage dans les plaines ; dans les pretnières années de la reconstitution, on a multiplié les cépages d’abondance (2). »
C’est ainsi qu’autrefois, dans l'Hérault, des vignes plantées d'aramon produisaient de 100 à 300 hecto-
litres à l’hectare; ces vins étaient exclusivement réser-
1. Revue politique et parlementaire, mai 1900. 2. Cazeaux-Cazalet, Chambre, 1907. Deuxième rapport sur la situation de la viticuliure, n° 1093.