‹ La Crise des Eaux-de-Vie Naturelles et La Taxe DifférentielleChapitre 71 sur 87 · Journal des Contributions indirectes, 1907, p · texte numérisé non relu

Journal des Contributions indirectes, 1907, p

législateur pourrait, en cas de besoin, les augmenter, établir un droit de cireulation sur les pétroles ou même

en monopoliser la rectification (1).

$ 2. — Avantages du développement

des emplois industriels de l'alcool

Le développement des emplois industriels de l'alcool intéresse de nombreuses catégories de producteurs; ce sont d’abord les viticulteurs ; ils ont eux-mêmes demandé que l’on fàvorise la dénaturation. Quand l’industrie aura attiré les produits de la distillation des grains, des betteraves et des pommes de terre, les eaux-de-vie n'auront plus à redouter la concurrence des spiritueux d'imitation ; elles reprendront leur place d'autrefois, la viticulture retrouvera sa prospérité et la crise viticole aura rencontré un précieux remède.

Mais les branches les plus intéressées à la question sont l’agriculture et la distillerie qui produisent et transforment la matière première de l’alcool. Elles sont intimement liées l’une à l’autre : l’agriculture fournit à la distillerie la betterave ou le grain et la distillerie rend

à l’agriculture de précieux déchets ; l’un des beaux côtés

1. Le pétrole n’est pas le seul rival de l’alcool, il faut aussi considérer comme des concurrents sérieux : le gaz et l’électricité.

de la production industrielle de l'alcool consiste en effet dans les ressources qu'elle fournit pour l'alimentation du bétail, car les résidus des distilleries, brasseries et sucreries sont un précieux avantage pour le Nord dépourvu de pâturages (1). Mais c’est surtout en Allemagne que ce fait est remarquable ; la fabrication de l'alcool à pour but principal l'élevage et la production de l’engrais de ferme ; nous verrons plus loin à quel point ce caractère agricole de la distillerie allemande a été poussé.

L'agriculture et la distillerie industrielle ont connu bien des vicissitudes, des concurrences redoutables, des régimes fiscaux draconiens ; mais elles sont sorties victorieuses de la lutte. L'avenir est aux producteurs qui, à leurs cultures ordinaires, ajouteront celles des matières premières du sucre et de l'alcool ; les distilleries

agricoles jointes à la ferme effaceront pour le cultiva-

1. Voici, pour diverses cultures, les quantités de matières premières nécessaires à la production d’un hectolitre d'alcool pur, et les nombres correspondants de jours de nourriture que les résidus de la distillation peuvent fournir à une bête à corne :

Betteraves . . . 2.000 kilogrammes et 13 jours Topinambours. . 1.428 id. 12 jours 1/2 Pommes de terre. 1.200 id. 18 jours Mais eme 393 id. 19 jours Seigle ou orge. . 400 id. 23 jours

Rapport de M. Sidersky sur les emplois industriels de l'alcool, Bulletin du Ministère de l'Agriculture: 1907, n° 5.

teur la morte-saison d'hiver ; la culture de Ja betterave sera ainsi une source de richesse ouverte à l'agriculture française (1).

Le développement des emplois de l'alcool profiterait encore aux dénaturateurs, intermédiaires obligés qu'il doit emprunter pour arriver à l’industrie sans payer les droits. Enfin, les derniers intéressés dans la question sout les industries variées et les consommateurs euxmêmes qui emploient l'alcool dénaturé dans leurs fabrications ou les usages domestiques.

On a voulu parler encore ici de l'intérêt de l'hygiène, mais nous avons vu que cette question doit être écartée de toute discussion sur l'alcool. Les flegmes impurs de la distillerie vont naturellement à la dénaturation, et, d'autre part, l'hygiène n'a aucun intérêt au remplacement des alcools d'industrie bien rectifiés par les eauxde-vie naturelles dont la dose d’impuretés est parfois fort élevée. Tout au plus doit-on affirmer que les spiritueux d'imitation rendent, par leur bon marché, l’abus

plus facile que les eaux-de-vie d'un coût plus élevé.

1. En Allemagne, la plupart des exploitations agricoles possèdent une petite distillerie qui met en œuvre une partie de leurs récoltes.

SECTION II

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