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L'alcool ainsi dénaturé possède une odeur et une
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saveur assez désagréables pour être impropre à la consommation de bouche, tout en conservant les propriétés exigées par ses emplois industriels et domestiques.
La proportion de méthylène dans la formule de dénaturation a varié de 25 à 15 et enfin à 10 0/0 par hectolitre d'alcool à 90 degrés (décision ministérielle du 8 septembre 1897, conforme à l’avis du Comité consultatif des Arts et Manufactures du 28 juillet 14897).
Le méthylène est-il un bon dénaturant ?
Un bon dénaturant est celui qui empêche l'alcool de rentrer dans la consommation de bouche en éludant le droit de consommation de 220 francs, dont la dénaturation l’avail exonéré. La fraude s’ingénie, en effet, à échapper à cette lourde taxe et trouve l'occasion de s'exercer dans l’exemption dont jouissent les alcools dénaturés ; elle peut procéder de quatre façons différentes :
1° La fraude par substitution, qui consiste à remplacer des alcools « bon goût », passibles des droits, par des produits non imposables ; à présenter, par exemple, à la dénaturation, un alcool ayant déjà subi cette opération et plus ou moins revivilié; elle peut encore se faire en substituant au dénaturant régulier un produit tout autre sans influence sur les qualités de l'alcool. Cette fraude n’est plus guère possible depuis la régle-
mentation de 1893, qui a fixé les types du méthylène et
de l'alcool présenté à la dénaturation et prescrit des prélèvements d'échantillons au moment même des Opérations ;
2° La fraude par dilution et allongement est la plus facile et consiste à mélanger l'alcool dénaturé avec une forte quantité d'alcool nature, et à composer ainsi des liqueurs à bas prix au moyen d’essences artificielles, qui parviennent à masquer le mauvais goût de l'alcool dénaturé. Le prélèvement d'échantillons et l'analyse pourraient déceler cette fraude, mais souvent les difficulltés et même les incertitudes de la science ne permettront. pas d'engager des poursuiles : d’ailleurs, le fraudeur agit ordinairement sur de petites quantités au fur et à mesure des besoins de la clientèle et il échappe ainsi facilement à la répression.
3° La fraude par régénération ou revivification tend à débarrasser l'alcool de toutes les impuretés et odeurs désagréables par des opérations variées, surtout par la distillation; mais ce procédé nécessite un matériel embarrassant et coûteux, et n'est guère pralique, en raison même des difficultés que présente l'élimination du dénaturant; aussi le fraudeur se contente souvent de désinfecter l'alcool pour le rendre consommable.
4° La fraude par régénération et allongement est une combinaison des deux précédentes ; l'alcool, après avoir subi une certaine revivification est dilué dans un pro-
duit naturel pour diminuer encore la quotité du déna-
turant non éliminé par rapport à la quantité totale du mélange.
Contre ces fraudes variées, le dénaturant doit avoir un goût assez désagréable pour qu'on ne puisse, après dilution, le masquer avec des essences. Son élimination doit être impossible, ou du moins très difficile, et sa présence rapidement reconnue par l'analyse, même après régénération et dilution; mais dans l'état actuel de la science, aucune substance connue ne remplit à la fois ces deux conditions : les « infectants » s'éliminent tous facilement et les corps qui ne pourraient être séparés de l'alcool n'ont ni goût ni odeur désagréables. Il a donc fallu recourir à un dénalurant composé; à l’infectant qui sera toujours éliminable, on ne demande qu'un goût suffisamment prononcé et désagréable pour persister malgré les essences destinées à le masquer après dilution ; el alors le véritable crilérium consiste dans la résistance à l'élimination de la partie qui est destinée à servir de témoin persistant de la dénaturalion.
Peut-on, dans le dénaturant actuel, éliminer à la fois la partie infectante (impuretés pyrogénées, acélone, benzine), et le témoin, l'alcool méthylique ?
Des expériences faites par M. Trillat et présentées à la commission extra-parlementaire de 1902, on peut déduire que si les infectants peuvent être facilement éliminés, « en revanche, quel que soit le traitement que l'on fait subir à l'alcool dénaturé, l'alcool méthylique
reste dans le liquide traité et peut être décelé à l’analyse, même quand on mélange le produit de l'opération à une très forte quantité d'alcool ordinaire » (1). Le seul moyen que le fraudeur puisse employer consiste donc à allonger l’alcool dénaturé préalablement désinfecté, d'une proportion d'alcool nature suffisante pour que la quotité d'alcool méthylique par rapport au volume total ne puisse fournir à l'analyse une preuve certaine de l'opération illicite.
Pour échapper à la science actuelle, il faudrait à 1 litre d'alcool dénaturé ajouter 27 litres d'alcool ordinaire (2); Dans ces conditions, le bénéfice de la fraude par dilution est fort restreint : le droit éludé s'élève à 2 fr. 20, ou 4 fr. 15 à Paris, pour 28 litres de mélange, soit 0 fr. 07 ou O fr. 14 par litre. Et si l’on tient compte des frais et dangers de l'opération et du mauvais goût de l’alcool dilué, il faut en déduire qu’en définitive, le
Trésor court peu de risques et que l'administration pos-