‹ La crise du clergéChapitre 15 sur 55 · AMBITIEUX Ï · texte numérisé non relu

AMBITIEUX Ï

du « loisysme » ont seulement écrit avec le dessein de se faire valoir, sûrs de passer dans toute la catholicité pour avoir gagné une grande victoire ! S'il se sent un courage et des moyens extraordinaires, l'ambitieux peut dénoncer les prêtres savants, ses rivaux, comme ébranlant le dogme. Pour peu qu'il prenne la précaution d'ajouter qu'ils compromettent la cause de la critique, beaucoup de braves gens pensent qu'il a tout aussi bien mérité de la science que de la foi.

L'ambitieux de gauche, celui qui aime en secret la raison et la liberté, ne fait ordinairement pas de zèle théologique. Il aurait honte de défendre certaines thèses trop absurdes et choisit parmi les moyens de réussir : « Ne détruisons pas ce dont nous vivons » (1), tel est son premier principe, et il s'y tient, à moins que l'amour des dignités ne l'emporte à droite, il se borne à ne point tomber dans l'hérésie. Peu lui importe qu'on lui reproche des opinions téméraires.

Le type de l'ambitieux de gauche dans l'Eglise de France au dix-neuvième siècle semble, par un singulier hasard, avoir été tiré à deux exemplaires.

L'un, le cardinal Meignan, vint au monde en 1817 et finit archevêque de Tours. L'autre naquit en 1823,

1 Mol historique. Son auteur est devenu prélat de la Maison de Sa Sainteté. Gomme il a longtemps fait sa lecture spirituelle dans Renan, peut-être, en prononçant celte parole, avait-il une réminiscence de L'Eau de Jouvence (Act. V. se III): « Le prêtre détruit rarement l'autel dont il vit. »

IIID1 III i \

B'appela Ernesl Renan, el mourul j > ; 1 1 » « • , non infaillible, de la libre pensi e. Leurs mères les destinèrenl lous les deux au sanctuaire. Renan en fui détourné par -.1 sœur, el ne le regretta jamais. Meignan, qui n'avait point il<' sœur Henriette, se laissa faire, et, vieux cardinal, il disait : « Je suis entré dans l'Eglise sans le vouloir, el même sans m'en apercevoir. Eh bien, je ne le regrette pas. » Leur ambition s'éveilla il ■ lionne heure : l'un s'efforça de conquérir une chaire au Collège de France, <-t il y réussit grâoe à son <»bstination de Breton : L'autre visa les plus hautes dignit - ecclésiastiques, et il les obtint sous un pape politique.

L'un lit des efforts pour connaître et dire la vérité, i t. dans le temps <>ù il l'aimait par-dessus tout, il écrivit des pages immortelles. L'autre, doué d'un talent critique très semblable, l'employa à défendre une cause qu'il savait fausse et sentait perdue. Ses habiles plaidoyers, que' personne ne lit plus, ont satisfait en leur temps ceux qui désiraient s'illusionner. L'œuvre est à recommencer, mais elle a reçu sa récompense.

Le cardinal Meignan a laissé beaucoup d'imitateurs et d'héritiers. Ils se déclarent, dans leurs écrits et dans leurs conversations, de plus en plus inquiets sur la crise que traverse l'Eglise. Néanmoins, comme l'Eglise rémunère dignement ses apologistes, ils ont l'air satisfaits et reposés, malgré la violence de la débâcle.

Page 1