‹ La crise du clergéChapitre 22 sur 55 · CEUX QUI S EN VOM · texte numérisé non relu

CEUX QUI S EN VOM

conclusions. Ils constatent qu'ils ne sont plus catholiques el songenl ;i quitter L'Eglise. Ils pensent que le premier devoir esl d'être sincère et qu ils ne doivenl pas vivre dans la foule de restrictions mentales, de duplicités, d'impostures qu'eutrainerail pour eux la continuation du sacerdoce. Il leur faudrait mentir toujours : aux enfants, si naturellement crédules, aux femmes tourmentées d'inquiétudes mystiques, aux malades et aux mourants angoissés par l'an delà, à l'homme rassis qui cause en toute franchise sur le sens de la vie. Ils se demandent à quel idéal ils répondraient en restant, et si jamais ils pourraient faire du bien, supposé même qu'ils arrivassent a des postes considérés comme libres et sûrs.

Qu'est-ce qu'un évêque, disent-ils, sinon un simjde sous-préfet du Pape ? Un cure de ville, sinon, ordinairement, un homme de finances? Le premier vicaire d'une paroisse de Paris diiïère-til d'un préposé, dans une forte boutique, au rayon des mariages, tandis que le second vicaire gère celui des enterrements ?

Et quelle besogne quotidienne ne faudrait-il pas accomplir ! Tromper des enfants en leur contant des légendes telles que celles que contient 1' « Histoire sainte » ! Faire semblant de « remettre les péchés », alors qu'on est sur de n'en pas avoir le droit; prêcher à ses ouailles de venir à la messe, sous peine de damnation, alors qu'à leur place on ne s'y laisserait sûrement pas prendre ! Faut-il donc, parce qu'on s'est trompe à vingt ans, qu'on ait le droit de

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mentir à perpétuité, sans oser affronter le dédain d'un public qui veut être dupé, ou la haine d'anciens confrères qui, ne se sentant pas le courage de refaire leur vie, se résolvent à mentir toujours ? Toujours, car il n'y a point à espérer de réforme. Tous les efforts libérateurs ont toujours été et seront toujours arrêtés, comprimés, stérilisés par la hiérarchie romaine, dont la réforme serait la ruine.

Après une crise plus ou moins longue, ceux qui raisonnent ainsi opèrent leur exode. Les uns s'esquivent sans rien dire, soit par une touchante délicatesse, soit par prudence personnelle, soit par dédain. Les autres écrivent à leur évêque une lettre que reproduisent les journaux républicains du département et quelques feuilles de Paris intéressées à la question religieuse (1).

C'est une terrible chose, quand, aux illusions et aux enthousiasmes de la jeunesse, succède la froideur de l'âge mûr, d'avoir à recommencer sa vie. Néanmoins, un millier de prêtres l'a fait depuis dix ans, et le nombre de « ceux qui s'en vont » augmente sensiblement chaque année.

L'Eglise s'en console en pensant que, si intelligents et si bien doués que les apostats se soient montrés dans leur printemps sacerdotal, tous ont été, par un juste jugement de Dieu, frappés de stérilité intellectuelle.

(1) Une centaine de ces lettres ont été recueillies par M. Bourrier dans le volume Ceux qui s'en vont (1895-I90i). Paris, Fisclibaclier, 1905.

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I .ml mieux pour elle si, dans une telle décadence, l'Eglise peul faire encore contre mauvaise fortune bon cœur. Peut-être quelques-uns de ceux qui l'ont quittée n'ont-ils pas cependanl été aussi dénués d influence qu'il lui plaît de le croire. Peut-être est-il un peu toi pour parler <1<- leur échec. En tous cas. si l'Eglise n'a perdu aucun prêtre de génie, c'est que, depuis Lamennais, aucun homme de génie n'esl entré dans son clergé. Quant à ceux qui l'onl abandonnée, il qui étaient tous sans fortune, serait-il déraisonnable de croire que quelques-uns auraient été redoutables si le souci de gagner leur vie ne les eûl absorbés? C'est une considération que les apologistes prébendes semblenl ne point vouloir mettre en ligne de compte. Peut-être cependant découvriront-ils quelque jour son existence.

Ce détail rappelé pour ce qu'il vaut, <m peul dire que si beaucoup d'anciens prêtres ne produisent rien, c'est qu'ils ne veulent pas faire de l'anticléricalisme. Toute l'expérience de leur vie se résume dans la constatation de la fausseté de l'Eglise : il leur répugne de combattre une institution qu'ils ont beaucoup aimée. Ils conservent pour elle les sentiments d'un homme qui, après avoir follement placé son affection, est obligé <le rompre, mais qui garde un sentiment attendri d'un épisode malheureux. Quand ils étaient dans le ministère, ils pouvaient à peine lire l'Evangile, tellement les légendes qu'il contienl leur semblaient absurdes, maintenant ils y trouvent un grand charme. Le son des cloches leur déplaisait; il

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