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leur arrive chargé de poésie, doucement évocateur de touchants souvenirs. Ils ne pourraient que traiter de l'Eglise, s'ils parlaient ou s'ils écrivaient. Ne pouvant pas en dire de bien, ne voulant pas en dire de mal, ils préfèrent se vouer au silence. Ceux-là seuls qui n'ont point chéri passionnément ce qu'ils croyaient la vérité ne sauraient comprendre la tristesse que laisse une telle désillusion. Même si ces prêtres se résolvent plus tard à faire part de leur expérience et à utiliser leur science religieuse, ils le font comme à contre-cœur : « Il me semble toujours, écrivait naguère l'un d'eux, il me semble toujours, que je dissèque et coupe en morceaux un être que j'ai tendrement aimé et que j'en livre les débris au public. Et pourtant, je sens que je le dois et que c'est la loi de ma vie (1). »
Outre ces natures délicates, que la hiérarchie catholique affecte de dédaigner, on voit encore complètement disparaître, pour ainsi dire, au moment de leur sécularisation, d'autres prêtres qui ont occupé dans leur diocèse une place distinguée. En sortant, ils tombent épuisés par la longue crise qu'ils ont subie. Il ont péniblement et peu à peu abandonné des conceptions surannées pour un prétendu catholicisme relativement raisonnable et libéral ; ils se sont abrités dans les systèmes les plus divers et les plus subtils, si bien qu'ils arrivent à rejoindre leur époque, exténués par la longue route qu'ils ont
(\) Lettre du 12 juillet 190'i, correspondance particulière.
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parcourue. Ils se reposent au but, manquanl peutêtre également el du désir el de la force de prendre place parmi ceux de leurs contemporains qui cherchent à conquérir »-t à propager de nouvelles vérités.
I a fatigue intellectuel!, el morale du prêtre sécularisé est d'autant plus grande qu'il a mis plus de temps à se débarraser des principes timorés donl on l'avait imbu et qu'il a plus différé à quitter l'Eglise après la perte de sa foi. Est-il prompt on résolution, la souffrance est de courte durée, si intense qu'elle snit. Il part. S'il se croit encore clin-lien quand il constate qu'il n'est plus catholique, il passe au protestantisme.
L'une des questions qui intéressent le plus l'opinion catholique quand un prêtre quitte l'Eglise est de savoir s'il se mariera. L'enseignement ecclésiastique représente la révélation comme un fait si solidement démontré qu'une intelligence droite et saine ne peut manquer de lui donner son acquiescement. Du moment qu'un prêtre le lui retire, c'est qu'il est aveuglé par l'orgueil, ou plus souvent encore par la « concupiscence», la grande tentation de l'humanité. Prend-il femme, ses anciens coreligionnaires exploitent cette union contre lui. Qu'il donne au contraire « toute satisfaction à ses seus » en gardant des apparences à peu près correctes, on ne lui reproche rien, Lien que son cas soit connu (1).
1 En 1772, la marquise de Forbin d'Oppède écrivait au I'. Hyacinthe Loyson : « En France surtout, l'opinion est singuliè-
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L'hypocrisie sociale dont ils sont les victimes pousse quelquefois d'anciens prêtres dans le parti antireligieux. C'est néanmoins un préjugé très mal fondé de les croire ordinairement possédés du désir « d'anéantir le Dieu qu'ils ont quitté ». Qu'on regarde leur nombre, on verra qu'il n'y a qu'une infime minorité qui attaque la religion. La rancune et la colère y poussent sans doute quelques-uns de ceux-là, mais il semble que la plupart sont encore, dans ce revirement, fidèles à l'esprit de leur séminaire. Ils restent intolérants, partisans du tout-ou-rien. Ils voudraient fermer les Eglises, comme autrefois ils souhaitaient la suppression des synagogues, des temples et des loges. En quittant la soutane, ils sont devenus des curés à rebours. Ils tâchent d'écraser le catholicisme en lui reprochant des faits brutaux :
rement sévère sur ce point : un prêtre marié perd par cela seul, non seulement toute considération, toute autorité, tout droit au respect, il devient un être déclassé qui n'a plus sa place dans la société, et que ceux qui ne le valent pas se croient pourtant en droit de couvrir de ridicule. Un mariage, contracté môme dans les intentions les meilleures, je le veux bien, lorsqu'il s'agit d'une personne qui a fait vœu de célibat, équivaut à un suicide moral, car celui qui le contracte ne pourra plus servir la cause de la vérité : tout ce qu'il aura fait dans le passé, tous les sacrifices que ses convictions lui auront imposés, toutes les privations qu'il aura généreusement acceptées, tout cela disparaîtra, car on dira : « Voilà donc où il voulait en venir, à satisfaire une passion ; ce n'était pas la peine de prendre les choses de si haut pour en arriver là. » Et, hélas ! ce n'est pas seulement un suicide que l'on commet ainsi, mais on porte à la cause que l'on a voulu servir aux idées que l'on a voulu défendre, auxvérilés auxquelles on a tout sacrifié, le coup le plus douloureux, on leur imprime une lâche plus ignominieuse, plus à redouter que toutes les injures de leurs adversaires. » Lettre publiée dans Séché, les Derniers Jansénistes, III, p. 241.
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l'ambition des Papes, l'Inquisition, les Bcandali s des mœurs, i<»ui comme autrefois ils tâchaient d écraser la raison sous les formules dogmatiques et les ana- Ihèmes conciliaires. Ils ne comprennent ni l'espèce de ratalitéque produisent «les événements imprévus, , i qui sont en dehors de toute volonté humaine, ni la réaction de l'éternel sentimenl religieux sur ces événements. La religion était simplement pour eux un bloc d'affirmations dont ils vivaient grassement et qu'ils présentaient quelquefois sous une expression avenante el reposante. Ils lui substituent un bloc de négations auxquelles, peut-être parce qu'elles neleur rapportent guère, ils ne savent donner qu'un air aigri et désagréable.
Les éléments historiques, philosophiques, psychologiques, moraux qui constituent les croyances continuent de leur échapper. Ils ne pensent pas à faire de tri entre des vérités essentielles, nécessaires à conserver, et des superstitions à rejeter. Leur zèle, qui n'a fait que changer «l'objet, reste aussi borné el aussi nuisible. Ils ne comprennent pas que seule est profitable l'œuvre des amis calmes de la vérité, de ceux qui démolissent en toute connaissance de cause et qui nient raisonnablement, sans parti pris.
La presse catholique, il est vrai, semble se complaire à pousser aux extrémités ces esprits malheureux. Elle aime à les attaquer. Elle fouille leur passe. Faute de pire, elle est heureuse de rappeler leurs sermons d'une apologétique si assurée, ou quelquesunes de « leurs poésies de collège toutes débordantes
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de foi et de confiance dans le triomphe de l'Eglise sur les persécuteurs (1) ». Elle épie leur présent; elle reste à l'affût de tout ce qui peut leur nuire ou simplement leur déplaire. Tous les incidents ou tous les accidents qui leur arrivent sont soigneusement relevés et perfidement commentés.
Tôt ou tard, le sécularisé retrouve cependant la sérénité, et, si dure que soit la vie nouvelle, il la préfère à l'ancienne. Il respire dans une libre atmosphère, comme échappé d'une geôle.
Remarquons pourtant que c'est par une circonstance fortuite qu'on l'appelle un « évadé ».
En 1897, on jouait à la Comédie-Française la pièce de Brieux, l'Evasion. « Il n'est pas de prison dont on ne puisse s'évader », même de prison morale de préjugés scientifiques ou sociaux. Telle était la thèse. Un journaliste en fit l'application aux prêtres qui se sécularisaient (ils commençaient à être nombreux). Depuis on les a souvent désignés ainsi (2), soit avec sympathie, soit par blâme, soit même dans le désir de les stigmatiser d'une suprême injure,
(1) La Croix, 22 mars 1904, contre M. Guinaudeau. — Les mêmes procédés sont d'ailleurs employés par la presse cléricale contre les laïques. Par exemple, M. Maxime Lecomte, sénateur du Nord et auteur du rapport sur la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, est resté en bulle aux plaisanteries de celle presse pour avoir commis des vers au collège à l'adresse de « la Sainle Vierge ». Voyez notamment la Gazette de France, 17 novembre 1905 et l'Autorité, 27 août 1907.
(2) Il se peut d'ailleurs qu'antérieurement on se soit parfois servi de ce nom. Dans un article de l'Evénement, du 18 mars 1894, M. Albert Le Roy appelle M. Hyacinthe Loyson « l'éloquent évadé ».
comme !«■ Ibnl maladroitemenl les « cocottes <|ui offrent le pain béni! a I . L'expression restera-t-elle ? La vieille Eglise <|ni. il y a dix-neuf siècles, apporta ta ni d'espérances el tanl d'amour à l'humanité, ne peut-elle plus être considérée, selon mi mol du Père Hyacinthe 2), que comme une « prison de Pâme » ?
(1) Voyez ci-dessus, page 46.
(2) Protestation «lu '2i> septembre 18G9.
L'Eglise déclare qu'elle ressent une douleur infinie quand un prêtre la quitte. Ne court-il pas, en effet, à sa perdition éternelle et n'entraînera-t-il pas avec lui beaucoup d'autres âmes ?
Pratiquement, cette tristesse maternelle que l'Eglise prétend éprouver ne paraît guère. Ses ministres semblent presque uniquement préoccupés de reconquérir ou d'anéantir celui qui se sépare d'eux.
Pendant la plus grande partie du dix-neuvième siècle, tant que les gouvernements furent conservateurs, celui qui s'en allait était un « Maudit » (1). L'Etat lui refusait le droit de mariage. S'il vivait à la campagne, l'Eglise s'efforçait de le mettre en quarantaine. Se réfugiait-il dans une ville, on le si-
(1) Un de ceux qui sont restés, l'abbé Jean-IIippolyte Miction (1806-18.81), a publié sous le litre du Maudit une étude de mœurs ecclésiastiques, qui eut un grand retentissement (1863). Le prêtre qui en est le héros fut interdit, mais ne défroqua pas.
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gnalail à la surveillance de la police. < >n essayait de l'empêcher d'entrer ou de rester dans toute administration, et, s'il voulait gagner sa vie dans le commerce, on écartai! de lui toute clientèle. L'Eglise voulait le réduire par la famine et l'amener à se rendre à discrétion. Il était on butte aux poursuites de la plus riche, de la plus influente el la plus implacable institution qui ait jamais existé sur notre planète.
Depuis trente ans, la hiérarchie a trop perdu de sa puissance sociale pour se servir encore de tels moyens. Sauf de rares exceptions (1), elle est cependant restée fidèle à son ancien esprit et elle s'en inspire autant que possible. Mais ce qu'elle peut faire actuellement se borne souvent à recommander le transfuge, pour un service de presse, à u\i assomptionniste ou à un jésuite, — de robe longue ou de robe courte (2).
A défaut de moyens énergiques, l'Eglise use de douceur. Elle trouve facilement de"s négociateurs
(1) A la vérilé, je n'en connais qu'un exemple : le dernier évêque de Saint- Jean de Maurienne, Michel Rossel, mort en I'.miI. Il écrivit à l'un de ses prêtres qui se sécularisait une lettre touchante que je regrette de ne pouvoir citer et dans laquelle il lui offrait son aide en cas de besoin.
2 Bien que je n'aie pas quitté l'F.glise, depuis que j'ai montré clairement que je préfère la vérilé à son enseignement ofliciel, ce « service de presse » m'est assuré. Les apologistes aiment particulièrement à m'appeler « ex-bénédictin » et « interdit ». J'ai failli être l'un et l'autre, mais je ne l'ai jamais été, comme pourraient sans doute facilement le savoir ceux qui veulent être mes adversaires.
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parmi leurs parents ou leurs amis. Plus le sujet qu'il s'agit de ramener a de valeur, plus la condescendance est grande. On ne peut assurément pas citer de plus important ni même de plus honorable exemple de son habileté dans ces sortes d'affaires que la proposition faite de la part du Vatican à M. Hyacinthe Loyson.
Ayant appris qu'il passait l'hiver 1896-1897 à Rome, avec sa famille, Léon XIII voulut en profiter pour regagner à l'Eglise l'orateur qui fut une de ses dernières gloires, et qui, en ne cessant jamais de prêcher Dieu, a montré qu'il avait été et qu'il était toujours un véritable apôtre. Le Souverain Pontife lui députa donc un ami commun, le prince Baldassare Odescalchi, et un théologien distingué, le capucin José Calazancio de Llevaneras, devenu depuis le cardinal Vives y Tuto. On offrait à l'ancien religieux la permission de reprendre ses fonctions sacerdotales, tout en gardant sa femme et son fils, mais, naturellement, à la condition de reconnaître le dogme de l'infaillibilité pontificale dont la définition avait été la cause de sa rupture. Pour légitimer l'union contractée par le Père Hyacinthe, le Pape l'aurait agrégé à une Eglise orientale où les prêtres sont mariés (1). Cette combinaison échoua devant une conscience intransigeante.
L'n de ses amis lui disait : « Signez tout, signez
(1) On assure que, sous Pie IX, le cardinal Ferretli avait fit ï t une proposition semblable à Luigi de Sanctis, célèbre prêtre italien passé au protestantisme.
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tout, sans même lire : Ce sont [es formules de l'Eglise, in;iis les formules ne sonl < | u< • des formules. » Un tel catholicisme, aux yeux du Père Hyacinthe, n'était que le scepticisme dans l'obéissance extérieure. Ce n'était pas, ce n'avait jamais été le sien. 11 refusa de rien signer.
Dans beaucoup de cas, l'Eglise n'a pas de mal à trouver une terrain d'entente.
Quelquefois, le tempérament mystique de celui qui est sorti le fait souffrir de nostalgie. La société laïque lui semble athée, matérialiste ou sceptique. La lumière moderne blesse ses yeux accoutumés aux voiles. 11 ne sait comment se servir de la liberté. Dans le Clergé, il pouvait passer pour un homme intelligent et avancé. Remis dans le monde contemporain, il se sent et apparaît arriéré sur nombre de points. C'est un revenant. D'ailleurs, son cœur et toutes les fibres de son être sont encore empreints de croyance. La sensibilité prend sa revanche sur la raison et le rejette dans l'Eglise. Il veut croire et il peut v réussir, au moins quelque temps.
D'autres ont quitté le catholicisme parce qu'ils ne s'y jugeaient plus à leur place. Mais, pétris dans l'ecclésiasticisme, ils se sont dirigés vers une autre Eglise. A la longue, ils s'aperçoivent que son orthodoxie souffre également de difficultés et que la manière dont on pratique sa morale n'est pas supérieure à la moralité papiste. Ils pensent que ces matières sont vraiment embrouillées, insolubles ; qu'après tout une Eglise prétend qu'en dehors d'elle il n'y a
point de salut, et qu'il est plus sur de faire partie de celle-là que des autres, moins intransigeantes, qui reconnaissent divers moyens de parvenir au ciel. Ils rentrent donc dans le giron et traitent à forfait, pour ainsi dire, avec Rome de leur bonheur éternel. Comme elle garantit par ailleurs une honnête subsistance dans ce monde, la combinaison est-elle si mauvaise ?
D'autres prêtres sont retournés après des mésaventures conjugales. Ils s'étaient trompés en femme comme en religion. On pouvait les excuser sur ce que leur éducation ne leur facilitait pas le moyen de se choisir une compagne. Mais, par une logique ecclésiastique, interprétant leur second malheur comme un châtiment de leur rupture, ils rentrent dans l'Eglise comme dans un tombeau où ils attendent la mort.
C'est la misère, il faut le dire, qui motive le plus souvent « la conversion ». « L'évadé » a faim et, ce qui est plus triste encore, il voit souffrir des êtres chéris, la famille qu'il s'est créée. L'Eglise, qui le guette toujours, se présente au moment où il peut être tenté de se rendre. Elle ne lui demande pas s'il croit, mais seulement s'il veut faire cesser un scandale. La foi reviendra ensuite.
La cérémonie de la rentrée n'est pas aussi compliquée qu'on pourrait le croire.
Le cas le plus grave est celui où la brebis folle se serait livrée à des manifestations impies. On exige alors une rétractation en bonne et due forme. S'il est
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entré dans une secte hérétique <>u schismatique, la réconciliation s'opère en vertu de pouvoirs el <l 'instructions de la Sacrée Congrégation de l'Inquisition romaine el universelle (1).
Le rapatria^' de eenx qui n'ont point écrit, mais qui se sont mariés, est particulièrement facile. Môme en supposant «pu', dans leur défection, la plus forte part des motifs ait été d'ordre intellectuel, du moment qu'une femme est intervenue, la hiérarchie classe toujours l'affaire dans les crises de cœur. Plutôt que de laisser soupçonnerque le dogme soulfre de quelques objections, elle reconnaît avec empressement la faiblesse de la cbair. Il faut qu'il reste entendu que la révélation est parfaitement démontrée.
1 Voici un spécimen de ces abjurations. Son auteur fut curé <li' Saint- Clément, de Gron et de Monétau, au diocèse de Sens. Après être sorti du catholicisme, en avril l'JOO, ii fui pasteur dans le Doubs. Il rentra dans l'Eglise romaine en 1903 et signa la pièce suivante :
« L'an mil neuf cent trois, le 7° jour du mois de décembre, Henri Bouvier, né à Thorigny-sur-Creuse (Yonne), le 17 mai 1860, ayant reconnu que hors de la véritable Eglise il n'y a point de salut, de sa propre volonté et sans aucune contrainte, a fait profession de la religion catholique, apostolique et romaine, a abjuré entre mes mains l'hérésie de Luther et a rétracté en ma présence l'apostasie dont il s'est rendu coupable; desquelles je lui ai publiquement donné l'absolution en vertu des pouvoirs qui m'ont été délégués par S. G. Mgr l'archevêque de Sens, pouvoirs qu'il a nu- 'In Saint-sii'iro par lettre du cardinal-secrétaire du Saint- Office, V. Vannutelli, en date du 21 novembre 1903.
« En foi de quoi, je, Jean-Baptiste-Jules Mailly, ai signé le présent certificat avec ledit Henri Bouvier el ses témoins.
« Fait à Paris, en l'église de la congrégation de la Mission, dite de Saint-Lazare, rue de sèvres. 95.
« Signé : J. Mailly, Henri Bouvier, P. Médus, Calais. »
Pour rentrer dans l'ordre, le -prêtre marié n'a qu'à demander le divorce. La société qui avait cru naïvement sceller leur union la déclare naïvement dissoute et ces hommes, qui enseignent l'indissolubilité du mariage, mettent prudemment dans leurs papiers des copies authentiques de ces actes. Avant la loi qui permet le divorce, le règlement s'effectuait moins facilement. 11 y a eu des exemples de prêtres mariés qui abandonnaient leur femme et leurs enfants sans mot dire, afin qu'ils ne réclamassent pas, et même sans se préoccuper de leur assurer une pension alimentaire.
Celui qui est rentré est ordinairement envoyé au loin reprendre ses fonctions sacrées. Parfois, il change de nom (1). Qu'importe s'il est découvert? A ceux qui lui adresseraient des reproches, la hiérarchie répondrait que l'Eglise est une bonne mère, et que, selon la parole de son divin fondateur, elle se réjouit plus de la conversion d'un pécheur que de la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes.
Le plus souvent, les convertis sont placés dans des postes lucratifs capables de les retenir.
Les uns s'y montrent d'une orthodoxie farouche Personne ne peut concevoir que jamais la moindre tentation de l'esprit ou de la chair ait pu ou puisse avoir prise sur cet airain sacerdotal.
(1) Le cas le plus curieux qui soit ;'t ma connaissance de ces genres de rentrées est celui d'un curé qui, après avoir changé <!<■ m iin et de diocèse, a pris comme ménagère la femme qu'il a épousée civilement durant sa fugue.
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D'autres pensent, sans cesse, an monde qu'ils viennent de quitter. La lumière donl ils étaient natruère ofTusoués leur semble désirable : l'air leur lait défaut. La duplicité, le pharisaïsme, le manque de charité de leurs confrères leur parait insupportable. Ils regrettent la franchise laïque qu'ils qualifiaient de cynisme ou de brutalité. Ils sont tentés de repar. tir, et il en est qui repartent et qu'on ne voit plus revenir.
J'ai connu l'un de ceux que la faim a fait rentrer.
11 avait perdu de bonne heure ses illusions théologiques, mais, comme il était ambitieux, il resta longtemps, prêchant la doctrine la plus pure, maudissant le libéralisme politique, autant que le libéralisme scientifique. Il semblait assuré de recevoir l'anneau d'améthyste, quand il lui préféra celui que lui offrait une jeune femme capable de faire son bonheur. Ils partirent ensemble, se marièrent et, pour gagner leur vie, organisèrent un grand commerce, loin, b'un loin de leur pays. Les naïfs! Ils avaient pensé se dérober à l'Eglise ! Elle les eut bientôt retrouvés. Leur établissement, mis à l'index, fit faillite. Leurs autres entreprises furent aussi malheureuses. Lorsque le « maudit » se vit incapable de nourrir sa femme et sa fille, il les remit à l'Eglise qui les enferma dans un couvent et qui l'envoya dans un autre endroit également sur. Il comptait bien repartir, lorsque les circonstances le lui permettraient. Une maladie l'en empêcha.
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Sur son lit de mort, il réclama colles dont la pensée ne le quitta jamais. Il ignorait leur adresse, elles ignoraient la sienne : ils étaient condamnés à ne jamais se revoir. Ses appels devinrent des hurlements.
Les assistants se sentaient défaillir. Pour les préserver d'une sensiblerie qui était coupable, puisqu'il s'agissait d'un amour sacrilège, le religieux qui présidait son agonie eut un mot comme en trouvent seuls les théologiens orthodoxes :
« C'est le mâle qui appelle la femelle. » Le moribond refusa énergiquement les sacrements auxquels il ne croyait pas. Quand il fut devenu presque inerte, ceux qui l'avaient acheté au prix de son pain quotidien lui firent subir une manière de confession et l'administrèrent.
Puis ils ont dit, et ils disent encore, si l'occasion s'en présente, à ceux qui savent qu'il s'était « évadé » : « Il est rentré dans la voie du bien et il y a persévéré. Il est mort avec le pardon et la bénédiction de l'Eglise. »
DANS LES SEMINAIRES
Ce fut en L885 que pénétrèrent les premiers courants d'air moderne dans 1rs grands séminaires. L'évêque d'Angers, Mgr Freppel, qui était alors le grand docteur de l'Eglise, engagea la jeunesse a lire l'ouvrage de Taine, Les Origines de la France contemporaine. Comme l'Eglise n'avait point encore pris son parti de se rallier à la République et qu'elle cherchait tous les moyens de la flétrir dans ses antécédents, le conseil fut largement propagé. Taine, historien, fut importé pour la première l'ois dans les noviciats ecclésiastiques où il était maudit et réfuté comme philosophe. Les professeurs n'expliquèrent peint à ses candides lecteurs comment un écrivain pouvait juger si justement le passé, alors que toutes ses idées générales étaient fausses. 11 parut plus commode de montrer dans l'Ancien régime l'indice d'une conversion certaine, un triomphe religieux qui devait bientôt suivre celui que la foi venait justement de remporter sur Littié.