‹ La crise du clergéChapitre 29 sur 55 · LE RECRUTEMENT · texte numérisé non relu

LE RECRUTEMENT

En 1878, un prêtre de talent, M. Bougaud, alors vicaire général d'Orléans, mort évêque de Laval, poussait un cri d'alarme :

L'Eglise, disait-il, peut être enchaînée, meurtrie, par la violence ; mais, à mon sens, ce n'est pas là le grand péril.

Non, le grand péril, ce n'est pas que les prêtres meurent sur l'échafaud !

Le grand péril, c'est qu'il ne naisse plus de prêtres !

Le grand péril, c'est qu'il y ait diminution dans la quantité et par suite dans la qualité !

Le grand péril, c'est qu'il n'y ait plus assez de prêtres, ni d'assez savants, ni d'assez saints, pour maintenir l'Eglise de France à la hauteur de toutes ses épreuves dans le présent et dans l'avenir !

Voilà ce dont nous sommes menacés, et ce qui arrivera infailliblement, à moins que les catholiques ne fassent un puissant effort (1) !

Pour justifier ses craintes, M. Bougaud publiait

(1) Bougaud, Le grand Péril de l'Eglise de France au dix-neuvième siècle. (Paris, Poussielgue, 1878, in-8").

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une carte teintée indiquanl la géographie et la statistique de la diminution des vocations sacerdotales. Dans 25 départements, le nombre des prêtres sullisait, nu à peu près, aus besoins diocésains. Dans 24 départements, il manquait de 15 à 30 prêtres. Dans 10 départements, il en manquai! plus de 30. Au dernier rang venaient 1rs départements des Ardennes et de Seine-et-Marne où vaquaient, dans le premier, 96 cures et I \ vicariats, dans le second 92 cures et 14 vicariats.

Le livre de M. Bougaud, bien que jugé trop pessimiste I , eut de l'influence.

I);ms beaucoup de régions, on établit des œuvres dites •• des vocations » pour le recrutement du clergé. Les unes était diocésaines, c'est-à-dire constituées sous la direction de l'évêque ; d'autres furent fondées et dirigées par des congrégations (2 . L'idée,

(1) Ce livre est d'ailleurs superficiel. L'auteur n'indique pas les grandes raisons de la diminution des vocations à une époque où le Clergé étail encore 1res riche de revenus el puissant au point de vue politique. Ces deux causes étaient : 1° le recul de l'idée chrétienne devant le développement scientifique; 2° la situation précaire du Clergé inférieur vis-à-vis delà hiérarchie. I>e pénibles incidents détournaient fréquemment les parents d'engager leurs enfants dans le sacerdoce, en leur montrant que les prêtres n'avaient aucune sécurité pour leur personne, leur dignité, leur ition, en face de l'arbitraire des évêques. — Malgré la diminution des vocations, en 1872, il v avait en France 47.000 ecclésiastiques séculiers, qui se répartissaienl ainsi : 1.50O membres dits de baul clergé, 35.000 curés, 1.900 aumôniers. 9.000 vicaires.

2 Quelques-unes de ces œuvres ont pris l'étrange caractère mercantile du catholicisme contemporain. Dans le Midi, dés viticulteurs ont constitue une « œuvre sacerdotale ». Elle a pour but de faciliter, après le placement du vin, « L'instruction des entants

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