‹ La crise du clergéChapitre 3 sur 55 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

encore aujourd'hui un peu de celle que j'ai trouvée. Après tant d'années d'expérience et d'observation, il me semble que, sans présomption, je puis avoir quelque chose à raconter sur le Clergé de France, et je le raconte.

Je n'attaque aucun dogme, je ne proche aucune apostasie. Dans une situation très confuse, je tâche simplement de renseigner un certain nombre de mes coreligionnaires et de mes concitoyens qui souffrent profondément en eux-mêmes et qui se disputent sans bien savoir ce dont il s'agit. Loin de vouloir entretenir des équivoques, tous mes livres ont pour but de les dissiper. Peuvent s'en plaindre ou essayer de donner le change, les seuls individus ou les seules institutions qui pèchent en eau trouble.

Depuis dix ans il se passe dans l'Eglise de France un phénomène qu'elle n'avait encore point présenté. Des prêtres, chaque année de plus en plus nombreux, la quittent pour rentrer dans la vie ordinaire. « Et s'il y en a tant à partir, ajoute-t-on, combien plus encore ne sont-ils pas ébranlés ! » (1)

De tout temps, des défections se sont produites dans tous les corps. Une carrière qui exige une abnégation complète et totale doit nécessairement compter des déserteurs. 11 n'est donc point étonnant que des natures fïères et libres refusent quelquefois d'obéir à des ordres arbitraires ou injustes et préfèrent

(1.) L'Américanisme, p. 458.

i \ cniSE m ci i ii«.i

la révolte à ce qu'elles sont amenées à considérer comme un perpétuel esclavage.

D'autres abandonnent leur promesse de célibat. Renoncer à l'Eglise dans l'intention de prendre femme a toujours semblé si naturel que le vulgaire explique par ce motif la plupart des apostasies ecclésiastiques. « C'est sortir parla porte de Luther », disent dédaigneusement ceux qui veulent oublier le trafic des indulgences.

Le caractère spécial de nombreuses crises actuelles consiste en ce qu'elles viennent de l'intelligence, et non point du caractère ou des mœurs. Ce sont des drames de tête. Ceux qui partenl déclarent que le dogme ecclésiastique est faux, qu'ils ne peuvent vivre dans l'imposture el dans le mensonge. Ils avaient cru prendre un sacerdoce, ils ne veulent pas faire un métier. Ce ne sont pas des dévoyés, ce sont des fourvoyés. Après avoir été dupes, ils refusent d'être complices.

Comment ceux qui avaient honnêtement professé leur foi, pendant de longues années, viennent-ils à la jk rdre .' Comment avaient-ils accepté des croyances si mal fondées ?

Pourquoi les maîtres de la doctrine chrétienne restent-ils incapables de réfuter une allégation aussi blessante que l'accusation d'erreur totale et incurable ? Telles sont les différentes questions que l'on entend poser par tonte la France.

Pour y répondre en toute précision, je n'ai négligé aucun moyen d'information. Mais comme il s'agit

A\ .WT-PI10P0S

d'affaires de conscience très délicates et que je ne veux nuire à personne, il m'arrive quelquefois de ne pas alléguer formellement certains faits ou certains textes sur lesquels s'appuie mon exposition. On me fera crédit, je l'espère, sur ces points de détail, en reconnaissant par ailleurs que le livre repose sur une solide structure. Tôt ou tard, en cas de besoin, de nouvelles preuves pourront être données.

Désireux de rendre cette étude aussi exacte que possible, je l'ai d'abord publiée en très grande partie dans un journal, et j'ai envoyé les différents chapitres aux personnes qui s'y trouvaient citées ou visées (1). Des observations m'ont été adressées directement ou ont été formulées par la presse. J'en ai tenu compte dans toute la mesure où elles m'ont semblé justifiées. Si j'ai laissé subsister des erreurs, qu'on les signale. N'ayant aucune prétention à l'infaillibilité, je serai le premier à me réjouir d'être remis dans le chemin de la vérité.

Paris, le 25 janvier 1907.

(1) Les pseudonymes qui signaient ces articles n'élaienl un secret puni' personne. L'auteur fut clairement désigné, notamment par le PèFe Fontaine Science catholique, mai 1905, et Vérité française, 26 février 1U0G) ; M. Abel Salle, (Express de Liège, i2 mars ; Journal de Gand, 23 mais l'jOâ) ; le chanoine Théodore Delmont {Vérité française, 15 octobre et 3 novembre 1906).

Page 1