I- . i m HISTOIRE DE i BG1 (SI
riencea l), il a trouvé le moyen d'obtenir un vis;i tutélaire. Espérons que le Maître du Sacré Palais, un dominicain, tiendra à honneur que ses confrères les dominicains, qui siègenl à la Congrégation de l'Index, ne condamnent pas un livre qu'il a laissé passer.
Beaucoup de personnes se sont demandé comment il ae l'ait que le Vatican ait condamné «les livres de M. Loisy, qui exposent ces mêmes résultats scientifiques L'une d'elles écrit à ce sujet :
Si l'on veul aller jusqu'au bout «les pensées suggérées par l'auteur, on aperçoit, puissammenl étayée, la synthèse faite par M. Loisy. Il y a à peine deux ans cependant, relui qu'un vicaire général du Midi appelle le plus grand apologiste de notre temps, était traité par Home comme favorisant l'hérésie. Or, n'est-ce pas une sorte d'amende honorable qu'il reçoit ;nij »urd*hui, puisque, si Mgr Duchesne est directeur de l'École de Rome et membre de l'Institut, il est aussi, de par
li choix du Pape, membre de la Coi ission chargée de la
i é\ ision des légendes du bré^ iaire, et sod présenl livre a reçu le plus haut imprimatur qu'on puisse désirer, ['imprimatur même du Vatican (2).
Il y a beaucoup d'exagération dans un tel commentaire; V imprimatur ne constitue pas une approbation, et tous les actes doctrinaux du Vatican, depuis la condamnation de M. Loisy (1903 1, loin de montrer l'autorité disposée à faire « une sorte d'amende honorable », prouvent qu'il est irrévoca-
1) Sur les attaques auxquelles il fut en butte, voyez la Controverse de l'Apostolicitê et la Question biblique au XIX' siècle. (2) Revue 'les Idées, 15 février 190G. p. 142.
blement et de plus en plus formellement désavoué.
Si Mgr Duchesne et M. l'abbé Loisy, en aboutissant aux mêmes conclusions scientifiques, ont reçu un sort différent, c'est que le second s'est permis de philosopher sur ces conclusions, et de proposer une apologétique nouvelle dont il semble bien que l'Eglise ait besoin. Le même accident est arrivé au père Laberthonnière, philosophe relativement orthodoxe, qui a cru devoir élaborer une nouvelle synthèse de pensée chrétienne. Les théologiens ne peuvent pas laisser supposer que leur système soit ruiné. Ils ont fait condamner ceux qui allaient à leur secours. Mgr Duchesne n'a point eu cette naïveté. Il s'est arrangé de manière à raconter devant eux, sans encombre, une histoire pénible qui les dérange beaucoup.
Selon les épisodes de sa narration, il a été détaché, obscur, joyeux, grave, onctueux et dévot. Tantôt il lève la voix avec assurance, tantôt il la baisse avec discrétion, tantôt il continue insouciamment sans paraître aucunement penser qu'il pose de terribles problèmes, ou puisse être désobligeant pour qui que ce soit. Nous devons croire qu'il a pris le bon moyen puisqu'il a réussi, et même à un moment où les théologiens sont particulièrement susceptibles. Si dans beaucoup d'endroits le livre a l'inconvénient de présenter deux sens, dont l'un n'est accessible qu'aux initiés, il aura l'avantage de multiplier les initiés dans les milieux, où, écrit autrement, on ne l'aurait pas lu. Les procédés et les
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circonstances donnent donc à ce savant ouvrage un attrait de plus. Quels tours de force! Que de choses extrêmement hardies, résumées dans une courte phrase subtile! A propos du grand miracle <lu »l«»u des langues, il écrit simplement :
.. Ni le glossolale lui-même, ni les assistants ne comprennent ce qu'il dit. a (P. 18.) lit eiicuiv : « Les visions, les prophéties, les guérisons miraculeuses n'étaient guère compatibles avec la régularité du service liturgique, elles cessèrent bientôt de s'y produire ». il*. 49.)
Avec quel tact il nous présente un écrivain ecclésiastique. Jules Africain, qu'il serait messéant «le qualifier comme il le mérite :
C'était un homme fort curieux d'antiquités : au cours de ses voyages, il vit les restes de l'arche de Noé à Apamée de Phrygie; à Edesse, la tente de Jacob ; à Sichem, letérébinthe du même patriarche. ■• (P. 160.)
Le livre fourmille de ces phrases exquises. Peutêtre pourrait-on le définir : Une histoire ancienne de l'Eglise racontée avec toute la science du vingtième siècle dans la langue du dix-huitième et à la
barbe des théologiens du seizième
Vérités d'hier ? La théologie traditionnelle et les critiques catholiques (2), tel est le titre d'un livre qui fut lancé, au mois d'octobre 1906, comme une petite bombe parfaitement confectionnée, pieusement et sûrement, au milieu du Clergé. L'auteur est un prêtre qui signe Jean Le Morin. De ses nombreux titres et dignités, il ne déclare que ses doctorats en philosophie et en théologie (3). Indiquer les autres
(1) Le Siècle, 31 octobre 1906.
(2) Un volume in- 12. Paris, librairie Nourry. Prix, 3 fr, 50.
(3) On a dit que « Jean Le Morin était le pseudonyme d'un tout jeune homme, laïque, qui n'est ni abbé, ni docteur, etc, » (Revue pratique d'apologétique, 15 février 1907 ; Croix, 22 février, Vie Catholique, 18 mars; Ami du Clergé, 28 mars, et lettre de Mgr Batiffol, au Guardian, 14 mai}. En ma qualité d'abonné à l'Ami du Clergé et à la Vie Catholique, j'écrivis à ces deux périodiques que leur bonne foi avait été surprise et que le pseudonyme de Le Morin cachait un prêtre authentique. La Vie Catholique fit une enquête et arriva très facilement à connaître l'auteur. Dans son numéro du 23 mars, elle publia une rectification reproduite par le Guardian du 22 mai. LAmidu Clergé, la Croix et Mgr Batillol qui, au milieu de la crise de la foi, veulent donner à leur public des consolations faciles, n'ont pas fait de rétractation.
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eûl rendu l'identification trop facile aux chasseurs d'hérétiques. M. Le Morin, d'ailleurs, n'en est pas un, mais il semble fatalemenl destiné à le devenir l). 11 pose tant de points d'interrogation !
S.hi ouvrages pour but d'abord de mettre la liiérarchie catholique bien en face d'un grand nombre d'objections que formulenl les gens instruits, el ensuite d'obtenir de celle hiérarchie infaillible des explications plausibles sur les conflits «lu dogme et de la science. Voici un extrait du petit discours qu'il adresse à ses collègues et à ses chefs :
La voix des lidèles, qui de nous ne l'a entendue s'élever grave el triste, solennelle el pressante, nous disanl : « Vous dont les lèvres doivenl garderla sagesse, si vous savez où esl la vérité, dites-le nous ? Mais, comme nous ne sommes plus d'un siècle où la force supprime le droit, où la parole pontificale fait courber tous les fronts, où les censures de YIndex soumettent tous les esprits, où l'excommunication faii taire la raison, nou> demandons, contre les objections sérieuses faites à nos croyances, des arguments qui forcent la conviction afin que notre foi suit une toi éclairée.
« On nous dit que ce qui était, d'après vous, vrai hier, est f;ni\ aujourd'hui, prouvez-nous que la vérité, que vous nous proposez, esl éternelle. Prouvez-nous que l'Ecriture sainte es! la parole de Dieu et nous en défendrons l'enseignement, tout l'enseignement, jusqu'à l'effusion de notre sang. Prouveznous que l'Eglise est d'institution divine et, sans arrièrepensée, joyeux mêmes, nous lui soumettrons nos esprits et nos cœurs. Démontrez-nous que lc> sacrements nous viennenl directement de Jésus-Christ et nous continuerons à leur
(1) Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Le Morin a quitté l'Eglise.
demander la vie surnaturelle de la grâce. Mais, entendezle bien, nous voulons des preuves, une simple affirmation ne nous suffit pas, car votre enseignement engage nos destinées éternelles. Prêtres et évêques, vous êtes des hommes comme nous, et. comme nous, faillibles. Vous nous dites des choses mystérieuses d'un monde plus mystérieux encore, de qui les tenez-vous? Quelles preuves nous donnez-vous que vous parlez au nom de Dieu lui-même ? Ah ! si c'est la divinité qui exprime ses oracles par vos lèvres, nous nous livrons à vous, corps et âme, mais de ces affirmations, si graves, et de cette mission divine nous voulons la preuve, afin que nous puissions défendre notre foi contre les incrédules et nous conformer à l'ordre de saint Pierre qui disait : « Soyez toujours prêts à répondre, pour votre défense, à « quiconque vous demandera compte de votre espérance. »
Après ce préambule, l'auteur expose très fidèlement l'enseignement de l'Eglise sur un certain nombre de points essentiels ou tout au moins intéressants, et, d'autre part, aussi exactement, les difficultés que lui oppose tout homme versé dans la connaissance du passé. Pour ne pas être accusé d'inventer ou de grossir les difficultés, le rapporteur les tire de préférence d'auteurs authentiquement catholiques, — évoques, comme MMgrs Mignot et Le Camus ; professeurs d'universités, comme MMgrs Ducliesne, BatifFol, M. l'abbé Boudinbon ; directeurs de séminaires, comme MM. Guibert et Ilogan ; congréganistes distingués, réputés d'une solidité à toute épreuve dans la foi, tels que les Pères Durand, de Fois, Prat et Lagrange. Lorsque la juxtaposition du tableau scientilique et du tableau dogmatique est achevée, l'auteur, sans hasarder de conclusion, attend
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respectueusemerrf la solution des docteurs de la foi, l.s évêques r\ le pape infaillible.
Que la hiérarchie daigne ou ne daigne pas parler I, il faut remercier l'abbé Le Morin d'avoir pensé à nous faire un livre si franc, si honnête, si parfaitement de nature à dissiper les équivoques et les malentendus. Il faut le remercier d'avoir si bien exécuté son dessein en nous résumant de grandes lectures et en nous permettant, par de nombreuses et soigneuses références, d'étendre les investigations aussi largement qu'on le peut désirer. Nous souhiai-
(1) Pour l'honneur du Clergé de France, il y a des évoques qui ne demanderaient pas mieux que de parler, mais la centralisation romaine est si forle qu'ils ne croient pins avoir la liberté d'en prendre l'initiative. L'archevêque d'Albi, MgrMignot, n'a pas osé réunir en volume ses lettres à son clergé, de peur que le livre ne fut mis à l'index. L'éminent prélat reconnaît cependant qu'il faudrait répondre. Dans son oraison funèbre de Mgr Le Camus, prononcée à La Rochelle, le 15 dov< mbre 190G, il s'exprimait sur la crise présente en termes qui semblent parfois un écho au livre de M. Le Morin :
« Comme l'impiété ne désarme pas, c'est le peuple chrétien qui se tourne vers nous, ses maîtres et ses pères dans la foi, nous demande de lui expliquer sa religion et de justifier la notre. Il parle le langage du temps où il est né, du monde où il vit, de la science qu'il a apprise ; il nous prie de lui parler sa langue. Il le demande et nous ne répondrions pas ? nous n'essaierions pas de prendre contact avec ces âmes, de suivre ces explorateurs, de coordonner ces découvertes, de christianiser ces pensées, de rattacher celte vie qui palpite à la vie divine de Jésus-Christ ? Et nous refuserions de donner du pain à ces âmes qui en demandent, et nous laisserions dans les ténèbres ceux qui crient à la lumière?
« Ah! ce ne fut pas la pensée du grand travailleur dont nous honorons la mémoire. Aux questions posées, il chercha loyalement, à donner une réponse. Nier la crise, il ne le voulut pas. Il savait qu'on n'arrête pas la pensée humaine ; on l'éclairé, on la dirige on lui répond, on la redresse, on l'instruit, on ne la supprime pas. »
tons qu'il continue ses travaux et que ses livres aient une grande diffusion.
Mais si son livre est très utile pour éclairer les problèmes religieux, nous doutons qu'il les fasse solutionner, au moins dans le sens qu'il désire. L'abbé Le Morin supplie instamment la hiérarchie de fournir des explications. Il est probable que celleci ne bougera pas. Selon toute apparence, si elle avait quelque chose à dire, on l'aurait entendue à propos de l'abbé Loisy.
Il y a trois ans, le savant exégète traqué par des évêques zélés, s'avisa, lui aussi, de poser des questions. Il en réunit une jolie collection dans un volume qu'il appela Autour d'un petit livre. L'Index le condamna, le Saint-Office contresigna. Le cardinal secrétaire d'Etat, déclara au nom de Pie X, que cinq ouvrages de l'abbé Loisy regorgeaient d'erreurs, mais sans dire si les autres en sont exempts. Il n'y eut pas d'explications. On eut cependant un moment l'intention d'en donner. Le Saint-Office avait rédigé une liste des erreurs de l'exégète, mais il ne l'a pas publiée. Ce n'est pas que les mauvaises doctrines aient cessé de pulluler. Des hérétiqnes plus jeunes ont surgi. L'abbé Loisy lui-même a continué de travailler. Des Morceaux d'exégèse ont paru, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses d'abord, puis en volume. On dit que le pape a été fort peiné d'un article sur Jean-Baptiste. Néanmoins le néo-Syllabus attend toujours. Les comptes rendus de l'abbé Loisy se multiplient dans la Revue critique.
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[la deviennent, sin.ui plus audacieux, du moins de plus en plus terriblemenl clairs 1 . De pieux dénonciateurs les envoienl régulièrement au Vatican. Ils n'arrivent pas à faire parler le Pape infaillible.
Les évêques de France lui ont aussi demandé, dans leurs deux premières assemblées plénières, do mettre fin à l'anarchie doctrinale qui ravage le Clergé non seulement ils n'ont pas trouvé d'écho, mais la correspondance romaine de la Semaine religieuse de Paris du 20 octobre 1906 leur recommande
positivement une prudente patience. Voici ce petit sermon :
( m presse beaucoup le Saint-Siège, de différents côtés, de prononcer sur les questions au sujet desquelles la conscience catholique a été le plus troublée par les publications ,1,. la critique ultra-libérale. Il esl probable cependant, que
- décisions se feront encore longtemps attendre. Ce sonl précisémenl les hauts personnages auxquels on attribue la plus grande intransigeance qui sont le plus opposés à toute manifestation d'autorité. Ils prônent, en effet, un parti pris de très grande tolérance envers la critique, .!<• quelque ordre qu'elle suit, du moment qu'elle ne s'attaque pas aux dogmes de l'Église. Or, il n'est pas trop malaisé, surtout à des écrivains ecclésiastiques, de discerner quelles sont, dans leurs publications, les conclusions, ou les tendances qui ne sont pas d'accord avec les dogmes catholiques. L'Église n'a vraiment à intervenir auprès d'eux que dans les cas où ils viennent à l'oublier : et de leleur faire savoir, ce n'est pas une nouveauté
(1) L'Ami da Clergé du 29 novembre 1906 relève, dans les comptes rendus des mois de septembre et d'octobre précédents, un certain nombre de citations qu'il juge scandaleuses au point de vue théologique, sans se demander si elles ne sont pas la virile historique.
donl ils aient à s'offusquer. Qu'ils prennent donc une conscience de plus en plus profonde des doctrines essentielles de l'Église. Home n'aura pas à intervenir dans l'exercice de leur ministère (car c'en est uni de publicistes et de professeurs. Et celui qui est avec l'Eglise, et veut y rester, ne risque pas de se tromper.
Ainsi le Vatican ne veut pas parler. Que M. Le Morin et nos évoques se le tiennent pour dit. Le peu de succès qu'a remporté l'ancien Syllabus légitime d'ailleurs pleinement les inquiétudes sur le sort qui serait fait au nouveau. Un certain nombre de vérités condamnées par mégarde sous le nom d'erreurs, cela ne tirerait pas trop à conséquence, si on avait la liberté d'en convenir et de les reprendre. Mais quand on est infaillible, il est plus facile de l'être, et de le rester, en se taisant qu'en parlant. (1)
(1) Au commencement de 1907, plusieurs incidents prouvèrent au pape que la crise de la foi s'aggravait singulièrement en Italie et en France. Pour y remédier, il lança le syllabus tant attendu et, un peu plus tard, l'encyclique « sur les doctrines des modernistes ». Mais il se garda bien d'engager à fond son infaillibilité dans ces deux documents.