h- l'application
Celte note fui vivemenl reprochée à don Romolo Murri, par In presse cléricale. < »n cru! qu'il conseillai! de rester dans l'Eglise à un prêtre qui avail perdu la foi. Or, il répondait à quelqu'un qui lui demandai! «Irs explications sur h différence que présentaient 1rs paroles confidentielles el les déclarations publiques d'un ecclésiastique officieux >. Dans la Rivista di Gultura <lu 16 janvier 1908 reuille de couverture), M. Muni ajoutera .
« < > 1 1 peul ne plus croire el toulefoi- rester dans l'Eglise: y rester, à la fois, pour lui nuire el s'en engraisser. Mais cette catégorie de prêtres, beaucoup plus nombreuse qu'on ne croil. ne grossi! pas les rangs du modernisme, vrai ou supposé. »
10 avril. -- M. J. Pujol, curé de Leycherl (Ariège), adresse à l'autorité diocésaine, la lettre suivante :
Monsieur le Président dos vicaires capitul airo <lc l'amiers,
J'ai l'honneur de vous donner ma démission de curé el de prêtre. Je dois vous dire pourquoi.
Ce n'est pas que j'aie eu à me plaindre particulièrement de mes supérieurs, el je vous prie de ne voir dans ma présente lettre aucune attaque personnelle. J'ai cessé de croire à tout surnaturel. Je sais trop ce que valent les patenôtres el les singeries religieuses, je connais trop leur action néfaste sur le peuple pour les continuer.
1.' •- .-p. ■■■.■- le- plu- iluiiL'i'ivu.-es 1 1 ;i i — « • 1 1 1 cl vivent sur les immondices. Toute religion, née sur l'ignorance, court d'instincl a tout ce qui est ignorance, routine ou injustice, le cultive j ttousement, el en vit. Le catholicisme n'est plus qu'un monstrueux
mélange de mysticisme inepte, de barbarie et d'absolutisme, mélange où ne se retrouve même plus une seule des rares idées raisonnables de Jésus.
Et quant à l'organisation de l'Église, c'est le tsarisme archaïque, aveugle, pourri et impuissant, mais régnant sur des sujets plus éclaires et plus affranchis que les Russes. Aussi, bien que les conservateurs ressassent le contraire, le peuple est-il plus anticlérical que le Parlement, de même que ce dernier l'est plus que les ministères. Il suffit que le prêtre paraisse et agisse pour que le peuple lui donne tort. En chaire, il ne veut l'entendre que par curiosité passagère. Même sur le paysan, j'ai pu le constater, une parole libre penseuse produit plus d'impression que cent sermons du prêtre.
J'emporte l'estime de ma paroisse mieux qu'aucun des prêtres dévots ne l'emportera jamais de la paroisse qu'il quittera. Cela provient de ce quej-e vivais depuis quelque temps en libre penseur plutôt qu'en prêtre. Je faisais même quelque propagande libre penseuse.
Le Saint-Esprit, décidément ramolli, n'y a vu que du feu.
Et maintenant, Basile, plaqué et pas content, se répandra, selon son habitude en pareil cas, en injures personnelles contre celui qu'hier il faisait vénérer comme guide officiel pour le paradis.
J. Pujol, Curé de Leychert (Aiïège).
15 avril. — Don Romolo Murri est déclaré, par une lettre de Pie X à l'archevêque de Fermo, « suspens a divinis ». Les causes de cette mesure sont « les entretiens qu'il a accordés à des journalistes et qu'il n'a jamais démentis ; les correspondances qu'il a envoyées à des journaux et qui renfermaient des jugements écervelés et peu édifiants, et enlin différentes publications parues sous son nom dans la Rivista di Gultura et autres périodiques ».
La Rivista di Gultura du 1er niai, publie les remarques suivantes :
h Il ne s'agit pas, comme dans l'affaire Loisy, des rapports entre la critique et la théologie ni, comme dans l'affaire Tyrrell (qui a été privé du pouvoir de dire la messe parce qu'il n'a pas
Al'l'l Mil. I
accepté de soumettre sa corres] dance 6 un censeur , des limites
ilr l'autorité devant laquelle l'individu reste dans ses Inaliénables
drolls d'ho e. il s'agil de la compétence de l'autorité eccl< sias
Uque en matière politique el Boclale, et, par conséquent, de définir jusqu'où, en telle matière, Bes ordres peuvent s'étendre s troubler les notions essentielles des deux sociétés, ni les différents modes de l'activité humaine. »
/, avril. — Dans une allocution prononcée à l'occasion de la remise de la barrette aux nouveaux cardinaux, Pie X déplore le péril de la foi el déclare les modernistes » rebelles :
La guerre cruelle, celle qui fail répéter à l'Église : « Voici mon amertume la plus amère ». c'esl celle qui provienl de l'aberration des esprits qui porte à méconnaître ses doctrines el à répéter dans le monde le <Ti de révolte pour lequel les anges rebelles onl été chassés «lu ciel .
Kl rebelles, assurément, il> le sont, ceux qui professenl el répandent, -nus des formes artificieuses, des erreurs monstrueuses -m l'évolution du dogme, sur le retour au pur Évangile —
-i -à-dire à l'Évangile émondé, comme ils disent, des explications de la Idéologie, des définitions des Conciles, des maximes de l'ascétique — sur l'émancipation de l'Église, mais d'une façon nouvelle, sans se révolter, pour ne pas être retranché, sans se soumettre néanmoins, pour ne pas manquer â ses propres convictions ; el finalement, sur l'adaptation aux Lémps présents, en tout, dans la parole, dans les écrits, jusqu'à prêcher une charité sans foi, très tendre aux incroyants, qui ouvre â tous, la voie vers la ruine éternelle.
Vous voyez bien. Vénérables Frères, si Nous, qui devons
endre de toutes Nos forces le dépôt qui nous a été confié, Nous avons raison d'être dans l'angoisse, en face de cet assaut qui n'esl pas une hérésie, mais le résumé el le poison de toutes les hérésies, qui tend à saper les fondement? de la foi el à anéantir le christianisme.
Oui, anéantir le christianisme, parce que la Sainte-Écriture, pour ces hérétiques modernes, n'esl plus Pi source sure de toutes les vérités qui appartiennent à la foi, mais un livre ordinaire ; — l'inspiration, pour eux, se limite aux doctrines dogmatiques.
entendues d'ailleurs à leur manière et pour un peu, ne se différencie point de l'inspiration poétique d'Eschyle ou d'Homère. Légitime interprèle do la Bible, l'Église l'est, mais en s'assujetlissanl aux règles de ce qu'ils nomment la science critique, laquelle s'impose à la théologie et en fait son esclave.
Quant à la tradition, finalement, tout est relatif et sujet à des changements, et par là se trouve réduite à rien l'autorité des Saints Pères.
Toutes ces erreurs et mille autres semblables, ils les vulgarisent en des opuscules, des revues, des livres ascétiques, et jusque dans des romans : ils les enveloppent en certains termes équivoques , en certaines formules nébuleuses , pour ménager une échappatoire toujours prête à la défense, de manière à ne pas encourir de condamnation ouverte, et prendre cependant les imprudents dans leurs fdets.
Nous comptons cependant beaucoup aussi sur votre aide, Vénérables Frères, afin que toutes les fois que vous et les évoques, vos suffragants, vous découvrirez dans votre région de ces semeurs de zizanie, vous vous unissiez à Nous pour les combattre, Nous informant du péril auquel les âmes sont exposées, et dénonçant leurs livres aux Sacrées Congrégations romaines et qu'en attendant, vous usiez des pouvoirs que vous tenez des saints Canons, pour les condamner solennellement, convaincus de la très grave obligation que vous avez assumée d'aider le Pape dans le gouvernement de l'Église, dans la lutte contre l'erreur et dans la défense de la vérité jusqu'à l'effusion du sang.
lcv m<ii. -- Premier numéro du journal Le Chrétien Libre, organe de l'Œuvre <lrx Prêtres et l ' Evangélisation par les anciens prêtres. — Trimestriel. — Pour la Rédaction el L'Administration . s'adresser à M. Léon Revoyre, 6, rue Montgallet, Paris (XIIe).
Ce journal fail suite à France et Évangile el au Prêtre Converti.
Voici un extrait de son programme :
« La rénovation chrétienne de la France doit se poursuivre par les ex-prêtres nettement protestants au point de vue de la méthode et par conséquent légitimement appuyés sur les églises
J.VJ Mil \l'h I
proleslanles, mgla ne Lravalllanl pas pour le recrute ni de
celles ci... Ce sonl leurs principes, sinon leurs murailles, qui lo giquenient, nécessairement, abrileronl les associations chrétien nés Futures... A l'heure actuelle, il serait prématuré <lr dire •■"in iiu'iii s'organiseronl les chrétiens libres de l'avenir. Pour le moment, il B'agil pour nous ex prêtres, qui avons gardé le Chrisl ol conquis la liberté, 1° <!<■ stimuler ei de Justifier le besoin de ! ration qui se fail jour ici el là dans le camp catholique, el 2 de dégager le < : 1 1 r i - 1 aux yeux de la foule libre penseuse qui ne peul -.• passer d'une incarnation il«' l'idéal <pii la tourmente... Aider el plus lard unir les catholiques en mal de liberté el les libres penseurs en mal d'idéalité el de progrès moral, voilà le devoir des évadés que le protestantisme a l'intelligence de soutenir sans prétendre les il isliquer. »
28 mai. — ■ Le cardinal Richard, archevêque de Paris, prohibe la lecture du livre de M. Edouard Le Roy, Dogme et critique, el défend a ions les ecclésiastiques relevanl de sa juridiction, <\r collaborera la Revue d'histoire et de littérature religieuses (1). Il soumet le texte de ces deux ordonnances à l'assemblée des archevêques el évêques protecteurs de ^Institut catholique de Paris, qui se réunissent ce jour-là même, el ceux-ci les approuvent à L'unanimité. - Ces défenses seront confirmées et promulguées par la plupart des évêques de France dans leurs diocèses respectifs.
29 mai. — Décision de la Commission biblique pontificale, relative à l'auteur ei à la vérité historique du quatrième évangile.
Ik juin. — Lettre de Pie X à Mgr E. Commer, professeur
i Parmi les considérants relatifs à celle dernière condamnalion figure le reproche d'avoir publié « plusieurs articles noloirement contraires au dogme <-;ii tiolique, à savoir : Irois articles signés I mi pi ii . sur la Trinité, el un article signé Herzog, sur la conception virginale du Christ». L'auteur des trois premiers articles est un prêtre, en situation régulière et jouissant de tous ses pouvoirs ecclésiastiques. Ces articles ont été réimprimés en brochures à la librairie Nourry : Le dogme de \« Trinité dans les Irais premiers siècles, par A. Dupin.
de théologie dogmatique à Vienne. Le pape y déclare ignorants du catholicisme ou rebelles contre l'autorité du Sainf Siège ceux qui veuleni élevei un monument à l'abbé Hermann Schell. — Parmi les membres du comité constitué pour l'érection de ce monument, figuraient l'archevêque de Bamberg, l'évêque de Passau, monsignor A. Ehrhardj le professeur von Funk, le baron Frédéric de Hûgel (1).
3 juillet. — Décrel Lamentabili de la Sacrée Inquisition Romaine ci Universelle, condamnant 65 propositions relatives aux sciences ecclésiastiques, à l'interprétation de la Sainte Ecriture, etc.
ii juillet. — L'abbé Attilio Pandozi, curé de Marino, près de Rome, excommunié par le Saint-Office, refuse de se soumettre et se déclare rationaliste (2).
Juillet. — ■ Mgr Umberto Francassini, recteur du grand Séminaire de Pérouse et l'un des premiers consulteurs de la commission biblique pontificale est destitué de ces deux charges, sur l'ordre de Pie X. pour cause de modernisme.
29 juillet. — L'Index fait afficher le décret suivant :
(1) Sur ces incidents, on peut consulter avec profit la brochure de don S. Minocchi, La crisi odierna del Catlolicismo in Germauifi (Florence, lipografia Ariani, in-8°, 99 pages ; extrait des Studi religiosi, septembre-décembre 1907).
(2) Parole chiare, Frascati, Stabiliniento Tipografico, in-8% 23 pages. — Auteur de plusieurs ouvrages qui avaient remporté quelque succès [Il Vangelo ed il paganesimo rinascanle, 1903 ; La figura slorica di Gesù ? 1905 ; Nel regno del Messia, 1905), Pandozi continuait son ministère sans foi : « Il est honteux de l'avouer, mais je répare ma faute avec cette confession publique, je continuais pour avoir du pain. » Parole chiare, p. 18. — La Croix, l'Eclair et autres journaux cléricaux, représentèrent Pandozi comme un prêtre « moderniste » et « de mœurs inavouables », manière de polémiser contre le « modernisme ». Dans ses écrits, Pandozi montra une certaine modernité de tendances; mais, en homme qui voulail garder sa place, il prit toujours soin de se
séparer des suspects et no ta m ni de l'abbé Loisy. Suspendu
pour avoir souffleté un de ses vicaires, il ne tint pas compte de cette mesure disciplinaire et continua à célébrer la messe. C'était poser un acte schismatique; le Sainl-Oflice l'excommunia.
Dl CRI I
I i ndredi, 26 juillet l'.m~ .
La Sacrée Congrégation des Eminenlissimes et Révérendisslmea cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, préposés el délégués i>;ir notre très saint seigneur Pie X, pape, el par le Sainl Siège apostolique, a l'index des livres de mauvaise doctrine, à la proscription de ces livres, à leur correction, el chargés d'en autoriser la lecture dans la République chrétienne universelle, réunis au palais apostolique «lu Vatican le 26 juillel 1907, a condamné el condamne, ;i proscrit cl proscrit, a ordonné el ordonne d'inscrire dans le catalogue des livres interdits les œuvres suivantes :
Ernesl Dimnet, Lu pensée catholique dans l'Angleterre conh mporaine, Paris, 1906.
Edouard Le Roy, Dogme el Critique, Paris.
Jean Li Morin, Vérités d'hier; théologie traditionnelle et critiques catholiques, Paris, 1906.
Albert Routin, La crise du clergé, Paris, 1907.
Le Cœnobium, rivisla inlernazionale di liberi studi, Lugano, 1906-1907.
C'esl pourquoi personne, quels que soient son irrade el sa condition, ne doil avilir l'audace d'éditer les œuvres condamnées el proscrites susdites, en aucun lieu et en aucune langue, a l'avenir, ni de les lire, ni de les conserver, sous peine d'encourir les peines portées dans le catalogue des livres interdits.
Ce qui précède ayant été rapporté par moi, soussigné, à notre très saint seigneur Pie X, pape, Sa Sainteté a approuvé le décret el ordonné de le promulguer. En foi de quoi, etc.
Donné à Rome, le 2G juillet 1907.
Cardinal André Steinhuber, préfet.
I'r. Thomas EsSER, de l'ordre des Prêcheurs, secrétaire.
Le 29 juillet 1907, je soussigné, chef des curseurs, ai témoigné que le susdit décret a été affiché el puhlié dans la Ville.
Hemu Benagua, chef des >iii -i-urs.
s septembre. — Encyclique Pascendi dominici gregis ■• sur les doctrines des modernistes ».
NtiTES CHRONOLOGIQUES 285
L'encyclique apprécie ainsi la tactique ei la persévérance des novateurs :
Ce qu'on leur reproche comme une faute, c'est ce qu'ils regardent au contraire comme un devoir sacré. En contact intime avec les consciences, mieux que personne, sûrement mieux que l'autorité ecclésiastique, ils en connaissent les besoins : ils les incarnent, pour ainsi dire, en eux. Dès lors ayant une parole et une plume, ils en usent publiquement, c'est un devoir. Que l'autorité les réprimande tant qu'il lui plaira : ils ont pour eux leur conscience et une expérience intime qui leur dit avec certitude que ce qu'on leur doit, ce sonl des louanges, non des reprochas, fuis, ils réfléchissent que, après tout, les progrès ne vont pas sans crises, ni les crises sans victimes. Victimes soit ! ils le seront, après les prophètes, après Jésus- Christ. Contre l'autorité qui les maltraite, ils n'ont point d'amertume : après tout, elle fait son devoir d'autorité. Seulement ils déplorent qu'elle reste sourde à leurs objurgations, parce qu'en attendant, les obstacles se multiplient, devant les âmes en marche vers l'idéal. Mais l'heure viendra, elle viendra sûrement, où il faudra ne plus tergiverser, parce qu'on peut bien contrarier l'évolution, on ne la force pas. Et ils vont leur roule ; réprimandés et condamnés, ils vont toujours, dissimulant sous des dehors menteurs de soumission une audace sans bornes. Ils courbent hypocritement la tète pendant que de toutes leurs pensées, de toutes leurs énergies, ils poursuivent plus audacieusement que jamais le plan tracé ! Ceci est chez eux une volonté et une tactique, et parce qu'ils tiennent qu'il faut stimuler l'autorité, non la détruire ; et parce qu'il leur importe de rester au sein de l'Église, pour y travailler et y modifier peu a peu la conscience commune : avouant par là, mais sans s'en apercevoir, que la conscience commune n'est donc pas avec eux, et que c'est contre tout droit qu'ils s'en prétendent les interprèles.
A ce passage de l'encyclique M. Loisy a ainsi répondu :
Il doit être permis à l'un de ceux qui ont été le plu- souvent frappés, de prolester hautement contre celle tirade, indigne d'une polémique sérieuse, plus indigne encore d'une instruction solennellement adressée par \<- successeur de Pierre à tous les successeurs des apôtres. J'ai parlé, je parle encore pour dire ce qui
286 \iTi HDK i
me parai I être la vérité ! SI ce o'esl pas pour mol un devoir, |e croîs du moins que c'esl un droit. Tous ceux qui me connaissent
savenl que je serais trouvé mol môme ridicule en m'attribuanl
une iui~si.ni extraordinaire. Les condamnations du Cardinal Richard ne m'ont pas étonné ! celles de Pie X m'étonnenl encore moins, il esl vrai nue j'ai toujours eu pour mol ma conscience; mais les louanges de certaines personnes m'auraienl forl embarrassé; leur blâme, surtout quand il s'assaisonne d'injures, me laisse indifférent. Je n'ai jamais posé en victime, el j'ai eu moins encore la sacrilège audace de me comparer aux prophètes, el au Christ. Je ne sais pas si jamais l'Église transigera avec l'espril el
la civilisation modernes, .le [>en>e qu'elle n'en tri phera pas :
mais ils pourraient triompher d'elle. Les actes de soumission m111' j'ai adressi s, en 1902 au Cardinal Richard, en 1904 au Souverain Pontife, n'avaieul point île « dehors menteurs » : j'y ni fait toutes le- réserves que me prescrivait la sincérité. Après toute- i.s condamnations que j'ai subies, j'ai continué à travailler, parce que je juge que le travail est pour moi une obligation, el aussi parée que telle esl l'inclination de ma nalure. Je ne me proposais pas d'autre but que de m'éclairer moi-même et d'éclairer les autre-, selon mon pouvoir. Je suis resté dans l'Église parce que ma conscience ne me prescrivait pas d'en sortir. Ou je me trompe fort, mi l'Église, elle-même, bien qu'elle s'efforce de les désbonorer, travaille à gagner sympathie et crédit à ceux qu'elle semble vouloir maintenant rejeter de son sein (1).
30 septembre et 1er octobre. — Le P. Tyrrell publie dans le Times deux articles sur l'encyclique, intitulés : /'• l'<i]ic et />■ Modernisme.
1 En voici la conclusion :
Nul moderniste qui comprend la logique de sa propre position, qui est fier de ses ancêtre- spirituels, qui sait que l'union avec l'Eglise dépend d'une réalité intérieure plus que d'une forme extérieure, ne pourra être expulsé du catholicisme par un acte, quel
(1) Simples réflexions, p. 195-197.
(1) Ces articles ont été publiés en français dans le Siècle des 25, 26 et 27 octobre, et en italien dans le Rinnovamento de septembre-octobre.
qu'il soit, de violence juridique qui serait exercé contre lui. Sa foi n'esl pas quelque chose qui puisse être annihilé en un instant par la parole d'un évèque en colère. A si haut prix qu'il mette le pain de vie sacramentel, il met encore à plus haut prix le pain sans levain de la sincérité et de la vérité. Se séparer serait reconnaître que ses calomniateurs avaient raison, que le catholicisme était lié pieds et mains à cette interprétation scolastique et à ce gouvernement médiéval de l'Eglise, que le pape n'a pas de devoirs et le fidèle pas de droits. Ce serait abandonner ce qu'il croit la vérité, au moment où la vérité est le plus trahie.
Ce qu'il regrettera le plus profondément, c'est que l'Eglise perd une des meilleures occasions qu'elle ait eues de montrer qu'elle est le sauveur des peuples. Rarement, au cours de son histoire, tous les yeux s'étaient tournés vers elle avec plus d'anxiété, dans l'espérance qu'elle pourrait avoir du pain pour les multitudes affamées, pour ceux qui sont travaillés de celle vague faim de Dieu, sur laquelle l'encyclique déverse tant de mépris. Le protestantisme, dans la personne de ses penseurs et de ses représentants les plus distingués, finissait par en avoir assez de sa grossière antithèse du catholicisme, et se prenait à se demander si Rome, de son côté, ne finissait pas par en avoir assez de son rigide médiévisme. Des milliers de vagues rêves concernant la réunion de la chrétienté avaient été rapidement transformés, grâce au mouvement moderniste, en d'enthousiastes espérances. C'esl alors, hélas! que Pie X s'avance, une pierre dans une main et un scorpion dans l'autre. Des milliers d'âmes, profondément religieuses, scandalisées par cette brutale identification de la scolastique avec le catholicisme, seront éloignées de l'Eglise et des grâces, des sacrements et des secours spirituels auxquels elles ont infiniment plus de droits que les « enfants du royaume ». Et la complète désaffection des classes cultivées, qui va de pair avec le mépris de l'esprit clérical, peut-elle ne pas avoir une repercussion désastreuse sur les foules moins cultivées qui s'éloignent déjà rapidement de l'Eglise el qui, dans ces questions, suiveul de loin, invariablement, l'exemple qui leur est montré d'en haut. Le scandale des forts esl toujours le plus grand scandale des faibles.
Une chose est certaine. Non-seulement en dépit, mais a cause même des mesures de répression de Pie X, le « modernisme » a fait de plus rapides et di plu- saisissants progrès dans ces cinq dernières années qu'au cours des vingt années précédentes. On
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pourra voir -i une dose plus torte de la même m< declne guérira ou aggravera la maladie, La valeur de l'ordonnance dépend liabiluellemenl de la vérité du diagnostic. En falsanl de l'orgueil el de la curiosité les Bources du mal, l'encyclique n'explique ps pourquoi ces causes, toujours el partout à l'œuvre, onl été toul à
coup particulièrement U condes sous celte l'or el a cette époque.
Elle déplore, mais n'explique pas ■ cette ligue qui, Bans 9'arn lei aux différences de race el de religion, lie lous les critiques el lous
les historiens -i étroitement ensemble ». Elle signale c une
inexplicable merveille l'énergie presque forcenée, l'unité h la I, -., des modernistes el elle ne s'enquierl pas pourquoi <■ le zèle pour les idées nouvelles marche toujours de rronl avec la haine de la méthode scolaslique ». Les causes ont des causes et, [u'à ce 'i1"' """'" saisissions la cause première, nos remèdes seronl encore beaucoup plus funestes qu'inutil
W octobre. — Le 1\ Tyrrell, publie dans la Grande Revue un article intitulé : L'excommunication salutaire. Voici les principaux passages de la conclusion :
A notre époque, la vérité ne veut être et ne sera muselée par aucun système de répression extérieure.
Les hommes intelligents et respectueux d'eux-mêmes ne permettront plus qu'on leur interdise de participer à la vie intellectuelle de leur temps, par déférence pour on ne sait quelle conspiration de l'obscurantisme ttiéologi'juc s'abritant sous le nom sacré de l'autorité divine.
La même connaissance de l'histoire et de la critique qui est à l'origine de leur délit leur a appris entre autres à évaluer les maux d'une injuste excommunication avec beaucoup plus de sang-froid qu'il n'e^t permis d'en attendre des ecclésiastiques d'< -prit plus médiocre dont les menaces sont devenues proportionnellement sans effet.
Mais si inoflensive ou même si salutaire spirituellement que soit une telle excommunication, elle conserve néanmoins assez de l'amertume de la croix pour apparaître en bien des manières terrible à la fragilité humaine et faire parfois reculer des âmes plus faibles devant l'âpre devoir delà sincérité et de la franchise parfaites.
Se séparer de ses amis, rompre avec de vieilles relations,
XOTF.S CHRONOLOGIQUES 289
perdre des confiances, voir croître les embarras des conditions nouvelles de la vie, jeter la perplexité dans les âmes simples, assister au triomphe de ses détracteurs, subir les diffamations, briser sa carrière, subir en bien des cas la pauvreté, engager, à travers les difficultés matérielles, la lutte pénible pour l'existence — toutes ces épreuves réunies ou quelques-unes d'entre elles sont le prix exigé pour la paix d'une conscience droite. Et ces inconvénients quasi-temporels, les modernes inquisiteurs ne sont point exempts du reproche d'y faire appel contre ce qu'ils dénomment l'hétérodoxie.
C'est là, semble-t-il, la dernière carte de celle espèce qu'ils puissent jouer, le dernier tourment se rapprochant de la violence physique dont ils puissent user dans nos temps apaisés.
Cependant, peu importe le prix, le nombre de ceux qui se tiennent prêts à le payer augmente rapidement dans les circonstances actuelles.
Que l'Église montre donc par son action qu'elle croit réellement ce qu'elle proclame si haut— mais du bout des lèvres— à savoir qu'elle n'a rien à craindre de la science el du libre examen ; que la raison ne peut contredire la révélation ; que le remède à la critique frelatée est— non pas moins, — mais plus, toujours plus de critique!
Que l'Église se rende compte que les méthodes de l'Index et de l'Inquisition, abslractivemenl justifiables, sont futiles et profondément néfastes dans les conditions actuelles, qu'elles servent uniquement à proclamer et amplifier les idées qu'elles voudraient supprimer et qui souvent, avec une tactique contraire, auraient passé inaperçues dans le brouhaha de la pensée, de la parole et des écrits qui inondent l'univers en cette période de fiévreuse activité intellectuelle.
L'Église ne peut pas plus contrôler les éditeurs qu'elle ne peut remonter le courant.
l»ans une génération ou deux, les écoliers seront partout familiarisés avec les résultats certains et plus déconcertants de la critique que les théologiens romains d'aujourd'hui sont si satisfaits d'ignorer complètement.
Même au temps présent, pour la somme de soixante centimes, il est possible de se procurer à quelque bibliothèque des gares plus de renseignements sur cette matière qu'aucun prêtre élevé au séminaire n'en possède ou n'est capable d'en fournir pour satisfaire un écolier intelligent et d'esprit curieux.
M'i'i NDN i
22 octobre. — L'évêque de Southwarh notifie au P. Tyrrell, la décision prise par le pape .1 son égard :
Le P. Tyrrell esl privé du droll de participer aux saints sacrements. Le Saint-Siège Be réserve en outre de considérer ensuite le cas du P. Tj rrell. »
Le P. Tyrrell répondil par la lettre suivante :
S.torrlngton, Sussex, 27 octobre 1907.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du ■2-2 octobre.
si je n'étais pas catholique romain par une indéracinable conviction, je dirais évidemment chaque jour la messe en particulier. Mais étant ce que je suis, je dois a ma conscience de respecter la décision du Saini-siége en m'abstenant des sacrements.
Vous parlez de soumission, mais voire lettre ne définit nullement la nature précise de ma faute. Ecrire dans le Times ne constitue pas une faute canonique mérilanl l'excommunication.
J'ai rarement ou même je n'ai jamais écrit quelque chose qui, après plus ample réflexion, n'ait pas pu être amélioré à quelques égards. Si donc, en défendant la foi si exposée de tant d'âmes, dan- l'Église et en dehors d'elle, je me suis laissé, à certains moments, entraîner par l'indignation à une ironie inconvenante ou au sarcasme; si je me suis oublié et si j'ai oublié l'Évangile au point de répondre aux reproches par des reproches, à l'amertume par l'amertume; si je me suis abaissé à des attaques personnelles, au déti iment de la courtoisieet de la révérence dues a la charge du Saint-Père, je regrette profondément un tel abandon de ce qui constitue, je l'espère, mes habitudes et mes principes ordinaires, et j'en demande pardon du fond du cœur, à tous ceux que j'ai choqués et offensés sans le vouloir. Et encore, si en quelque point, je me suis mépris sur leurs opinions et si je les ai travesties, ou >i j'ai dévié de la vérité, en quelque manière, je serais liés heureux de le reconnaître publiquement, aussitôt qu'on me l'aura montré.
Mais. >i ma faute consiste en ce que j'ai prolesté publiquement,
au nom du catholicisme, contre un document qui détruit la seule manière dont il soit possible de défendre le catholicisme et toutes les raisons qu'on a de se soumettre, dans des limites convenables, à l'autorité ecclésiastique, — document qui constitue le plus grand scandale pour des milliers de personnes, qui, comme moi, ont été amenées et retenues dans l'Église, par l'influence du cardinal Newman et de la théologie mystique des Pères et des saints, — pour cette protestation, je suis entièrement et absolument impénitent.
Je ne puis mentir, et pour moi dans toutes ces circonstances, le silence aurait été le plus bas des mensonges et une lâche trahison de l'Église, dont le service est le seul but de ma vie.
De Votre Grandeur le serviteur dans le Christ.
G. Tyrrell.
P. -S. — Je serais très heureux que, dans l'intérêt de l'impartialité et de la charité, Votre Grandeur voulût bien publier celle communication le plus tôt possible.
L'évêque s'est bien gardé d'imprimer cette lettre. 11 l'a envoyée au Vatican, et c'est au bout d'un mois, et sans doute par quelque indiscrétion, qu'elle a été reproduite par le Giornale d'Italia.
28 octobre. — Publication à Rome du livre intitulé : // Programma dei Modernisa. Riposta all'enciclica di Pio X (1). — Le lendemain, le pape « frappe les ailleurs et les écrivains et tous les autres qui, de quelque manière que ce soit, onl coopéré a la confection de ce livre, de la peine de l'excommunication dont il se réserve a lui seul l'absolution. » Malgréce décret, les prêtres auteurs du livre continuent à célébrer la messe.
D'après M. Giuseppe Prezzdlini [Il Catiolicismo rosso,
(1) Ce livre a été traduit en français Le Programme dis Modernistes, librairie Nourry] el en anglais [The Programm of Modernism. T. Fisher Unwin, Londres et Leipzig). — Le traducteur anglais de ce livre. M. A..-L. Lilley a publié sous le titre de Modernisai. A record and Review (1902-1907) un livre qui peut être très utilement consulté (Londres, 1908, in-8°, 277 pages).
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p. 346), cette réponse est l'œuvre de deux prêtres qui n'avaienl pas reçu de ih.uhI.ii des autres modernistes italiens.
/s novembre. Motu proprio de Pie X sur les sentences du Conseil pontifical préposé aux études bibliques el sur les censures el peines qu'encourenl ceux qui négligent les décrets contre les erreurs des modernistes.
Noua réitérons el confirmons, Lanl ce décrel de la Sacrée Congrégation suprême [le décrel Lamentabili) que notre dite lettre encyclique la lettre Pascendi), en ajoutant la peine d'excommunication contre les contradicteurs ; et nous déclarons et décrétons que si quelqu'un, ce qu'à Dieu ne plaise ! était assez audacieux pour défendre l'une quelconque des propositions, opinions el doctrines réprouvées dans l'un et dans l'autre des documents ci-dessus désignés, il encourrai) par le f;iit la censure édictée au chapitre Docenles de la constitution Apostolica Sedis, censure qui est la première des excommunications lata senlenlia i éservée au Pontife romain.
La censure portée par la constitution Apostolicae Sedis
(12 octobre 1869) c :erne : « ceux qui enseignent ou <|ni
défendent en public ou en particulier, les propositions condamnées par le Siège apostolique sous peine d'excommunication latse sententise », c'est-à-dire encourue parle fait.
24 novembre. — L'archevêque de Rennes, Mgr Dubourg, interdit dans son diocèse la lecture de la Vie Catholique el de la Justice Sociale.
Pareille mesure fui encore prise contre la Vie Catholique par les évêques de Nancy, Mgr Turinaz, el de Laval, Mgr < Irellier.
Sur les rapports antérieurs de la hiérarchie el de eus journaux, voyez ci-dessus p. 128 el p. 134, noie i.
16 décembre. — Allocution de Pie X au consistoire :
. ..Un certain souci curieux, partout croissant, des nouveautés, impatient de toute discipline el de toute autorité, lequel, mettant en discussion les doctrines de l'Église et môme la vérité révélée par Dieu, s'efforce d'ébranler, jusque dans ses fondements, la très sainte religion.
NOTES CHRQNOLOGIQ1 I S 293
Ils sont agités d'un Ici esprit — et plaise à Dieu que ce fût en moindre nombre — ceux qui embrassent avec une aveugle impéluosilé les très audacieuses aspirations de ce qu'ils exaltent vulgairement comme la science critique, le progrès et la civilisation.
Ceux-ci, à la vérité, au mépris de l'autorité, tant du Pontife romain que des évêques, introduisent un doute méthodique et très impie au sujet des fondements mômes de la foi, et spécialement, s'ils font partie du clergé, dédaignant l'étude de la théologie catholique, ils tirent leur philosophie, leur sociologie et leur littérature de sources empoisonnées ; ils font sonner à haute voix une certaine conscience laïque en opposition avec la conscience catholique et s'arrogent le droit en même temps que le devoir de corriger et de redresser la conscience des catholiques.
Il serait déplorable que de tels hommes, après avoir déserlé le giron de l'Kglise, passassent chez les ennemis déclarés ; mais il est bien plus déplorable encore qu'ils en soient venus à ce degré d'aveuglement qu'ils se disent et se présentent encore comme des enfants de l'Église, après avoir abjuré, non sans doute en paroles mais en fait, le serment de fidélité qu'ils ont prêté au baptême. Et, s'abandonnant à une fallacieuse tranquillité d'esprit, ils fréquentent même les sacrements chrétiens, ils se nourrissent du lus saint Corps de Jésus-Christ et même, ce qui est affreux, ils montent à l'autel de Dieu pour y offrir le saint sacrifice ; et cependant, ce qu'ils enseignent, ce qu'ils discutent, ce qu'ils professent avec la plus grande obstination montre qu'ils ont perdu la foi et que pendant qu'ils se croient encore sur le navire ils ont fait un honteux naufrage.
A l'exemple de Nos prédécesseurs, qui ont veillé avec la plus grande vigilance et une fermeté inébranlable au maintien de la saine doctrine, attentifs à ne la laisser contaminer en rien, Nous aussi, Nous rappelant le précepte de l'Apôtre: « Garde le bon dépôt ». Nous avons édicté récemment le décret Lamenlalnll et bientôt après les lettres encycliques Pascendi Dominici gregis ; et Nous avons instamment pressé les évêques pour que, outre les autres prescriptions, ils -appliquassent surtout, avec le plus grand zèle, à préserver les séminaires ecclésiastiques, ayant soin que l'éducation des jeunes gens qui -mil élevés pour le sacerdoce ne subît aucun dommage, ce qui, Nous le disons avec joie, a été
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ueilll |».ii la pluparl d'entre eux avec pleine adhésion el
Képute .i\ ec diligence.
\ Noire zélé loul paternel ■ pour la réprimande des esprits égarés par l'erreur », vous n'ignorez pas, vénérables frères,
comment onl répondu ceux-là mé a qui avalent erré. Les uns,
en parlant le langage d'une hypocrisie menteuse, ont déclaré que ce 'i'"' Nous disions ne les concernait pas, el onl cherché par de subtiles raisons à se soustraire au blâme. Les autres, animés d'un orgueil insolent, Nous onl résisté ouvertement, à la grande douleur de tous les bons. Aussi, après avoir inutilement employé les moyens que suggérait la charité, Nous avons été obligé, à Notre grande affliction,. de recourir en dernier lien aux sanctions canoniques. Nous n'avons pas cessé cependant de prier instamment Dieu, le Père des lumières el des miséricordes pour qu'il veuille ramener les errants dans la voie de la justice. Nous désirons vivement, vénérables frères, que vous fassiez de même, ne doutant pas que vous n'employez avec Nous lous vos efforts pour arrêter, aussi loin que possible, celte contagion de l'erreur.
23 décembre. - - Le cardinal Ferrari, archevêque de Milan, <v ommunie les éditeurs, directeurs, écrivains el collaborateurs de la revue II Rinnovamento, de quelque diocèse <|u'ils soienl .
1908. — 23 janvier. — D<»n Salvatore Minocchi esl déclaré suspens a divinis, pour avoir dit dans une conférence, tenue le 19, sur 1rs deuxième el troisième chapitres de la Genèse, que les découvertes géologiques, anthropologiques él historiques, ne permettent plus de leur accorder de valeur historique 1 1 .
31 janvier. — L'abbé Loisy publie 1rs Évangiles Synoptiques et Simples réflexions sur le décret du Saint-Office « Lamentabili sane exitu » et sur l'encyclique Pascendi dominici gregis »,
(1) Afin de se justifier devant l'opinion publique. M. Minocchi a imprimé sa conférence J;ui- la brochure suivante : /." Genesi con discussioni cri/ir/ie. Prima parte. Sezione prima. Cap! I-III (Florence, 1908, in-8- 125 pages).
tO février. — Publication de la brochure Lendemains il encyclique par Catiiolici (1).
A propos des engagements pris par le clergé au séminaire, la brochure s'exprime ainsi (pages i4-49) :
Nos maîtres et nos manuels ne nous cachaient pas que l'usage de la raison précède la foi, et qu'on a logiquement le droit d'être philosophe et historien avant d'avoir à faire acte de chrétien ; mais ils nous enseignaient que la philosophie — et non pas telle philosophie seulement du XIIe ou du XIII" siècle — démontre très solidement la possibilité d'une révélation de Dieu à l'homme ; que l'histoire — et non pas telle petite histoire frelatée à l'usage des clercs — établit très exactement la réalité de celte révélation. Nos manuels étaient de bien médiocres livres, et nos maîtres qui avaient la même bonté grave et le même charme que ceux rencontrés par Renan, n'étaient, hélas ! pas des savants. Nous nous rendions parfaitement compte, de part et d'autre, de ces regrettables infériorités. Mais, de part et d'autre aussi, ceci était convenu tacitement et expressément : c'est que notre adhésion était pour ainsi dire conditionnelle, que nous gardions le droit de compléter nos informations, d'aller plus tard à des livres de science et à des maîtres compétents, de parcourir en pleine liberté d'allure et de méthode le champ complet de toutes les sciences qui nous agréeraient, qu'il n'y aurait point de terrain réservé, qu'on ne ferait pas le tri entre les enseignements accessibles au prêtre, c'est-à-dire ceux comme la grammaire ou les mathématiques dont l'Église n'a rien à craindre et les enseignements dangereux qui lui sont interdits comme l'histoire et la philosophie, les seuls aussi bien qui intéressent sa croyance et son enquête ; et qu'à nos trouvailles d'ordre scientifique les théologiens ne seraient pas reçus d'opposer les lamentables thèses d'une philosophie organisée avec les données frustes du sens commun « et d'un sens commun suranné, non seulement au regard de la science et de la pensée, mais même au regard du sens commun d'aujourd'hui (2) », ni non plus les assertions grossières et fantaisistes d'une histoire
(1) Cette brochure émane du groupe qui a publié la Supplique à Pie X; voyez ci-dessus 2 septembre 1906.
(2) Ch. Dunan, apud Ri faux, Conditions du retour au catholicisme, p. 194.
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le loin des lexles par des clercs sans critique el exploitée longtemps pour les Beuls besoins de l'apologétique. El ceci encore était convenu qu'à mesure 'i1"' nous serions en étal de substituer à celte philosophie el à celle histoire factices el puériles des séminaires, nue philosophie philosophique, une
histoire historique, les multiples concordances, an icées par nos
mfiîtres el crues de confiance par leurs élèves, entre les donn <!«• la raison el les enseignements de la foi, au lieu de décroître el «le s'évanouir el de se transformer en heurts el en antagonisme grinçants, croîtraient el se développeraient el se manifesteraienl à la tin si nombreuses, h éclatantes que, Belon te mol de Bainl Paul, les lu tes seraient « Inexcusables (1) » de ne pas reconnaître Dieu.
Nos conventions, de maîtres à élèves, étaient, je crois, forl téméraires; mais elles étaient parfaitement honnêtes et parfaitement précises. >i, après expérience, les choses ne se passent pas telles que, de pari el d'autre, nous nous flattions qu'elles se
passeraient, si les éléments de la démonstration loyale ni
cherchés se dérobent, si l'histoire des historiens et la philosophie des philosophes se refusent à tenir les promesses que l'Église et
docteurs se croyaient autorisés à faire en leur nom, c'est que nos vieux maîtres de Saint-Sulpice se sont trompés et qu'ils nous onl involontairement trompés. Ils avaient pris envers notre foi d'enfant el déjeune homme des engagements auxquels ils n'onl lui faire face. C'est une faillite. Toutes les religions, les unes après les autres, onl fait des faillites de ce genre à la pauvre confiante humanité. Le malheur est immense, irréparable; mais l'honneur de personne n'est atteint. Seulement, qu'à l'unique fin de sauver les apparences, de s'épargner un aveu pénible et humiliant, de se soustraire au devoir de déposer ouvertement son bilan el de procéder à une liquidation publique, un n'essaie pas de revenir sur les papiers solennellement signés entre eux et nous, qu'on ne maquille pas le texte du pacte quia été librement et honnêtement conclu el dont nous n'avons rien oublié ! Pour sauver une théologie définitivement effondrée, pour éla>er les restes d'une Kglise branlante de partout, qu'on ne vienne pas tenter un conp de violence et de surprise contre l'esprit humain ! Il ne réussirait pas ; el s'il réussissait qu'est-ce que le christianisme gagnerait à celle
(1) Rom., I. 20.
opération de faussaire ? Si la démonstration dont il se recommande n'est possible qu'autant qu'il lui aura fallu imposer préalament une certaine philosophie qu'il appelle « bonne » parce qu'elle peut servir à ses ambitions, mais qui est enfantine, qui n'est pas de la philosophie, qui n'est pensable que par des gens qui ne pensent pas, ou une certaine histoire qu'il appelle « vraie », parce qu'elle confirme ses légendes, mais qui est une construction subjective et dont les textes refusent de s'accommoder et qui ne vaut que pour ceux qui ignorent tout de l'histoire et de ses méthodes, d'avance elle est vaine et condamnée, il n'y a rien de fait, les autres religions en produiront de toutes pareilles, et alors qui les partagera ?
Pie X s'est lourdement mépris quand il a cru trouver la cause du modernisme dans les passions des modernistes, — même dans les passions intellectuelles et honorables, telles que l'orgueil et la curiosité. Il faudra de plus en plus abandonner des explications de ce genre qui sont futiles et vilaines et dont les esprits sérieux ne font plus depuis longtemps état. Les modernistes auraient beau jeu, s'ils voulaient s'amuser et répondre à l'ironie par l'ironie, à parler un peu de la modestie coutumière et de la retenue bien connue de la théologie et des théologiens. Ce sont des misères de polémique auxquelles il est déjà fâcheux qu'une Encyclique soit descendue ; les modernistes sont trop convaincus de la gravité du débat actuel et de l'excellence de leur cause, pour se laisser entraîner à abaisser l'un et à compromettre l'autre par des digressions aussi pauvrement injurieuses. Catholiques très laborieux et très méritants, conscients des limiles du savoir humain, mais conscients aussi de la légitimité de ce savoir quand il se tient dans les limites de la connaissance phénoménale, ils ont le seul tort de ne pas vouloir oublier les promesses fermes que l'Église leur a solennellement faites en des jours où elle ne prévoyait sans doute pas ce qui arrive. Et qu'elle nie donc elle-même franchement, si elle l'ose, qu'elle les a faites ces solennelles et publiques promesses que ni les plus profondes philosophies ni les sciences les plus positives ne contrediraient jamais les articles de son Symbole !
< !eux de ses enfants qu'elle malmène aujourd'hui si durement et si injustement, inquiets et rendus méfiants par ses agissements, lui demandent seulement, forts de leur droit, qu'elle se préoccupe de les tenir loyalement et sans escamotage ; — ou, si
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elle b'j seul décidément Impuissante, qu'elle en convienne, mais
qu'elle en convienne tout haut, que lee général - à venir ne
puissent plus être dupes de ce qui aura dupé les général -
passées. A.près ce qu'on sait, l'heure esl venue, comme dil il faut mettre papiers sur table l) ». i /', usées, édlt. Brunschwig, a' 593.
An sujel des conséquences de l'Encyclique sur la conduite du clergé et sur l'avenir du catholicisme, voici l'opinion de l,i brochure (pages i 10- 114) :
Pie X croyait se débarrasser de- modernistes qui l'agacenl aillent que le modernisme. Il voulait, puisqu'il ne] \;iii prétendre les convertir par les seul^ arguments pénitentiaires de 3a Lettre, les obliger à faire mi criai, à se révolter, a rompre avec l'Église, a s'en aller d'une maison mi leur présence esl un danger. On ne voit pas bien, il esl vrai, quel précieux avantage '■'■lie grande société qu'est l'Eglise aurail retiré, sinon une mince satisfaction d'amour-propre, a se priver elle-même de ses mena bres les plus vivants, les plus intelligents, les plus écoutés, on voit clairement, au contraire, que, s'il s'était trouve, comme cela a eu lieu, cela ou quelque chose d'analogue dans l'Église anglicane (1), deux ou trois mille prêtres, l'élite des diocèses et de l'enseignement catholique, et avec eux un ensemble imposant de laïcs appartenant à L'Institut, à l'Université, à toutes les carrières libérales, pour informer, par une déclaration publique, que l'Eglise] désespérant de sortir à son honneur d'une grande lutte scientifique, avait machiné un coup de force contre l'intelligence, qu'elle s'était fait prendre en flagrant délit de mensonge et de faux: qu'eux-mêmes, avant à choisir entre les exigences d'une Ihéologie despotique et les réclamations de leur conscience, n'avaient pu reculer plu- longtemps le plus douloureux des sacrifices, et qu'ils quittaient, comme Abraham, la maison de leur père pour s'en aller où le Dieu de vérité les emmenait, le catholicisme romain aurait reçu l'un des plus rudes coups qui puissent le frapper et ne se serait pas tiré, sans avaries, d'une aventure ib'-aLTii'able et déconsidérante.
Mai- Rome n'obtiendra pas même cette dangereuse satisfaction.
1 H ou tin, La question biblique au A'A" siècle, pp. 227 et seq.
NOTES CIIUONOLOCIQUES 299
Il n'y aura, chez les modernistes, ni révolte tapageuse, ni exode en masse : et les départs isolés seront rares. Ils feront moins encore acte de soumission. Ils laisseront la hiérarchie dire et s'agiter ; et, l'âme en paix, ils resteront ce qu'ils sont, et où ils sont. Leur position, en face de l'Église officielle, n'est pas aussi mauvaise que celle-ci voudrait leur faire croire. C'est l'Église elle-même qui, en leur enseignant qu' « il ne peut jamais y avoir entre la foi et la raison un désaccord, une opposition véritable », (1) les a explicitement autorisés à n'avoir pas peur de la raison, à faire bon accueil à toutes les sciences qui sont des sciences, à accepter leurs méthodes légitimes et à s'incliner devant leurs conclusions objectives. C'est elle aussi qui leur conseille, implicitement du moins, de ne pas se laisser déconcerter par les « tentatives officielles pour supprimer ou émasculer la science et la culture », (2) de ne pas céder aux menaces des théologiens quand ils sont dans le vrai et que les théologiens sont dans le faux, de ne pas se troubler des anathèmes que l'autorité lance contre eux parce qu'elle est mal informée ; qui leur demande enfin de parler « de parler librement et sans crainte, dans l'intérêt même de l'Eglise (3) », de réclamer, d'exercer « le droit de parler, le droit d'écrire aujourd'hui monopolisés par une confédération d'ecclésiastiques réactionnaires ».
Et, parce que tout en traitant abondamment et bruyamment d'un modernisme inventé par eux, les théologiens de l'Encyclique ont pourtant négligé de s'occuper du modernisme qui existe, les modernistes peuvent tout à leur aise, aussi bien après le Mofu pmprio de novembre qu'avant, et sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes ni avec l'idée du Pape et de la Papauté dans la croyance catholique, reprendre l'élaboration de leurs doctrines et surtout les expérimenter au-dedans d'eux-mêmes et autour d'eux, en les vivant et en en faisant vivre les autres. Ils peuvent également, même s'ils estiment que la critique a ramené l'Évangile personnel de Jésus à ces quelques idées très simples, les seules encore agissantes d'ailleurs sur les âmes : confiance en Dieu le Père qui est au ciel, fraternité de la famille humaine, croyance à l'avènement du
(1) Concile du Vatican, Constitution de Fide, ch. IV.-
(2) De Hiigel, La Commission pontificale et le Pentateuque, p. 6G.
(3) Tyrrell, La Grande Revue, 1" oc!., p. 670.