‹ La crise du monde moderneChapitre 37 sur 147 · RES SRE US SEEN · texte numérisé non relu

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ayant prévalu tout d’abord, a amené latrophie intellectuelle que nous constatons aujourd'hui ? Dans les deux hypothèses, et aussi dans le cas assez probable où la vérité se trouverait dans une combinaison de l’une et de Pautre, les résultats sont exactement les mêmes; au point où les choses en sont arrivées, 1l est grand temps de réagir, et c’est ici, redisons-le une fois de plus, que l'Orient peut venir au secours de l'Occident, si toutefois celui-c1 le veut bien. non pour lui imposer des conceptions qui lui sont étrangères, comme certains semblent le craindre, mais bien pour laider à retrouver sa propre tradition dont il a perdu le sens.

On pourrait dire que l’antithèse de FPOrient et de l'Occident, dans l’état présent des choses, consiste en ce que l’Orient maintient la supériorité de la contemplation sur l’action, tandis que l'Occident moderne affirme au contraire la supériorité de l’action sur la contemplation. Ici, il ne s’agit plus, comme lorsqu'on parlaït simplement d'opposition ou de complémentarisme, donc d’un rapport de coordination entre les deux termes en présence,il ne s’agit plus, disons-nous, de points de vue dont chacun peut avoir sa raison d’être et être accepté tout au moins comme l'expression d’une certaine vérité relative; un rapport de subordination

étant irréversible par sa nature même, les deux conceptions sont réellement contradictoires, donc exclusives l’une de l’autre, de sorte que forcément, dès que l’on admet qu'il y a effectivement subordination, l’une est vraie et l’autre fausse. Avant d'aller au fond même de lÎa question, remarquons encore ceci : alors que l'esprit qui s’est maintenu en Orient est vraiment de tous les temps, ainsi que nous le disions plus haut, l’autre esprit n’est apparu qu’à une époque fort récente, ce qui, en dehors de toute autre considération, peut déjà donner à penser qu'il est quelque chose d’anormal. Cette impression est confirmée par l’exagération même où tombe, en suivant la tendance qui lui est propre, l'esprit occidental moderne, qui, non content de proclamer en toute occasion la supériorité de l’action, en est arrivé à en faire sa préoccupation exclusive et à dénier toute valeur à la contemplation, dont il ignore ou méconnaît d’ailleurs entièrement la véritable nature. Au contraire, les doctrines orientales, tout en affirmant aussi nettement que possible la supériorité et même la transcendance de la contemplation par rapport à l’action, n'en accordent pas moins à celle-ci sa place légitime et reconnaissent volontiers toute son

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importance dans l’ordre des contingences hu-

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Les doctrines orientales, et aussi les anciennes doctrines occidentales, sont unanimes à affirmer que la contemplation est supérieure à l'action, comme l’immuable est supérieur au changement?. L'action, n'étant qu’une modi-

fication transitoire et momentanée de l'être,

ne saurait avoir en elle-même son principe et sa raison suffisante; si elle ne se rattache à un principe qui est au delà de son domaine contingent, elle n’est qu’une pure illusion; et ce principe dont elle tire toute la réalité dont elle est susceptible, et son existence et sä possibilité même, ne peut Se trouver que dans la contemplation ou, si lon préfère, dans la connaissance, car, au fond, ces deux termes sont synonymes ou tout au moins coïncident, la connaissance elle-même et l’opération par

|. Ceux qui douteraient de cette importance très réelle, quoique relative, que les doctrines traditionnelles de 1 Orient, et notamment celle de l'Inde, accordent à l’action, n'auraient, pour s’en convaincre, qu'à se reporter à la Bhagavad-Giid, qui est d'ailleurs, il ne faut pas l'oublier si l'on veut en bien comprendre le sens, un livre spécialement destiné à l'usage des ÆAshatriyas. |

2. C’est en vertu du rapport ainsi établi qu'il est dit que le Brâhmane est le type des êtres stables, et que le Kshaïriya est le type desêtres mobiles ou changeants; ainsi, tous les êtres de ce monde, suivant leur nature, sont principalement en relation avec l’un ou avec l'autre, car il y a une parfaite Correspondance entre l’ordre cosmique et l’ordre humain,

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