‹ La crise du monde moderneChapitre 60 sur 147 · Ÿ ES · texte numérisé non relu

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toute raison d'être, c’est le rôle premier de l'intuition intellectuelle, qui est la plus immédiate de toutes les connaissances, aussi bien que la plus élevée, et qui est absolument indépendante de l'exercice de toute faculté d’ordre sensible ou même rationnel. Les sciences ne peuvent être constituées valablement, en tant que « sciences sacrées », que par ceux qui, avant tout, possèdent pleinement la connaissance principielle, et qui, par là, sont seuls qualifiés pour réaliser, conformément à l’orthodoxie traditionnelle la plus rigoureuse, toutes les adaptations requises par les circonstances de temps et de lieu. Seulement, lorsque les sciences sont ainsi constituées, leur enseignement peut suivre un ordre inverse : elles sont en quelque sorte comme des « illustrations »

de la doctrine pure, qui peuvent la rendre plus aisément accessible à certains esprits; et, par là même qu’elles concernent le monde de la multiplicité, la diversité presque indéfinie de leurs. points de vue peut convenir à la non moins grande diversité des aptitudes individuelles de ces esprits, dont l'horizon est encore borné à ce même monde de la multiplicité; les voies possibles pour atteindre la connaissance peuvent être extrêmement différentes au plus bas degré, et elles vont ensuite en s’uni-

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fiant de plus en plus à mesure qu’on parvient à des stades plus élevés. Ce n’est pas qu'aucun de ces degrés préparatoires soit d’une nécessité absolue, puisque ce ne sont là que des moyens contingents et sans commune mesure avec le but à atteindre; il se peut même que certains, parmi ceux en qui domine la tendance contemplative, s'élèvent à la véritable intuition intellectuelle d’un seul coup et sans le secours de tels moyens; mais ce n’est là qu’un cas plutôt exceptionnel, et, le plus habituellement, il y a ce qu’on peut appeler une nécessité de convenance à procéder dans le sens ascendant.

On peut également, pour faire comprendre ceci, sesservir de l’image traditionnelle de la « roue cosmique » : la circonférence n'existe en réalité que par le centre; mais les êtres qui sont sur la circonférence doivent forcément partir ce celle-ci, ou plus précisément du point de celle-ci où ils sont placés, et suivre le raÿon pour aboutir au centre. D'ailleurs, en vertu de la correspondance qui existe entre tous les ordres de réalité, les vérités d’un 6rdre inférieur peuvent être considérées comme un symbole

1. C’est pourquoi, suivant la doctrine hindoue, les Brähmanes doivent tenir leur esprit constamment dirigé vers la “onnaissance suprême, tandis que les Kshatrtyas doivent plutôt S’appliquer à l’étude successive des diverses étapes par lesquelles on y parvient graduellement.

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