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à leurs propres mensonges et à se suggestionner eux-mêmes en suggestionnant les autres; et même, dans une propagande de ce genre, ceux qui jouent un rôle de dupes sont souvent les meilleurs instruments, parce qu'ils y apportent une conviction que les autres auraient quelque peine à simuler, et qui est facilement contagieuse; mais, derrière tout cela, et tout au moins à l’origine, 1l faut une action beaucoup plus consciente, une direction qui ne peut venir que d'hommes sachant parfaitement à quoi
-s’en tenir sur les idées qu'ils lancent ainsi dans
la circulation. Nous avons parlé d’ « idées », mais ce n’est que très improprement que ce mot peut s'appliquer ici, car il est bien évident qu’il ne s’agit aucunement d'idées pures, ni même de quelque chose qui appartienne de près ou de loin à l’ordre intellectuel; ce sont, si l’on veut, des idées fausses, mais mieux vaudrait encore les appeler des « pseudo-idées », destinées principalement à provoquer des réactions sentimentales, ce qui est en effet le moyen le plus efficace et le plus aisé pour agir sur les masses. À cet égard, le mot a d’ailleurs une importance plus grandeque la notion qu'il est censé représenter, et la plupart des « idoles » modernes ne sont véritablement que des mots, car il se produit ici ce singulier phénomène connu
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sous le nom de « verbalisme », où la sonorité des mots suffit à donner l'illusion de la pensée: l'influence que les orateurs exercent sur les foules est particulièrement caractéristique sous ce rapport, et 1} n’y a pas besoin de l’étudier de très près pour se rendre compte qu'il s’agit bien là d’un procédé de suggestion tout à fait comparable à ceux des hypnotiseurs.
Mais, sans nous étendre davantage sur ces considérations, revenons aux. conséquences qu'entraîne la négation de toute vraie hiérarchie, et notons que, dans le présent état de choses, non seulement un homme ne remplit sa fonction propre qu'exceptionnellement et comme par accident, alors que c’est le cas contraire qui devrait normalement être l’exception, mais encore 1l arrive que le même homme soit appelé à exercer successivement des fonctions toutes différentes, comme s’il pouvait changer d’aptitudes à volonté. Cela peut sembler paradoxal à une époque de « spécialisation » à outrance, et pourtant il en est bien ainsi, surtout dans l’or-
dre politique; si la compétence des « spécialis-
tes » est souvent fort 1llusoire, et en tout cas limitée à un domaine très étroit, la croyance à cette compétence est cependant un fait, et l’on
peut se demander comment 1l se fait que cette
croyance ne joue plus aucun rôle quand il s’a-
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git de la carrière des hommes ‘politiques, où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle. Pourtant, si lon y réfléchit, on s'aperçoit aisément qu'il n'y a là rien dont on doive s'étonner, et que ce n'est en Somme qu'un résultat très naturel de la conception < démocratique », en vertu de laquelle le pouvoir vient d’en bas et s'appuie essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour corollaire l’exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que l'apanage d’une minorité.:
‘Ici, quelques explications ne seront pasinutiles pour faire ressortir, d’une part, les sophismes qui Se cachent sous l’idée « démocratique ». et, d'autre part, les liens qui rattachent cette même idée à tout l’ensemble de la mentalité moderne: il est d’ailleurs presque superilu, étant donné le point de vue où nous nous placons, de faire remarquer que ces observations seront formulées en dehorsde toutes les questions de partis et de toutes les querelles politiques, auxquelles nous n’entendons nous mêler ni de près ni de loin. Nous envisageons ces choses d’une façon absolument désintéressée, comme nous pourrions le faire pour n'importe quel autre objet d'étude, et en cherchant seu-
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