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160 LA CRISE DU MONDE MODERNE PRES ER Dee ee ER NE Sn Eee. PAR Re PE
universel » un prétendu «critérium de la vérité »:
en supposant même qu'il y ait effectivement
une question sur laquelle tous les hommes soient d’accord, cet accord ne prouverait rien par lui-même; mais, en outre, si cette unanimité existait vraiment, ce qui est d’autant plus douteux qu'il y a toujours beaucoup d'hommes qui n’ont aucune opinion sur une question quelconque et qui ne se la sont même jamais posée, il serait en tout cas impossible de la constater en fait, de sorte que ce qu’on invoque en faveur d'une opinion et comme signe de sa vérité se
réduit à n'être que le consentement du plus
grand nombre, et encore en Se bornant à un milieu forcément très limité dans l’espace et dans le temps. Dans ce domaine, il apparait encore plus clairement que la théorie manque de base, parce qu’il est plus facile de S y soustraire à l'influence du sentiment, qui au contraire entre en jeu presque inévitablement lorsqu'il s’agit du domaine politique; et c’est cette influence qui est un des principaux obstacles à la compréhension de certaines choses, même chez ceux qui auraient par ailleurs une capacité intellectuelle très largement suffisante pour parvenir sans peine à cette compréhension; les impulsions émotives empêchent la réflexion, et c’est une des plus vulgaires habiletés de la po-
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Ra D LE CHAOS SOCIAL. 161
litique que celle qui consiste à tirer parti de cette incompatibilité.
Mais allons plus au fond de la question :
qu'est-ce exactement que cette loi du plus grand nombre qu’invoquent les gouvernements modernes êt dont ils prétendent tirer leur seule justification? C’est tout simplement la loi de la matière et de la force brutale, la loi même en vertu de laquelle une masse entraînée par son poids écrase tout ce qui se rencontre sur son passage; c'est là que se trouve précisément le point de jonction entre la conception « démocratique » et le « matérialisme », et c’est aussi ce qui fait que cette même conception est si étroitement liée à la mentalité actuelle. C’est le renversement complet de l’ordre normal, puisque c’est la proclamation de la suprématie de la multiplicité comme telle, suprématie qui,
€n fait, n’existe que dans le monde matériel: :
au contraire, dans le monde spirituel, et plus simplement encore dans l’ordre universel, c'est l'unité qui est au sommet de la hiérarchie, car c’est elle qui est le principe dont sort toute multiplhicité?; mais, lorsque le principe est nié ou
1. Il suffit de lire saint Thomas d'Aquin pour voir que « numerus stat ex parte materiæ ».
2. D'un ordre de réalité à l’autre, l’analogie, ici comme dans (ous les cas similaires, s'applique strictement en sens inverse.
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