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âmes par an, puis de 300 000 jusqu’en 1873.1 Chaque année le débouché s’élargissait d'autant plus que l'abondance de la monnaie métallique, comme aussi, il faut bien le reconnaître, l'accroissement des salaires et du luxe, stimulait fortement la demande. Or, pour répondre à des besoins croissants, le marché était toujours réduit à s’approvisionner presque exclusivement dans le pays. Sans doute déjà les importations avaient pris quelque importance. Mais elles étaient loin du niveau qu’elles devaient atteindre dans la période suivante.
C'est que les pays neufs, devenus depuis grands pourvoyeurs de denrées agricoles, n'étaient pas encore en pleine productivité et ne disposaient pas d’excédents considérables pour l'exportation. Parmi ceux qui approvisionnaient l'Angleterre, la Russie et les Etats-Unis occupaient une position prépondérante. Or la Russie était bien arriérée ; l’agriculture n'y tirait du sol qu’un rendement médiocre. Même après l'émancipation des serfs (1864), les procédés agricoles restèrent longtemps très primitifs, les instruments aratoires rudimentaires, les champs très mal labourés. L’exiguité des terres concédées aux paysans les obligeait, pour vivre, à mettre en culture la totalité de leurs parcelles. A l’exagération des surfaces emblavées correspondaient l'étendue insuffisante des prairies et des pâturages, le défaut de fourrages, le manque de bétail, parfois son absence totale, et, en dernière analyse, l'insuffisance des fumiers pour reconstituer des terres fatiguées par une culture uniforme et ininterrompue? On tournait dans un cercle vicieux. Le rompre était impossible, faute | de capitaux et d'instruction. « Dans toutes les exploitations, qu’elles appartinsent à des gentilshommes, à des marchands ou à des paysans, de puissants éléments, dans le cours des trente dernières années, avaient concouru à élever des barrières à
(1) Fiscal Blue Book, t. I, p. 400.
(2) A. Issaïew : La Famine en Russie. — Revue d'Economie Politique.
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toute espèce de progrès. C'était d’abord, parmi les grands propriétaires, comme parmi les moyens, le manque absolu de connaissances en fait d'agriculture, l'impossibilité où ils étaient de supporter les rudes travaux des champs, l'habitude qu'ils avaient de commander à des inférieurs, jointe à l'incapacité de donner, où il l'aurait fallu, quelque bon exemple, enfin la conception très superficielle et très légère que l’on se fait généralement en Russie de la vie et la croyance traditionnelle au « Cela ira bien ainsi. » Puis, parmi les paysans, une extrême pauvreté, l'impossibilité où ils étaient de faire la moindre économie, comme aussi celle d'acquérir les moindres notions relatives aux nouvelles méthodes de culture. »! La conséquence d’un pareil état de choses était souvent la famine : la diselte visitait parfois le grenier de l'Europe. Aussi, malgré l'étendue des terres emblavées, l'excédent exportable était-il assez faible : 28 500 000 bushels (10 400 000 h1.) de blé, par exemple, en 1861-65, et 44 100 000 b. (16 000 000 HI.) en 1866-70.2
Aux Etats-Unis, vers 1840, quand se fit la réforme douanière, les neuf dixièmes des territoires du sud étaient ‘couverts de forêts ; les plaines qui s'étendent au delà du Mississipi n'étaient guère occupées que par d'innombrables troupeaux de bisons et par les Indiens nomades et chasseurs. Peu à peu, certes, le défrichement gagnaït vers l’ouest, les procédés s’amélioraient. Cependant si, dès cette époque, le machinisme apparaissait, si même l'Amérique était le berceau des instruments perfectionnés introduits en Europe, les moissonneuses et les faucheuses, si pratiques pourtant sur les immenses plaines des Etats-Unis, ne commencèrent à se répandre qu'aux environs de 1872.4 La charrue faite par le for-
(1) Id., p. 748.
(2) Tariff Commission : Report of the Agriculiural Committee, $ 107.
(3) Cf. E. Levasseur : L’Agriculture aux Etats-Unis. — Paris-Nancy, Berger-Levrault, 1894. — p. 21.
(4) Id., p. 33.
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geron de village resta longtemps en honneur. Survint la guerre civile ; elle arrêta le progrès agricole. Fermant aux grains du nord les débouchés du sud, elle rejeta sur les marchés européens d'énormes excédents. Mais, sur la fin, la production languissait, les fermiers partant pour la guerre ; l'exportation diminua pendant quelques années. En 1863, en pleine crise, la production du blé n’était encore que de 47 millions d'hectolitres, supérieure d’un quart seulement à celle de 1850 (36 millions d'HL). Dix ans plus tard, elle devait atteindre 103 millions d’'HI. et son excédent peser lourdement sur le marché mondial. Quant au bétail, nombreux sans doute, il resta longtemps de très mauvaise qualité : osseux, mal fait, peu pesant; tels les bœufs du Texas, d'origine espagnole, à jambes hautes, à grandes cornes, ou encore les stockers, descendant des animaux importés par les premiers colons anglais et ne faisant guère que 450 à 550 kg. à 4 ans.2 A partir de 1853, des tentatives d'amélioration par infusion de sang Durham furent effectuées. Elles ne commencèrent à donner de résultats qu'après la guerre civile. La victoire du nord et la conclusion de la paix furent en effet, tant au point de vue élevage qu'au point de vue culture, le signal d’un vigoureux progrès, dont les effets cependant mirent quelques années à se faire sentir.
L'Inde, l'Australie, l'Argentine comptent aujourd’hui parmi les grands pourvoyeurs de l'Angleterre ; mais ce n’est que depuis peu. Leur développement agricole a suivi l’établissement de moyens de communication et de transport rapides et à bon marché. Quand des chemins de fer eurent été construits, des canaux creusés, l’isthme de Suez-percé, quand la navigation maritime perfectionnée fut mieux adaptée aux besoins commerciaux, un courant s'établit vers l'Europe qui devait un jour submerger nos marchés. L’organe en quelque
(1) C.-J. Fuchs, loc. cit., p. 20.
(2) Levasseur, loc. cit., p. 145.
sorte a créé la fonction. Il le fait aussi pour les Etats-Unis et pour la Russie. La première ligne ferrée date en Russie de 1838. Mais en 1850 encore la longueur totale des rails posés atteignait seulement 310 milles; en 1870, 7 098, longueur insignifiante pour un territoire aussi vaste. Les Etats-Unis avaient 9 021 milles de voie ferrée en 1850 et 52 922 en 18702
Ces chiffres peuvent sembler énormes. Ils apparaîtront, ce qu'ils étaient, insuffisants, quand on saura qu'aujourd'hui la longueur des rails américains dépasse 210 000 milles. Tous les chemins de fer se trouvaient alors sur le versant Atlantique. Le bassin du Mississipi en resta longtemps dépourvu. Et ce n'est qu'à partir de 1870 que le transport des grains entre Chicago et New-York fut organisé sur des bases pratiques.? La construction ne s'accéléra qu'après 1869 en Russie, après la crise de 1873-79 en Amérique. Aux Indes, en Argentine, en Australie, le réseau n’a pris quelque extension que postérieurement à 1880. Sur mer également, les grands progrès ne se firent que vers Ja fin du siècle. Le perfectionnement de la machine marine, la substitution du fer au bois et de l'acier au fer dans la construction des coques, celle de Fhélice aux roues comme moyen de propulsion, donnèrent à l'industrie des armements un puissant essor. Mais l'importance des hautes pressions ne fut saisie que vers 1862; l'apparition des navires en fer n’était pas de beaucoup antérieure. Aussi, en 1848, le tonnage total à vapeur était-il pour le monde entier de 74 700 tonnes à peine. La voile régnait encore sur les mers, relativement peu coûteuse, sans doute, mais lente à se rendre impropre au transport de bien des denrées agricoles.
(1) Statistical Abstract for the principal and other foreign Countries : 1892-1901-02. — London, Eyre and Spottiswoode, 1904. — pp. 260-1.
(2) Ibid.
(3) E. Levasseur, loc. cit., pp. 338 sq...
(4) Sur tous ces points, Cf. Verneaux : L’Industrie des transports maritimes au XIXe siècle et au commencement du XXe. — Paris, Pédone,
1903. — t. II, pp. 2 sq..