‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 13 sur 90 · I. — Blés divers amenés en Angleterre (Par quarter · texte numérisé non relu

I. — Blés divers amenés en Angleterre (Par quarter

Point de départ Prix au lieu Fret Autres Prix de vente — de production — dépenses final 8. d. SAR s. ‘à. SE a.

Dantzig (1841) 40 0 4 6 4 71/2 49 1 1/2 Odessa (1849) 30 0 1239 sl 48 8 New-York (1850) 37 4 9 0 955 1/20#49/01/2 Varsovie (1859) 28 0 12 6 6 6 47 0 Canada 30 0 3 0 70 40 0 II. — Blés des Etats-Unis (Par quarter) Période Valeur à la Fret Prix en ferme Chicago à New-York Angleterre — New-York à Liverpool = MT ce d. s.. d. En GE 1866-70 38 6 13 11 AU 54 8 1371-75 393 10 10 0 211 54 8 1901-04 23 11 D 0 4 27.6

« (1) E. Levasseur, loc. cit., p. 347.

(2) Report, $$ 106 et 114.

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Par une simple comparaison des frets actuels avec ceux de la première moitié de l'ère libre-échangiste, on peut voir que ceux-ci tenaient avantageusement lieu de droits protecteurs. Ils empêchaient les grains étrangers de pénétrer sur le marché anglais, ou du moins d'y alourdir les cours. Pour les viandes, l'impossibilité était quasiment absolue. Les exportations de bétail vivant, faute de navires rapides et d'installations appropriées, étaient peu considérables. Quant à la viande morte, l'exporter fraîche était matériellement impossible. Le premier navire à installations frigorifiques, qui fut construit en France, date de 1876 1. Quelques années s’écoulèrent encore avant que des lignes régulières, dotées de navires de ce genre, fussent créées ; c’est en 1882 que la Nouvelle- Zélande tenta un premier envoi, à bord du Dunedin, avec une cargaison de 175 tonnes de mouton conservé par le froid 2. Jusque-là, la viande ne put être expédiée que salée ou en conserves. Or, dans l’un et l’autre cas, elle perdait beaucoup de sa saveur et de ses qualités. Aussi les importations anglaises restaient-elles stationnaires : 1 million 1/2 de ewts. par an en 1861-65, et 1 155 000 cwts. en 1866-70, alors qu'aujourd'hui elles s'élèvent à près de 18 millions de cwts.#. Par contre, dans les pays producteurs, comme l'Argentine ou les Etats- Unis, faute de débouchés, on se livrait à un gaspillage considérable d’une marchandise sans valeur. On ne mangeait même pas le mouton, on le brûülait comme combustible dans les fours à brique. Il fut un temps aussi où on tuait un bœuf pour en avoir un morceau de choix, la langue, par exemple, et où on laissait pourrir le reste #.

(1) Cf. J. de Lovredo : Le Froid Artificiel. — Revue de Paris, 1er janvier 1908, p. 161.

(2) Id., p. 164.

(3) Agricultural Statistics, 1906, p. 271. — Le cwt. (hundredweight) ou quintal vaut 50 kg. 802.

(4) Cf. D. Bellet : Les Bestiaux de l'Argentine et le transport des vian-

des conservées par le froid. — Revue Scientifique (Revue rose), 1889, Ile semestre, p. 113.

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Produites en quantités insuffisantes ou transportées à trop chers deniers, quand même elles pouvaient affronter la traversée, les denrées étrangères ne pouvaient guère alimenter avec quelque abondance le marché anglais. L’accroissement de la demande intérieure, que ne contrebalançait pas une augmentation équivalente de l'offre, contribuait avec l'afflux du numéraire à la hausse des prix. Les salaires avaient beau augmenter très rapidement !, partie à raison de la prospérité même de l’agriculture, partie sous l'influence de la raréfaction de la main-d'œuvre attirée par la prodigieuse activité des villes et les hautes payes de la mine ou de l'atelier ; la cherté des produits agricoles était telle que les fermiers y faisaient face sans difficulté. Ils réalisaient de gros bénéfices et avaient une telle confiance dans l'avenir, qu'ils n’hésitaient pas à s’endetter pour acquérir des terres. C'était vraiment une ère de prospérité, de bien-être et presque de spéculation.

Quelle part revenait donc à la liberté commerciale dans cette richesse ? Lorsque disparurent les barrières douanières, l'industrie britannique avait sur ses concurrentes une avance considérable et une incontestable supériorité. Elle n'avait rien à redouter pour son marché. Au lieu que l'entrée en franchise des matières premières, en même temps qu'elle provoquait des ventes à l'étranger, tendait à diminuer le coût de production et, par là, à accroître ses avantages. Il en résulta pour elle un prodigieux essor, facilité encore par les

(1) Salaires des ouvriers agricoles ordinaires :

Angleterre et Galles Irlande Ecosse (moy. hebdomadaire) (moy. hebdomadaire) (moy. ann.) SR Sd 1ÉpatEt 710 LOOUTREUE 1% 1/2 510 1849,%:25 202 0.0 1S60.1PPPMEI0 11 6742 1859402" 1400 LS ES ON 2 7 :6 18602 SELON 1818-00 15328 8 41/2 18798 LA ZA (Wilson Fox : Second Report on the wages, earnings and conditions of employment of agricultural labourers in the U. K.. —Parliam. paper. —

Cd. 2375 — 1905 — London, Wyman and sons. — pp. 68, 115 et 137).

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circonstances politiques qui furent favorables. La richesse du pays s’accrût et, comme l'avait prévu Cobden, la demande de produits agricoles augmenta. Mais cet accroissement n'eût servi de rien si le marché avait été, comme aujourd'hui, accessible à des quantités énormes de marchandises produites à bas prix. En réalité et bien que l'influence de la liberté commerciale ne soit pas niable, à la condition de la réduire à sa véritable importance, les facteurs historiques ont joué après 1849 leur rôle habituel, renforcés, cette fois, par une force nouvelle, d'ordre monétaire. L’afflux des capitaux, sous le régime du fermage, a permis des améliorations de toute espèce : la dépense en drainage réalisée de 1846 à 1856 en fait foi. La paix intérieure n’a point été troublée, ni le sol entamé par la guerie étrangère. Enfin, et surtout, le débouché s’est élargi et son extension n’a profité qu'aux agriculteurs du pays. Les difficultés du défrichement dans les pays neufs, la lenteur et la cherté de la navigation ont agi Comme autant de droits protecteurs, interdisant aux denrées étrangères l'accès du marché anglais. En définitive, ce qui a fait la fortune de l’agriculture britannique, c’est une protection naturelle. Nous verrons cette protection disparaître progressivement à la période suivante ; nous verrons en même temps les agriculteurs se débattre dans une crise douloureuse. Si l’on a pu établir entre la réforme douanière et la richesse agricole de l'Angleterre un rapport de cause à effet, c'est par un abus de raisonnement : post hoc, ergo propter hoc. La prospérité n’a pas dépendu de la liberté commerciale ; elle a coïncidé avec elle, Voilà tout.

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