‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 14 sur 90 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

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Prix et Salaires

Aux environs de 1875, commence une période nouvelle. Comme après 1820, les agriculteurs font entendre d’amères récriminations ; le gouvernement, ému, multiplie les commissions d'enquête. L'une est nommée en 1879 ; une seconde, en 1893. De son autorité privée même, un ancien ministre, M. Chamberlain, entreprenant une vaste enquête sur la situation économique du pays, forme, en janvier 1904, un grand comité d’études, dans le sein duquel se constitue une section agricole. Des rapports volumineux, riches et précieux, sont publiés, qui nous serviront de guides. Sous l'inspiration des commissions gouvernementales, des lois successives modifient les droits respectifs des landlords et de leurs fermiers. La Tariff Commission de M. Chamberlain préconise le retour à la protection.

Tant que la hausse des prix avait permis de faire face à l'augmentation concomitante des salaires et des frais de production, l’agriculture était restée rémunératrice. C’est même là tout le secret de sa prospérité à la période précédente. La crise commence du jour où la hausse fait place à la baisse, cependant que les exigences de la main-d'œuvre ne se réduisent pas: bas prix, gros frais de production, autant de cir-

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constances défavorables au producteur, agricole ou industriel. Or, vers 1875, après la période d'inflation monétaire, on entrait dans une ère de contraction. Aux circonstances naturelles, qui, pendant des siècles, avaient tenu lieu de droits protecteurs au marché anglais, les progrès de l’industrie et de la navigation allaient désormais faire échec. Pour la première fois, un des facteurs historiques de la prospérité britannique allait disparaître, en même temps qu'à un accident monétaire favorable en succédait un de contraire.

Sous l'influence de conditions nouvelles, l'ère libre-échangiste prenait pour l’agriculture une physionomie différente. C’est à l'analyse de ces conditions que sera consacrée la première partie de notre étude.

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Les Prix

Le fait, qui, dès l’abord, frappe l'attention quand on étudie les conditions économiques actuelles de l’agriculture dans le monde et, plus particulièrement, en Angleterre, est la dépréciation soutenue et profonde des produits du sol. Elle est difficile à mesurer en chiffres précis. Cependant la Commission de 1893 l’'évalüait à 30 ou 40 0/0 !. Par rapport aux prix de 1871, qui ne furent d’ailleurs pas les plus élevés, ceux de 1894 accusaient une baisse de 29 0/0. Depuis lors, il est vrai, on constate une légère reprise, comme en témoignent les Index Numbers du Board of Trade ? :

PTIXNe ID ALERTE . 100 MIS 11-8007 7. 106,4 Em 1881-00 07 90,6 —+1 11891-95..5.. 81,9 — 1896-1900... 75,4 — 1901-05..... 78,9

La baisse semble donc enrayée. Mais les hauts prix ne sont pas revenus. La moyenne des cinq dernières années est encore

(4) Final Report, p. 44.

(2) Cf. Wholesale and Retail Prices, p. XXXIV. — Les /ndex Numbers donnés au texte sont obtenus en attribuant aux deux séries de prix rapportés par le Board of Trade (A. Corn and Green Crops. — B. Meat, fish and dairy produce) leur importance proportionnelle, respectivement fixée

par le Board of Trade aux coefficients 131 et 161. (CF, ibid., p. XXXVID).

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bien inférieure à celle de 1891-95. Depuis 1871, les prix ont décrû de 21,1 o/o. Pour être aujourd'hui moins profonde qu'il yadixans, la dépréciation des produits agricoles n'en reste donc pas moins très forte.

Elle est d’ailleurs générale et atteint tous ces produits, les céréales comme le bétail. Mais il s’en faut de beaucoup qu'elle les frappe tous avec la même intensité. C’est sur les produits de la culture proprement dite, grains, racines et fourrages (corn and green crops), qu’elle pèse le plus lourdement ; ceux de l'élevage ont été relativement épargnés. Sur les premiers, entre 1871-75 et 1901-05, elle se chiffre par 37 0/0 ; sur les seconds elle n'excède pas 17 0/0 !. Parmi les produits de la culture mêmes, il faut encore distinguer : le marché des céréales est son terrain favori.

Voici d’abord celui du blé. Dans la période triennale 1876-78, l’imperial quarter se vendait en moyenne 49 s. 9 d.; en 1894-96, il ne se cotait plus que 245. 1 d.; le prix minimum fut celui de 1894 : 22 s. 10 d.. Depuis lors des fluctuations nombreuses l'ont ramené à 30 s. 3 d. en 1907-08 ?, soit encore une baisse de 39.2 0/0. Il est vrai qu'au cours du XIX® siècle il n’a guère cessé de décroitre. La fin des guerres napoléoniennes avait entrainé une chute brusque et profonde de 91 s. 4 d. (1810-19) à 59 s. 9 d. (1820-29). Mais cette période exceptionnelle laissée de côté, on peut voir que la valeur moyenne du quarter était encore de 51 s. 8 d. en 1860-69. Les causes analysées dans notre Introduction avaient, pendant vingt ans, à peu près stabilisé les prix. Mais, à partir de 1875, la dépréciation s’est accélérée :

(4) The Tariff Commission: Report ofthe Agricultural Committee, $ 82. (2) Agricullural Stalistics 1908, p. 210.

Dans la première partie du siècle, en cinquante ans, la baisse atteignait à peine 10 francs; à la fin, en trente ans seulement, elle dépassait 19 fr. Et, malgré la légère reprise des dernières années, les cours sont encore aujourd'hui inférieurs de 17 francs à ceux de 1876-78.

L'orge et l’avoine ont sensiblement subi les mêmes fluctuations que le blé. Cependant, de même qu'avant 1875ilsavaient renchéri, tandis que le blé se dépréciait, leur baisse dans la période actuelle est moins accusée et la reprise des dernières années moins sensible : leurs prix sont restés plus stables. Il en est résulté un accroissement de leur valeur relative par rapport au blé: de 74 et de 49,3 o/o, en 1871-81, elle est montée à 89,3 et 62,6 en 1891-1901. Toutefois, depuis 1876-78, les prix ont respectivement diminué de 37 et de 29 0/0, malgré un léger relèvement après 1895 1 :

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1894-9027 27: PAR ER FDP ST ONCE LOUER SENTE PRRCMON À LTRSNTIOU 1005-0872 24 s. 10 d. 10510"

Après l’avoine, ce sont les navets et les turneps qui, outre- Manche, occupent la plus large superficie. Pour apprécier les conditions actuelles de la culture, il serait donc intéressant de savoir comment s'est comporté le prix de ces racines. Malheureusement, les documents officiels ne donnent à ce sujet aucune indication suffisante ?. Ils ne rapportent guère, en dehors du cours des céréales, que celui des pommes de terre. Encore les données des Agricultural Statistics ne se réfèrent-

(1) Agricultural Statistics, 1908, p. 210.

(2) C’est depuis trop peu de temps que ces prix sont relevés. Il en est de même pour les fruits.

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elles pas à l’ensemble du marché, mais seulement aux achats des hospices de Londres (Metropolitan Asyluins) 1. On peut du moins se rendre compte que, depuis 1892, les prix marquent une tendance à la hausse :

Mars Octobre Moyenne pour l'année entière Par: tonne Par tonne Par: tonne

1892-95... 783s.ld' 285: 09 Sol iA1021: 68 s. 1905-08... 6357010! 69 s. 1 d. 70 579.0

Cependant, d’après M. Sauerbeck, le cours de 1904-06 aurait encore été inférieur de 28 0/0 à celui de 1880-82 2. La reprise aurait simplement atténué une baisse très forte, inférieure toutefois à celle des céréales.

>assons aux produits animaux et d'abord à la viande. Pour n'être pas avilie comme le blé, elle n'échappe pas à la crise des prix. Voici d’abord le bœuf. Au Metropolitan Market de Londres, entre 1876-80 et 1904-08, la première qualité a perdu 21,5 o/o de sa valeur, la deuxième 32,9 o/o et la dernière 37,9 0/0. Sur le mouton, la baisse est moindre; elle se chiffre, suivant la qualité, par 12,2 0/0, 18,5 ou 26,2 o/o. Les prix d’ailleurs, pour le bœuf comme pour le mouton, sont remontés depuis quelques années ; avant 1900, la dépréciation était sensiblement plus marquée qu'aujourd'hui. Un examen plus attentif révèle encore trois faits, très importants, sur lesquels nous devrons plus tard revenir longuement. Tout d'abord, la dépréciation du bétail fut postérieure à celle des céréales. Cellesci avaient commencé à s’avilir dès 1875 et, après un brusque sursaut des prix en 1877, la baisse était devenue définitive. Ce n’est qu’à partir de 1884 que la crise s’étendit à la viande. Jusque là, le cours du bœuf était resté à peu près stationnaire ; et le mouton n'atteignit ses plus hauts cours qu'entre

(1) Agricultural Statistics, 1908, p: 243.

(2) Agric, Statistics, 1906, p. 175.

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1880 et 1883 !. D'autre part, les données qui précèdent en témoignent, la baisse est surtout accusée pour les viandes de catégorie inférieure, et plus spécialement pour la dernière qualité : à mesure que la qualité décroit, le mouvement de baisse s'accélère. Enfin, et, vraisemblablement, les deux phénomènes sont connexes, le relèvement des prix depuis 1900 a été particulièrement sensible pour les viandes de troisième catégorie. Il a été, entre 1896-1900 et 1904-08 de 8 d. par stone ? de mouton, de 3 d. par stone de bœuf de la dernière qualité ; la deuxième qualité n’a gagné que 2 d. pour le mouton ; elle a même perdu 3 d. pour le bœuf ; quant à la première, elle a renchéri de 1 d. (bœuf) et de 4 d. (mouton) par

(1) Prix moyen du bœuf et du mouton à Londres (Metropolitan Market).

Bœur Mouron 1875-78 k;: 1880-83 1875-78 “a 1880-83 RS ide CN À sd. SU dre Qualité. . . Cum) 9210 611 TRE) 2e Qualité. , . 00 HS 075 6 6 3e Qualité. . . 4 3 AS 54 50 (Wholesale and Retail Prices,pp. 108 et 113). — Les prix maxima ont

été obtenus :

Bœur "mn 1 Qualité 2° Qualité 3° Qualité

1875. 6?s.12/d; DS ide »

1877. ») » ARE le 1878. » » 4551014:

188258 CIS res td: »

RL © 6 s. 1 d. ISA: »

Mourox 1876. . 16e 6 s. 6 d. »

1877. » » HS 101:

1881. » » HS .81d.

1882. RS 2 6 s. 9 d. OF 1883. LS ot 6 s. 9 d. 6 s.2d.

(2) La stone vaut 8 livres anglaises de 453 grammes,

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stone. Il est encore remarquable que la reprise a surtout intéressé le mouton : par une progression ininterrompue depuis 1901 jusqu’en 1906, le prix de la troisième qualité est remonté à 4 s.5 d. dépassant de 1 s. 1 d. la moyenne de 189,6- 1900. Depuis lors, d’ailleurs, il est retombé à 35.9 d.en 1908 1. Ce sont autant de faits qui pourront nous éclairer, lorsque plus tard nous rechercherons les causes de Ia baisse actuelle.

Il n'est pas sans intérêt non plus de comparer le prix du bétail de boucherie et celui du bétail jeune et maigre destiné à l’engraissement (Store cattle). Le Teviotdale Farmers’ Club relève depuis 1859 le cours des bouvillons de 1 et de 2 ans. Or, tandis que le bœuf, sur le marché de Londres, se dépréciait dans les proportions que l’on a vues, le bétail maigre ne perdait, entre 1876-80 et 1904-08, que 8,3 ou 12,5 o/o de sa valeur, suivant l’âge ;: les bêtes d’un an tombaient de 9 L. 8s. par tête à 8 L. 12 s. 6 d.; celles de deux ans, de 14 L. 10 s. à 12 E. 5s. 6 d.2.Le bétail maigre est relativement plus cher aujourd'hui que le bétail gras.

A côté des bœufs et des moutons, l'Angleterre élève aussi beaucoup de pores. Mais les mercuriales sont pour eux moins complètes que pour les bêtes à cornes ou à laine. Cependant on peut voir qu'en Irlande le prix moyen a diminué de 485. 6 d.le cwt., en 1881-85, à 44 s. 5 d. en 1898-1902 3; les renseignements plus récents font défaut. D'autre part, M. Sauerbeck évalue à 17 0/0 la baisse du lard entre 1880-82 et 1904-06 #. Enfin et, faute de données plus précises, cette constatation a bien son importance, les fermiers anglais et irlandais se plai-

(1) Cf. Agric. Statistics 1908, p. 229. — Wholesale and Retail Prices, pp: 108 et 113. — On trouvera d'ailleurs en fin du volume et en Appendice le prix annuel moyen des divers produits agricoles. (Appendice IT).

(2) Agric. statistics 1908. — p. 235.

(3) Wholesale and Retail Prices. — p. 130.

(4) Agric. statistics 1906. — p. 175.

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