‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 16 sur 90 · PP · texte numérisé non relu

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en 1908; la seconde qualité était également passée de 56 $. 6 d. à 60 s. 6 d.!. Au surplus, on voit que tous les produits de laiterie ont été, comme la viande, relativement favorisés.

En revanche, les laines, de toute espèce et de toute qualité, subissent depuis une cinquantaine d'années, une baisse énorme qui compense largement l’immunité relative dont jouit la viande de mouton. Voici la laine Lincoln : elle comprend trois catégories, de prix bien différents. D'abord la laine des agneaux de seize mois (hogg) ; c'est la plus appréciée ; c'est aussi la plus affectée par la crise. Au cours des douze années qui s'écoulèrent entre 1865 et 1876, son prix moyen était de 22 d. 38 la 1b.. Entre 1897 et 1992, il n'était plus que de 8 d. 45, soit une baisse de 62,25 0/0 2. La laine mélangée de hogg et de mouton (half hogg wool) était tombée, dans le même intervalle, de 20 d. 85 à 7 d. 93, soit à 38,03 o/o de sa

‘aleur primitive %: Quant à la laine pure de mouton, la chute des cours atteignait 62,06 0/0 #. Les autres variétés n'étaient pas mieux traitées : la laine cheviot blanche (while cheviot), entre 1874-76 et 1900-02, s'était dépréciée de 62,58 o/o. Mais, depuis six ans, une housse subite et très forte s’est déclarée ; la plupart des prix sont remontés au niveau de 1882°. C'est ainsi que la laine Lincoln mêlée (half hogg wool), de 1905 à 1908, se cotait en moyenne 11 1/2 d. la Ib., en baisse de 44,8 0/0 seulement, non plus de 61,97 0/0, sur ceux de 1865-76 6. D'autre part, la laine cheviot blanche, qui était tombée à 155. 6 d. les 24 1bs., en 1896-1909, était remontée à 17 s. de 1991 à 1905 ; même, en 1996, elle se vendait 27 s. 6 d., dépassant le

(1) Agric. Statistics, 1906, p. 181. — 1908, p. 241.

(2) Wholesale and Retail Prices, p. 50.

(3) Id., p. 52.

(y Id., p. 51.

(5) Agric. Statistics, 1906, pp. 174-175.

(6) Agric. Stat., 1908, p.258, 4

prix moyen de 1876-80 !. C'est là, d’ailleurs, un cours exceptionnel et la dépréciation reste encore fortement marquée : le prix, en 1908, est retombé à 15 s..

La basse-cour étant devenue dans certains comtés, et notamment dans le Sussex, l’une des principales ressources de la ferme, on voudrait pouvoir suivre d'année en année le prix de ses produits. Malheureusement on n’en trouve nulle part le relevé. Tout ce qu'on peut savoir, c'est que la vente des poulets, dindons, canards, etc. est restée rémunératrice. On n'est guère mieux fixé sur le cours des œufs. Cependant des statistiques il semble ressortir que la valeur des œufs importés s’est fortement relevée depuis 1898, qu'elle ne s’est pas sensiblement abaïissée au-dessous du niveau de 1880 et qu'elle n’est inférieure que de 8 à 10 o/o au prix moyen de 1876-78 ?. D'autre part, les comptes des Hospices de Londres témoignent d’une hausse marquée depuis 1892 : le cours moyen annuel est passé, d’après eux, de 8 s. 1 d. les dix douzaines à 9 s. 6 d.%. Encore ces prix sont-ils inférieurs à ceux du marché libre, puisque, sur ce marché, les dix douzaines, en 1908, se cotèrent en moyenne 11 s. 9 d. ou 9 s. 10 d., suivant la provenance et la qualité f.

Ainsi, quelque produit qu'en envisage et malgré un relèvement général survenu depuis 1895, les prix manifestent une chute marquée, parfois même très forte. Toutefois la laine et les céréales, en particulier. le blé, ont, plus qu'aucun autre produit, souffert de la dépréciation. Par contre, les produits de la laiterie et de la basse-cour semblent les plus épargnés. Nous verrons plus loin quelle conséquence en est résultée pour l'orientation de l’agriculture britannique.

(1) Id., p. 257. — Il est impossible d'établir la même comparaison pour les autres laines, les données des Agricultural Statistics et du Report on Wholesale and Retail Prices n'étant pas comparables.

(2) Wholesale and Retail Prices, p. 155. — Agric. Stat. 1908, p. 239.

(3) Agric. Stat. 1908, p. 243.

(4) Id., p. 242.

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Ce que, pour le moment, il importe de remarquer, c'est que la crise des cours n’est pas spéciale à l'Angleterre. C'est un phénomène général qui affecte tous les marchés européens. Le synchronisme observé dans la période précédente se poursuit depuis 1875, quoique un peu moins strict. Mais les fluctuations n'ont pas sur le continent la même amplitude qu’en Angleterre ; la dépréciation n'y a pas pris les mêmes proportions. M. Béla Fœldes à, pour différents pays d'Europe et d'Amérique, relevé le cours moyen des diverses céréales par décade !. En se référant à ses données, on peut voir qu’en effet, entre 1871-80 et 1891-1909, l'écart des prix a été le suivant :

Angleterre Prusse Autriche Hongrie Italie Etats-Unis

DIE 0045 0/0%208 6/02125:0j0 26 0/01 28 0/0 - 240/0 Orge... 330/0 150/o ‘10/0. -16 0/0 » »

Awoine. 2,31/0/a 4 0/0 2160/0 "‘140/o » »

La France n’a pas échappé à la loi commune. On connaît assez les lamentations qu'a suscitées parmi no5 populations agricoles la mévente des produits de la terre et de l'élevage. En comparant les cours de 1876-80 à ceux de 1901-05, on trouve que la baisse ressort chez nous à 25 o/o pour le froment, 17,59 o/o pour l'orge, 12,25 o/o pour l’avoine ?. Certes, c'est là un recul raisonnable ; mais outre-Manche n'atteignait-il pas, suivant les cas, 42,39 et 33 0/0 ?3 Et ce qui caractérise le plus nettement la situation des divers marchés, c'est que le blé s’est toujours vendu plus cher sur le continent qu'en Angleterre, sans que toutefois l'écart atteignit le

() Loc. cit., pp. 479, 499, 500, 503, 513. — Pour l'Italie, v. Tariff Commission : Report of the Agricultural Committee, $ 96.

(2) Statistique Agricole Annuelle. — Paris, Imp. Nat., Années diverses. — V. graphique comparatif pour le prix du blé dans Souchon : La dernière enquête royale sur la crise agricole en Angleterre. — Rev. d'Econ. polit.

t. XIV, 1900, p. 434.

(3) On peut rapprocher de ces données le tableau suivant dressé par

montant des droits de douane 1. En un mot, il apparait claïrement que la crise, encore que générale, sévit autrement intense sur les marchés anglais que sur les marchés continentaux. Des statistiques ?, d'autre part, il ressort encore que, sauf pour le maïs, c’est surtout avant 1890 que la baisse fut rapide. Aujourd'hui, au contraire, les prix ont partout une légère tendance à se relever *. Voilà un fait qu'on pourrait sans doute utilement rapprocher de l'arrêt relatif du progrès économique survenu outre-Manche entre 1875 et 1890 ou 18954:

Mais revenons à la comparaison des prix. Aussi bien pour le bœuf que pour le mouton, il se sont effondrés en Angleterre. Chez nous, au contraire, ils se sont à peu près maintenus et certains même sont en hausse accusée. À défaut d'un graphique, qu’on trouvera d’ailleurs, quoique écourté, dans l'étude de M. Souchon sur la crise agricole en Angleterre *, un tableau comparatif rendra sensible la marche différente des

M. H. O. Meredith. Protection in France. — London, King and son, 1904. — p.97) dans une étude assez sévère du régime pretectionniste et

de ses effets en France :

Index Numbers indiquant les variations de prix par rapport aux cours moyens de 1896-1900

0 France 2: 111 101 98 100 rhe...... Les |

| Angleterre. 125 108 101 100

ASS France 109 101 104 100

Angleterre. 125 104 106 100

Maïs { France... 117 99 102 100

EI | Angleterre. 158 129 124 100

(1) Fiscal Blue Book, I, pp. 124-126.

(2) V. notamment H. O. Meredith, loc. cit., et la note 3 de la page précédente.

(3). Cf. D. Zolla : Chronique Agricole, Journal des Débats, 30 nov. 1904, 29 nov. 1905, 31 juillet 1907.

(4) Le revenu plein imposable à l'Income Tax a progressé comme suit :

1868-69 : 398 794 000 L.. 1894-95 : 657 097 000 L. 1875-76 : 544 376 000 L. 1901-02 : 866 993 000 EL.

(5) Loc. cit, pp. 435-436.

cours sur les marchés de Londres (Metropolitan Market) et de Paris (La Villette) ! :

Prix du Kilogramme RE À US ES D me A A PT QU) Due

PARIS LONDRES EE ©" em 4879-81 1904-06. Différence 1879-81 1904-06 Différence Bœuf 1'e Qualité. 1169 15021029 1 94 1557 — (037 3° Qualité. 122 121 — 001 150 2: 09357 = 055 Mouton

Onde. 1 972924056013 2133 2105 ‘— 028

3° Qualité. 1539 174 +035 190 1539 —0f51

Il y a un quart de siècle, après trente ans de libre-échange, la viande de boucherie était généralement plus chère à Londres qu'à Paris. Aujourd'hui, sauf le bœuf de première qualité, elle sy vend à meilleur compte. C’est là sans doute un avantage pour le consommateur, et qui permet à la population britannique de satisfaire son goût pour la viande. Mais, comme, en définitive, 1l faut bien parfois songer aussi au producteur, on reconnaîitra que c'est pour lui une sérieuse Complication. Ainsi, tandis qu'en France le bœuf seul perd de sa valeur et que le mouton renchérit, en Angleterre la viande de toute espèce se déprécie fortement. Et, chose curieuse, l'écart des cours est surtout accusé pour les qualités inférieures ; et pour elles surtout il a tendance à s’accentuer. À Paris et à Londres, le bœuf et le mouton de choix se vendent à peu près le même prix ; la troisième qualité se cote 026 et 0f35 de moins sur le marché anglais, après avoir fait 0f28 et 0'51 de plus.

Sans pousser plus loin la comparaison, on peut désormais conclure : les cours ont baissé sur le continent; c’est incontestable. Mais,qu'il s'agisse des céréales ou du bétail, la dé-

(4) Wholesale and Retail prices, p. 108. — Agric. Stat. 1906, p. 219.

— Stat. agricole annuelle, années diverses.

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préciation y est moins forte qu’en Angleterre. Pour être générale, la crise des prix ne revêt pas partout la même intensité, de même qu'elle n’a pas également atteint tous les produits, ni commencé pour tous au même moment. Cette diversité d'effets révèle une diversité de causes, qu'il faudra maintenant démêler.

C'est affaire plutôt délicate. La valeur est un simple rapport, un rapport d'échange. Dire, par exemple, qu'un hectolitre de blé vaut deux hectolitres d'avoine, c'est simplement constater que, sur le marché, un hectolitre de blé s’échange contre deux hectolitres d'avoine. Quant au prix d’une marchandise, il n’est autre que sa valeur par rapport à la monnaie, valeur exprimée par le nombre d'unités monétaires qu'il faut donner pour se la procurer. On conçoit dès lors que les fluctuations qui altérent ce rapport peuvent être imputables aussi bien à la monnaie qu'à la marchandise. Si, par exemple, un hectolitre de blé s’échange aujourd'hui, non plus, comme l'an passé, contre vingt, mais contre vingt-deux pièces de un franc, c’est peut-être que le blé est plus apprécié, parce que la récolte est déficitaire, la demande plus active, ou le grain de qualité meilleure ; ce peut être encore que, pour une raison quelconque, la monnaie, la pièce de un franc, est moins estimée. Choisir entre les deux hypothèses, et choisir rationnellement, ou bien, suivant le cas, apprécier leur part de vérité respective, n’est certes pas chose aisée. La commission royale de 1894 recula devant la difficulté. Si ses membres avaient constaté — comment ne l’eussent-ils pas fait? — la baisse des prix, ils n'avaient pu se mettre d'accord sur ses causes. Sur elles, leur rapport restait muet, laissant la question, pourtant essentiel-

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le, en suspens. Une scission s'étant produite, plusieurs d’'entre eux exposèrent leurs vues, parfois divergentes, soit dans un rapport supplémentaire, soit, comme MM. R. Giffen ou Lacey-Everett, en des mémoires individuels. La plupart incriminaient surtout, pour ne pas dire exclusivement, les influences monétaires. Un peu partout, d’ailleurs, la crise des prix suscita des débats passionnés. Dernière phase, semblet-il, de la légendaire querelle entre monométallistes et bimétallistes, la discussion paraît close aujourd'hui et l'opinion unanime ralliée à la thèse des perturbations monétaires.

La baisse, en effet, était générale et frappait, non pas seulement les produits agricoles, mais les richesses de toute espèce. Par rapport aux prix de 1871, les index-numbers du Board of Trade la font ressortir, en 1896, à 30,2 o/o pour l'ensemble des marchandises. Une reprise a suivi, également générale, et l'écart s’est réduit à 21,4 0/0, en 1901-05. D'autre part, les cours ont-baissé partout, en Amérique comme en Europe, comme en Angleterre. On l’a vu pour le blé en Italie et aux Etats-Unis ; on le vérifierait également pour les autres produits agricoles ou industriels. Or, lorsque toutes les marchandises, ou du moins leur grande majorité, changent de valeur par rapport à la monnaie, — et la baisse ou la hausse des prix ne signifient pas autre chose, —— on peut considérer comme infiniment probable, sinon logiquement sûr, que la cause de cette perturbation réside dans la monnaie elle-même.

Précisément, après une période de grande activité minière, la production annuelle de l'or s'était ralentie. Au lendemain de 1850, la découverte des gisements de Californie et d’Australie l'avait subitement quadruplée. Pendant une vingtaine d'années, elle oscilla autour de 200 000 kg.. Mais, les mines s'épuisant, dès 1871-75, elle redescendait à 173 904 kg., pour tomber, dix ans plus tard, à 149 137. Malgré un léger relèvement, elle ne dépassait pas 168 080 kg. en 1886-90 1.

(1) D'après le Dr Sæœtbeer (Matériaux) et les Directeurs de la Monnaie des Etats-Unis.

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Tandis que le stock utilisable à la fois pour l'industrie et pour la frappe voyait ainsi ralentir son accroissement annuel, les besoins monétaires se trouvaient subitement accrus dans des proportions insolites. Jusqu'en 1873, le système bimétalliste était resté très généralement pratiqué, du moins dans les pays de civilisation occidentale. Seuls, l'Angleterre, depuis 1816, avec quelques-unes de ses colonies, et le Portugal, depuis 1854, __ cinqüante millions d'hommes tout au plus, — avaient établi leur circulation sur la base unique de létalon d'or. L'argent, comme le métal jaune, était donc en général librement convertible en monnaie et le stock monétaire s’alimentait ainsi aux mines des deux métaux. Mais l'inégalité de la production, la découverte périodique de nouveaux gisements, rendaient très difficile, pour ne pas dire impossible, le maintien d’un rapport fixe entre la monnaie jaune et la monnaie blanche. Après une période d'appréciation de l'argent, qui avait provoqué dans l'Union Latine (France, Italie, Belgique, Suisse) un remaniement monétaire et un affaiblissement des pièces divisionnaires d'argent, était venue une période d’appréciation de l'or, consécutive à la mise en exploitation des bonanzas de l'Ouest américain et au resserrement de la production aurifère. Le rapport commercial oscillait sans cesse autour du rapport arbitraire fixé par la loi. La monnaie forte fuyait ; 11 eût fallu, pour la conserver, procéder à des refontes incessantes. Des mesures furent prises un peu partout pour couper court aux difficultés et, puisque le système du double étalon paraissait impraticable, pour lui substituer le monométallisme or. L'Allemagne donna le signal. Par deux lois, de 1871 et de 1873, elle démonétisa ses thalers d'argent. A la même époque, sans prendre encore une décision définitive, la Hollande et la Belgique suspendaient la frappe du métal blanc. Deux ans après, les trois Etats Scandinaves se ral: liaient à l’étalon d'or ; la France, à son tour, en 1876, suspendait temporairement la frappe de largent; et, pour l'Union latine tout entière, la suspension devenait définitive le 5 no-

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vembre 1878. Le monométallisme continuait cependant ses conquêtes : c'étaient la Finlande (1878), la Roumanie (1890), l'Autriche (1892), les Etats-Unis (1893), plus tard (1897) la Russie et le Japon, qui S'y ralliaient successivement. C’est surtout au début toutefois que les défaites de l'étalon d'argent avaient été sensibles : dès avant 1880, toute l'Europe septentrionale et occidentale, sauf l'Espagne, l'avaient abandonné. Si, aux EtatUnis, la frappe, un moment arrêtée, se pratiquait encore, elle restait limitée! ; depuis 1879, elle était suspendue pour le compte des particuliers en Autriche. Peu à peu, 300 000 000 ou 400 000 000 d'individus avaient adhéré au sys-

tème plus ou moins pur de l’étalon unique. La monnaie d’or

devait suffire à peu près exclusivement à tous leurs besoins. Il lui fallait remplacer dans la circulation l'argent qui disparaissait graduellement et faire face à l'accroissement considérable des transactions commerciales.

Réduit à s’alimenter aux mines d'or de moins en moins productives, allégé dur notable partie du numéraire blane, le stock monétaire, qui s'était annuellement acerû de 2,9 o/o entre 1850 et 1860 et de 1,32 o/o entre 1860 et 1870, ne progressa plus en moyenne que de 1,11 o/o après 1870 ?. Entre

(1) Dans l'intention de leurs promoteurs, ni le Bland Bill ni le Sher-

man Act n'avaient pour but de limiter la frappe de l'argent. Une loi du

12 avril 1873 avait instauré aux Etats-Unis le monométallisme or. Ce n'avait pas été pour longtemps. Sous la pression des producteurs d'argent et des cultivateurs endettés de l'Ouest, le Parlement, par l’act du 28 février 1878 (Bland Bill) était revenu au système du double étalon. Le secrétaire du Trésor, seul autorisé à faire frapper de la monnaie d'argent, devait acheter de deux à quatre millions de dollars de métal blane par mois. En fait, on s’en tint au minimum. Les Silvermen obtinrent mieux. Le Sherman act du 14 juillet 1890 chargeait le secrétaire du Trésor d'acheter 4 500 000 onces d'argent par mois (soit une quantité supérieure de 3/5 environ au minimum imposé par le Bland Bill) et de frapper deux

millions d’onces (représentant un peu plus de deux millions de dollars)

par mois, jusqu'au {er juillet 1891, puis la quantité nécessaire au retrait des billets du Trésor émis pour acheter les lingots. Le Sherman: act fut abrogé le 1er novembre 1893.

(2) D'après Sauerbeck ; cité par Denis, loc. cit., p. 260.

temps, cependant, la population et le commerce augmentaient dans tous les pays ; la quantité de matières premières et de denrées alimentaires produites dans le monde s’accroissait de 17,5 o/o en une douzaine d'années (1872-74 à 1883-85) !. Du déséquilibre entre la production du métal et les besoins monétaires, devait fatalement naître une crise d'appréciation. Sans doute, le déficit dut être en partie comblé par les instruments de crédit, et ses conséquences atténuées par l'accélération de la circulation. Elles ne furent certainement pas neutralisées en totalité. La valeur de l'or, plus rare et plus demandé, augmenta grandement ; celle de l'argent diminua et l'écart entre les deux métaux s’accentua de plus en plus. En d’autres termes, au lendemain de la révolution monétaire combinée avec le ralentissement de la production métallique, une quantité donnée d’or devenait susceptible de payer une plus grande quantité de richesses que par le passé : le pouvoir d'achat de la monnaie s'était accrû. Si la valeur de l'or augmentait relativement aux marchandises, la valeur des marchandises par rapport à l'or diminuait : les prix baissaient ?. Et, comme c’est

(1) Id., 1bid..

(2) Nous restons fidèle à la théorie quantitative de la monnaie. Il nous paraît, contrairement à ce que prétendent ses critiques et, en particulier,

M. B. Nogaro (Contribution à une théorie réaliste de la Monnaie. — Rev. d'Econ. polit., t. XX, 1906, pp. 681 sq.), que le numéraire répond à un

besoin individuel et demeure sujet à la loi de l'offre et de la demande.

L'homme qui vit en société, sous le régime de l'échange, ne saurait s'en passer. L'utilité sociale crée l'utilité individuelle, sans compter qu'ellemême dérive de l'utilité individuelle primitive des métaux précieux. Si la monnaie n'est point une marchandise absolument semblable aux autres, elle est du moins le moyen de se procurer toutes les autres richesses : elle est un bon, qui présente ce caractère particulièrement avantageux d'être convertible en une quelconque espèce de biens, au fur et à mesure des besoins. Pourquoi ne serait-elle pas sujette à l'offre et à la demande ? Le langage courant s’est bien avisé qu'elle n'échappait pas à la loi commune : d'un acheteur, on dit qu'il offre telle somme, c'est-à-dire telle quantité de monnaie ; d'un vendeur qu'il en demande telle autre. Celui qui achète vise sans doute à se procurer une marchandise ; mais celui qui vend recherche les bons d'échange qui, le moment venu, lui permettront de satisfaire ses désirs.

surtout au début que le stock monétaire s'était trouvé resserré par la démonétisation brusque de l'argent et la suspension de la frappe dans la plupart des pays européens, c'est aussi dans la décade qui suivit 1875 que la dépréciation des denrées agricoles fut particulièrement rapide.

Le ralentissement maximum de la production métallique entre 1881 et 1885, une seconde poussée du monométallisme aux environs de 1890, entrainent deux nouvelles chutes des prix, de plus en plus profondes. Désormais, cependant, à peu près toutes les défections possibles à l’étalon d'argent sont accomplies ; aucune nouvelle victoire de l’étalon d'or n’amènéra une baisse des cours. Au contraire, de nouvelles mines, celles du Witwatersrand dans l'Afrique Australe, entrent en scène, qui vont faire affluer l'or sur le marché. A vrai dire, leur exploitation remonte à 1884; mais elles ne jouent un rôle important dans la production mondiale qu'à partir de 1890. Déjà l'extraction annuelle moyenne était passée dans le monde de 149 137 kg. en 1881-85 à 169 869 kg. en 1886-90. À compter de 1891, elle dépasse les plus fortes productions obtenues jusque là, même au milieu du dernier siècle. En 1901-05, malgré l'arrêt provoqué par la guerre Sud-Africaine dans les mines du Transwaal, elle est de 484 398 kg., près de deux fois et demie plus considérable que celle de 1856-60. En 1906, enfin, elle a atteint le chiffre fabuleux de 592 609 kg. 1. Jamais autant d'or n'avait inondé le marché. La conséquence d'un pareil afflux devait être une dépréciation du métal et de la monnaie, partant une hausse des prix. C’est en effet ce qui s’est produit. Après avoir baissé jusqu'en 1896, les cours se sont relevés, non sans fluctuations d’ailleurs, mais sans remonter au niveau d'autrefois. Ainsi s'explique la reprise générale des prix depuis une douzaine d'années. La baisse a coïncidé avec la rareté du numéraire, la hausse avec son abondance. Les faits confirment la théorie ; la dépréciation des produits agri-

(1) D'après les Directeurs de la Monnaie des Etats-Unis.

coles pendant vingt ans, leur renchérissement récent sont, en partie du moins, la conséquence de phénomènes monétaires.

Mais ils n’en dépendent pas exclusivement. Il semble même qu'on ait généralement exagéré l'influence de ces phénomènes. Il est pourtant facile de voir qu'ils ne sauraient tout expliquer et qu'ils étaient même impuissants à provoquer une baisse aussi profonde que celle que nous avons constatée. Après 1873, et malgré la démonétisatien de l'argent, le stock monétaire ne s’est pas resserré. Tout au contraire, il s’est accrû, et dans des proportions assez notables encore qui ne sont pas de beaucoup inférieures à celles de la période précédente, période de hausse très marquée cependant. De 1860 à 1870, la progression annuelle moyenne avait été de 1,32 0/0. Après 1870 et jusqu’en 1884, elle s’est réduite seulement à 1,11 0/0. A la vérité, l’activité industrielle et commerciale a grandi entre temps. Mais veut-on .savoir dans quelle mesure ? M. Sauerbeck estime à 17,5 0/0 l'accroissement de la production des matières premières et des denrées alimentaires entre 1872-74 et 1883-85. Dans le même intervalle, on évalue à 13,32 o/o l'augmentation totale du stock monétaire. Or la monnaie n'est pas, comme le blé, une marchandise répondant à un seul besoin, impérieux, mais rigoureusement limité. Une insuffisance de récolte est un désastre, qui entraine une hausse considérable, chacun étant prêt à tous les sacrifices pour se procurer le blé nécessaire à son existence ; un excédent, au contraire, provoque un avilissement profond, personne n'en ayant que faire : ce qu’un homme peut consommer de blé représente en effet une quantité à peu près fixe et tout surcroît cesse d'offrir une utilité sérieuse. C’est pourquoi, toutes choses égales d'ailleurs, les moindres variations du stock offert occasionnent des fluctuations très amples dans les prix et qu'entre les unes et les autres n'existe aucune espèce de proportionnalité. Pour la monnaie, il en est tout autrement. Le désir en est quasiment illimité ; et le stock, qui s'accroit sans cesse, répond à une multitude de besoins, pour

Mot

mieux dire, à tous nos besoins. L'utilité finale de chaque unité monétaire est en définitive d'autant plus réduite qu'à la rigueur on pourrait se passer de monnaie. L’addition ou le retranchement d’une petite quantité de numéraire ne saurait donc produire d'effets aussi énergiques que s’il s'agissait d’une denrée répondant à un besoin unique, vital et limité. Sans aller jusqu'à dire que la valeur de la monnaie varie proportionnellement à la quantité, on peut affirmer que les fluctuations sont pour elle plus voisines de la proportionnalité que pour aucune autre marchandise. C’est pourquoi il est impossible d'attribuer exclusivement un écart de 20 o/o et plus dans les prix à un maigre déficit de 4,18 o/o dans le stock monéture.

ar contre, l’afflux d’or qui suivit 1885, s'il n'avait été neutralisé par quelque force extrêmement puissante, eût provoqué, non pas seulement une timide et tardive reprise des cours, mais une hausse extravagante et les prix auraient considérablement dépassé le niveau de 1873. En vingt ans (1886- 1905), les mines n'ont pas jeté sur le marché moins de 6 405 135 kg. d’or, alors que, de 1850 à 1870, la production n'avait pas excédé 3 906 105 kg.. Les besoins monétaires ont grandi avec le commerce et l’industrie, c'est vrai ; mais, au milieu du dernier siècle, en deux décades successives, la quantité des matières alimentaires et premières produites dans le monde ne s’était-elle pas accrue de 30 et de 37 o/o ? Alors cependant les prix étaient montés de 24 0/0. Or c'est à peine si, dépuis une quinzaine d'années, les cours se sont relevés de quelques points. La moyenne générale pour les denrées agricoles est encore aujourd’hui inférieure de 21 0/0 à celle de 1873. Après, comme avant 1895, les fluctuations des prix sont hors de proportion avec les variations du stock métallique. Une force, qui n’est autre que la concurrence des pays neufs, précipite la baisse quand le numéraire se raréfie, paralyse la hausse quand il afflue. Bref, de toutes ces explications basées sur l'observation minutieuse des faits, il res-

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sort, Croyons-nous, que les perturbations monétaires n'ont pas joué dans la dépréciation des produits agricoles un rôle prépondérant.

Au reste, des fluctuations qui auraient pour cause exclusive les variations du stock monétaire seraient générales, simultanées et uniformes pour tous les produits. Il tombe sous le sens que, lorsque le pouvoir d'achat du numéraire croît ou diminue, il le fait en même temps et au même degré au regard du blé et du bétail, de la laine et des ponimes de terre, du coton et du fer. Or, et nous l'avons maintes fois remarqué déjà, depuis 1873, les denrées agricoles ne se sont pas également dépréciées. La viande et, en général, les produits animaux, à l'exception de la laine, ont été plus favorisés que les céréales. C’est le fait saillant du dernier tiers de siècle, qui orienta l’évolution de l’agriculture anglaise. D'abord la dépréciation du bétail n’a guère commencé que vers 1884, une dizaine d'années après la baisse des grains. Le fléchissement fut pour lui moins profond ; enfin il fut différent suivant la qualité et les viandes inférieures furent les plus atteintes. Récemment la reprise des cours fut plus rapide et plus prononcée pour le mouton que pour le bœuf. Ce sont là seulement quelques faits. On en pourrait citer bien d’autres du même ordre, qu'une cause agissant également sur tous les prix est impuissante à expliquer. Pour se comporter diversement, les cours devaient obéir à des influences diverses qui n’agissaient pas sur tous avec la même intensité.

Un fait les résume toutes : la concurrence des pays neufs, multiforme, inégale, ancienne pour certains produits, récente pour les autres. Il serait étrange que les bouleversements économiques réalisés dans les trente ou quarante années qui viennent de s’écouler, la mise en valeur des nouveaux mondes, l'accélération et la multiplication des transports et des communications, fussent restés sans action sur le cours des produits agricoles. Le dernier tiers du XIX° siècle est marqué par l'éveil économique des continents vierges. Bien que

le leur date déjà d'un siècle, les Etats-Unis, grâce à leurs immenses étendues cultivables, sont, au point de vue agricole comme au point de vue industriel, le pays des possibilités illimitées (Das Land der unbegrenzten Mæœglichkeiten), et l'A mérique du Nord reste encore dans son ensemble un pays neuf susceptible d’un développement que l'imagination peut avec peine anticiper. Le Canada, le Mexique, comme l'Amérique du Sud, comme l'Australie ou les Indes, prennent tout juste leur essor. Or les pays neufs, peu peuplés encore, tournent leurs premiers efforts vers l’agriculture : 1l faut vivre d’abord ; et la matière s'offre, inépuisable et féconde, aux bras des colons qui défrichent et conquièrent sur la forêt ou la prairie ces terres fertiles dont les surabondantes récoltes inonderont ensuite le monde !. La culture extensive des sols riches et

() C'est en effet de l’agriculture et de ses formes les plus rudimentaires à l'industrie manufacturière qu'évoluent d'ordinaire les sociétés. Les Etats-Unis en sont un exemple caractéristique. € On y voit, écrivait déjà

List, (Système national d'Economie Politique. — Préface. — Trad. Richelot. — Paris, Capelle, 1857. — p. 54), des solitudes se changer en

riches et puissants Etats. C'est là seulement que je me suis fait une idée nette du développement graduel de l'économie des peuples. Un progrès, qui, en Europe, a exigé une suite de siècles, s’accomplit là sous mes yeux : on y voit les sociélés passer de l’état sauvage à l'élève du bétail ; de cette dernière condition à l'agriculture et de l’agriculture à l'industrie el au commerce ». — (In her industrial career, dit, de son côté, Mr. William-E. Griffis (Massachussetts, «a typical American Commonwealth, — 1893, — Publié à l'occasion de l'exposition de Chicago), Massachussetts was first agricultural, then naval, then manufacturing ». De nos jours encore, les usines ne s'installent que dans les régions de colonisation déjà ancienne. C'est pourquoi elles sont concentrées dans la région orientale de l'Amérique du Nord. L'Ouest est exclusivement agricole. — Il est cependant un pays, dont les progrès surprenants en cette fin de siècle ont suivi une marche inverse et, très accentués à la ville et à l'usine, sont pour ainsi dire nuls à la campagne. C’est le Japon. S'il ne jette guère de denrées agricoles sur le marché mondial, ce n’est pas seulement que sa population, déjà dense, en absorbe de grandes quantités. La vérité est que l’agriculture y est demeurée stationnaire ; ses procédés sont encore rudimentaires, ses récoltes médiocres ; loin d'exporter, il importe ; bref, le développement industriel précède le développement agricole. (A, Métin ;

vierges y produit les céréales à meilleur marché que l'exploitation laborieuse des vieux champs épuisés de l'Europe. La terre est à bas prix ; ni engrais !, ni main-d'œuvre ?, n'y viennent grever lourdement la production #. La colonisation étend

Le Japon industriel. — Rev. Economique Internationale, 1906, IF, pp: 257-8). — Dans un pays neuf, c’est par la terre. que commence la colo-

nisation : avant que se fondent les usines, il faut créer sur place des ressources en aliments. Les premiers occupants, qui ne sont ni des savants, ni des ingénieurs, apportent leur initiative et leur esprit d'entreprise avec les procédés de culture les plus perfectionnés. La nature fournit la matière première et le laboratoire. — Dans un pays occupé dès longtemps, mais qui se transforme, où la place, toute la place, est prise, le progrès, spontané ou suscité au contact d'une civilisation plus avancée, pénètre d'abord les milieux éclairés, ceux des villes et des usines ; les populations rurales, moins instruites, plus routinières, sont les dernières à y participer. C'est évidemment ce qui se passe au Japon.

(1) Aux Etats-Unis, dans la région des céréales, les dépenses en engrais sont minimes, pour ne pas dire nulles : Ohio, 9 dollars par farm, soit un peu plus de 1 fr. par hectare ; Illinois, 3 dollars par farm (0 fr. 25 par Ha.). Dans aucun autre Etat du Centre-Nord, elles ne sont aussi élevées. «€ C'est dire que l'on n’achète d'engrais que dans les cas tout à fait exceptionnels ; et, quant au fumier de ferme dont on dispose, c'est bien peu de chose pour des exploitations qui ont en moyenne 64 hectares dans l'ensemble des Etats-Unis et davantage dans l'Ouest ». (Pierre Leroy- Beaulieu : Les Etats-Unis au XXe siècle. — 2e éd., Paris, Colin, 1905, p. 124). — Pour le Canada, cf. Robert Machray : The Granary of the Empire. (Nineteenth Century — t. 54, — 1903, — pp. 314 sq.).

(2) La main d'œuvre ne coûte pas plus de 43 cents (2 fr. 23) par acre aux Etats-Unis. La culture, en effet, est si peu intensive que le rendement en blé est à peine de 11 HI. 3 par hectare. L'économie en maind'œuvre provient d'ailleurs de l'emploi d'un outillage très perfectionné et d'un grand nombre de machines. (P. Leroy-Beaulieu, op. cit., pp. 96, 100-101, 125 et 127). — Cf. Final Report, pp. 57 sq. — Appendix to Final Report. p. 32. {Report received through the Foreign Office and Colonial Office upon the agricultural position and prospects of foreign countries and colonies... VI. United States]. — En Argentine, le taux des salaires ne dépassait pas 1 fr. 25 par jour en 1895. « Aucun pays au monde ne peut produire le quarter de blé à aussi bon marché ». (Ibid.; VII. Argentine Republic, pp. 35 et 36).

(3) Il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de déterminer le prix de revient des produits agricoles. D'abord les agriculteurs ne tiennent pas la comptabilité minutieuse et précise qu'exigerait sa fixation:

CIO D Rae, Let. de.

chaque jour son domaine ; et la fin du dernier siècle a vu sur les continents neufs lever de prodigieuses moissons, paitre d'innombrables troupeaux.

A défaut de précisions sur les conditions respectives de l'agriculture dans chacun des pays grands producteurs de viande ou de céréales, qui nous entraineraient trop loin, il faut se contenter d'enregistrer l'extension des cultures, de la production et de l'élevage dans les régions où elle fut particulièrement remarquable. Aux Etats-Unis, en 1867, comme venait de finir la guerre civile, le blé ne s’étendait encore que sur

18 millions d’acres. Dès 1874, il en couvrait 25 millions et, aujourd'hui, près du double, 47 millions. Quant à la production, qui ne dépassait pas 212 millions de boisseaux, elle atteignit 308 millions en 1874, 735 millions en 1906 et, la récolte ayant été médiocre, 667 millions seulement en 1908. Encore la récolte la plus abondante, celle de 1901, a-t-elle été sensiblement supérieure : 748 millions de boisseaux. C’est

D'autre part, il varie avec l'exploitant, le terrain, le lieu, la récolte. Quoi qu'il en soit, l'Official Northern Pacifié Railroad Guide fixe, pour le blé, à 35 cents, ou 1 s. 5.d. (1 fr. 75), par boisseau (4 fr. 81 l'HL) les frais de production dans Le Wyoming, le Montana et les deux Dakota, aux Etats-Unis. D'autre part, M. Gough les évalue à 22 cents (3 fr. 16 l'HL) en Californie (Appendix to Final Report, p. 32). Ces estimations sont vraisemblablement erronées. M. Craigie nous paraît plus proche de la vérité quand il porte à 2 s. 2 3/4 d. par boisseau (7 fr. 92 l'HL.) le, coût dans le South Dakota (Final Report, p. 57). C'est de ce chiffre que se rapprochait M. Power qui, en 1889, à l'exposition universelle de Paris, estimait les frais de production sur son exploitation de Hellendale (Dakota) à 6 fr. 19 par HI. M. Atkinson, il est vrai, porte le coût moyen à 9 fr. 60. Dans le Tennessee, on pourrait cependant produire à 8 fr. 53. (E. Levasseur : L'agriculture aux Etats-Unis, pp. 360 et 361). M. H. Denis (loc. cit., p. 250) rapporte de son côté des estimations qui varient entre 7 fr. 92, dans le Far West, 5 fr. 88 dans le Minnesota et 4 fr. 40 dans la région de la Rivière Rouge. — En Argentine, le prix de revient serait inférieur à 35 cents (1 fr. 75) par boisseau (4 fr. 81 par HI.) ; à ce prix, le blé pourrait être livré à Rosario, sur l'Atlantique. (Appendix to Final Report, p.35). — Pour l'Inde, le coût de production est évalué à un taux variant entre 2 fr. 14 et 5 francs. (H. Denis, loc. cit.).

à peu près de la même époque que date le grand essor de

l'élevage. La guerre avait dévasté le pays et réduit les troupeaux. La victoire du Nord et la paix permirent à la fois leur reconstitution et leur amélioration par infusion de sang anglais. Le Census de 1860 avait révélé l'existence de 25 millions et demi de bêtes à cornes ; celui de 1870 trahit une diminution. Mais au 1‘ janvier 1873, le mal était déjà réparé et l’on comptait 27 millions de têtes en chiffres ronds ; au premier juin 1880, il y en eut 39 675 000 ; aujourd'hui enfin, la race bovine est représentée par 71 millions d'animaux. Entre temps, la qualité s'était améliorée et, aux bêtes osseuses et mal en chair d'autrefois, s'étaient substitués des demi-sang et pursang anglais, aux cornes courtes, aux formes arrondies et à l'engraiss2ment précoce. L'espèce ovine avait participé, quoique à un moindre degré peut-être, au même perfectionnement. En tout cas, le troupeau, de 28 millions de têtes en 1870, était passé à 42 millions en 1880, pour s'élever aujourd'hui à 56 millions. Enfin, car les Etats-Unis sont, comme on sait, grands producteurs et grands consommateurs ide pores, l'espèce porcine, représentée en 1860 par 33 millions et demi d'animaux, était tombée à 25 millions en 1870, pour remonter à 50 millions en 1880 et à 54 millions en 1909. Ces bêtes sont d'excellente race, souvent d’origine anglaise (Berkshire), et c’est à leur engraissement que servent les énormes quantités de maïs récoltées sur le sol américain.

Nulle part peut-être on ne trouve pareille richesse, ou du moins richesse aussi variée et aussi complète. En Argentine, par exemple, l'élevage du porc est assez négligé. Les bêtes à cornes et à laine, sans parler des chevaux, extrêmement nom-

(4) V. sur l’agriculture aux Etats-Unis, outre l'ouvrage précité de M. Levasseur et l’appendice au Final Report, P. Leroy-Beaulieu, op. cit.; Statistical Abstract for foreign Countries, 34 1 number, cd. 426, 1908. — p. 366; — Agricultural Statistics, 1908, p. 419. — Bulletin mensuel de l'Office des renseignements agricoles, publié par le Ministère de l'Agriculture. — Paris, Imp. Nat. — Nov. 1908, p. 1448.

breux du reste et de belle race dans l'Amérique du Nord, se partagent seules, avec les céréales, la sollicitude des agriculteurs. Mais le développement fut ici si rapide qu'il surprit le monde. « La terre est si riche, que les moyens de transport ne peuvent pas suivre l'augmentation de la production » !. En 1880, il n’y avait encore, sur une superficie totale de ! 212 000

milles carrés, en grande partie située dans la zone tempérée,

que 180 000 acres en culture et l’on importait annuellement 177 000 tonnes de blé. Huit ans seulement plus tard, le ‘froment couvrait 815 438 hectares ; en 1908-9, il en occupait 6 060 280 ; en 19 ans, l'étendue emblavée a septuplé. Et la récolte qui, en 1881, était à peine de deux mille tonnes, monte aujourd'hui (1908-9) à 4 650 000. — L’Argentine est par excellence le pays des moutons. C’est là qu'aujourd'hui se trouve le troupeau le plus considérable du monde. Sur les vastes étendues (60 millions d'hectares) que couvre la prairie, où croit en abondance une luxuriante luzerne, l'alfalfa, semée de main d'homme, paissaient, il y a seulement vingt ans, 67 millions de bêtes à laine. Dès à présent, le troupeau en compte 120 millions. Et, si l’on veut se faire une idée approximative des ressources ovines de l'Amérique du Sud, il faut ajouter que la région voisine de l'Urugay, à peine séparée de l'Argentine par un large fleuve, nourrit elle-même quelque 15 millions de bêtes qui se multiplient avec rapidité. A côté des moutons et souvent sur les mêmes prairies, clôturées de fil de fer, vivent de grands troupeaux de bœufs. Leur nombre, toutefois, quoique considérable, progresse moins vite : 22 millions en 1888, environ 29 millions en 1908. La plupart des bêtes à laine appartiennent à la race Lincoln et, quant à l’espèce bovine, elle a été grandement améliorée par croisement avec des Durham, des Hereford et des Angus ?.

(1) F. Schrader : En Argentine. (Bulletin de la Société de Géographie, 15 août 1907, p. 96).

(2) Sur le développement agricole de l'Argentine, cf. A ppendix to Final Report, pp. 34 sq.. — D. Bellet : Les Bestiaux de l'Argentine et le trans-

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Nous ne voudrions pas multiplier, comme à plaisir, les chiffres déjà trop abondants dans cette étude. Il nous faut bien dire cependant que la- Russie d'Europe, dont la récolte en blé n’atteignait pas 58 millions d’'hectolitres en 1872, engrange aujourd'hui plus de 200 millions d’hectolitres. Encore laissonsnous de côté l'énorme production des plaines sibériennes. L'Etat russe favorise l’enseignement agricole par la création et la subvention de nombreuses écoles ; les procédés se perfectionnent, la culture s'étend, les rendements augmentent. La réforme agraire qui se prépare, stabilisant la possession, ne peut qu'accroître la production !. Par ailleurs, quelques renseignements sont encore nécessaires touchant l’agriculture des colonies anglaises. En Amérique, aux Indes, en Australie, elle a pris en effet depuis vingt ans un vigoureux essor qui a profondément influé sur les prix. Le Canada aspire à devenir le grenier du monde ?. Et, de fait, sa production en blé est passée de 5 277 921 quarters en 1891 à 14 054 250, prove-

port des viandes conservées par le froid. (Revue Scientifique (Revue Rose), 1889, IL, pp. 112 sq.). — E. Daireaux : L'Elevage dans l'Argentine (Revüe de Paris, 1er août 1903, pp. 648 sq.). — A. Martinez et M. Lewandowski : L’Argentine au XXe Siècle. — Paris, Colin, 1906. (V. Compterendu détaillé dans la Revue Economique internationale, 1906, IT, pp. 160- 174). — F. Schrader, op. cit. — M. Lewandowski: La République Argenline et son développement économique (Rev. Econ. Internat., 1907, IX, pp. 500 sq.). — Agric. Stat., 1908, p. 395. — Bulletin Mensuel de l'Office des renseignements agricoles, mars 1909, p. 396.

(1) Cf. Torne : L'Etat et l'Agriculture en Russie. — (Bulletin Mensuel de l'Office des Renseignements Agricoles, mai 1908, pp. 592 sq.).

(2) «Le développement du Nord-Ouest est le rêve actuel de tout le Canada et, en réalité, c'est le fait qui domine la période actuelle de son histoire. Il se résume dans la devise qui décorait l'are de triomphe canadien élevé à Londres lors du couronnement d'Edouard VIT : «€ Le Canada grenier de la Grande Bretagne». Mais les enthousiastes de ce pays élargiraient volontiers la formule et diraient : Grenier du Monde. Ici, on entend

répéter partout : Nous avons en réserve les meilleures terres à blé qui existent ; nous serons bientôt les plus grands producteurs de blé du monde entier. » (R. de Caix : Lettres d'Amérique. — X. Le Développement du Nord-Ouest Canadien. Journal des Débats, 1er nov. 1902). Cf. Sur le Canada : R. Machray, loc. cit. — Agric. Stat., 1908, pp. 381 sq.

PGote

nant en majeuré partie du Manitoba et du Saskatchewan, en 1908. D'autre part, la population porcine s’est sensiblement accrue : 1 734 000 têtes en 1891, 2 913 000 en 1909. Quant à l'Inde Anglaise, où la main-d'œuvre est exceptionnellement bon marché, sa récolte en blé, dont les indigènes, s’alimentant d’autres céréales, ne consomment habituellement qu’une partie, était en 1891 de 6 876 000 tonnes; elle atteignit 9 641 145 tonnes en 1904. Depuis lors, il est vrai, elle a légèrement fléchi et, en 1907, elle est tombée à 8 491 700 t.. Les fluctuations sont fréquentes et considérables. En moyenne, cependant, la production tend à augmenter. Enfin, dans les colonies australasiennes, à côté de la culture du blé, dont le rendement dépassa 83 millions de boisseaux en 1903, ce qui fait la fortune de l’agriculture, c’est l'élevage du mouton. Sur ce terrain, l'Australie suit de près la République Argentine ; il fut même un temps où elle la précéda :

Rte OVIDÉS BOVIDÉS 1873 57 145 000 5 844 000 1891 . 124 286 491 11 818 540 1901 92 441 835 9 852 314 1905 93 533 579 10 335 961 1907 108 733 712 11 941 299

Nous ne saurions passer sans signaler que la population bovine de l’Australasie compte environ deux millions et demi de vaches laitières, principalement concentrées en Nouvelle- Zélande et dans les Etats de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud !.

(1) Cf,, en ce qui concerne l'Inde, Appendix Lo Final Report, pp. 92 sq. — Stat. Abstract for Colontes, possessions and protectorates. 44h Number, cd. 1415 1508. — p. 314. — Agric. Stat. 1908, p. 371. — En ce qui concerne l'Australasie, L. Vigouroux: L'Elevage en Australie (Rev. Econ. Pol., XVI — 1902, pp. 168 sq.). — App. to Final Report, pp. 40 sq... — A. Uhry : La mise en valeur de l'Australie envisagée dans ses rapports avec les marchés extérieurs. (Rev. Econ. Internat., 1907, IV. — pp. 563 sq.). — Agric. Stat. 1908, pp. 374 sq., 389. — Stat. Abst. for Colontes, pp. 242 sq.

Nous arrêterons là cette trop rapide et trop sèche nomenclature. Encore passons-nous sous silence bien des régions qui, comme le Mexique, comme la Russie d'Asie riche en céréales, en bétail et en beurre, ou la Colonie du Cap exportatrice de moutons et de laines, pour avoir des ressources plus modestes, n’en ont pas moins joué un rôle dans la concurrence internationale et contribué à la dépréciation des produits agricoles. Il eût été plus intéressant certes d’analyser dans le détail les avantages des pays neufs et de montrer comment la colonisation en avait su tirer parti. Mais cet examen eût excédé le cadre de notre étude. Il suffit, pour nos recherches, d’avoir rendu sensibles leur essor et la production abondante de denrées à bas prix. Ce qu'il est important de ne pas perdre de vue, c’est que ce développement fut favorisé par des avantages naturels, plus ou moins durables, qui réduisaient au minimum le prix de revient. La diversité des circonstances et des milieux s'oppose à ce que nous établissions le coût moyen de production . Mais les conditions de la culture dans des pays, où la terre surabondante est jusqu'ici restée au repos et met à la disposition du colon des forces neuves emmagasinées depuis des siècles, sont assez faciles à concevoir pour rendre inutile une démonstration en forme. Déjà, d’ailleurs, en passant, nous avons donné quelques. chiffres.

Mais ne faut-il pas attribuer pour partie à des phénomènes monétaires la concurrence redoutable de l’Inde et de l'Argentine ? L'une est restée jusqu'en 1898 au régime du papier-monnaie ; l’autre est encore à celui de l'étalon d'argent, bien qu'une loi Herrschell du 26 juin 1893 ait suspendu la frappe de la roupie et établi un rapport de valeur fixe entre la monnaie indienne et le souverain anglais. L’Argentine, depuis que fut édicté le cours forcé jusqu'à létablissement de la caisse de conversion en 1898, l'Inde, depuis la démonétisation de l'argent, qui dissocia la valeur des deux métaux précieux, jusqu'aujourd'hui, ont eu un étalon monétaire dé-

SOL PA a

er Vire

précié : c’est-à-dire que la valeur de cet étalon par rapport à l'or a diminué. Or, dit-on, le producteur indien ou argentin qui vend son blé en Angleterre et qui échange soit l'or dont il est payé, soit sa traite sur Londres, elle-même payable en or, contre de la monnaie nationale, reçoit en piastres ou en roupies une somme d'autant plus forte que ces espèces sont plus dépréciées à l'égard du métal jaune. Si, par exemple, la roupie, comme en 1892, perdait 34,7 0/0, notre exportateur tirerait de son papier ou de son or un supplément de prix de 52,06 o/o. Comme, d'autre part et par hypothèse, l'argent et le billet à cours forcé auraient gardé dans le pays la même valeur au regard des marchandises, il ferait un bénéfice égal à la hausse du change. Le coût de production serait resté le même ; mais, comme il le paierait en une monnaie dépréciée au regard de l'or dont la valeur règle le prix de vente, c'est comme si le prix de revient avait diminué ; le producteur encaisserait un « surprofit », et il pourrait, pour le plus grand dommage de ses concurrents et sans préjudice pour lui-même, faire baisser les prix jusqu'à ce que ce bénéfice exceptionnel füt totalement absorbé. Telle est la thèse qu'esquissent les commissaires royaux !, et, plus particulièrement, M. Lacey- Everett ?. La plupart des économistes s’y sont ralliés. Et, dans sa pénétrante étude sur la Mesure de la Valeur, M. Bourguin écrit : « La perte sur le change, résultant de la dépréciation de l'argent, est, pour les pays monométallistes argent, un bienfait dans le commerce international ; elle agit comme une prime pour leurs exportations, et comme un obstacle aux importations étrangères, au moins quand l'argent n’a pas perdu chez eux sa puissance générale d'acquisition dans la mesure où il a perdu sa valeur vis à vis de l’or » *?.

Ce raisonnement, en ce qui concerne, d’abord, les pays à étalon d'argent, repose sur deux postulats. Le premier, que

(A) Final Report, p.59, $ 201 et 202.; p. 167 et p. 170 $$ 65 et 66. (2) Final Report, p. 293.

(3) De la Mesure de la Valeur (Rev. Econ. Pol., IX, 1895), p. 669.

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les faits justifient, est que le prix en or des marchandises a moins baissé que celui de l'argent, sans quoi s'évanouirait le surprofit de notre exportateur. Cela suppose, l'appréciation de l’or entraînant, toutes choses égales d’ailleurs, une baisse rigoureusement uniforme des prix, que, contrairement à ce que pensent nombre de bimétallistes 1, l'écart entre la valeur des deux métaux est, au moins en partie, la conséquence d'une dépréciation propre de l'argent. Le second, M. Bourguin lui-même le précise ainsi : « c’est que l'argent, dans le pays où il circule comme monnaie, ne soit pas déprécié vis à vis des marchandises comme il l'est vis à vis de l'or... Si l’'argent, dans un pays monométalliste argent, a perdu sa puissance générale d'achat dans les mêmes proportions que sa valeur relativement à l'or, l'équilibre qui existait jadis, sous l'empire du rapport 15 1/2, dans les prix en or du commerce international, se trouve conservé » 2. Les bimétallistes estiment précisément que l’argent a gardé intacte cette puissance d'achat. « Au Mexique, dans l'Inde, en Orient, écrit M. Lacey- Everett, en fait partout où les prix s'expriment en argent, il n'y a pas eu de changement notable dans leur niveau. Les prix exprimés soit en monnaie d'argent de ces pays, soit en lingots de Londres, sont sensiblement (materially) ce qu’ils étaient il y a vingt ans. Une once d'argent, par exemple, s’'échange contre la même quantité de blé, de.coton ou d’autres marchandises » 5.

Or l'appréciation très sensible du métal jaune après 1873 entraîna une baisse générale des prix et, par là, tendit ellemême à neutraliser les effets de la perte sur le change. Mais cette baisse, en 1896, au moment où elle était à son maximum, ne dépassait pas, d’après M. Sauerbeck, 39 o/o par rapport à 1871, — encore n'était-elle pas, tant s'en faut, due tout entière

(1) V. notamment Foxwell : La situation monétaire (Rev. Econ. Pol. IX, 1895), pp. 565 sq.

(2) Op. cit., pp. 672-3.

(3) Final Report, p. 197.

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