RIRES
RON RP Nr 128 74.3 73.6 REPASSER 141 65.5 65.
ep 138 58.9. 64.2
Somme toute, les prix ont augmenté de 1881 à 1893. Il faut reconnaître d’ailleurs que le mouvement de hausse ne s'est
(1) Cité par J. Pallain : Les changes étrangers et les prix. — Paris, Guillaumin, 1905, p. 154.
NE
guère manifesté qu’à dater de 1881, c’est-à-dire huit ans après que l'argent eût commencé à perdre de sa valeur, retard qui s'explique par des causes diverses, par l'amélioration des transports et les progrès qui ont pu abaisser le coût de production, par ce fait que la première poussée monométalliste ne prit guère fin qu'en 1879, enfin, sans doute, par le conservatisme hindou qui ralentit et amortit la baisse de l'argent. La part de vérité contenue dans les observations de M. Bourguin se trouve ainsi nettemeut déterminée par les faits euxmêmes qui confirment nos précédentes déductions. D'autre part, les salaires ont augmenté depuis 1873 1 :
1879-2000 1882:.2 "100 LION PE RMMITS 1970 Ve m0 00:26 LUZ 1592720110 LONRAPEAMNEOT 1600 421106 1995 24-018 1819267 0RL0D 1887 01 Ut 1894.#2% 4120 1881: 2299 1Fetot PP M 1 189522141010
Comme nous l’avions prévu, « cette élévation du taux des salaires semble en général avoir eu pour point de départ les ports et les villes côtières ; peu à peu elle s’est répandue dans l’intérieur des terres » ?. Mais elle est inférieure à celle des prix et ne commence guère qu'en 1883, autre signe de la résistance des masses asiatiques aux changements d'opinions. Quoi qu'il en soit, « il semble bien que, depuis 1885 (au moins), une hausse constante et régulière se soit produite; prix et salaires marquent une tendance très nette à s'élever ; ce phénomène régulier et progressif ne trouve plus son explication dans des causes passagères ; il est lié à une cause persistante dont l'effet est allé croissant. Ici, comme ailleurs, la hausse du change a entrainé l’augmentation du coût de la vie » # et des frais de production.
Seulement, et c'est à cela que se limitent les effets de la rou-
(1) J. Pallain, loc. cit, p. 158.
id 1bide:
(3) Id., p. 160.
dent
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tine indigène, la hausse a été lente. D'abord, elle a tardé quelque huit ans à se manifester ; puis les nouvelles et successives dépréciations de l'argent ne se sont sans doute pas traduites par d’immédiats relèvements de prix. Chaque fois, l'équilibre s’est rompu entre le taux du change et le niveau des cours. Alors , et momentanément , le coût de production s'est trouvé artificiellement abaissé et l'exportation favorisée. Mais ces déséquilibres répétés ont été de courte durée. Le premier a pu, jusqu'en 1882, exercer sur les marchés européens une action déprimante. L'influence des autres ne fut guère eflicace. L'écart entre le change et le prix était trop passager et trop insignifiant. En tout cas, on est loin de cette prime de 40 o/o à l'exportation dont il a parfois été parlé. Du reste, la suspension de la frappe en 1893 et l'établissement d'un rapport fixe avec le souverain ont stabilisé le cours de la roupie. Depuis 1897, la hausse du change est arrêtée. Les prix se sont définitivement fixés sur la base d’une valeur réduite de l'argent. Cependant sur les, marchés importateurs les anciens cours n'ont pas été retrouvés.
Les considérations que nous avons fait valoir au sujet de l'Inde s'appliquent, mutatis mutandis, aux pays à monnaie de papier, comme la République Argentine, avec d'autant plus de force que, au dire même de M. Bourguin, «la dépréciation du papier monnaie à l'égard des marchandises en général suit, pour ainsi dire, fatalement sa dépréciation à l'égard de l'or » 1, et qu'ici le milieu n’oppose plus aux changements la même résistance. Du reste, le cours forcé est aboli ; une caisse de conversion fonctionne depuis 1898, qui a rétabli une circulation saine. La prime du change, si tant est qu'elle ait jamais existé, ne joue plus.
Ainsi se trouvent réduits à leur rôle vrai, qui est minime, les phénomènes monétaires dont s'étaient si fort émus les commissaires royaux. Ce n’est pas d’eux que Ja concurrence
(1) Loc. cit., p. 690.
Pere
des pays neufs tire son origine et sa force. Tout au plus l’ontils aidée à ses débuts. Les avantages naturels ont plus fait qu'eux pour la susciter, avantages consistant en une grande fertilité qui rend momentanément inutiles les travaux dispendieux et l'emploi des engrais, en une population clairsemée ou sobre qui laisse pour l'exportation d'énormes excédents et permet de Consacrer à l'élevage extensif les vastes étendues que la culture ne réclame pas encore.
Tout cela eût été vain cependant, si les progrès des communications et des transports n'avaient rendu accessibles les marchés populeux du vieux monde. La demande locale n’eût pas suffi à susciter le développement agricole que nous avons noté ; la production aurait grandi au fur et à mesure seulement des besoins de la population. Les voies ferrées et les navires à vapeur ont permis aux produits exotiques de venir concurrencer les nôtres et, ce faisant, ils ont stimulé l'essor des pays neufs : la concurrence est doublement leur fille.
Sur terre, dès avant la période qui nous occupe, les chemins de fer avaient déjà commencé à supplanter les chariots à traction animale, encombrants et lents, ne se prêtant qu'à un faible trafic et condamnés à se mouvoir dans un rayon étroit. Mais le grand effort de construction est postérieur à 1870, parfois même, comme en Argentine, à 1880. Un court tableau, emprunté aux Statistical Abstracts 1, fixera sur ce point les
ar idées :
Longueur en milles anglais des chemins de fer exploités en
Russie d'Europe.. 988. 7 098 14 026. 18.059 27 345 États-Unis 20.000780 620 52 02203 262166 6H OL SE ATrSenIINE serre D8 637 1 536 5434 10412 Canada nee nie 20552 017 ECS 1 IS 256 7007 Inde RER ER 839 . 4775 2091300116 345" 24670 Australie 2,008 215 053 1008632 009 5240018 231 Nouvelle-Zélande. » 46 1 287 1 956 2 300
(1) Stat. Abstr. for foreign Countries, Cd. 2 202, 1904, pp. 260-1. Stat. Abstr. for British Colonies, Cd. 1912, 1904, pp. 270-1.
Sur iner, les lignes de navigation se sont multipliées ; le tonnage des navires à flot a considérablement augmenté. Pour ne parler que de Ia flotte à vapeur, la plus importante par sa puissance de transport, son tonnage, qui, pour le monde entier, n'était encore que 74700 tonnes en 1848, s'élevait déjà à 4 328 193 tonnes en 1873, pour atteindre 17 889 006 tonnes en 1898 1.
D'autre part, la vitesse plus grande des transports, due à l'emploi de la machine à vapeur et à ses incessants perfectionnements, a permis l'expédition de certaines denrées difficiles à conserver . Seul, le commerce de la viande, trop rapidement altérable, restait à peu près impossible. Les conserves et les salaisons ne trouvaient guère d'amateurs sur les marchés européens ; l'exportation du bétail vivant était trop dispendieuse. Faute de débouchés, l'élevage ne se développait pas dans les prairies du Nouveau-Monde et ses produits n'étaient qu'imparfaitement utilisés. Vers 1875, on s’avisa de recourir au froid pour conserver la viande abattue et la faire parvenir fraiche au consommateur. Alors commencèrent à s'élever dans les pays producteurs ces chambres réfrigérantes à revêtements isolants, dont M. D. Bellet a décrit le fonctionnement : « L'air y est sans cesse renouvelé par des machines spéciales, maintenant la température à — 8 ou à — 10° centigrades. Dans ces conditions, la viande devient dure comme du bois. On a créé sur les lieux mêmes de production des chambres réfrigérantes. Les animaux abattus sont préparés convenablement ; on coupe les bœufs par quartiers ; on laisse les moutons en carcasses entières et on les dépose dans des sacs en toile dans les magasins réfrigérants. .Au bout de deux à trois journées de séjour, la congélation est complète. D'ailleurs on continue à produire une circulation d’air froid dans ces magasins, jusqu'au moment où les navires viennent prendre charge. Ces navires ont du reste eux-mêmes leurs
(1) Verneaux, loc. cit., IT, p. 88,
cales disposées comme les magasins situés à terre et, dans ces cales, la température est maintenue constamment à — 8° ou — 10°. En arrivant à Londres, les viandes sont transportées dans des docks à la même température, qui sont installés à Victoria Dock, East India Dock, South Westh India Dock et sous la gare de Cannon Street » 1. Grâce à ce procédé, la viande se conserve en parfait état des semaines entières. Malheureusement, la congélation ne va pas sans déprécier quelque peu la qualité. Aussi les producteurs transocéaniques s’efforcent-ils aujourd'hui de l’éviter en lui substituant un simple refroidissement. Déjà, la République Argentine, les Etats-Unis, le Canada expédient à Londres et à Paris des quartiers de bœuf dont la surface seule légèrement congelée (à—2°) protège les parties profondes 2. Quoi qu'il en soit, l'application du froid aux transports a donné une vigoureuse impulsion au commerce des viandes. Elle a permis de jeter sur les marchés d'Europe les bœufs et les moutons de la >ampa, du Far West et des prairies australasiennes. Mais c'est seulement en 1882 que la Nouvelle-Zélande expédia à Londres sa première cargaison de mouton congelé %. Ni les Etats-Unis, ni l'Argentine ne l'avaient beaucoup devancée. Jusque là, jusqu'au moment plutôt où le caractère pratique du procédé frigorifique eût été démontré et les installations nécessaires effectuées, le prix du bétail européen était resté ferme. La concurrence n'était pas encore née. Mais du jour où la viande put s’exporter en masse dans des conditions favorables, les cours se mirent à fléchir, comme ils l'avaient déjà fait sur les marchés voisins des céréales et des laines #.
() Loc. eit., pp. 113-114.
(2) J. de Loverdo, loc. cit., p. 163.
(3) Id., p. 164.
(4) Ce n'est pas sans étonnement qu'on voit l'étude de M. de Loverdo se terminer par cette affirmation : « À première vue, ces avalanches de viandes exotiques paraîtraient devoir apporter des perturbations profondes dans le prix de la viande produite en Angleterre. En réalité, Le taux
Pot —
Or toutes les améliorations que nous venons de signaler se résolvent en une économie de frais. C’est le propre du progrès économique. Les chemins de fer qui sillonnent les Etats- Unis, le Canada, l'Argentine, qui, depuis 1880, unissent à Bombay et à Kurrachee le Pendjab, ont mis à bas prix des transports qui, peut-être, n'auraient pas été matériellement impossibles, mais, qui, sans eux, eussent été exagérément dispendieux. Le procédé frigorifique, d'autre part, résout élégamment le problème du transport à bon marché des viandes fraiches. L'ouverture du Canal de Suez, elle-même, abrégeant de 2 850 lieues la distance de Bombay à Londres et à Liverpool, facilitait sensiblement les exportations de blé indien. De fait, la baisse des frets terrestres et maritimes est l'un des évènements capitaux du dernier tiers de siècle et l’un de ceux qui ont le plus puissamment contribué au développement du commerce international. En ce qui concerne les voies ferrées, l'exemple des Etats-Unis est typique. En 1858, de Chicago à New-York (912 milles ou 1467 kilomètres par la ligne la plus courte), le transport des céréales coûtait 38 cents par boisseau (539 par hectolitre) ; en 1870, 30 cents ; en 1892 enfin, 14 1/4 cents seulement (213 par hectolitre), soit moins de de 0f00161 par tonne kilométrique. Par les voies d’eau (lacs), le coût, de 25,12 cents en 1869, était tombé à 5,61 cents en 1892 1. C’est seulèément en 1870 que le service entre Chicago et New-York commença à s'organiser régulièrement pour le transport à bon marché. De ce jour, la charge qui grevait les grains exportés décrût rapidement.
de celle-ci est allée toujours en augmentant, par celà même queles viandes congelées, ne représentant, d’après les trés exactes statistiques de M. Weddel, que le 17 o/o de la consommation anglaise, ont généralisé parmi les classes populaires l'usage de cette denrée dispensatrice de force et d'énergie ». (P. 165).
(1) E. Levasseur, loc. cit., p. 341. — D. Zolla : La Crise Agricole. — Paris, Masson, 1903. — pp. 175, sq..
Prix du transport par rail de Chicago à New-York d'un quarter de Blé 1 :
Se d 1800-10 EPP 13 11 187152758008 10 0 1876-8026 7vee 6 1 1601-0907. : 10 1886-90... 5... D 0 1891205208 À 1 1896-1900...... n) 10 JIOL- OL TERRES 5) 7
Le prix des autres transports diminuait à l'avenant. Sur mer, et en même temps, le fret de New-York à Liverpool baïissait avec non moins de régularité ?.
s: ch 160027 DR 2 0 LOTLETSRERS 2 vn 1ST62SDA RENTE 2 2 LOGE Or ae 1 4 1886:290::5....% 1 0 1891595778 0 10 1896-1900...... :! 0 1901-0100 0 4
Les statisticiens du Board of Trade se sont efforcés de réunir sur l’ensemble des frets des données comparables pour une période de vingt ans (1884-1903). Ils ont calculé, en prenant pour terme de comparaison le taux moyen de 1900 (— 100), que le coût des transports maritimes à destination de l'Angleterre (fret d'importation) était tombé de 108,9 en 1884-86 à 81,1 en 1893-97 et à 82-9 en 1898-1902, soit, suivant les cas, de 27,8 et de 26 0/0 *%. Quant aux causes du bon marché, elles apparaissent multiples et complexes. Nul doute que les influences monétaires y aient leur part. La multiplication des
() The Tariff Commission: Report of the Agricultural Committee, S 114. (2) Id., ibid.
(3) Fiscal Blue Book, IT, p. 257. Pour plus de détails, v. Appendice IT.
A rte
moyens de transport n’a pas manqué non plus d’engendrer une concurrence profitable aux exportateurs. On n’a pas oublié les luttes. acharnées des compagnies américaines, souvent terminées, il est vrai, par des pools et des unions. Le tonnage à flot, d'autre part, a erû plus vite que le trafic maritime. Mais une contraction de l'offre de transports et un relèvement des frets se fussent indubitablement produits, si les améliorations techniques n'avaient diminué les dépenses d'exploitation. C’est à elles que déjà nous avons fait allusion. Est-il maintenant besoin de dire combien le bon marché des transports a étendu le rayon de vente des produits agricoles et rendu redoutable la concurrence des pays neufs ? Le coût de transport, comme dit, avec juste raison, M. H. Denis, « est une dépense qui doit être considérée comme une partie intégrante du coût de production pour toutes les marchandises qui ne sont pas consommées au lieu de leur production. Il est donc légitime d'admettre que l’abaissement du coût de transport d’un produit, c'est l’abaissement même de sa valeur normale. Toutes les améliorations des moyens de transport auront sur la valeur les mêmes effets que les améliorations de la production, que les causes d’accroissement de la puissance productive » 1. Aïnsi, le défrichement des terres vierges, l’utilisation des vastes pâturages d'Amérique et d’Australasie et la baisse des frets tendaient au même résultat, la possibilité d'importer en Europe des produits agricoles à bon marché. Il n’en fallait pas davantage pour y faire fléchir les cours : ce qui pèse sur nos marchés, c’est, autant que les importations effectives, la menace toujours pendante d'importations à bas prix.
Il reste maintenant à vérifier si cette concurrence explique les phénomènes dont les événements monétaires sont impuissants à rendre compte, la diversité des fluctuations et, spécialement, la condition privilégiée de la viande, Chemin
(1) Loc. cit, p. 238,
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faisant, déjà, nous avons dit que le bétail vivant est très coûteux à importer. I lui faut beaucoup d'espace, soit pour lui-même, soit pour les approvisionnements destinés à l’alimenter en cours de route/; le voyage, d’ailleurs, malgré les progrès réalisés, ne va pas sans déchet, que le bétail meure ou maigrisse. Ces embarras divers et les risques qui les accom- pagnent entraînent un renchérissement du fret et des assurances : de la Plata à Deptford, près de Londres, le transport coûte en moyenne 350 francs par tête de gros bétail, 35 francs par mouton. Le prix de vente s’en ressent : il ne saurait exercer sur les cours du marché anglais une influence bien déprimante. C’est ce dont on put se rendre compte, il y a quelques années, lorsqu'une grève des abattoirs de Chicago arrêta momentanément les envois de bœuf congelé : les prix se relevèrent aussitôt en Angleterre, malgré une notable augmentation des importations de bétail vivant 2.
D'autre part, la congélation, qui résolut, aux environs de 1880, le problème de la conservation et du transport des viandes abattues, affecte sensiblement la qualité. Elle « influe sur la texture des tissus : la viande congelée a la consistance de la pierre et ne peut être coupée qu’à la scie ; au microscope on constate des fractures transversales sur la substance musculaire. La lenteur du dégel, qui, à l'air libre, exige quelques jours, la rupture des faisceaux, le ruissellement constant des vapeurs atmosphériques, qui se condensent sur cette masse glaciale, font que les produits congelés, revenus à l’état nor-
() E. Daireaux, loc. cit., p. 662. — Le prix total du transport d'un bœuf, de Chicago à Londres, d'après M. D. Zolla, varierait de 115 à 140 fr... (La Crise agricole, p. 197). — Il ne serait que de 100 fr., d'après le
Department of Agriculture and technical instruction for Ireland. (Bullelin mensuel de l'Office des renseignements agricoles. Mars 1907, p. 352). — On trouvera d’ailleurs dans ce fascicule et sous ce titre : L’Importation du bétail et de la viande en Grande-Bretagne, des renseignements fort intéressants.
(2) The Tariff Commission : Report of the Agricultural Committee, $ 1 094.
mal, se détériorent rapidement » !. De l’avis des bouchers, la viande congelée est moins juteuse et moins bonne ?. Elle n'est, d’ailleurs, pas soumise à une inspection sanitaire aussi minutieuse que celle du bétail indigène et n’inspire au consommateur qu'une confiance limitée *. Aussi ne concurrence-t-elle directement que les produits indigènes de troisième qualité. C'est là ce qui explique leur dépréciation plus profonde. Néanmoins, la baisse devait fatalement atteindre par contrecoup, quoique en des proportions moindres, la viande de choix elle-même : précisément à raison de son bon marché, le produit inférieur trouve acquéreur au détriment du produit supérieur. C’est à lui que vont tous ceux qui ne peuvent ou ne veulent consacrer que peu d'argent à cet article : les viandes exotiques sont ainsi devenues l’aliment des petites bourses. La demande diminue alors pour le produit supérieur et les producteurs, qui veulent retenir leur clientèle, sont contraints de réduire leurs exigences. La concurrence des viandes étrangères entraîne donc une dépréciation générale ; mais cette dépréciation est naturellement plus forte pour les viandes directement concurrencées. Par contre, la sécheresse ayant en sept ans (1897-1903) réduit de 40 0/0 environ le troupeau australien, et le nombre des moutons ayant depuis quelques années diminué à peu près partout, c'est,
(1) De Loverdo, loc. cit., p. 162.
(2) The Tariff Commission : Loc. cit., $ 1 098. — Bulletin mensuel de l'Office des renseignements agricoles. Mars 1907, p. 355.
(3) Ainsi, tandis que les services sanitaires municipaux retirent de la consommation les carcasses d'animaux indigènes dans les viscères desquels des tubercules ont été trouvés, la viande importée n'est pas soumise à une telle inspection systématique. Le fût-elle, il serait, bien difficile, sinon impossible, de dire si les tubercules ont été enlevés d'un animal réfrigéré, sain en apparence. La difficulté devient insurmontable, s’il s'agit de produits fabriqués et mis en boîtes. Du reste, lorsqu'une viande étrangère est revêtue du visa sanitaire avant le départ, la vérification à l'arrivée n'est qu'une simple formalité. Or les garanties étrangères sont impuissantes à satisfaire le consommateur anglais. (Bulletin mensuel de l'Office des renseignements agricoles. Mars 1907. p. 355).
comme on l’a vu, le mouton de 3° qualité qui a le plus renché ee
Ainsi la viande fraîche reste, à tous points de vue, préférable à la viande congelée, comme aux salaisons et aux conserves. Voilà, sans doute, — peut-être avec la qualité supérieure des produits britanniques, car ni le bœuf américain importé vivant et abattu à Deptford, ni le jambon, les saucisses, le lard étrangers ne se vendent au même prix que les produits anglais ?, — ce qui vaut à la viande indigène la préférence du consommateur et la met, en quelque sorte, audessus de la concurrence américaine, argentine ou australienne. S'il est vrai que, pour les grains, il n'y a plus guère aujourd'hui de marchés nationaux, mais plutôt un marché mondial, il n’en est point encore de même pour la viande. La supériorité de la viande fraiche et les difficultés du transport, malgré les progrès accomplis, font à l’éleveur anglais — et continental d’ailleurs — un monopole relatif.
Maintenant il faut ajouter que le peuple se nourrit mieux que jadis. Le täux des salaires s’est élevé et, avec lui;wla consommation de la viande : le bien-être et le bon marché croissants l'ont vivement stimulée. « Des jambons, des saucisses, du lard et du porc frais sont importés ; mais, étant habituellement de qualité bien inférieure aux produits indigènes, ils commandent des prix bien moins élevés et sont principalement consommés par les classes ouvrières, le produit indigène étant réservé aux classes riches... N'étaient les énormes importations de lard étranger et colonial, l’ou-
(1) V. Supra, p. 45.
(2) D'après M. A. Dulac (Agriculture et Libre-échange dans le Royaume- Uni. — Paris, Larose, 1903. — p. 124, note 3), le prix moyen du bœuf anglais, 1re qualité (1898-1900) oscillait entre 3 s. 8 d. et 3 s. 10 d. par stone de 8 lbs. ; celui du bœuf américain tué à Deptford, entre 3 s. 5 d. et 3 s. 8 d. — En 1908, le bœuf anglais de 1re qualité se vendait de 54 à 66 s. le ewt.; le bœuf américain abattu en Angleterre, 53 s. 6 d.. (Agric. Stat. 1908, p. 240). — Cf. Tariff Commission, loc. cit., $ 1 394. — Wholesale and Retail prices, pp. 130 et 131.
DU
vrier se passerait probablement de sa tranche de lard du matin »!. Dans l'alimentation populaire, tantôt la viande s'ajoute aux céréales, tantôt elle s’y substitue partiellement. Le pain est l'aliment presque exclusif du pauvre ; quand le bien-être vient, quand surtout les denrées agricoles sont à bas prix, on le délaisse pour des aliments supérieurs. Les viandes, les produits animaux importés font ainsi concurrence, non pas seulement aux viandes et aux produits animaux du pays, mais aussi aux céréales qu’ils tendent à supplanter ? ; la viande concurrence même le fromage *. Et cela explique, pour les produits inférieurs, la fermeté relative des cours, comme les difficultés de l'importation et les méfaits du froid expliquent celle des qualités de choix.
Crise à la fois monétaire et commerciale, la dépréciation des produits agricoles apparaît maintenant sous son véritable aspect. S'il n’est pas niable que la hausse, à notre avis assez
(1) The Tariff Commission : Report of the Agricultural Committee, $ 1 394.
(2) Cf. Appendix to final Report, p. 74. — C'est même exclusivement par cette concurrence que sir Robert Giffen explique la dépréciation des céréales. Il a calculé, en effet, que, de 1873 à 1893, la population des pays consommateurs de blé a augmenté de 26 0/0, tandis que la surface emblavée augmentait seulement de 190/0. (App. to final Report, loc. cit.) — Quelque confiance qu'inspirent les travaux de l'éminent statisticien, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer qu'en l'espèce ils ne donnent pas une idée Juste des choses. D'abord, pour bien des pays, et non des moins gros producteurs de blé, ils n’embrassent qu'une période de dix ou douze ans, au lieu de vingt ; d'autre part, le rendement moyen a sensiblement augmenté et l'extension des emblavures n'exprime pas, tant s'en faut, l'accroissement total de la production. Enfin le bon marché de la production dans les pays neufs eût suffi à abaisser les prix. — Du reste, M. Craigie a calculé que, dans treize pays d'Europe, en Argentine, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, de 1881 à 1906, la surface emblavée a augmenté de 42 o/o et la population de 33 o/o seulement. (Agric. Stat. 1906, p. 345). — Il paraît donc exagéré d'attribuer à la concurrence de la viande exotique toute la dépréciation des céréales et, en particulier,
du blé.
(3) Final Report, p. 124, $ 471.
A "He
faible, de l'or occasionna une baisse générale et proportionnelle des prix, il est non moins incontestable que la concurrence immédiate ou médiate, directe ou indirecte, des denrées exotiques, produites dans des conditions exceptionnelles de bon marché, à raison soit d'avantages naturels, soit d’une organisation supérieure de la culture, de la fabrication ou de la vente, comme c’est le cas pour les beurres danois et coloniaux, exerça sur les cours une influence profondément déprimante f. La baisse n'épargna ni la France, ni l'Allemagne, ni aucun des marchés du vieux monde. Mais le plus affecté est naturellement celui qu'aucune barrière ne garantit contre l’afflux des produits étrangers. Et, d'ores et déjà, on peut pressentir combien Cobden s’abusait, lorsqu'il s’écriait, le 28 septembre 1843 : «Les propriétaires fonciers n'ont rien à craindre ni pécuniairement, ni autrement, du libre-échange des grains. »
(1) « On peut dire que le Danemark agricole, avec ses 1100 laiteries coopératives, avec ses 790 coopératives pour la vente des œufs et ses 34 abattoirs coopératifs, n’est qu'un réseau de syndicats de production et d'exportation. » (J. Périé : Notre exportation en Angleterre ; ce qu'elle est, ce qu'elle devrait être. — Rapports Commerciaux. — 1908, n°737 — p. 22.) — Il n’y à pas qu'au Danemark que la production laitière s’est développée et organisée. La Russie d'Europe possède aujourd'hui 500 fromageries fabriquant 3 340 000 kg. de fromage ; 2 500 beurreries (7 millions de kg. de beurre). En 1899, on comptait en Sibérie occidentale 290 beurreries coopératives dont la fabrication atteignait environ 4 millions de kg.. (Grandeau : L’Agriculture et les Institutions Agricoles :du Mon-
de au commencement du XXe siècle. — 1 — Paris, Imp. Nat. 1905 — p. 144.) — Le Canada fait en abondance du fromage. D'autre part, tous ces pays exportent des produits de basse-cour. — Nous n'avons pu, au cours
de ce chapitre, entrer dans tous ces détails ; nous avons dû nous borner à retracer à grands traits l'essor agricole des pays neufs ou incomplètement exploités jusque là.
CHPEPECÉERFE
Les Salaires
Si, comme les prix, le coût de production avait diminué, l’équilibre n'eût pas été rompu. À des recettes moindres auraient correspondu de moindres débours, La situation des agriculteurs ne fût pas restée exactement la même sans doute ; les profits auraient pu être entamés {. Ils ne se seraient pas du moins totalement évanouis. De fait, certains chapitres des budgets agricoles se trouvent aujourd’hui bien allégés. Les semences et les engrais se vendent à meilleur compte; le grain, dont on fait grand usage dans l'alimentation du bétail, est déprécié pour le consommateur comme pour le producteur et l'élève de la volaille, qui prend de l'extension depuis quelques années, est de ce chef fortement favorisée. Il n’est pas jusqu’au bétail, de trait ou de rente, qui n'ait subi les effets de la crise ; seulement, et nous l'avons déjà remarqué ?, l'importation en étant prohibée, sa valeur n’a pas diminué comme celle des animaux de boucherie.
(1) Supposons la valeur totale du produit égale à 100 ; si les frais de production sont de 80, le profit sera 100— 80 — 20. Si les prix baissent de 20 0/0, le produit ne vaudra plus que 80 ; une diminution proportionnelle des frais les ramènera à 64. Le profit sera donc de 80 — 64 —16. Il aura lui aussi diminué de 20 0/0. Ce ne sera d'ailleurs une perte réelle que dans la mesure ou la baisse des prix excède l'accroissement intrinsèque du pouvoir monétaire.
* (2) V. Supra, p. 45.
Mais, pour quelques charges qui ont baissé avec les prix, combien sont restées aussi lourdes, quand même elles ne sont pas allées s’aggravant ? Nombre de petits propriétaires sont grevés d’un passif hypothécaire écrasant. Aux temps prospères, ils ont acheté leurs domaines un prix généralement exorbitant et, le plus souvent, à crédit 1. Les années mauvaises sont venues ; la dette s’est perpétuée. Si les nouveaux emprunteurs peuvent aujourd’hui sur le marché des capitaux obtenir des conditions plus douces, pour les anciens, le taux de l'intérêt est resté immuable, oscillant suivant les cas entre 41/2 et 6 0/0. Pareil état de choses devait soulever bien des plaintes et les petits propriétaires, attachés à leurs biens, ne sont pas loin de se considérer comme de vrais serfs de la terre.
Plus amères encore et plus générales, sont les récriminations provoquées par les charges fiscales, {axes impériales et rates locales. Leur poids, dit-on de toutes parts devant la Tariff Commission et la Commission Royale d'enquête, — et nous ne croyons pas utile, tant l'opinion est unanime, de renvoyer spécialement aux dépositions qui la formulent, — leur poids entrave les progrès de l’agriculture. Dans la crise qui sévit sur elle, elles encourent une large part de responsabilité. Ces plaintes, d’ailleurs, on les entend en Amérique ; on les entend en France, en Allemagne, partout. Dans une réunion, un fermier du Wisconsin pouvait dire, sans provoquer aucune contradiction, que « les fermiers de cette région des Etats-Unis paient plus d'impôts qu'aucune classe d'hommes sous le soleil » 2. Chez nous, il y a longtemps qu'on est habitué
(1) Les fermiers pensaient se rendre indépendants. N'ayant pas assez d'argent pour payer des terres achetées au double de leur valeur, ils donnaient hypothèque pour tout ce qui restait impayé. Souvent même le premier paiement se bornait à un à-compte insignifiant, quelque chose comme des arrhes. 60, 70 et 80 0/0 du prix d'achat, quelquefois la totalité de ce prix, restaient dûs sur hypothèque. (Final Report, p. 33).
(2) E. Levasseur, loc. cit., p. 362.
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à regarder l’agriculture comme la bête de somme du fisc et qu’on lui promet des dégrèvements qui ne viennent jamais. A maintes reprises, en Angleterre comme en France, on a tenté de mesurer approximativement ces charges et d'en établir la proportion par rapport aux revenus agricoles. M. A. Dulac les évaluait, pour 1894, à 13 1/2 o/o environ du revenu net, sans tenir compte des taxes indirectes !. Mais de telles évaluations n'ont rien de bien précis. La seule chose qu’on puisse affirmer, et celle-là avec une absolue certitude, c'est que les impôts s'alourdissent d'année en année. L’income tax, pour prendre Hiexemplé, qui, en 1877, était awpeine: de 3:4. avlavlivre (1,25 0/0), montait au double dès 1883 ; en 1895, elle atteignait 8 d., pour s'élever à 1 s. 3 d. (6,25 o/o) en 1903, au lendemain de la guerre sud-africaine. Aujourd'hui son taux est encore de 1 s. à la livre (5 0/0) ; et l’on peut dire que la campagne protectionniste, qui se poursuit depuis quelques années en Angleterre, doit en partie son origine à des difficultés financières et au sentiment très net ques les charges directes du contribuable sont devenues excessives 2. Les autres impôts ne se sont guère comportés autrement. L” À Noel rates act de 1896 est bien venu dégrever la terre consacrée à l’agriculture (agricultural land)de la moitié des contributions locales qu'elle payait ; mais l’incessant accroissement des taxes en a déja neutralisé les effets. « Nous avons pour un temps, dit un agriculteur, et sa déclaration résume bien sur ce point l'opinion générale, tiré profit de l'Agricultural Rates Act; mais l'avantage que nous en retirions a disparu par suite de l'augmentation des taxes de comté principalement occasionnée par les dépenses scolaires » 5.
() Agriculture et Libre-Echange dans le Royaume-Uni, pp. 56-57.
(2) Cf. sur ce point V. Caillard, loc. cit., Chap. I, pp. 1 sq.
(3) Tariff Commission: Report of the Agricultural Committee, $ 706.— Cf. $S 913. — Sur les taxes locales, v. Shaw-Lefevre : Memorandum on the subject of local rates on agricultural land in England and Wales. — Second Report of the Royal Commission on Agriculture.
Intérêts et impôts cependant ne forment qu'une fraction assez faible du coût de production et leur fixité ou même leur augmentation ne sauraient aggraver beaucoup les conditions de l’agriculture. Le salaire influe plus fortement sur le prix de revient, dont, en agriculture comme en industrie, il constitue l’un des principaux éléments. Sur les petites fermes, le travail de l'exploitant et des membres de sa famille, habituellement suffisant, rend inutile la main-d'œuvre étrangère. Dans certaines parties de la France, dans le Centre-Sud en particulier, où la propriété est extrêmement morcelée, le paysan ne recourt, pour ainsi dire, jamais au travailleur salarié. De même, en Irlande, du moins dans les comtés de l'Ulster occidental, parfois dans quelques unions en Angleterre (dans les comtés de Cumberland, de Lancastre et de Westmorland, par exemple), le salarié agricole est quasiment inconnu. Mais, sur les grands domaines qu’une famille, si nombreuse füt-elle, serait impuissante à exploiter, il faut bien recourir à un personnel loué ; plus la ferme est importante, plus ce personnel est nombreux. Or, comparativement à la France du moins, l'Angleterre est précisément la terre classique de la grande propriété 1 et de la grande exploitation. En 1895, les fermes de plus de 100 acres (40 hectares) occupaient
(1) Une enquête faite en 1872 a montré combien la propriété est concentrée. Elle a bien révélé l'existence dans le Royaume-Uni de 850 000 propriétaires possédant moïns de 1 acre. Mais leurs biens ne représentaient pas 2 0/0 de la superficie totale. Le reste du sol se partageait entre 321 000 propriétaires, dont 2 000 possédaient la moitié du territoire. Parmi ceux-ci, 72 détenaient ensemble 2 580 000 hectares, 18 autres 1 700 000 Ha., et un seul 490 000. Les résultats de l'enquête ont du reste été vraisemblablement faussés par un certain nombre de doubles emplois. Quoi qu'il en soit, la situation est sans doute sensiblement la même au-
jourd'hui qu'en 1872.
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22 792 895 acres, soit 69,96 o/o de la superficie cultivée de l'Angleterre proprement dite. A elles seules, celles de 300 acres (120 hectares) au moins comptaient pour. 27,37 0/0 dans cette superficie. Les travaux de la commission royale ont révélé que la part de la main-d'œuvre dans les frais généraux pouvait aller sur ces domaines étendus jusqu’à 47 0/0, bien près de la moitié. Ce sont d’ailleurs principalement les grandes et moyennes exploitations qui produisent pour le marché et l'on comprend quelles graves conséquences commerciales peuvent avoir pour elles les variations du taux des salaires. I n’est pas inutile d'ajouter dès à présent que la culture proprement dite nécessite plus de main-d'œuvre que l'élevage et que le chapitre Salaires des budgets agricoles est particulièrement élevé sur les fermes à céréales. Aïnsi, d’après les comptes d'exploitation recueillis et publiés par la Royal Commission, il représente sur lés fermes à pâturages 16 à 17 o/o seulement de la dépense totale ; la rétribution des travailleurs loués n'absorbe que 10 à 18 s. par acre, parfois même tombe à 55. 7 d.. En moyenne, et pour les exploitations de tout ordre, la dépense en salaires représente 31,4 0/0 de la dépense totale et elles élevée à 25.S. 5h d'parnacre 1: Comme bien lon pense, ce fait n’est pas resté sans influence sur l'orientation de l’agriculture.
Il y a lieu de distinguer entre le personnel régulier (staff), normalement attaché à l'exploitation, occupé hiver comme été, et le personnel irrégulier ou occasionnel (casual labour), engagé seulement à l’époque des travaux pressants qui excèdent les forces du premier. Peu nombreux dans les régions d'élevage, comme le nord de l’Angleterre et de l'Ecosse, le
(4) Appendix to final Report, p. 54. — Cf. The Tarif Commission, loc. cit., $ 500 : d’après M. P. F. Astill, fermier du comté de Leicester, le coût du travail est de 2 L. par acre sur une terre labourée et atteint rarement 10 s. sur des pâturages. — $ 700 : d’après M. Herbert Tallent (York), sur la terre labourée la dépense en main-d'œuvre est de 25 s. à l'acre, sur les prairies de 5 s. à peine. 4
personnel temporaire devient plus important dans les régions de culture, où la moisson, la fenaison, le sarelage et l’enlèvement des navets et des pommes de terre, la cueillette des fruits, des fleurs et du houblon requièrent une abondante main-d'œuvre : comtés de l'Est en Angleterre, avec quelques comtés du centre et du nord ; Lothians, (Haddington, Edimburgh et Linlithgow) et comtés frontières (Berwick, Roxburgh, Dumfries, Selkirk et Peebles) en Ecosse 1. Il travaille à la journée et se recrute principalement parmi des émigrants irlandais, souvent fils de fermiers ou petits propriétaires euxmêmes, la plupart venus du Connaught et, en particulier du comté de Mayo, qui passent en Grande-Bretagne la belle saison, celle des grands travaux agricoles, de février ou mars à octobre ou novembre, et s’en retournent chez eux au commencement de l’hiver ?. Leur nombre, déjà bien inférieur à celui des travailleurs réguliers, tend à décroître, les machines, et notamment la moissonneuse-lieuse et la faucheuse, rendant de plus en plus leur concours inutile. |
Par une coutume qui heurte quelque peu nos habitudes, le personnel régulier est généralement loué à la semaine ; non pas que nécessairement 1l change tous les huit jours ; au contraire, il est d'usage que les contrats se renouvellent hebdomadairement pendant des années et l’on voit parfois des salariés travailler sur la même ferme de génération en génération %. Le mauvais temps, qui arrête le travail des champs, la maladie même ne brisent pas les liens constamment renoués et le salaire court parfois pendant les semaines
(4) W. Fox : Second Report on the wages, earnings and conditions of employment of agricultural labourers in the United Kingdom. — London, Darling and son, 1905 — Parliamentary paper. Cd. 2376). — pp. 11 et 12 ; 69 et 88.
(2) Id., ibid., et pp. 138 sq.
d'inactivité forcée !. Au reste, ce mode d'engagement n’est pas absolument général. En Ecosse, dans les comtés anglais de Durham et de Northumberland, dans la province d'Ulster (Irlande), les gens de ferme se louent à l’année ou au semestre ?. Le Pays de Galles et les autres comtés de l’Angleterre septentrionale pratiquent cumulativement les deux systèmes : louage à l'année ou à la demi-année pour les célibataires, à la semaine pour les ouvriers mariés ?. D'autre part, là même où l'engagement hebdomadaire est habituellement pratiqué, il ne s'applique pas aux hommes chargés du soin des animaux : la durée de l'engagement est en raison inverse de la facilité du remplacement. Les domestiques préposés à la conduite ou à l'entretien du bétail sont des travailleurs qualifiés qui doivent avoir une connaissance approfondie du pays, des pâturages et de leurs qualités, des bestiaux et de leurs mœurs. Il importe qu’ils ne changent pas trop souvent. Leur travail, en outre, est plus long que celui des ouvriers ordinaires ; il commence plus tôt le matin et finit plus tard ; il empiète même sur le dimanche ; il entraine plus de responsabilité. Est-il étonnant qu'on les loue à l’année ou au moins au semestre et qu'on les paie plus cher #?
Sur les grandes fermes, le personnel est nombreux ; il est, en outre, nettement spécialisé. Sans parler des régisseurs, 1l comporte des maïtres-bergers, des maîtres-bouviers et, audessous d'eux, des bergers, des bouviers (cattlemen), des conducteurs de chevaux (horsemen), des laboureurs (ploughmen) ; au bas de l'échelle se trouvent les travailleurs ordinaires (ordinary labourers), sortes de manœuvres de l’agriculture, chargés des travaux les plus grossiers ou les plus faciles : semailles, sarclage, arrachage des racines et des
(Id pe23.
(2) Id., pp. 2 et 116.
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(4) Cf, id., p. 23.
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pommes de terre, fenaison, moisson, taille des haies, battage !, etc. Parmi eux, quelques distinctions sont encore possibles, et les plus habiles, ceux entre autres qui conduisent les machines, nombreuses aujourd'hui dans une grande exploitation anglaise, sont les mieux payés 2 Dans les moyennes et les petites fermes, où le personnel salarié est sensiblement moins nombreux, il est en même temps moins spécialisé et ne comporte guère que des hommes à tout faire. Aussi les travailleurs ordinaires forment-ils là majorité du salariat agricole, 57,7 0/0 en Angleterre et dans le pays de Galles ÿ.
Comment ce personnel est-il rétribué? Dans l’agriculture, la rémunération du travail est généralement moins simple que dans l’industrie. A l'usine, elle ne comporte qu'un salaire en argent, payé au temps ou à la tâche, quelquefois et, il est vrai, de plus en plus, accrû d’une prime destinée à stimuler l’activité, l'attention ou le soin de l’ouvrier. À la campagne, et surtout en Angleterre, elle est plus complexe. Le travailleur touche d’abord un salaire en espèces, d'ordinaire calculé et payé à la semaine, salaire régulier et qui constitue en quelque sorte l'élément fixe de la rétribution ouvrière. Il s’y ajoute un salaire extraordinaire en argent (extra cash payments) et des allocations en nature, supplément d'autant plus considérable d'ordinaire que le salaire fixe est plus faible et l'engagement de plus courte durée. Ainsi, dans six comtés anglais (Dorset, Oxford, Norfolk, Cambridge, Suffolk, Wilts) où la rémunération hebdomadaire fixe, en 1902, n'excédait pas 12 s. 9 d. (15 fr. 95) en moyenne, ce supplément oscillait entre 2 s. 11 d.et3s.7 d. (3 fr. 65-4 fr. 45) par semaine. Dans six des comtés, au contraire, qui pratiquent l'engagement à l’année et au semestre et où la rétribution fixe est très élevée (Durham, Northumberland, Lancastre, Derby, Cumberland,
(1) 114,742 (2) Id., ibid.
(3) Id., p. 258.
Westmorland), il va de 1s.8d.à 25. 3 d. (2 fr. 05-2 fr. 80) !.
Le salaire supplémentaire lui-même est un composé d'’éléments multiples et essentiellement variables. A certaines époques de l’année, le plus souvent à la St-Michel, les ouvriers reçoivent une gratification, rarement inférieure à 2 L. (50 fr.) et qui peut aller jusqu'à 5 L. (125 fr.). Lors des évènements heureux qui surviennent sur la ferme, et plus spécialement à la bergerie ou aux étables, à la vente du bétail, à l'abattage des porcs, on distribue de nouvelles gratifications. Souvent, elles ont le caractère de récompense ou de prime aux soins donnés aux animaux : ainsi les bergers touchent fréquemment une somme variant entre 1 d.et1 s. par agneau élevé dans l’année ou vivant à une époque déterminée ; le troupeau étant nombreux, c’est, malgré l'insignifiance de la prime par tête, un revenu annuel de 3 à 5 L., parfois de 20 à 25 L.2. Bouviers, vachers, porchers reçoivent également une allocation par tête de bétail élevée ou engraissée 5. Mais ces gratifications ne sont généralement accordées qu'aux hommes chargés du soin des animaux. Pour les travailleurs ordinaires, le supplément de salaire affecte d’autres
(4) Id., p. 35: Salaires hebdomadaires moyens Excédent des gains hebdomadaires
en espèces sur les salaires en espèces S: d. ue WC Dorset 11 11 3 ÿ ù Oxford 112 0 2 6 ,Comtés ) Nortolk 194404 ET Slires | Cambridge 12 8 3 6) Suffolk 12 9 2 9 Wilts 12 9 2 11 Durham 20 0 2 2 ; Northumberland 19 4 2 £ tous Lancastre 18 10 1 9
Slaires) | Derby 18 8 1 1
Cumberland et | Westmorland | 18 4
(id p21
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formes. Comme les ouvriers de l’usine, du moins lorsqu'ils sont loués à la semaine, ils ne doivent qu'un certain nombre, très variable suivant les régions !, d'heures de travail. Les heures supplémentaires leur sont payées. Or ces heures supplémentaires sont assez nombreuses, surtout au moment des grands travaux, où l’on travaille de l'aube à la nuit close. D'autre part, comme ces travaux sont particulièrement pénibles et qu’il faut les mener rapidement, le salaire hebdomadaire est souvent plus élevé pendant leur durée. C’est ce qui a lieu surtout au temps des moissons. Il est vrai que la maind'œuvre n’est pas traitée d’une manière uniforme. Tantôt elle entreprend l'enlèvement des blés à forfait, moyennant une somme fixée d'avance. Tantôt elle reçoit, en sus du salaire ordinaire, une gratification fixe accordée à la fin des travaux. C’est le système pratiqué dans les parties des Midlands qui produisent des céréales en quantité moyenne : pour un mois de travaux, la prime varie entre 4 L. 10 s. et 6 L.. Dans le Norfolk, le moissonneur touche 7 L. à 7 L. 10 s. par mois, soit un supplément de 4 L. 10 s.°?. Enfin, l'un des systèmes les plus répandus pour laccomplissement des gros travaux est le travail aux pièces : on y recourt, non pas seulement aux moissons, mais pour le sarclage et l’arrachage des pommes de terre, des navets et des betteraves, pour le fauchage du trèfle, la cueillette des fleurs et des fruits, pour toutes les opérations en un mot qui s’y prêtent. IL est pratiqué surtout dans les régions de céréales de l’est et du sud-est 3. En Ecosse, il est presque inconnu : les travailleurs sont loués à l'année ou au semestre ; ils doivent à l'employeur toutes leurs heures ; les conditions de l'engagement sont une fois pour toutes arrêtées et ne laissent pas place pour de nouvelles conventions et des arrangements différents suivant les travaux à
(1) La journée de travail oscille entre 9 heures et 12 heures, suivant les comtés.
(2) Id., pp. 20 et 21.
(3) Id., pp. 18 et 19.
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exécuter. En Angleterre, le travail aux pièces rapporte à l'ouvrier 3 à 5 L. par an, parfois une somme égale au tiers du salaire total 1.
Le salaire à la tâche est certainement le moyen le plus efficace de stimuler la main-d'œuvre. Quand les prix de vente diminuent, quand, pour parer à la crise, il faut coûte que coûte réduire les frais de production et tirer du travail son maximum de rendement, il semble que ce mode de rémunération devrait se généraliser. C’est à quoi, en effet, il tend en France ?, où cependant les méthodes agricoles ne sont habituellement pas aussi perfectionnées qu'outre-Manche. En Angleterre, il semble plutôt régresser. Du moins, c'est ce que paraissent établir les renseignements sur l’évolution des salaires depuis un demi-siècle recueillis auprès des exploitants et publiés par M: Wilson Fox. Sur le domaine de Wynyard Park (Durham), directement exploité par le marquis de Londonderry, « on donne aujourd'hui moins de travail aux pièces qu'il n’était d'usage, il y a cinquante ans » *. Sur une ferme de Litherland (Lancashire), « on ne donne plus guère de travail aux pièces » #. Qu'on aille de ferme en ferme, de comté en comté ; on fera partout la même remarque 5. Au premier abord, il est difficile de ne pas s'étonner. Comment des hommes aussi pratiques que des Anglais peuvent-ils s’attarder aux anciens et coûteux errements ? En soi, cependant, le fait n’a rien que de très naturel. Le salaire à la tâche, proportionnant la rémunération au travail accompli, suppose un ouvrage susceptible de se mesurer aisément. Or, le propre
(Id, p:19:
(2) Cf. J. Hitier : L'Evolution du régime des salaires et l’agriculture moderne. (Rev. Econ. Pol., t. XVII, 1903), pp. 139 sq.
COMME ox oc cit, p: 173.
(5) Cf. id., pp. 176 (York, N. R.) ; 178 (Derby) ; 179 (Notts) ; 181 (Leicester) ; 183 (Rutland) ; 184 (Salop) ; 185 (Worcester) ; 185-186 (Warwick) ; 187 (Oxford) ; 189 (Berks) ; 190 (Herts) ; 192 (Bedford) ; 198 (Lincoln) ; 200 (Suffolk) ; 202 (Essex) ; etc., ete...
des choses mesurables, c’est leur homogénéité, leur identité avec elles-mêmes. La moisson, le sarclage des racines, par exemple, permettent le salaire à la tâche, parce que le travail reste le même pendant des jours et des semaines et qu'il suffit pour en mesurer l'efficacité de compter les gerbes amassées ou de calculer la surface sarclée. Il en est de même pour la plupart des travaux de culture. La tâche des hommes préposés à la garde ou à la conduite des animaux varie, au contraire, avec les heures du jour et recommence tous les matins sans pouvoir s’additionner. C’est la surveillance sur les pâturages ; c'est le pansage, le nettoyage des étables, etc., toutes opérations en elles-mêmes multiples et complexes, qui n’admettent pas de commune mesure, qui doivent se faire en un temps limité et à heure fixe et qui, souvent, n'auraient rien à gagner du fait d'un stimulant. C’est pourquoi le salaire à la tâche, très répandu dans les régions de culture, comme l'est et le sud-est de l'Angleterre, est si rare dans les régions d’élevage. Or celles-ci s'étendent constamment ; la culture, nous le verrons plus tard, recule devant le pâturage ; déjà elle est réduite à la portion congrue. Au lieu que chez nous elle prédomine toujours et conserve à peu près ses positions, D'autre part, la machine fait aujourd'hui beaucoup de ces travaux uniformes et de longue durée. La moissonneuse-lieuse et la faucheuse ont sensiblement réduit le champ du travail aux pièces ; c’est ce qu’à maintes reprises constate le rapport de M. Wilson Fox 1. Et les machines sont beaucoup plus répandues en Angleterre qu'en France. Enfin l’ouvrier anglais manifeste souvent pour cette pratique une répugnance marquée ?. Favorable au patron et, en un certain sens, au travailleur lui-même, dont il augmente généralement les gains, le salaire à la tâche a cet inconvénient, à ses yeux capital, de le forcer au travail et de pousser parfois au surmenage, Dans
(1) V. la note 5 de la page précédente.
(2)2W: Fox, loc vert; pp.4193; 199,/200"etc:
un pays où la main-d'œuvre est toujours bien payée, on peut se permettre de préférer le salaire au temps. Par la diversité des circonstances et des milieux s'explique donc la destinée différente du travail aux pièces des deux côtés de la Manche. Là où la machine n’a pas encore trop envahi le domaine agricole et où la culture ne cède pas la place à l'élevage, là enfin où le salaire au temps est encore médiocre, il tend à se généraliser. Ailleurs, il régresse peu à peu.
Partout, au contraire, le même sort attend les paiements en nature. Bannis, ou peut s’en faut, de l'usine, ils se sont réfugiés à la campagne. En général, les ouvriers célibataires sont nourris et logés à la ferme 1. Quant aux ouvriers mariés, d'ordinaire, ils sont logés dans des cottages situés sur l’exploitation et construits spécialement à cet usage ?. La gène des propriétaires se traduit aujourd’hui par le mauvais état fréquent de ces habitations ouvrières. Tout autour, s'étend un jardin ou un petit champ dont le salarié jouit gratuitement ou moyennant une faible rente ; d'habitude ce champ est ensemencé en pommes de terre. Dans le comté de Chester, il a 2 ou 3 ares d'étendue et est aménagé en prairie. L'employeur donne encore du charbon, du lait, de la paille, de l’engrais pour le jardin *. L'’ouvrier élève un ou deux pores, une vache, et le patron fournit le foin ou laisse l'animal pacager sur ses terres, tantôt gratis; tantôt moyennantune minime redevance (3 s. par semaine en Northumberland) #. C’est surtout pour les hommes préposés à la garde et à l'entretien des animaux que les allocations en nature sont importantes. Aux divers avantages que nous venons de passer en revue, s'ajoutent souvent, surtout en Ecosse, un droit sur les déchets de laine, un droit sur les moutons morts de maladies qui n’en rendent pas la viande impropre à la consommation, un droit de propriété
CHAT pe 2.
(2) Id., pp. 22, 89, 119.
(3) Id., pp. 22 et 90.
(4) Id., ibid.
enfin sur un certain nombre de bêtes dans le troupeau !. Ce dernier avantage est particulièrement intéressant : il révèle une sorte d'association entre l'employeur et l'employé dont il stimule l'attention et les soins. D’autre part, au moment des grands travaux, les salariés ordinaires reçoivent à la ferme un supplément de nourriture,tde la bière en été 2, etc., etc... Jadis, les allocations en nature formaient la plus grosse part du salaire. Aujourd’hui, sauf peut-être en quelques cantons de l'Ecosse méridionale où se pratique encore le système du boll #, cet usage tend à se perdre. De plus en plus, les salaires se paient en argent. Et la bière, qu'on donnait naguère pen-
dant les moissons, peu à peu fait place à une allocation sup-
plémentaire en espèces (beer money) . Sur telle ferme du Suffolk, depuis une quinzaine d'années, les hommes reçoivent de ce chef 4 d., les enfants 2 d. par jour ; sur telle autre du Hampshire, l'allocation est de 9 d. par jour pendant les fenaisons, de 1 s. pendant la moisson. Sur son domaine de Larbert, comté de Stirling (Ecosse), jusqu'en 1885, Mr. James Fleming payait partiellement ses conducteurs de chevaux (horsemen) en farine d'avoine et en pommes de terre. Aujour-
(1) Id., pp. 23 et 91.
(2)'Id’, p.122: ;
(3) Le € boll » est, au sens propre, une mesure. Mais il sert à désigner aussi, dans certaines régions, un ensemble d'allocations en nature. On distingue le « Kelso boll » et le « Lauderdale boll ». Le Kelso boll équi-
vaut à : 60 boisseaux d'avoine —= 7 à 9 L..
24 — d'orge = 3 L. à 4 L. 10 s.
6 — de pois ou de fèves = 1 L.3 s. à 1 L. 5s. plus une quantité variable de pommes de terre. Le Lauderdale boll équivaut à : 65.stones de farine d'avoine = 5 L. 18 boisseaux d'orge — 2 L. 10 s.
plus une quantité variable de pommes de terre.
Le « Boll system » comporte en outre le logement dans un cottage avce jardin, le transport du charbon, et souvent une allocation en charbon, ainsi que le droit de faire nourrir une vache par le propriétaire. Le salaire en argent est minime. (W. Fox, loc. cit., p. 90).
(4) Id., pp. 174, 175, 180, 181, 184, 187, 188, 201, etc...
d'hui farine et tubercules sont remplacés par de l'argent {. C’est, au reste, surtouten Ecosse, où les anciens usages s'étaient le plus longtemps maintenus, qu’à présent le salaire en espèces fait les plus rapides progrès.
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Lorsqu’aux -environs de 1875 commenca la crise des prix, les salaires avaient déjà atteint un niveau élevé. Depuis 1850, ils avaient progressé à peu près sans interruption et, en 1877, la rémunération hebdomadaire fixe (weeckly cash wage) des travailleurs ordinaires s'élevait à une somme approximative Ctnovenne de 14S14/2-d'envAngleterre, de. 7:S.111 d.ten Irlande ?. Bien entendu, les gains supplémentaires de tout ordre et les allocations en nature venaient grossir cette rétribution en espèces. Mais, à dater de 1878 et jusqu'aux environs de 1895, le mouvement de hausse est arrêté en Grande- Bretagne ; un fléchissement très sensible se produit, accompagné de fluctuations.marquées, et le niveau de 1877 n’est plus retrouvé, du moins au sud de la Tweed, qu'en 1898 : en Angleterre et dans le Pays de Galles, par une première chute, le taux de la rémunération ouvrière tombe à 13 s. 7 1/2 d. en 1880-88 ; remonté à 13 s. 8 d. en 1884, il descend à 13 s. 2 1/2d. en 1887-83 ; c'est le point le plus bas. Un nouveau minimum de 135.8 d. est, atteint en 18948:Et la crise est finie. Pour l'Ecosse, M. Wilson Fox ne donne pas de moyennes générales. Mais quelques exemples éclaireront avec assez de netteté le mouvement des salaires. Sur une ferme du comté de Kincardine (Haute-Ecosse), les conducteurs de chevaux (horsemen)
(id pa2ly.
(2) Id., pp. 68 et 137.
(3) Id., p. 68.
mariés recevaient en 1878 de 25 à 30 L. par an, soit deux fois plus qu’en 1852-54 ; mais, à compter de cette année, leur rémunération décline régulièrement jusqu'à 22 ou 23 L. en
1888 !. Sur un domaine du Linlithgowshire (Basse-Ecosse), :
elle reste stationnaire à 43-45 L. entre 1878 et 1883, puis baisse légèrement jusqu'en 1889, bien qu’un supplément de salaire en espèces ait remplacé les allocations de pommes de terre et de farine d'avoine 2. Ces exemples, empruntés aux deux régions qui se partagent l'Ecosse, sont l’image assez fidèle de ce qui s’est passé dans tout le pays. Il saute aux yeux que ce fléchissement est solidaire de la baisse générale des valeurs. L'appréciation de l'or a exercé sur les salaires et sur les prix la même influence. De son côté, la dépréciation des produits agricoles, conséquence elle-même du resserrement monétaire et de la concurrence étrangère, a nécessairement réagi sur le prix de la main-d'œuvre.
Seulement, tandis que la valeur des produits agricoles diminuait de 21,50 0/0 (1878-88), celle du travail ne reculait que de 6,02 o/o. Dès 1895, d’ailleurs, le mouvement de hausse reprenait. Et, cependant que les denrées agricoles ne retrouvaient pas leurs anciens prix, les salaires en 1898 remontaient au niveau de 1877 (145. 1 1/2 d.), qu'ils dépassaient ensuite largement, atteignant en Angleterre 14 s. 11 d. 1/2 par semaine (1902-04) *. Les salaires écossais ont progressé dans la proportion de 85 à 103 entre 1880 et 1903 #. En Irlande même, les travailleurs ordinaires ont vu leur rémunération hebdomadaire s’accroitre régulièrement tous les ans, sans interruption aucune. De 7s. 11 d. en 1877, elle est, par une progression constante, montée à 9 s. 11 d. (1903-04) 5.
On ne peut pas suivre de même au jour le jour les fluctua-
() Id., p. 112.
(2) Id., ibid.
(3) Id., p. 68.
(4) Id., p. 115.
(5) Id., p. 137.
tions des gains supplémentaires. Ce qu’on peut observer, c'est seulement que, dans l’ensemble, ils ont augmenté comme le salaire fixe. On donne moins de travail aux pièces, mais on le paie plus cher. A Wynyard Park (Durham), propriété du marquis de Londonderry, on donnait, en 1851, quatre shillings par acre pour l’arrachage des navets ; on donne aujourd'hui 125s.; le sarclage coûtait6 s. par acre en 1853 et 205. en 1901 !. Les suppléments de salaire ont participé au même mouvement. Près de Northallerton (York N.R.), la paie mensuelle à la moisson était de 4 L. 15 s. en 1870 ; en 1902, elle atteignait 5 L. 10 s. ?. Autre exemple: sur une ferme du Rutland, on donnait, il y a 50 ans, 3 s. par jour pour les mêmes travaux ; maintenant le salaire quotidien est de 5 s. (6'25) #. Et ce ne sont pas des cas isolés : du comté de Hertford, du Derbyshire, de l’Essex, de partout, parviennent des renseignements concordants #.
Aussi voyons-nous augmenter la rémunération totale du travail agricole. C'est ce qui résulte très clairement du tableau comparatif dressé par M. Wilson Fox ?:
(1) Id., p. 173. — Cf. pp. 175 (Lancashire) ; 176 et 177 (York N. R.) ; 178 (Derby) ; 179 et 180 (Notts); 181 (Leicester); 183 (Rutland) ; 184 (Salop) ; 185 (Warwick); 188 (Northampton) ; 189 (Bucks) ; 191 (Herts); 192 et 193 (Bedford) ; 196 (Cambridge) ; 198 (Norfolk); 201 (Suffolk) ; 203 (Essex); 204 (Sussex) ; 206 (Wilts) ; 208 (Dorset) ; 209 Somerset ; 212 (Devon); 214 (Cornwall) ; 215 (Montgomery, Carmarthen) ; 216 (Glamorgan).
(3) Id., p. 183.
(4) Cf. pp. 191 (Herts) ; 193 (Bedford); 196 (Cambridge) ; 198 (Norfolk) etc.
(5) Loc. cit., p. 3. — C'est en Irlande que les salaires sont les plus faibles. Les raisons en sont multiples. Outre que, comme on le verra plus loin, l'absence d'industrie et la rareté des grandes villes expliquent le taux inférieur de la rémunération ouvrière, il est certain que l'ouvrier Irlandais ne vaut ni l'Anglais, ni l'Ecossais : il est moins laborieux et plus bavard. Dans un pays misérable, où l’on se nourrit mal, la productivité du travail est faible. Sir J. Caird nous apprend qu'en 1851 on payait dans le Lancashire 12 à 15 s. par semaine un ouvrier anglais, 9 s. seulement un Irlandais. (Loc. cit., p. 285).
Gains hebdomadaires totaux des ouvriers ordinaires
Augmentation en 1902 par rapport à 1898
1898 ; 1902 Absolue Pour cent Angleterre. 20f95 DE TO 080 4,0 Galles ER 20'60 2200) 140 6,6 Ecosse. 2# 22170 2425 1559 6,9 Irlande tr 12170 13/45 0175 D,7
Ce ne sont là au reste que des moyennes souvent dépassées dans la réalité. Il n’est donc pas étonnant que les agriculteurs se plaignent amèrement de voir les salaires absorber une part grandissante des revenus agricoles. Dans le comté de Cambridge, où cependant ils se tiennent plutôt au-dessous de la moyenne !, sur 100 L. de profit à partager entre le landlord, l'exploitant et l’ouvrier, ils prenaient, en 1875-81, 35 L. 6, en 1882-88, 41 L. 9 et, en 1889-95, 54 L. 6. 2. Dans le Suffolk où la main-d'œuvre est encore moins chère, la proportion est passée de 37 L. 3 à 57 L. 2 entre 1871-75 et 1890-94 3. Certes la part prise par les salaires dans le profit brut n’est pas partout aussi considérable. Parfois même, dans certains comtés du nord de l'Angleterre, comme l’York et le Northumberland, elle a tendance à diminuer. Mais c’est alors une conséquence de l’évolution agricole, évolution rendue nécessaire par le poids des charges pesant sur l’agriculture et la baisse constante des céréales. Pour l’ensemble du pays, au contraire, elle a certainement augmenté. Dans quelle mesure ? On ne saurait le dire au juste, faute de données générales et compaables. Mais, sans nul doute, l'augmentation est sensible. Et c'est un des côtés les plus intéressants de la crise actuelle.
(1) Le salaire moyen en espèces était en 1902 de 14 s. 11 1/2 d. par semaine pour toute l'Angleterre; dans le comté de Cambridge, il était seulement de 12 s. 8 d.. (W. Fox, loc. cit., pp. 28 et 68).
(2) Appendix to Final Report, p. 58.
(3) Ibid.
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N'est-il pas étrange que, dans la dépréciation générale des marchandises, le travail seul ait fait exception et maintenu ou accrû sa valeur ? C’est que les conditions du marché étaient pour lui toutes différentes. Tandis que la quantité des richesses offertes augmentait constamment, la main-d'œuvre agricole se raréfiait. Non pas qu'on ait assisté à une vraie dépopulation des campagnes. Quelques personnes l'ont cru et M. Anderson Graham se fait leur écho, lorsqu'il écrit : &« Durant les cinquante ou soixante dernières années, depuis qu'on a commencé à tirer parti des chemins de fer, ce mouvement (l'exode rural) a pris le caractère d’une dépopulation : c’està-dire que les habitants de tous les hameaux et villages purement ruraux (rustic) ont diminué dans la proportion de 4 à 10 o/o à chaque recensement » !.
C'est commettre une erreur, que relève longuement M. Nicholson dans sa remarquable étude historique sur les Rapports des Rentes, des Profits et des Salaires dans l’agriculture. Les résultats du dernier recensement en mains, le savant professeur démontre qu'à tout prendre la population rurale augmente toujours, quoique à un taux plus faible que la population urbaine : 2,9 o/o dans les centres de moins de trois mille habitants entre 1891 et 1901 ; 15,2 0/0 dans les agglomérations proprement urbaines ?. Dans les districts purement ruraux même, où ne se trouve aucun centre présentant un caractère urbain, si, de 1851 à 1891, on put observer une légère tendance à la désertion des campagnes, la population de ces districts ayanten quarante ans diminué de quelque 20 000 Âmes, la seule décade 1891-1901 a vu cette population remonter de plus de 25 000 personnes *. Parler de dépopulation, au sens absolu du mot, c’est donc commettre une exagé-
(4) The Revival of english Agriculture. — London, Jarrold and sons, —
(2) J. S. Nicholson, loc, cit., p. 135.
(3) Id., pp. 135-136.
ration : la population des campagnes augmente, mais très lentement.
Ce qui est vrai, c'est que l'accroissement profite exclusivement aux professions non agricoles. Les petits boutiquiers, les artisans, les fonctionnaires locaux déviennent plus nombreux ; dans certains cantons, les ouvriers industriels et mineurs pullulent. La main-d'œuvre agricole, elle, se fait de jour en jour plus rare. Aux quatre derniers recensements, en Grande-Bretagne, les ouvriers de ferme formaient respectivement un ensemble de f:
4871 1881 18941 1904 Hommes... 1 060 836 955 422 873 480 692 545 Femmes. . 100 902 84 517 46 205 31 759