TOTALE S
Au recensement de 1851, les ouvriers masculins représentaient 19 o/o des hommes de plus de 10 ans exerçant une profession (occupied) en Angleterre et dans le Pays de Galles ; en 1891, 9 o/o et en 1901, 6 o/o seulement 2. La diminution est constante depuis un demi-siècle. En trente ans le nombre des travailleurs irlandais est tombé de 300 091 à 217 652, sans parler des femmes *. «L'agriculture manque de bras ». Le temps est loin où les fermiers trouvaient dans les campagnes une main-d'œuvre surabondante qu'ils occupaient à des travaux presque improductifs pour alléger la taxe des pauvres #. Aujourd'hui les plaintes sont unanimes sur la rareté du travail, surtout du travail féminin ; dans les comtés de l'Est, il est devenu impossible de trouver des femmes pour traire les vaches ; quelques éleveurs ont dû vendre leur bétail ; d’au-
() Final Report, p. 37 ; W. Fox, loc, cit., pp. 258-260. — Cf. The Agricultural Population, (Journal of the Board of agriculture. — August 1904), p.275:
(2) The Agricultural Population, ibid.; J. $S. Nicholson, Loc. cil., p. 141. — W. Fox, loc. cit., p. 258.
(3) W. Fox, loc. cit., p. 262.
(4) CF. J. Caird, loc, cit., p. 104.
tres achètent des machines à traire !. « Nous avons, dit le représentant de la Chambre d'agriculture de Cumberland et de Westmorland, beaucoup de difficulté à nous procurer la main-d'œuvre sur les fermes arables aux moments de presse, particulièrement aux foins, aux moissons et à l'époque où l’on éclaircit les navets ». ? À chaque page, dans les procès-verbaux d'enquête de la Tariff commission, se rencontre cette monotone constatation : la main-d'œuvre se fait rare et chère ; nous ne trouvons pas d'ouvriers #. Faute de journaliers, les travaux ne se font pas ; on laisse des récoltes pourrir sur pied #. En somme, ce dont souffre l’agriculture anglaise, ce qui renchérit les salaires, c’est la pénurie de main-d'œuvre. Pénurie toute relative, d’ailleurs, car il semble bien que la productivité du travail doive être moindre aux champs qu'à la mine ou à l'usine. L'agriculture est en retard ; il lui faut, pour donner un produit égal, plus de travailleurs, parce qu’elle n'emploie pas les méthodes et les instruments perfectionnés de l’industrie. Toute proportion gardée, aux Etats- Unis, le nombre des ouvriers agricoles est plus faible encore. Mais on y supplée par l'amélioration des procédés et l’extension du machinisme. Si les agriculteurs se plaignent, ce n’est pas qu'ils n'aient sous la main autant de travailleurs qu'ils en devraient normalement employer ; c’est qu'il leur en faut trop, à raison de leur productivité moindre; c’est que leur quiétude est troublée, qu'il leur faut faire face à des conditions nouvelles de travail et s’ingénier à en accroître le rendement. Et, de fait, la productivité ouvrière tend à s’égaliser comme les salaires.
De temps immémorial, à égalité d'aptitude et de peine, le salarié urbain a été sensiblement mieux payé que le salarié
(1) A. Graham, loc. cit., p. 262.
(2) Tariff Commission, loe, cit., $ 604. — Cf. $$ 496, 499, 651 etc.
(3) Cf. Rider Haggard : Rural England. — London, Longmans, 1906. — t. I. pp. 43 et 58.
(4) Id, IE, p. 6.
rural. M. Nicholson a montré qu’au XIII siècle la rémunération d’un ouvrier charpentier (prise comme terme de eomparaison) dépassait de 50, et peut-être de 100, pour cent la rétribution d’un ouvrier agricole et qu’au cours des siècles l'écart n'avait fait que s’élargir !. Que le bon marché relatif de la vie à la campagne et l'absence de puissantes organisations ouvrières expliquent partiellement cette inégalité, on n'y saurait sérieusement contredire. Mais la moindre productivité du travail agricole n’en est-elle pas la raison principale ? D'autre part, depuis une quarantaine d'années, les salaires industriels ont sensiblement augmenté, de 26 0/0 environ. Le fait est bien connu. Il n’est du reste pas spécial à l'Angleterre : la France, l'Allemagne, les Etats-Unis, en un mot, tous les pays civilisés et progressifs ont vu renchérir la main-d'œuvre.
Naturellement la perspective d’une rémunération plus élevée attire dans les villes les travailleurs des campagnes. Ils s’en vont offrir leurs bras à l’usine voisine, à la mine prochaine : l'extraction de la houille, notamment, ne demande au mineur qu'un travail assez simple. À part quelques exceptions, relativement peu nombreuses, il n’y a pas dans un charbonnage de spécialistes renforcés. Le métier s’apprend très facilement, très vite et, pour ainsi dire, € en regardant faire » 2. C’est pour les journaliers agricoles un débouché d'autant plus hospitalier que l'industrie houillère est en pleine période d'expansion. On ne s’étonnera donc pas que ce soit surtout dans le voisinage des centres industriels et miniers que la main-d'œuvre renchérit. Dans les comtés anglais du Nord (Durham, Northumberland, Lancashire, Cumberland, Westmorland), dans le Derbyshire, où aflleurent la houille et le fer, où se tisse le coton, dans le comté gallois de Glamorgan (houille), dans les comtés écossais de Renfrew, de
(1) Loc. cit.; pp. 120 sq.
(2) P. de Rousiers : La Question Ouvrière en Angleterre. — Paris, Didot, 1895. — p. 157.
Lanark et d’Ayr (houille, laine, coton, chanvre, lin), de Stirling (houille), de Dumbarton (industries mécaniques, constructions navales), d'Edimburgh et de Linlithgow (houille et huile minérale), de Forfar, Peebles, Fife, Kinross et Clackmannan (houille, industries textiles), les mines abondent, les usines foisonnent, la vie industrielle est extrêmement active. C'est là aussi, à l'exception du Middlesex et du Surrey, — dont nous reparlerons tout à l'heure, — que la rémunération ouvrière est la plus élevée; elle n’y descend pas au-dessous de 20 s. par semaine pour les travailleurs ordinaires ; dans les comtés de Durham, de Lanark et de Renfrew, elle atteint 22 s. 2 d. 1. Un exemple particulièrement topique rendra plus sensible encore l'influence des agglomérations manufacturières. Dans la partie septentrionale du comté de Warwick se trouvent massés les centres industriels de Birmingham, Nuneaton, Coventry, Rugby et Tamworth ; le sud est surtout agricole. Or, en allant du nord au sud, les salaires hebdomadaires des ouvriers ruraux subissent une significative diminution ? :
Districts ruraux du Comté de Warwick Salaires hebdomadaires des ouvriers disposés en allant du nord au sud. agricoles ordinaires en 1903
Tamworth, Castle Brom - Été Hiver MICHNUNEAlIOTAEMESRS ME PA DR HASRAMTSSS
Foleshill, Monk’s Kirby, Coventry, Solihull, Rugby,
ANAENVICR sn eme 15SP avi es: LOSAAMOES Stratford-sur-l’Avon, Alces-
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Brailes, Farmborough..... 12 7%aM3.S: HER PES
Entre les salaires des districts agricoles de Brailes et Farmborough, dans l’extrême-sud, et ceux des districts industriels
4) W. Fox, loc. cit., pp. 28 et 94. — Cf. la carte placée en tête du rapport de M. Wilson Fox, où les différentes régions sont diversement coloriées suivant le niveau des salaires.
(2) Id., p. 150.
Note
de Tamworth, Castle Bromwich et Nuneaton, dans le Nord, il y a un écart de 5 à 7 s.. Ainsi, dans le pays tout entier, «les salaires des ouvriers agricoles sont gouvernés dans une très large mesure par la proximité des mines et des carrières (ajoutons des usines). Dans différents districts de la même Poor Law Union, le taux varie considérablement si une partie de l’Union est purement agricole et si une autre renferme des mines de houille, des usines métallurgiques ou des carrières, et il en est particulièrement ainsi, si ces districts sont séparés par une barrière naturelle de hauteurs ou s'il n'y a pas de chemins de fer pour les mettre en communication » 1. Dans les montagnes du Pays de Galles et d'Ecosse, la diffusion des hauts salaires est ainsi plus lente et l'écart de district à district plus accusé : aux environs de Cardiff, dans le riche bassin houiller du Glamorganshire, le salarié agricole gagne 225. par semaine ; mais dans les cantons reculés du même comté, où l’agriculture seule est pratiquée, sa rémunération hebdomadaire ne dépasse pas 15 s. 2. De même, les deux comtés écossais de Caithness et de Sutherland, perdus dans les brumes du nord, éloignés de tout centre important, sans communications rapides et faciles avec le noyau industriel et minier qui entoure Glasgow et Edimbourg, sont de toute la Grande- Bretagne ceux où la main-d'œuvre agricole est le moins rétribuée : le taux moyen des gains hebdomadaires ne dépasse pas 135.7 d. dans le Caithness, 15 s. 10 d. dans le Sutherland 3. Et, si les travailleurs irlandais sont encore moins bien payés, c’est que leur pays ne possède ni mines, ni grandes industries. C’est, au reste, autour de Dublin et de Belfast (comtés de Dublin, de Down et d’Antrim), que les salaires irlandais atteignent leur niveau le plus élevé !. Mais l'éloignement, la difficulté et la lenteur des communications, l’absen-
(4) W. Fox, loc. cit., p. 73, (2) Id., ibid.
(3) Id., p. 94.
(4) Id, p. 121.
es
ce d'industrie, peuvent entraver la tendance à légalisation des salaires ; ils ne la neutralisent pas. Sous l'influence des hautes payes urbaines, la rémunération ouvrière s'élève jusqu'au cœur des campagnes les plus reculées. La hausse des salaires est un fait général, plus accusé seulement au voisinage des manufactures et des mines.
Mais, à lui seul, l’appât des hauts salaires suffirait-il à drainer vers les villes la plus grande partie de la main d'œuvre rurale ? Dans un grand centre, comme Londres, la vie est chère ; les loyers, le prix des marchandises de toutes sortes s'élèv si en proportion de l'importance des agglomérations. Et peut-être que 25 s. gagnés et dépensés à Londres ne procurent pas autant de bien-être que 18 s. à la campagne !. Qu'’estce donc qui pousse la population ouvrière vers les « villes tentaculaires » et l'y retient malgré les terribles crises de chomage qui, par moments, viennent à y sévir ? En dehors des hauts salaires, la ville exerce sur l'esprit du paysan une véritable fascination que seule peut contrebalancer la possession du sol. Et l’on sait qu'en Angleterre la propriété et l'exploitation sont particulièrement concentrées. Sur la nature infiniment complexe de cette fascination qui dépeuple également les campages françaises, belges ou allemandes, où rentrent à la fois des éléments moraux et des éléments économiques, nous nesaurions nous expliquer sans excéder le cadre de notre étude ?.
La seule chose que nous voulions retenir ici, parce que les agriculteurs anglais la soulignent avec insistance, c'est l'influence de l’école sur l'exode rural. Les chemins de fer ont offert aux salariés agricoles toute facilité pour s'évader
(1) Tariff Commission, loc. cit., $ 495.
(2) Cf. sur ce point L. Wuarin : La crise des campagnes et des villes. (Rev. des Deux Mondes, 15 juin 1900, pp. 859 sq.). — A noter ce trait caractéristique des mœurs anglaises : beaucoup de ruraux abandonnent la campagne pour ne pas travailler le dimanche. Et ce n'est EE observe M. Rider Haggard, l'effet d’un sentiment religieux. 8
des champs. L'école fait plus : elle leur en inspire le désir. « Le système d'éducation de nos écoles, dit M. Herbert Tallent, agriculteur du comté d’York, n’est pas agricole du tout ; il prépare les enfants à la vie urbaine. L'éducation de la campagne et celle de la ville devraient être différentes. On devrait intéresser l'enfant de la campagne aux travaux de la ferme et lui permettre à certaines époques de l’année, en dehors des cours ordinaires, de travailler à la ferme... Quand il quitte l’école, à quatorze ans, l'enfant n’a pas envie de travailler à la ferme ; il méprise le travail agricole (he has ideas above agricultural labour)... Il semble ridicule, par exemple, qu’on enseigne le dessin aux enfants dans un district agricole » 1. Un autre agriculteur, M. Anker Simmons, du Berkshire, déclare : « La question de l'éducation est à la racine du mal. Les sept huitièmes des enfants élevés dans les écoles locales de l'Angleterre méridionale vont de l’école à. la ville » 2. Et M. Tom Caswel, du Lincolnshire, conclut brutalement : « L'éducation est tout bonnement ridicule pour un jeune paysan » 5. En France, nous accusons le service militaire universel et obligatoire d'étouffer chez nos campagnards le goût des travaux champêtres ; les Anglais reprochent à leurs écoles de n'être point assez professionnelles. N’'en pourrionsnous pas dire autant des nôtres ? L'instruction, trop livresque, les méthodes, les programmes leur paraissent mal adaptés au milieu et plus propres à faire des employés de commerce que des agriculteurs. De fait, bien des ouvriers agricoles désertent la campagne pour chercher en ville des places de commis, d'employés de commerce ou de chemin de fer, voire même de policemen t. On ne croyait pas les Anglais si français en
(1) Tarif Commission, loc. cit., $ 702. — « J'irais aux galères plutôt que de travailler pour un agriculteur », disait à M. Rider Haggard un jeune homme de 25 ans. (Loc. cit., I. p. 28).
(2) Tariff Commission, loc. cit., $ 673.
(3) Id., $ 859.
(4) Id., $ 1152. — Cf. R. Haggard : Rural England, passim et en particulier t. II, p. 550,
ee:
cela. Annuellement 50 000 personnes affluent de la province à Londres et, dans les comtés de Surrey et de Middlesex, limitrophes du comté de Londres, les salaires agricoles atteignent et dépassent 20 s. par semaine !.
Ajoutez maintenant que la main-d'œuvre n’est plus aussi laborieuse, aussi habile, ni aussi attentive que jadis. L’émigration écrème les campagnes ; elle leur enlève les hommes les plus actifs, les plus énergiques, les intelligents et les forts. Les meilleurs éléments s’en vont ; on ne voit plus de jeunes gens dans les champs ?. Il ne reste que des vieillards, trop vieux, et des enfants, trop jeunes pour trouver un emploi dans l’industrie, en somme, le rebut : « Nous ne trouvons guère, dit un agriculteur, que des vieillards, des imbéciles et des faibles » 3%, Les plaintes sont unanimes #. Les ouvriers qui restent à la campagne font moins de travail que leurs devanciers et ils le font mal ». Ce n’est pas seulement à la rareté de la main-d'œuvre agricole, écrivait-on à M. Haggard, mais à son eflrayante infériorité, qu'on se heurte aujourd'hui. Le seul but des ouvriers semble être de passer le temps et de courir au cabaret aussi souvent que possible » 5. C’est à peine si aujourd'hui la productivité de la main-d'œuvre livrée à elle-même atteint les deux tiers de ce qu’elle était autrefois 6, Entre le salarié et le patron il n’y a plus aucune solidarité ; l'ouvrier se désintéresse de sa tâche. Les bons rapports entre employés et employeurs, qui se sont maintenus plus longtemps à la campagne qu’à la ville, ont disparu ; la mésintelligence est née ; les grèves ont fait leur apparition etletravail
(1) W. Fox, loc. cit., p. 28.
(2) R. Haggard, loc. cit., 1, pp. 24,106.
(3) Tariff Commission, loc. cit., $ 569.
(4) Cf. Id. $$ 342, 528, 534, 622, 854, etc. — Cf. R. Haggard, loc. ci.l, passim. — E. Béchaux : Le Rachat des Terres en Irlande. (Réforme Sociale, 16 nov. 1905, p. 700-701).
(5) R. Haggard, loc. cit., p. 63. — Cf. p. 24.
(6) Tariff Commission, loc. cit., $ 534,
forcément s’en ressent. Quant aux jeunes générations, voici ce qu’en dit un fermier du Berkshire : « La génération de travailleurs qui se lève est tout à fait inférieure en connaissances agricoles. Il est extrêmement difficile de trouver un jeune ouvrier qui fasse un bon berger, un bon bouvier, qui sache à peu près construire et couvrir une meule ; il est même difficile de se procurer un bon valet de charrue » 1. Ainsi, tandis que les salaires s’élevaient, la main d'œuvre devenait moins productive : le travail, souvent moins bien fait, coûtait d'autant plus cher.
A l'instar des ouvriers d'industrie, les travailleurs agricoles sont en outre parvenus à réduire sensiblement la durée du travail quotidien. Dans le comté de Kent, par exemple, on travaillait deux heures de plus par jour avant 1870, et le samedi on faisait pleine journée. Aujourd’hui on cesse le travail à 5 h. 30 2.
Enfin, de moins en moins les femmes et les enfants s’en vont travailler aux champs. Ce n’est pas qu'il n’y ait plus à la ferme de travaux appropriés à leurs forces. « Il est beaucoup de choses qu'un enfant de 11 ou 12 ans peut faire aussi bien qu'un homme. Prenez les fenaisons, par exemple ; vous avez besoin d'enfants pour conduire les chevaux qui transportent le foin ; mais vous n’en pouvez avoir. Quand vous avez seize ou dix-huit hommes occupés à charger le foin, à la fin de la journée, ils n’ont pas fait autant de besogne qu'autrement, s'ils ont dû conduire leurs chevaux » *. Les lois scolaires, les lois sur la protection de l'enfance s'opposent à l'emploi régulier des enfants de moins de 14 ans. Quant aux femmes, le nombre de celles qui travaillent moyennant salaire va sans cesse diminuant. On en comptait 100 902 pour la Grande- Bretagne seule en 1871 ; au recensement de 1901, il n’en res-
(D'Hd.,$ 678.
(2) W. Fox, loc. cit., p. 204.
(3) Tariff Commission, loc. cit., $ 702.
de LRU)
tait plus que 31 759, pas même le tiers !. La même influence qui pousse les hommes vers la ville agit sur la main-d'œuvre féminine. La jeune paysanne rêve d'aller à Londres et, pour peu qu'elle ait le choix, elle aime mieux être servante chez un employé de commerce que faire les travaux grossiers de la ferme ?. Le bien-être ayant du reste augmenté, la femme ne loue plus ses services ; elle laisse son mari pourvoir aux besoins de la famille ; pour elle, elle ne s'occupe plus que de son intérieur. Nombreuses sont les femmes qui refusent de travailler pour autrui 3. Tout au plus consentent-elles à faire les travaux domestiques. Dans les champs, il faut leur substituer des hommes. Or la main-d'œuvre masculine est plus chère. De là pour l’agriculture une nouvelle source d'embarras.
Evidemment c’est un avantage pour la classe ouvrière et un progrès social, une amélioration qui n’a rien en soi que de très légitime et de très heureux. Nous n'avons fait, au cours de ces explications, en relevant la hausse des salaires, la réduction de la journée de travail, la place de plus en plus petite faite à la femme et à l'enfant dans les travaux des champs, que constater les conditions nouvelles de l'agriculture et l'évolution des charges qui grèvent l'exploitation. Cette évolution n'a rien que de normal. Mais il faut bien reconnaître qu'elle a mis les agriculteurs aux prises avec des difficultés nouvelles. Pour le plus grand profit des ouvriers agricoles, le prix de la main-d'œuvre a augmenté. En même temps, les impôts se sont alourdis. Au total, les charges de lexploitation ont grossi. Et ce qui, en définitive, caractérise les conjonctures présentes, c’est, d’une part, l’avilissement du produit ; de l’autre, l'aggravation des frais de production et, plus spécialement, le renchérissement du travail. Le producteur est pris comme dans un étau ; la marge de ses bénéfices est rognée sur ses deux bords.
(1) Final Report, p. 37 ; W. Fox, loc. eit., pp. 258-260. (2) A. Graham, loc. cit., p. 264.
(3) C£. Tariff Commission, loc. cit., S 614.