CHAPITRE I
Les Produits
La crise des prix est surtout sensible pour les produits de la culture proprement dite et, tout particulièrement, pour, les céréales. Comme le constatait la Commission royale d’enquête !, «le grain ne paie pas la rente »; à plus forte raison, ne paie-t-il pas à l'exploitant un juste profit, l'intérêt de ses capitaux ou même le légitime salaire de son travail et du travail des siens. Dans son rapport particulier annexé au rapport général de la commission, qu’il n'avait pas signé, M. F. A. Channing démontre qu’en beaucoup de régions la culture du blé met le fermier en perte. Ainsi, dans le comté de Lincoln, Pbléféoute anläicre RL Lors L "1121124; "aux prix de 1889-1893 (31 s.) et l’on sait qu'ils sont supérieurs aux prix actuels (29 s. 9 d.), le blé récolté valait à l’acre 5 L. 35. 4 d. et l'orge 5 L. 2 s. 11 3/4 d., d’où une perte moyenne de GSA20/+dsurlorse del L11s 6d.\sur]le blé? Plus: récemment, un fermier du Buckinghamshire fixait à 40, 80 et 20 s. par quarter le niveau que devaient atteindre les prix du blé, de l'orge et de l’avoine pour être rémunérateurs *. Un exploitant du Norfolk, sans doute plus favorisé, demandait
(1) Final Report, p. 15, $ 47.
(2) Id., p. 265, $ 118. — On peut voir aux paragraphes suivants d’autres exemples typiques des conditions dans lesquelles se poursuit la culture des céréales.
(3) Tariff Commission, loc. cit., S 827. — Cf. $ 199, 201, 494 etc.
seulement 36 s. pour le blé 1, Mais l’un et l’autre étaient loin de compte, le prix moyen actuel oscillant autour de 29 s.. On pourrait multiplier les exemples; tous démontreraient que la production des céréales, mais principalement celle du blé, n'est plus rémunératrice. Aussi les régions les plus éprouvées par la dépréciation des denrées sont-elles ces « arable counlies », jadis si prospères, situés dans la partie orientale de la Grande-Bretagne, où la sécheresse relative du climat ne permettait guère que la production des grains ?.
Mais pour des raisons diverses, et que l’on connaît, d’autres produits ont conservé la plus grande partie de leur valeur : tels la viande fraiche de bonne qualité, le lait, surtout à l’état frais, les fruits, les légumes, les œufs et les animaux de bassecour. L’importation en était difficile, parfois impossible. Le marché n’en a pas été inondé. La consommation est devenue à la fois plus abondante et plus exigeante. Les hauts salaires ont permis à la population ouvrière de se mieux nourrir. «Non seulement la population augmente, mais la prospérité a apporté avec elle un plus grand pouvoir de consommation et le goût de produits meilleurs. Les gens qui avaient, il y a quarante ans, du pain et du fromage pour leur diner demandent maintenant une côtelette ; et celui qui se contentait d’une côtelette est assez riche pour acheter un poulet. Tous ces pains noirs et à bon marché sont passés de goût et personne n’est si pauvre qu'il ne puisse se payer du pain de froment. Prenons, par exemple, un produit de luxe, comme les fraises. Je me souviens que l’homme aisé seul rêvait d'en acheter. Et maintenant on en consomme pour des millions de livres dans les maisons ouvrières » %. C’est un débouché immense qui s’est ouvert à l’agriculture. Très rémunérateur, il l'a engagée, dans des voies nouvelles, ou, plus exactement, il a rompu l'équilibre entre ses diverses branches. C'est le premier aspect de l'adaptation.
(1) Id., $ 704.
(2) Final Report, p. 5.
(3) P. Anderson Graham, loc. cit., p. 9.
Le
Dans la longue crise qu'entraine la dépréciation des produits agricoles, les « grazing counties » de l'Ouest, plus humides que les comtés à céréales ! de l'Est, et couverts de pâturages, ont été plus épargnés : l'élevage se comporte mieux que la culture. C’est donc vers lui que tout d’abord devaient se tourner, que se sont en effet orientés et que s’orientent de plus en plus les exploitants soucieux de s'adapter aux conditions nouvelles de l’agriculture. Puisque les céréales « ne paient pas », on produira de la viande et précisément cette viande de qualité supérieure qui a le mieux résisté à la crise des prix. Aujourd'hui, la plupart des fermiers anglais « estiment que la production animale est la raison dernière, le but principal et supérieur de la culture du sol »?. De plus en plus, ils abandonnent les céréales et les légumineuses pour s’'adonner à l'élevage.
(1) Il faut bien observer que cette division très nette du pays entre la région à céréales (arable counties) et la région à pâturages (grazing counlies) ne correspond pas exactement et absolument à la réalité des faits. On constate seulement, suivant le milieu, la prédominance plus ou moins marquée de telle ou telle production, mais non la production exclusive soit des grains, soit du bétail. Dans le pays tout entier, élevage et culture sont étroitement associés. Seule, leur part proportionnelle dans l'exploitation agricole est variable. Dans la partie de l'Angleterre proprement dite appelée arable section, et qui comprend les comtés de l'Est, du Nord- Est, du Sud-Est et du Centre-Est (East Middlands), les pâturages occupaient, en 1895, 5 015 00) acres, les terres labourées 6 924 000. Dans la région dénommée grass section (Comtés du Centre-Ouest, du Sud-Ouest, du Nord et du Nord-Ouest), la terre cultivée couvrait 4 676 000 acres, les prairies 8 230 000. (Final Report, p. 6, $$ 29-32). On voit par là que l'Ouest, tout en étant plus spécialisé que l'Est, faisait encore à la culture une place raisonnable. Aujourd'hui, bien que la spécialisation soit plus accentuée, elle n’est pas absolue. V. les Agric. statistics annuelles,
(2) A’tDulac, loc. cit., p. 85.
Il y a quelque 35 ou 36 ans, en 1871-75, la Grande-Bretagne comptait 18 242 204 acres de terres consacrées à la culture des grains, des racines et des fourrages ; au commencement de ce siècle (1904-08), elle n’en compte plus que 15 017 798 1. La surface labourée (arable land) s’est rétrécie : les fermiers ont laissé leurs terres, surtout leurs terres fortes et leurs terres médiocres, se couvrir d’herbages. Devant la Tariff Commission, un fermier du comté de Leiscester affirmait qu'une terre en labour, pour être rémunératrice, doit, indépendamment de la rente, rapporter 4 L. par acre ; au lieu qu'en her-
(1) Agric. Stat., 1903, p. 60 ; 1908, p. 80. — Les renseignements publiés dans la statistique agricole annuelle (Agricultural Statistics) sont recueillis par l'intermédiaire des agents du Revenu Intérieur que leurs fonctions appellent tous les ans à parcourir certains districts ruraux. Ces fonctionnaires ont à dresser chacun la statistique de son district. Ils sont environ 12 000 à collaborer à ce travail. — Un formulaire portant 39 questions, dont 25 relatives à la superficie des cultures, 12 aux animaux de ferme, 2 aux vergers et aux pâturages de montagne et de lande, est remis à chaque occupant d’une terre de plus de 1 acre d’étendue et à chaque propriétaire de bétail. Les formulaires doiveut être renvoyés par la poste le 4 juin. S'ils ne sont pas retournés, une lettre de rappel est envoyée au cultivateur négligent ; au besoin un agent se rend à domicile. On pourrait croire que l'administration se heurte à une force d'inertie insurmontable et que les abstentions doivent être nombreuses. Pour l'année 1907, M. H. Rew évalue à 2,4 0/0 seulement le nombre des personnes qui ont refusé ou négligé de retourner le formulaire. Dans le pays de Galles, la proportion s’abaisse même à 0,1 0/0. (Agric. Stat., 1907, p. 5). Il y est
suppléé par des estimations. — Tous les renseignements ainsi recueillis sont centralisés à l'administration du Revenu Intérieur (/nland Revenue Office in London) qui les transmet au Board of Agriculture. — Pour la
production, 249 experts, choisis par les collecteurs du Revenu Intérieur déterminent le rendement moyen par acre des principales récoltes dans chacune des paroisses de leur ressort. A l’aide de ces rendements moyens et connaissant les superficies ensemencées, le Département de l'Agriculture calcule les chiffres de la production. (E. Levasseur : Rapport sur les procédés el les résultats de la statistique agricole dans les principaux Etats producteurs, présenté à l'Institut International de statistique, session de Budapest, septembre-octobre 1901, (Mémoires publiés par la Société Nationale d'Agriculture de France. t. CXI, 1903. — Paris, Renouard). — pp. 169-172,
bage, même de médiocre qualité, il suffit qu'elle rapporte quelques shillings 1. Il en est résulté une extension considé-
rable des prairies permanentes : elles occupent aujourd'hui
17 247 407 acres, soit 4 363 885 acres de plus qu'en 1871-75 ?. La conversion est surtout accusée dans l'Angleterre proprement dite et le Pays de Galles * :
ANGLETERRE GALLES ECOSSE Superficie totale Superficie totale Superficie totale 32 382 550 acres 4 748 624 acres 19 070 244 acres Prairies Permanentes Prairies Permanentes Prairies Permanentes Acres Acres Acres 1871-75. 10 216 981 1 581 558 1 084 983 1904-08... 13 796 002 2 002 773 1 448 632
En Ecosse, la presque totalité des terres labourées est couverte d’avoines et de prairies temporaires. Or, nous le verrons par la suite, la culture de l’avoine résiste avec succès et les prairies temporaires gagnent partout du terrain. Pour le Royaume-Uni tout entier, les statistiques ne remontent pas aussi haut. Il n'est pas douteux cependant qu'il s’y poursuit, sur une plus large échelle, une évolution analogue à celle de la Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs ce que font apparaître les relevés récents #. Mais, de même que la baisse des prix avait été plus rapide avant 1890, l’évolution s’est surtout précipitée au cours des deux avant-dernières décades du XIX: siècle. Ce n'est d’ailleurs pas la première fois que se produit un phénomène de ce genre. Déjà, aux XVI: et XVII: siècles, la culture avait reculé devant l'extension des pâturages ; mais c'était alors la conséquence d'un renchérissement de la laine : les prairies s'étaient peuplées de moutons ©. Aujourd'hui, la laine est dépréciée et les herbages sont peuplés de bêtes à cornes.
() Tariff Commission, loc. eit., $ 503.
(2) Agric. Stat., loc. cit.
(3) Id., 1903, pp. 62-67 ; 1908, pp. 80-87.
(4) V. Appendice IV, E.
(©) C.-J. Fuchs, loc. cit., p. 4
Les prairies permanentes ne leur suffisent même pas. Une notable partie de l'arable land est couverte de prairies temporaires, dont l'étendue va chaque année croissant : en 1887- 91, elle était de 6 061 409 acres ; dix-sept-ans plus’ tard, elle est de 6 380 436. L'’assolement bien connu du Norfolk, qui était primitivement quadriennal, comportait une année (la troisième) de prairies artificielles, principalement de trèfle et de ray-grass. Déjà, à l'époque où M. L. de Lavergne écrivait son traité sur l'économie rurale en Angleterre, on ajoutait souvent une seconde année de prairies qui rendait l’assolement quinquennal !. Aujourd'hui, on tend à l’allonger encore pour augmenter la durée des prairies 2. Comme, en même temps, elles s'accroissent en étendue, on comprend qu’elles prennent dans l’économie agricole une place de plus en plus importante. Pour la culture proprement dite, pour les grains, pour les racines, pour les plantes fourragères, il ne reste plus dans le Royaume-Uni que 14 940 992 acres en 1887-91, 12 938 816, en 1904-08 3. |
Cette extension des prairies, tant naturelles et permanentes qu'artificielles et temporaires, s’est faite surtout au détriment des céréales et en particulier du blé. Entre 1871-75 et 1904-08, les corn crops ont perdu 3 240 000 acres, dont 2 062 067 pour le blé seul #. On ne cultive plus guère le blé que pour I paille qui se vend encore assez bien et qui, produite en grande quantité (2 400 000 t. en 1907 ; 2 000 000 t. en 1908) 5, donne un revenu qui n’est point tout à fait négligeable 6. Aussi l'étendue emblavée a-t-elle diminué de 53,5 o/o depuis trente ans. Ce lent resserrement est d’ailleurs général, également remarquable en [rlande et en Grande-Bretagne. Cependant il est plus
(1) L. de Lavergne, loc. cit., p. 58.
(2) Tariff Commission, loc. cit., $$ 219, 1234 etc. (3) Agric. Stat. 1908, pp. 78-79.
(4) Id. 1903, p. 58 et 1908, p. 78.
(5) Id. 1907, p. 110, — 1908, p. 111.
(6) Tariff Commission, loc. cit., $$ 226, 680 etc.
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marqué à l’ouest et au Nord. C’est ainsi que, dès 1901-05, en Angleterre, la surface emblavée avait diminué de 93 à 95 o/o dans les trois comtés septentrionaux de Northumberland, Cumberland et Westmorland. Dans les comtés occidentaux et dans le Pays de Galles, à l'exception des deux seuls comtés de Cardigan et de Carmarthen (40 et 44 0/0), le resserrement oscillait entre 60 et 90 o/o. A l’est, le blé résiste mieux. En dehors d’un vaste îlot formé autour de Londres par le Midd- Jesex'et le Surrey (77 et 71 o/o), l'Essex, le Kent et le Sussex (60, 69 et 63 0/0), la diminution des emblavures était partout inférieure à 60 0/0 ; elle descendait même à 47 0/0 dans le Suffolk, à 39 0/0 dans le Cambridgeshire et à 33 o/o dans le comté d'Hertford !. Dans le nord, dans l’ouest, le climat est plus humide, plus propice, par conséquent, aux pâturages. Dans les environs de Londres, d'autre part, les multiples besoins d’une capitale, en lait, en fruits, fleurs et autres articles de luxe, ont favorisé une transformation que les conditions climatériques seules eussent été impuissantes à faire aussi radicale. Malgré les progrès de la culture et les rendements de plus en plus élevés obtenus outre-Manche, la diminution des emblavures a sensiblement influencé la production. En 1873- 75, on récoltait dans le Royaume-Uni 11 947 000 quarters de blé ; depuis trois ans, la récolte moyenne n'est plus que de 7 128 294 quarters ?. De jour en jour, les quantités produites deviennent plus insuffisantes pour la consommation. En 1871-75, on évaluait à 15 600 000 personnes la population vivant de blé indigène ; aujourd'hui, on ne l'estime plus qu'à 4 500 000. Il est vrai que le phénomène date de loin. Depuis 1841-45, la diminution est constante de la population alimentée de blé britannique. À cette époque, on évaluait cette population à 24 000 000 de personnes environ. Mais ce qui est intéressant pour nous, c’est que, dans cette longue période de 60 ans qui s'étend de 1841-45 à 1901-05, la diminution n’a pas
(1) Tarif Commission, loc. cit., $ 62-64.
(2) Final Report, p. 55. — Agric. Stat., 1908, p. 158. 9
été régulière. Elle fut, de 8 400 000 dans la première moitié, jusqu’en 1871-75, de 11 100 000 dans la seconde 1. On voit que la culture du blé est, surtout depuis un tiers de siècle, en pleine décadence. On ne s’en étonnera pas si l’on songe que, de toutes les denrées agricoles, c’est le froment qui s’est le plus déprécié. Il était tout naturel que les agriculteurs abandonnassent de plus en plus un produit qui n’était plus rémunérateur.
L'orge se comporte mieux ; sa valeur ne s’est pas effondrée au même degré. Aussi la superficie qui lui est consacrée a-t-elle diminué seulement de 698 829 acres depuis 1871-75. Quant à la récolte, elle est aujourd'hui supérieure à celle du blé, 8 173 000 quarters en moyenne pour les trois dernières années. En 1886-88, elle s'élevait à 9 594 000 qrs. 2. L'avoine suit, mais à petits pas, la loi commune, en Irlande, en Ecosse et dans le Pays de Galles. En Angleterre, au contraire, la surface qui lui est consacrée va chaque année croissant :
Surface ensemencée en avoine.
Angleterre Galles Ecosse Irlande Royaume-Un
Acres Acres Acres Acres Acres
Dans l’ensemble donc la culture de l’avoine se maintient. Et, grâce au perfectionnement des méthodes, la production augmente : de 19991 000 qrs. en 1886-88, elle est montée à 22 274 000 au cours des trois dernières années *. C’est que (1) Tariff Commission, loc. cit., $ 54.
(2) Agric. Stct., 1903, p. 58 ; 1908, pp. 78 et 158. — Final Report, p. 60. (3) Final Report, p. 61. — Agric. Stat. 1908, p. 160.
l’avoine n’est pas aussi dépréciée que le blé et l'orge ; le prix de revient est moindre, la moisson plus précoce. Au surplus, la plus grande partie de la récolte se consomme à la ferme et n'a pas à souffrir des crises commerciales ou monétaires.
La culture est aujourd'hui entièrement surbordonnée à l'élevage. C’est pourquoi les green crops (pommes de terre, navets, betteraves, choux etc.) n’ont en trente ou trente-cinq ans perdu que 962 000 acres : les racines et les fourrages annuels en effet sont utilisés pour l'alimentation du bétail, surtout pendant l'hiver, Car on amasse peu de foin en Angleterre. Les navets cependant accusent une décadence marquée. Ils couvraient en 1871-75 quelque 2 476 000 acres et seulement 1 868 000 acres en moyenne au cours des cinq dernières années !, soit une perte d'environ 600 000 acres. La production elle-même est tombée de 29 687 000 tonnes par an en 1886-90 à 27 509 000 en 1904-08, moyenne fortement relevée même par la récolte exceptionnelle de 1908 2. Les navets servent habituellement à l’engraissement du bétail ; or, nous aurons l’occasion de le dire plus loin, cet engraissement est devenu ruineux : on le pratique moins. C’est ce qui explique la décadence rapide de la culture des navets. Le lin, sous la pression de la concurrence continentale, et peut-être aussi à raison de la concurrence de l’industrie cotonnière, le houblon, les pommes de terre, sauf en certaines régions comme le Lincolnshire, voient chaque année se restreindre les surfaces qui leur sont consacrées. Ce qui ne veut pas dire que la récolte aille toujours en diminuant. Ainsi, pour les pommes de terre, grâce aux progrès de la culture qui tire du sol un meilleur rendement, elle est passée de 5 921 000 t. en 1886-90 à 6 369 000 en 1904-08 *.
Quoi qu'il en soit, cependant, le phénomène qui caractéri-
PAone Stat 1903%pr 0021908 p18.
(2) Tariff Commission, loc. cit., $ 138. — Agric. Stat. 1908, p. 164. — Le rendement des navets, plus élevé qu'il n'avait jamais été, a atteint 15 tons 33 à l’acre en 1908. La moyenne décennale 1898-1907 avait été de
13 tons 16 seulement. La récolte moyenne de 1903-07 fut de 26 377 000 t.. (3) Tariff Commission, loc. cit., $ 138. — Agric. Stat. 1908, p. 162,
se le dernier tiers de siècle est la réduction de la culture proprement dite et de ses produits, au profit des pâturages de toute espèce. Sur les immenses prairies qui couvrent près des trois quarts de la surface exploitée du Royaume-Uni !, auxquelles il faut ajouter les pâtis et landes des hautes terres (mountain and heath land used for grazing), qui, en Grande- Bretagne seulement, s'étendent sur 13 millions d’acres ?, paissent des bestiaux en grand nombre. Tandis qu’on récolte de moins en moins de blé, d'orge, de navets etc, on élève de plus en plus de chevaux et de bœufs. C’est surtout vers eux, en effet, que se sont tournés les exploitants anglais. Depuis 1871, le nombre des chevaux et des bœufs entretenus en Angleterre a suivi la progression suivante #:
ESPÈCE CHEVALINE ESPÈCE BOVINE Têtes Têtes 1871-7500 1 820 133 9 939 443 1876-80... 1 913 936 9 864 108 1881-85... 1 908 279 10 225 379 1886-90... 1 942 290 10 568 799 1891-95 2% 2 075 561 11 120 953 1896-1900. 2 048 827 11 178 968 1901-05... 2 064 048 11 502 576 1906-08... 2 095 882 11 686 753
Si, pour les chevaux, elle a momentanément fléchi après 1895, pour les bœufs, elle a été ininterrompue. C'est qu’au point de vue des races bovines le pays est franchement privilégié. Par une sélection méthodique qui remonte à la seconde moiüé du XVIITE siècle, on est arrivé à créer cette race Durham, type achevé de tous les producteurs de viande par la précocité, la qualité et l'abondance de ses rendements. Elevé dans de bonnes conditions sur de gras pâturages, le bœuf Durham
(1) Exactement 72 o/o : 34 369 060 acres, en 1904-08, sur 47 307 876. (2) Exactement 12 801 974 acres en 1908 /Agric. Stat., 1908, p. 60.). (3) Agric. Stat., 1903, p. 58 ; — 1908 p. 88.
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donne en viande nette 66 o/o de son poids vif et la proportion de la viande de 1" et de 2° qualités est presque toujours chez lui plus élevée que chez les sujets de toute autre variété 1. Or on sait que la viande de choix a conservé ses prix, au moins dans une certaine mesure, n'étant pas directement concurrencée par les produits d'importation. Cette supériorité, mettant ses bestiaux en quelque sorte au-dessus de la concurrence, permettait à l'Angleterre de lutter dans des conditions . éminemment favorables contre l'invasion des viandes étrangères et de développer l'élevage des bêtes à cornes.
Mais, en étudiant l’évolution des prix, nous avons souligné la cherté relative du bétail maigre. La crise commerciale l’a moins atteint que le bétail gras. Ce fait, en apparence singulier, a eu une répercussion profonde sur lexploitation agricole : l'engraissement est ainsi devenu une opération ruineuse, presque aussi désastreuse que la production des céréales. Le fermier anglais ou écossais achète en octobre des bouvillons qu'il enferme aussitôt dans des stalles pour les condamner à une immobilité presque absolue, favorable à l'engraissement. Il les met au régime des navets, paille et tourteaux (3 Ibs. de tourteaux par jour en débutant). Au bout de deux mois, les animaux ne pèsent pas autant qu'au moment de leur achat. Deux ou trois mois se passent encore, où, en sus de la paille et des navets, on donne au bétail 6 à 8 Ibs. de tourteaux par jour. Il estalors en état d’être vendu. Mais le prix de vente couvre à peine les frais d'achat et le coùt des tourteaux ; pour sa paille et ses navets, l’éleveur ne retire que le fumier, insuffisant à les payer. Les plaintes de ce chef sont unanimes en Grande-Bretagne ?. Aussi l’engraissement n'est-il
(1) La race Durham n'est pas la seule variété bovine élevée en Angleterre qui jouisse de l'estime des éleveurs. Dans les comtés écossais de Forfar et d'Aberdeen, il en est une autre, la race Angus, noire ou très brane, qui, au point de vue de la production de la viande, vaut presque la Durham. D'autres sont plus rustiques, comme la West-Highlands, ete.
(2) Tariff Commission, loc. cit., $$ 585 et 587. — Cf. Id., $$ 274, 275, 984, 598, 663, 825 etc., etc...
plus pratiqué sur la même échelle qu'autrefois, ni peut-être poussé avec autant de soin. La culture des navets s’en ressent : c’est en effet ce qui explique la diminution de l'étendue qui lui est consacrée et de la récolte annuelle. Si maintenant on recherche la cause de cette fâcheuse situation, on s'aperçoit qu'elle réside en une mesure d'hygiène, qui ressemble fort à une mesure de protection mal comprise. En 1892 ,le gouvernement prohiba l'importation du bétail vivant, pour sauvegarder de la contamination les étables du pays. Depuis lors, les éleveurs irlandais sont les seuls pourvoyeurs des nourrisseurs britanniques. Ce monopole a soutenu les prix. Aussi le défendent-ils avec énergie !, cependant que ceux d'Ecosse et d'Angleterre réclament vigoureusement la libre importation du bétail maigre et notamment du bétail canadien ?. L’abolition de cette mesure prohibitive, qui établit en quelque sorte une protection au profit d’une matière premiere et laisse le produit achevé, c’est-à-dire le bétail gras, exposé à la libre concurrence, serait en effet de nature à abaisser le prix des bouvillons. Les agriculteurs de Grande-Bretagne y trouveraient leur compte et peut-être la culture proprement dite regagnerait-elle quelque peu du terrain perdu.
De même, mais pour des raisons différentes, l'élevage et l'engraissement des porcs se trouvent entravés. Bien qu’encore le mouvement coopéralif ne soit pas très accusé dans l’agriculture anglaise, néanmoins il s’est créé, en diverses régions, et notamment en Irlande, un certain nombre de crêmeries coopératives. Elles achètent le lait aux paysans, fabriquent le beurre et revendent à un prix infime le lait écrèmé. Plutôt que de l'acheter, les paysans aiment mieux élever moins de pores *. D'autre part, le son est un des aliments préférés du porc. Or le déficit de la production indigène en
(1) Id., $$ 585, 751, 760, 793, 804, 811 etc...
(2) Id., $$ 504, 598, 663, 832, 1805 etc...
(3) Id., 8 1134.
blé est en partie comblé par l'importation de farines américaines. Le son et les divers déchets qui pourraient être utilisés par l'élevage, et qui devraient être importés séparément, se détériorent très vite et supportent mal la traversée de l'Atlantique. Aussi restent-ils dans le pays d'origine d’où ils ne sortent que sous forme de lard. L’insuffisance de lapprovisionnement entraîne le renchérissement ; et on se plaint d'acheter le son presqu'aussi cher que la farine !. C’est pourquoi le nombre des pores reste stationnaire en Angleterre, bien que le prix moyen de la viande n'ait subi qu’une. baisse insignifiante de 9 0/0, quand le bœuf de première qualité, le moins déprécié, est tombé de 22 o/o et que les suidés se nourrissant en majeure partie de pommes de terre, de betteraves, de grains et de déchets divers dont les prix en général ont sensiblement diminué, la réduction du coût de l'alimentation compense largement la dépréciation de la viande ?.
Quant aux moutons, la viande s’en est aussi moins dépréciée que celle du bœuf et d’ailleurs les éleveurs disposaient, avec la Dishley, la Southdown, la Cheviot etc., d'espèces remarquablement douées, tant au point de vue de la précocité que du rendement. Mais, en revanche, le prix de la laine a subi une baisse très forte. Et les comtés où l'élevage du mouton était pratiqué en grand, comme le Wiltshire, le Gloucestershire et la majeure partie de l'Ecosse *, ont presque autant souffert que les arable counties. Ils ont fait comme ces derniers, C'est-à-dire qu'ils se sont adaptés et qu'ils ont substitué
() CF. R. H. Inglis Palgrave : Estimates of Agricultural losses in the United Kingdom during the last thirty years. (Journal of the Royal Statistica)/ society, 31 march 1905), p. 63.
(2) Nombre moyen des pores dans le Royaume-Uni (Agric. Stat. 1903, p. 98 ; — 1908, p. 88):
(3) Final Report, p. 15 $ 51 ; p. 16 $ 52 ; p. 20 $S 68 et G9. F Î
aux moutons des chevaux et des bêtes à cornes. Cependant, il faut bien remarquer que dans le Pays de Galles le troupeau augmente et qu'en Ecosse il se maintient. Seules l'Angleterre et l'Irlande l'ont vu diminuer et dans des proportions telles que, pour le Royaume-Uni tout entier, le nombre des bêtes à laine est jusqu’à ces derniers temps allé décroissant. Le contraste est d’ailleurs fort naturel. L’Ecosse et le Pays de Galles ne sont guère que deux massifs montagneux, couverts de landes, aux pâturages maigres, à l'herbe courte et dure. Ils ne conviennent bien qu'aux moutons, plus rustiques que les bœufs et mieux adaptés aux pâtures pauvres des montagnes. Dans le massif des monts Cheviot, juste au nord de la Tweed, les quatre comtés de Peebles, Selkirk, Roxburgh et Berwick n’ont pas moins de 1 278 000 moutons (1.14 par acre), de haute race, contre 46 000 représentants de lespèce bovine et 11 000 chevaux !. À l'extrême nord-ouest de l'Ecosse, l’immense comté de Sutherland, « pays abominable, où les fondrières sont encore plus nombreuses et les rochers plus décharnés que dans les contrées voisines » ?, pour 2 600 chevaux et 11500 bovins, possède plus de 209 000 moutons à. Moins accusée peut-être, la disproportion est encore sensible dans les autres parties de l'Ecosse et dans le Pays de Galles #. Les bœufs ni les chevaux ne peuvent se substituer aux moutons ; seule richesse de ces contrées, le troupeau s'est maintenu. Au surplus, pendant quelques années à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, l'élevage du mouton
(1) Agric. Stat. 1908, p. 47.
(2) L. de Lavergne, lac. cit., p. 372.
(3) Agric. Stat. 1908, p. 56.
(4) Le bétail se répartit de la manière suivante entre l'Angleterre, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande en 1908 /Agric. Stat. 1908, pp. 88 sq. Agric. Stat. Ireland. Abstracts showing the Acreage under cerops, and the number of live stock, 1907-08, p. 9) :
Angleterre Galles Ecosse Irlande Royaume-Uni Chevaux... 1179 902 161 262 204 507 604 510 2 150 181 Bovins..…... 4 998 278 732 451 1 174 405 791 820 11 738 163 Ovins.:..… 15 958 875 3 721 360 7 439 495 4 129 623 31 335 917
s'est trouvé assez rémunérateur. Une terrible sécheresse, qui débuta en 1897 et, plus ou moins aigüe, se prolongea jusqu'en 1903, décimait les troupeaux australiens. Les deux cinquièmes des bêtes sont mortes de faim, jonchant de leurs carcasses étiques les pâturages desséchés 1. C’est alors que se produisit dans les prix de la boucherie et dans le cours de la laine un relèvement très marqué. Il en résulta un arrêt momentané dans la décadence de l'élevage anglais. De 30 millions de têtes
. () « Nous avons précisément en 1903 parcouru le bassin du Murray- Darling et nous n'oublierons jamais l'aspect lamentable du pays, les arbres dépouillés de leurs feuilles et de leur écorce, dressant sous le ciel bleu leurs mélancoliques squelettes blanchis, la terre jaunie et pelée, enveloppée d'un voile de poussière, le sol parsemé jusqu'à l'horizon de milliers de cadavres de moutons et de chevaux. L'Australie intérieure n'était plus qu'un vaste cimetière, où, avec tant de richesses évanouies, dormaient les grands espoirs d'autrefois. Les pertes subies par les éleveurs ont été effroyables. Le commerce de la laine, en grande partie transportée par eau, a été paralysé par l'arrêt des rivières : le Murrumbidgee et le Murray, par exemple, ont cessé de couler pendant plus d’un an (1902- 03). Le bétail à péri en masse — non de soif, comme on pourrait croire, — mais de faim, faute d'herbe : à Jemalong, les deux tiers du troupeau sont morts ; à Mercadool, nous avons vu le nombre des animaux réduit de 100 000 à 5 000. Le troupeau queenslandais, sur 14 341 438 têtes, en a perdu 4 107 658 ; c'est une réduction de 29 0/0. La nouvelle Galles a perdu la moitié de son bétail. Les pertes subies se chiffrent par milliards. Un grand nombre de petits éleveurs ont été complètement ruinés et l'essor de l'Australie a été arrêté pour bien des années. » (P. Privat-Deschanel : L'Australie pastorale. — Bulletin de la Société de Géographie, 15 septembre 1908. — pp. 167-8).
La production australienne de la laine, qui atteignait 568 millions de kg. en 1891, était tombée à 289 millions en 1902, soit une diminution de près de 50 0/0, bien que les toisons, plus grossières, fussent plus lourdes. (Id., ibid., 15 oct. 1908, p. 244).
Il convient d'ajouter que la production de la laine avait à la même époque fléchi à peu près partout. Celle notamment des laines coloniales (Australie, Cap et Plata), après avoir atteint 2 783 000 balles en 1895, s'est abaissée à 2 064 000 en 1900, pour tomber à 2 048 000 en 1904. (D. Zolla: Revue des Questions agricoles, — Rev. politique et parlementaire, décembre 1999, p. 607).
Le troupeau australien comptait 106 millions de têtes en 1891 et 94 millions en 1902.
environ, le troupeau britannique remonta à près de 32 millions. Reperdu, le terrain fut encore regagné en ces dernières années !. Mais les prix ont recommencé à baisser.
A prendre dans son ensemble la production en viande du pays, qui est, en quelque sorte, la commune mesure des diverses branches de l'élevage, malgré la réduction du troupeau ovin et le marasme de l'élève des pores, on constate depuis une trentaine d'années quelque augmentation. Récemment,
la Royal Statistieal Society procédait sur ce point à une en-
quête approfondie qui peut servir de guide 2. Appliquons ses méthodes d'évaluation aux cinq dernières années qui ont précédé la crise agricole et à la période 1903-07. Elles révèlent, par une approximation peut-être assez grossière *, un
(4) Nombre des moutons élevés dans le Royaume-Uni /Agric. Stat. 1903, p. 28 ; — 1908, p. 88):
(2) Second Report from the Committee appointed to inquire into the statistics available as à basis for estimating the production and consumption of meat and milk in the United Kingdom. Presented 17th november 1903. (Journal of the Royal Statistical Society, september 1904 — pp. 368 sq.).
(3) Les méthodes de la R. S. S. s'appliquent spécialement, avec d'ailleurs tout l'arbitraire inévitable en ces matières, aux conditions présentes de l’agriculture. Elles ne correspondent plus exactement à celles qui prévalaient voici déjà trente ans passés. Qu'on en juge.
La R.S. S., pour déterminer la quantité de viande livrée à la boucherie, fixe d'abord le nombre des animaux annuellement abattus, puis leur poids moyen.
I — La détermination du nombre des animaux abattus est une opération fort complexe. € Au nombre total des animaux recensés au commencement de l'année (4 juin), dit le Comité (loc. cit., p. 369), ajoutez le nombre, fixé par évaluation, des animaux nés pendant l'année ; déduisezen le nombre, également fixé par voie d'évaluation, des décès accidentels et naturels, le nombre des animaux exportés pendant l'année et le nombre des survivants à la fin de l'année (c'est-à-dire le nombre total recensé au 4 juin suivant), et le reste c'est le bétail abattu pour la consom:
écart de quelque soixante mille tonnes au profit de ce début de siècle :
Bœufet Veau Moutonet Agneau Porc Total Tate tonnes Ténhes Tonries 1871-75 : 593 000 331 000 280 000 1 204 000
Différence en plus ou D
en moins pour 1903-07 + 89 000 —— 32 000 + 4 000 + 61 000
mation ». Le nombre des animaux existant au commencement et à la fin de l’année est connu par voie d'enquête, comme on a vu p. 126 n. 2. Les exportations sont révélées par les statistiques douanières. Où la difficulté commence, c'est quand il s’agit de déterminer le nombre des naissances et des décès. Le Comité s’est entouré de renseignements provenant de sources diverses, contrôlés les uns par les autres, sur le vu desquels il à fixé à 90 o/o pour la race bovine, 112 o/o pour la race ovine et 1100 0/0 pour la race porcine, la proportion du nombre des naissances au nombre des femelles. Quant aux morts naturelles, il estime qu’elles emportent annuellement 4 0/0, 4,25 o/o et 9 o/o du bétail, suivant les espèces.
Or il n'est pas douteux que la mortalité du bétail était plus fréquente aux environs de 1870 qu'aujourd'hui. L’hygiène, la salubrité ont fait de sensibles progrès. D'autre part, les brebis: ne sont recensées séparément que depuis quelques années. Pour déterminer leur nombre à une époque antérieure, on en est réduit à appliquer au troupeau les proportions qui y règnent aujourd'hui. Or ce troupeau a tendance à se rajeunir, ce qui suppose une augmentation du nombre des femelles. Appliquer à 1871-75 les bases d'estimation arrêtées par la R. S. S. pour 1898-1903, c'est donc d'une part réduire arbitrairement l'influence de la mortalité, d'autre part augmenter indûment, dans l'espèce ovine, le nombre des naissances. En un mot, c'est enfler la production de cette époque.
IT. — Quant au poids mort du bétail, il est également fixé par le comité sur le vu de renseignements divers, émanant soit des bouchers, soit des autorités chargées de procéder au pesage des animaux abattus, etc. Les poids ainsi adoptés sont les suivants : 660 1bs. pour les bœufs, 95 Ibs. pour les veaux, 65 Ibs. pour les moutons, 40 1bs. pour les agneaux et 135 Ibs. pour les porcs.
Or, ici encore, les conditions ne sont plus les mêmes qu'autrefois. Ni le rapport du poids mort au poids vif, ni le poids vif ne sont restés identiques. Mais dés documents rassemblés par M. R. H. Rew (Observations on the production and consumption of meat and dairy produce. —
Mettons, pour compenser toutes les chances d'erreur, qui sont nombreuses, que l'écart atteint 70 000 tonnes. Malgré l’extension considérable et constante des pâturages, la production de la viande n’a guère augmenté que de 4 ou 5 0/0. On trouvera peut-être que c'est en somme assez peu de chose.
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Mais la viande n’est pas le seul produit de l'élevage, ni peutêtre le plus rémunérateur. L'accroissement du troupeau bovin ne s’est pas limité aux animaux de boucherie : le nombre des vaches a augmenté de 650 000 en trente ans {. A vrai dire, le progrès de l'élevage était à cette condition : un troupeau, surtout quand il se rajeunit, comme c’est le cas outre-Manche, ne prospère pas sans que le nombre des reproducteurs et particulièrement des femelles commence par s’accroître. Mais en même temps augmente la production du lait. L’aptitude laitière s’est perfectionnée. Deux tiers des vaches sont de race Shorthorn, la plus prisée pour sa productivité 2. D'autre part,
Journal of the R. S. S., sept. 1904, p. 416), il ressort que le bétail pèse moins aujourd'hui qu'autrefois. Par exemple, en 1875-78, on évaluait à 789 lbs. le poids d'un bœuf, à 112 Ibs. celui d'un veau, au lieu de 660 et de 95 Ibs. ; le reste à l'avenant. Qu'on n'aille pas s'étonner. Abattu plus jeune, le bétail est en général aujourd'hui moins gras. Les consommateurs aiment mieux des quartiers plus petits, qui donnent lieu à moins de gaspillage.
En appliquant à 1871-75 les bases d'estimation adoptées par la R. S.S., on n'apprécie pas à sa véritable importance la production en viande de cette époque. Les chances d'erreur se corrigent ainsi d’elles-mêmes partiellement. D'ailleurs, pour les réduire au minimum, nous’portons l'écart entre la production de 1871-75 et celle de 1903-07 à 70 000 tonnes.
(1) V. en Appendice.
(2) Third Report from the Committee appointed to inquire into the statistics available as a basis for estimating the production and
LCR
se fait jour chez les éleveurs une tendance de plus en plus marquée à donner moins de lait aux jeunes veaux et à le remplacer pour eux par des succédanés 1. Il y a quelque trente ans, la quantité disponible pour la consommation humaine pouvait s’évaluer à 1 204 millions de gallons 2. Maintenant (1899-1903), au résultat des recherches de la Royal Statistical Society, ce serait un total de 1 723 millions de gallons que les éleveurs recueilleraient annuellement. La production du reste paraît augmenter d'année en année. Le lait € payant », comme disent les Anglais, la valeur des vaches laitières n’a point eu à souffrir de la baisse générale des prix #.
Quant aux débouchés, ils sont multiples. Mais de tous le plus avantageux est incontestablement la consommation du lait frais. L'habitude de prendre du lait se répand avec le bien-être ; la population augmente ; les besoins ne peuvent que s’accroître. Dans son rapport annuel sur l’agriculture anglaise, M. R. H. Rew, évaluant à 15 gallons la consommation individuelle moyenne, estime à Quelques 6 millions de gallons le supplément de demande auquel chaque année les éleveurs doivent faire face. En vingt ans, la consommation aurait, d’après lui, augmenté de 100 millions de gallons 5. De son côté, la Royal Statistical Society compte que, des 1 723 millions de gallons annuellement produits, la consommation directe à l’état frais prend 620 millions 6. Le prix est resté
consumption of meat and milk in the United Kingdom. — Presented 215t June 1904. (Journal of the Royal Statistical Society, september 1904), pp. 386-87. — La vache shorthorn donnerait, d'après les expériences faites annuellement à l'exposition laitière de Londres 48,4 Ibs. de lait par jour, la Jersiaise 30,9 Ibs. seulement. (Ibid.).
(1) Id., p. 388. — Cf. R. H. Rew ; loc. cit., p. 417.
(2) Final Report, p.78, $ 268. — En 1878, d'après Morton, cité par Rew (loc. cit., p. 417), la production annuelle moyenne aurait été de 370 gallons ; d'après Turnbull, de 380 gallons.
(3) Third Report, loc. cit., p. 390.
(4) Tariff Commission, loc. cit., $ 678.
(5) Agric. Stat. 1906, p. 185.
(6) Third Report, loc. cit., p. 393.
rémunérateur, en raison de la fermeté de la demande d’abord, et aussi parce que la fdifficulté de l'importation protège le marché. De lait frais il n’en entre guère, encore qu'un mouvement d'exportation française se dessine. Quant à la poudre de lait, au lait condensé ou pasteurisé, ils ne font guère au lait frais une concurrence sérieuse 1 : les prix en sont trop élevés, la saveur trop médiocre. Pratiquement, les laitiers anglais jouissent d’un monopole. Il en résulte un notable écart entre la valeur marchande du lait frais et celle du beurre ou du fromage : on vend couramment de 1 s. 6 d. à 1 s. 10 d. la quantité de lait nécessaire à la fabrication d’une livre de beurre qui se donnera pour 10 d. ou 15. 1 d. au maximum ?. Le fromage s'étant, sous l'influence de la concurrence et d'une modification dans le régime alimentaire des classes laborieuses, déprécié plus encore que le beurre, l'écart des prix apparaît plus sensible. L’éleveur anglais le sait ; aussi aime-t-11 mieux vendre son lait à l'état brut que de le transformer. Dans certaines régions qui, jadis fabriquaient du fromage renommé, tels les comtés de Derby et de Chester, l'habitude est si bien prise, que les laitiers ont souvent perdu les bonnes recettes, le tour de main, et que la qualité de leurs produits est nettement inférieure.
On n'est pas sans avoir remarqué que la consommation du lait estchez nous restée jusqu'ici essentiellement urbaine. Les campagnes le produisent, mais ne le boivent guère encore. C'est dans les villes qu'on le vend. Outre-Manche, il n’en est pas autrement. Aussi l’industrie laitière se concentre-telle dans les régions populeuses, autour des grands centres. C’est pourquoi, dans l’'industrielle Angleterre, les vaches laitières forment 40,7 o/o de la population bovine ; en Irlande,
(4) Tarif Commission, loc. cit., $ 568. — L’importation du lait frais s'est élevée en 1906 à 974 cwts, dont 952 venant de France. (Agrie. Stat. 1906, p. 301).
(2) Edwin A. Pratt: The Transition in Agriculture. London, John Murray, 1906, pp. 9-10.
pays exclusivement agricole, aux habitants clairsemés, la proportion tombe à 33,40/0 !. Une étude quelque peu minutieuse montre même qu'il s’est formé en Angleterre deux noyaux de production laitière, l’un autour de Londres ?, l’autre autour de l’agglomération industrielle et commerciale qui embrasse entre autres centres Liverpool, Manchester, Leeds, Sheffield, Birmingham, foyer d'activité si intense que les villes se touchent et semblent se pénétrer 3. Ainsi, sur 100 bêtes à cornes, on ne compte pas moins de 93 vaches dans le comté de Londres, 63 dans les comtés de Dorset et de Chester. Dans le pays de Galles, c’est autour de Cardiff (Glamorgan), en Ecosse, autour d'Edimbourg et de Glasgow (Midlothian, Renfrew, Lanark, Dumbarton, etc.), en Irlande, enfin, autour de Dublin et de Belfast, que se groupent les laitiers.
Mais jadis, — il n’y a pas encore longtemps, — les laiteries étaient installées dans le voisinage des villes consommatrices, dans la banlieue, parfois même en plein centre. Il n’en est pas autrement encore dans nos moyennes villes de France, aux abords desquelles on voit souvent les vaches paitre sur les talus des routes une herbe maigre et poussiéreuse, ni dans les petites agglomérations d’outre-Manche. Mais les perfectionnements et le bon marché des transports ont en général chez nos voisins détruit cette habitude. Aujourd'hui le lait vendu dans les grands centres est produit à la campagne. Au lieu de végéter, cloîtrées à vie dans une étable, les raches paissent librement les prairies. La stabulation du reste est législativement règlementée pour raisons d'hygiène: chaque étable doit avoir un certain cubage d'air dont le
(1) Dans le Pays de Galles, elle est de 38,9 0/0 et en Ecosse de 37 0/0.
(2) Ce noyau comprend les comtés de Londres (93 o/o), Middlesex (52 oJo), Hertford (42 o/o), Essex (45 o/o), Kent (43 0/0), Surrey (52 0/0), Sussex (44 0/0), Hants (57 0/0), Dorset (63 0/0), Somerset (48 o/o), Wilts (62 0/0), Berks (48 o/o), Buckingham (42 0/0).
(3) Chester (63 0/0), Stafford (50 o/o), Derby (52 0/0), York, W. R. (48 0/0), Lancastre (60 0/0). — Dans tous les autres comtés, la proportion est inférieure à 40 0/0.
volume est proportionné au nombre des vaches ; la lumière du jour doit pouvoir pénétrer largement et la ventilation s'opérer aisément {. À dire vrai cependant, et malgré des améliorations quotidiennes, la production laisse encore à désirer : elle pourrait notamment être plus abondante et plus riche. Les vaches passent l'été dans les pâturages où on ne leur donne aucun supplément de nourriture. L'hiver, on les enferme à l’étable. Au dire de la commission de 1894 ?, on les suralimente alors ; on leur donnerait plus de fourrage qu’il n'est nécessaire, fourrage d’ailleurs mal choisi et peu susceptible de donner de bon lait : c’est un vrai gaspillage. Au contraire, un éleveur irlandais du comté de Limerick, M. D. R. O'’Brien, déposant devant la Tariff Commission, estime que les vaches souffrent de la faim tout l'hiver, ce qui réduit sensiblement leur production laitière 3. Or cette seconde opinion paraît, mieux que la première, corroborée par les faits. L'hiver, le lait manque au point que les crêmeries se ferment. Sur le marché, il renchérit #: dans le comté de Derby, il se vend en moyenne1s. 24. le gallon en été, 1 s. 8 d. en hiver ?. Ecart d'autant plus remarquable que les chaleurs de l'été protègent plus énergiquement le marché contre l'importation et contre l’afflux du lait produit dans les cantons éloignés.
Ce qui reste, comme un trait caractéristique de l'économie moderne, c’est la participation du pays à peu près tout entier au commerce du lait frais. Seules, les campagnes trop éloignées ou dépourvues de moyens de communication rapides restent à l'écart et fabriquent du beurre ou du fromage. Autour des grands centres, le rayon d’approvisionnement s'étend sans cesse. À Londres, qui est, il est vrai, le plus grand marché du lait, il arrive de 80 milles; c’est la distance moyenne.
(1) Enquête sur l’industrie laitière. — Ministère de l'Agriculture. — Paris, Imp. Nat. 1903, p. 375.
(2) Final Report, p. 126, $ 485.
(3) Tariff Commission, Loc. cit., $ 895.
(4) Cf. Agric. Stat., 1908, p. 234, tableau 65.
(5) Tariff Commission, loc. cit., $ 924.
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Mais il en vient de 150 et 200 milles ; il en vient même d'Irlande !, Les chemins de fer drainent tout le pays. Des lignes secondaires recueillent le lait d’une région; elles convergent vers une station située sur une grande artère, Euston, sur le North Western Railway, Swindon, sur le Great Western, où se concentrent pots, boîtes et bouteilles, qu'on charge sur les express. Des trains spéciaux, avec des wagons spécialement construits à cet usage, sont même organisés, trains de nuit à grande vitesse qui, au matin, déversent des flots de lait sur les marchés des grandes villes. Les compagnies de chemins de fer favorisent ce trafic ; pour toutes les distances supérieures à 150 milles, elles appliquent un tarif fixe de 1 1/2 d. par gallon ; elles construisent des docks spéciaux avec des dépôts et des magasins où syndicats et coopératives recueillent le lait de leurs adhérents ; elles encouragent même la formation de ces sociétés. Quelques chiffres donneront maintenant une idée de l'importance prise par ce trafic : sur le Great Western Railway, qui est, à vrai dire, le plus grand transporteur de lait, il a circulé en 1994 plus de 31 millions de gallons, dont 17 500 009 à destination de Londres seulement ?, qui du reste est approvisionnée en même temps par nombre d’autres réseaux. Depuis 1892, le trafic a plus que doublé. Sur le London and North Western Railway, entre 1892 et 1904, il est passé de 15 822 030 gallons à 22 495 680 à. La progression n’est guère moins rapide sur les autres réseaux.
Mais la médaille a son revers. Le commerce du lait étant rémunérateur, rare avantage par les temps qui couraient, tous les agriculteurs qui n'étaient pas trop éloignés d'un centre et qui pouvaient transformer en pâturages leurs champs
(1) Ed. A. Pratt, loc. cit., pp. 12 sq.. — Sur le commerce du lait et son transport, v. d’ailleurs le chapitre : Commercial Aspects of milk supply, très documenté, de cet ouvrage. pp. 8-24,
(3) Id., p. 13. 10
de blé se sont rués sur cette profitable opération. Aux environs de Londres, en particulier, les fermiers écossais immigrés en Essex, où ils prenaient la place des fermiers anglais ruinés par la crise, avaient tous installé des laiteries. Malgré les exigences de la consommation, un moment est venu où il y a eu pléthore. Le prix baisse maintenant, après avoir longtemps résisté à la crise, sous l'influence d'une concurrence effrénée : de toutes parts, des plaintes s'élèvent ; à Londres, à Glasgow, partout, il y a trop de lait ?. Et le commerce menace de devenir ruineux. Il a fallu songer à se défendre et à tirer de la marchandise un meilleur parti. On y est parvenu par la suppression des intermédiaires qui exploitaient à la fois producteurs et consommateurs. Des coopératives de vente se sont fondées qui s'adressent directementau consommateur ou au détaillant et suppriment tout au moins le commerçant en gros. Les fermiers de l'Essex ont fait mieux : ils ont formé ce qu'on pourrait presque appeler un cartell du lait, Une convention les lie, aux termes de laquelle ils s'engagent à ne pas vendre leur lait au-dessous d’un certain prix. S'ils ne trouvent pas acheteur, ils le gardent pour leurs pores ou leurs veaux, ils en font du beurre ou du fromage. Plutôt que de le céder au-dessous du prix convenu, ils doivent le jeter et une caisse commune le leur paie pendant un certain temps. Cet accord, assez singulier chez des partisans de la libre concurrence comme les fermiers écossais de l'Essex, n’a pas laissé de produire de bons résultats. Les marchands ont consenti de meilleurs prix sans, pour cela, rançonner les consommateurs. Les indemnités n’ont cependant pas coûté cher à la caisse commune qui ne dépense pas plus de 625 francs par an ?. Mais là, où on n'a point appliqué ce remède énergique ou quelque autre analogue, la situation des laitiers est devenue précaire.
Ils gardent la ressource de faire du beurre comme ceux qui
(1) Final Report (Channing), p. 255, $ 85. — Tariff Commission, loc. cit, $ 678.
(2) P. A, Graham, loccit}, p. 27.
éme 1
n'ont pas avec les grandes villes de communications aisées. Le marché anglais est un excellent débouché qui réclame annuellement de 350 à 400 mille tonnes, importées dans la proportion des trois cinquièmes. A l'heure présente, et malgré le développement pris par le Commerce du lait frais, la fabrication ‘indigène, évaluée par la Royal Statiscal Society à 160 550 tonnes anglaises, absorbe 944 000 000 de gallons. Celle du fromage en exige à peine 153 millions !. Moins riche de centres industriels et populeux, plus agricole, l'Irlande est de tout le Royaume-Uni la région où se consomme le moins de lait frais et où se fabrique le plus de beurre. En 1906, elle exporta, sans parler des quantités requises par la consommation locale, pour 3 120 000 L. de produits de laiterie. C’est elle qui, proportionnellement s'entend, compte le plus grand nombre de vaches : une par 13 acres 8 de superficie ; la Grande-Bretagne n’en a qu’une par 20 acres 7. Cependant les meilleures laitières, du moins au point de vue de la production du beurre, sont à Jersey et à Guernesey 2. Malgré cette infériorité, c'est en Irlande que l’industrie laitière est le plus prospère, parce qu'elle est mieux organisée et qu'elle fabrique de meilleurs produits.
On reproche au beurre anglais une production irrégulière, un manque d’uniformité dans le goût, la couleur et la pâte, enfin la médiocrité de sa qualité. Chaque ferme fabrique le sien, en petite quantité et suivant des procédés qui ne sont pas toujours des plus modernes, Soir et matin, le lait est mis à écrêèmer spontanément, puis la crème est barattée. Le beurre est ensuite presque immédiatement placé dans le tonnelet ou la caisse qui servira à le transporter au marché. On empile ainsi l’un sur l’autre les produits de la fabrication journalière jusqu’à ce que le récipient soit plein, ce qui parfois demande une semaine éntière. On a de cette manière dans le même
4) Third Report, loc. cit., p. 393.
(2) Enquête sur l’industrie laitière précitée, p. 372.
tonneau six ou sept beurres de qualités diverses, d’âges difrérents, et dont les plus vieux ne sont pas loin d'être rances au moment de la vente. En vain les négociants en gros leur font-ils subir un malaxage énergique. Ils ne peugent donner au produit ni l’'homogénéité, ni la fraicheur. C’est pourquoi le beurre irlandais est mieux coté sur le marché : la production en est industrialisée en quelque sorte, pratiquée en grand, suivant des méthodes uniformes et perfectionnées. Aussi approche-t-il de plus près, encore qu'il reste en deça, le prix des beurres danois 1. Ce qui entrave le commerce, et partant la fabrication des produits indigènes, aussi bien d’ailleurs en Irlande qu’en Angleterre, c’est l'irrégularité de la production : l'été, le beurre abonde ; l'hiver, il manque, les vaches, mal soignées, ne donnant plus que peu de lait. Or les grands négociants qui traitent les produits de laiterie ont besoin d’approvisionnements réguliers en toute saison ?. On s'applique sans doute à mieux nourrir le bétail ; mais bien des progrès sont encore à réaliser. Et les commerçants continuent à s’approvisionner à l'étranger, jusqu'en Nouvelle-Zélande, d'autant qu'il est non moins nécessaire d'améliorer la qualité. L’adaptation, amorcée sans doute, n’est pas complète encore. Elle est du moins en bonne voie, surtout en Irlande, où l’on s'efforce de marcher sur les traces du Danemark.
(1) En 1908, le prix moyen du beurre danois, 1re qualité, fut de 121 s. 6 d. par cwt ; celui du beurre irlandais, 1re q., de 116 s. (Agric. stat. 1908, p. 241). — En mars 1904, le meilleur beurre irlandais se vendait 128 fr. 10, contre 140 fr. 75 le beurre danois, 138 fr. 72, le beurre français, 132 fr. 03, le beurre hollandais, tous importés. (Tisserand' : Prix des beurres. de diverse provenance sur le marché de Londres. — Communication faite à la Société Nationale d'agriculture, séance du 11 mai 1904. — Bulletin des séances de la soc. nat. d'agriculture, 1904, p. 393).
(2) Cf. Anderson Graham, loc. cit., pp. 33-34.
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L'Angleterre a importé, en 1908, pour 203 millions de francs d'œufs et de volailles !. Cet énorme afflux ne pèse pas sur le marché ; il n'arrive même pas à alourdir les cours : les produits indigènes restent au-dessus de la concurrence. Les œufs importés ont souvent été conservés pendant des mois, soit par le froid, soit par un séjour prolongé dans l’eau de chaux. En tout cas, ils arrivent de loin ; les quatre cinquièmes viennent de Russie, d'Autriche et de Danemark. L'Egypte, l'Italie, le Maroc et la France fournissent le reste. Pour les œufs russes, le voyage dure de 28 à 40 jours ; de 14 à 20 pour les œufs autrichiens, de 7 à 9 pour les danois. A leur arrivée, ils ne sont déjà plus d'une absolue fraicheur. Au surplus, leur grosseur est d'ordinaire inférieure à celle des œufs anglais. Aussi se vendent-ils moins cher. Une partie seulement entre dans la consommation des classes pauvres, et le reste sert à la prépation de pâtisseries inférieures ou à divers usages industriels. Seuls, les œufs français pourraient faire une sérieuse concurrence aux produits indigènes. Les consommateurs anglais ont une prédilection marquée pour les œufs à coquille brune. Or, tandis que la majeure partie des œufs danois, pondus par des poules de race italienne, ont la coquille blanche, ceux du nord de la France et, plus spécialement, ceux des environs de Calais sont habituellement bruns. Aussi les Calais Browns jouissent-ils sur le marché de Londres d’une réputation bien établie qui leur vaut des prix égaux et parfois supérieurs à ceux de leurs concurrents anglais. Dans l’ensemble, du reste, les œufs français sont les plus chers de tous les œufs importés et leurs prix serrent de près ceux des produits indigènes.
(1) Agric. Stat., 1908, p. 292.
Ainsi, au mois d'octobre 1908, on cotait sur le marché de Londres les valeurs suivantes 1 :