‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 23 sur 90 · TA · texte numérisé non relu

TA

CP cho

de vue commercial, nombre de cultivateurs irlandais en sont encore aux vieux errements. Quant à la production, l'I. A. O. S. résume ainsi ses griefs ; « 1° Les poules ne sont pas des pondeuses de bonne race et ne pondent pas plus d’une centaine d'œufs par an ; ces œufs ne se vendent pas plus de 8 d. la douzaine en moyenne annuelle. — 2° On garde les poules trop vieilles : il n’est pas rare qu’on les garde cinq ans. On ne devrait pas les conserver pour la ponte au delà de deux ans et demi; il faudrait les vendre vivantes. — 3° Actuellement, elles ne pondent pas en hiver, au moment où les œufs sont le plus chers, parce qu’elles ne sont pas nées au moment opportun, qu'elles sont trop vieilles, ou qu’elles ne sont pas des pondeuses de bonne race et qu’on ne les nourrit pas, qu'on ne les loge pas convenablement. — 4° Les œufs ne sont pas convenablement mis en vente. Ils sont vieux, de grosseur inégale, quelquefois sales ; on les vend dans des caisses grossières, vilaines, emballés parfois dans de la paille humide et moisie » !. Enfin, dans la plus grande partie de l'Irlande, on n'élève pas le poulet de printemps ou d'hiver, qui se porte au marché sans engraissement préalable pourvu qu'il ait été bien soigné et soit en bon état. Pour ces poulets, il n’y a généralement pas en Irlande de marché régulier. Ils se vendent sur place au prix ridicule de 6 à 9 d. pièce, et c’est, peut-être, tout ce qu'ils valent ?. Ainsi le champ reste ouvert à des progrès considérables encore, dont la réalisation, aux yeux de M. Verney Carter, comme de l'I. A. O. $S., est du domaine de la coopération.

D'ores et déjà cependant la basse-cour donne un revenu égal, souvent supérieur à celui du blé. Il y a trente-un ans, en 1878, on évaluait à 6 000 000 L. environ la production annuelle en volailles et en œufs des agriculteurs anglais. Aujourd'hui, elle ne paraît pas inférieure à 11 700 000 L. : elle a doublé *.

y Id pa:

(3) E. Brown : The poultry industrie in prospect. (lustr. Poultry Record, nov. 1908), p. 82.

Or M. R. H. Rew ! estime à 11 703 000 L. en 1907, à 10 370 000 L. en 1908, la valeur du blé récolté. Rien ne saurait mieux que cette comparaison souligner l'importance prise par la bassecour dans les exploitations d’outre-Manche. Il serait intéressant de mesurer le progrès dans les différentes parties du Royaume-Uni. Malheureusement, c'est impossible. En 1884, on recensa, en Grande-Bretagne seulement, 16 061 017 volatiles, dont une grosse majorité de poules (12 300 000). Depuis lors, ce recensement n'a plus été opéré qu’en 1908 et les Staüistiques agricoles annuelles (Agricultural Statistics) n’en ont pas encore fait connaître les résultats. A titre de renseignement, nous dirons seulement que dans une paroisse des Middlands, que M. Ed. Brown considère comme assez typique, la densité de la volaille a quintuplé depuis dix ans ?. Il faudrait bien se garder toutefois de généraliser ces proportions ; il est très vrai que la population des basses-cours s’est sensiblement accrue ; mais vraisemblablement elle n’a même pas doublé depuis 1878 dans l’ensemble de la Grande-Bretagne. Pour l'Irlande, le ministère de l’agriculture et de l’instruction technique (Department of Agriculture and Technical Instruction for Ireland) recense annuellement la population des basses-cours. Et ces recensements révèlent un accroissement constant. En 1871, l'ile possédait 11 717 182 têtes de volailles diverses ; 18 810 717 en 1901 et 18 976 798 en 1906 ÿ. À partir de 1907, le recensement du jeune bétail fut mieux fait et l’on arriva en 1908 à compter 24 030 099 têtes #, soit environ 1 378 par 1 000 acres. Si maintenant on recherche dans quelles régions l'élève de la volaille est particulièrement prospère, il est curieux de remarquer que, dans les comtés de l'Ulster central et occidental, ainsi que dans les comtés adja-

(1) Agric. Stat. 1908, p. 103.

(2) E. Brown : The poultry industry in retrospect, (loc. cit., p. 18).

(3) Agric. Stat. of Ireland, 1907, p. XVII.

(4) Agric. Stat. of Ireland : Abstracts Showing the acreage under crops and the number of live stock, 1907-08. — P. 10, 19 sq.

re

cents de Leitrim (Connaught) de Longford et de Louth (Leinster), la population des basses-cours est plus dense que partout ailleurs :

Comté de Monaghan...... 2 979 têtes par 1 000 âcres. ru dArmaph.. "#1. 2618 4 Ci DOWTNE. ne rt 2 082 — — sode Cavan tn er, 2034 — — madelOouthE Ar. 1951 — -- REdléeryrone se 1 808: — —

— de Fermanagh..... 1673 — —

—. de Longford........ 1553 — —

Or, dans ces comtés, la petite exploitation domine; les fermes de moins de 30 acres représentent de 82 (Cavan) à 89 o/o (Armagh) du total. Au lieu que dans les comtés ou la volaille est clairsemée, les grandes exploitations sont plus répandues :

Comtés Densité de la volaille Pourcentage des exploitations —= Têtes par 1000 acres de moins de 30 acres Kildare 721 69 o/0 King's 675 69 o/o Clare 693 59 0/0 Wicklow 587 58 0/0

L'élève de la volaille se développe donc chez les petits exploitants. Ce sont eux, en effet, comme nous le verrons par la suite, qui sont le mieux à même de lui donner les soins nécessaires. Et souvent l’ouvrier agricole ou industriel qui dispose d’un lopin de terre entretient des poules dont les œufs lui font un supplément de revenu qui n’est point toujours négligeable.

A l'heure actuelle, l'Irlande exporte une grande quantité de produits de basse-cour. En 1906, ses envois en Angleterre représentaient une valeur excédant 3 500 000 L.. La volaille y comptait pour 725 441 L., les œufs pour 2 727 410 L. et les

plumes pour 59 064 L.1, Dans son rapport, M. W. G.S. Adams constate que l'Irlande est pour les œufs le second des fournisseurs de la Grande-Bretagne en quantité, le premier en valeur, et qu'aucun autre pays n’y envoie une égale quantité de volailles vivantes ou mortes. Rien ne pourrait mieux démontrer l'importance prise de nos jours par cette branche longtemps négligée de l'exploitation agricole.

De la volaille ainsi exportée, une part est destinée à la consommation immédiate, une autre à l’engraissement. Car, dans la poultry industry, une spécialisation marquée s’est introduite : les uns, ce sont les agriculteurs, ce sont aussi des artisans et des ouvriers des champs disposant d’un lopin de terre, se bornent à élever les jeunes animaux ; les autres, qui sont déjà de vrais industriels en Angleterre, des coopératives en Irlande, les engraissent et les préparent pour la table. Tantôt l'élève se pratique accessoirement aux autres traaux agricoles ; tantôt elle est la fonction principale ou exelusive d’un aviculteur spécialisé. Au premier cas, on peut aller jusqu’à entretenir quinze poules par acre ; elles donnent peu de tracas et c’est sans doute alors que, suivant la formule de M. A. Graham ?, le soin de la volaille comporte seulement le travail d’une enfant de quinze ans à ses moments perdus. Le profit n’est cependant pas à dédaigner ; l’engrais paie la maind'œuvre ; d'autre part, les vers, les insectes, les graines, que les poules trouvent dans les champs et les prairies permettent au moins pendant six mois de l’année une sérieuse économie de nourriture Ÿ. L’agriculteur retire de ses poules un

() Report on the trade in imports and exports at irish ports during the year ending 31 st. december 1906. — Dublin, Thom, 1908 ; Cd. 4126. — pp. XI et XVII. — Les plumes blanches se vendent plus cher que les plumes noires.

(2) Loc. cit., p. 128. — Cf. A. Pratt: The Transition in Agriculture, p. 160.

(3) Geo. A. Palmer : The L. S. D. of poultry Keeping (ustr. Poultry Record, nov. 1908), p. 80.

Lis.

revenu net moyen dle5 s. à 5 s. 1/2 par tête 1. Et, s’il vend des poulets, chacun lui rapporte de 1 s. 1/2 à 2 s. en moyenne ?.

L'élève exclusive de la volaille implique plus de travail et plus de soin. Elle nécessite d'abord un choix plus attentif des espèces ; elle suppose une production continue, en hiver commeen été, des œufs et des jeunes poulets, destinés les uns aux engraisseurs, les autres au marché. Alors il faut plus d'habileté, plus d'expérience et de savoir faire. Il n’est pas rare de voir des entreprises de ce genre échouer misérablement, parce que, pour augmenter les profits, les éleveurs ont tendance à surpeupler leurs basses-cours et leurs pares. La prairie se détériore vite et le revenu diminue tous les ans ?. C'est ce qui a fait dire que la spécialisation était en ces matières une mauvaise opération. Ce qui est vrai, c'est qu'avant de se livrer à l'élève exclusive de la volaille, il faut faire un apprentissage sérieux. On peut ensuite tirer de chaque bête un revenu annuel moyen de 5s.#. Cette industrie se pratique généralement sur de petites exploitations entièrement converties en prairies. D'ordinaire les poulets sont vendus à des engraisseurs. Quelquefois cependant, et c'est ce qui se passe notamment dans les environs d'Exeter, ils sont livrés directement à la consommation, sans engraissement préala- Die

Mais, en général, le marché anglais veut des volailles grasses. I] faut, pour trouver à se vendre un prix raisonnable, qu'un poulet pèse de 6 à 7 Ibs.. Plus gros et plus gras, il perdrait de sa qualité et de sa finesse. A Noël, toutefois, certains consommateurs exigent des animaux plus gros qui pèsent une dizaine de livres 6. Alors l’engraissement est plus long. C’est

(1) Id., ibid... — Cf. Cooperative Poultry Societies, p. 6.

(2) Cooperative Poultry Societies, p. 8.

(3) Geo. A. Palmer, loc. cit.

(4) Id., ibid.

(5) A. Pratt : The Transition in Agriculture, p. 163.

(6) J. W. Hurst : Fattening Chickens for Christmass. ({lust. Poultry Record, nov. 1908, p. 102). 11

LR». . A4 )]

PTE

une opération délicate qui suppose chez qui la pratique beaucoup d'expérience. Donner à chaque animal la nourriture nécessaire, ni plus ni moins, tout ce qui est donné en sus étant perdu et entraînant souvent un arrêt dans l’engraissement, graduer le régime, le varier suivant les sujets qu'il faut d’ailleurs savoir choisir, suivant la période du traitement, ne sont point choses toujours aisées ; c'est ce qui explique la spécialisation très marquée de cette branche d'industrie. L’engraissement dure habituellement trois semaines. Les dix ou douze premiers jours, les volailles sont enfermées dans des épinettes en plein air, bien abritées ; on ne leur laisse que peu d’espace pour qu'une agitation intempestive ne contrarie pas le traitement ; pour nourriture, on leur donne une pâtée de farines diverses (préférablement d'avoine) délayées dans du lait écrèmé. La dernière semaine, elles la passent dans d’autres épinettes fixées au mur d’un hangar aéré. On les gave, soit à la main, soit à l’entonnoir, soit à la machine, de la même bouillie, additionnée dans les derniers jours d'un peu de graisse 1. En Angleterre, cette industrie a son centre dans les comtés de Surrey et de Sussex et les poulets de Surrey se sont faitune précieuse réputation. Heathfield et Uckfield (Sussex) ont, en 1904, expédié 2 159 tonnes de volaille morte, soit environ 1 165 860 têtes ?. Les engraisseurs de la région drainent tous les oiseaux de basse-cour de la Grande-Bretagne. Ils sont même obligés d'acheter des volailles maigres en Irlande, dans les comtés de Kilkenny, Waterford et Wexford principalement, malgré des prix de transport élevés qui atteignent, par la voie la plus courte et la moins onéreuse, 7 L. (175f) par tonne 5. Après engraissement à Heathfield ou Uckfield, les poulets de Leinster se vendent à Londres comme volailles du Surrey. Aujourd’hui, il est vrai, il s’est fondé en Irlande des

(1) H. de Courcy, loc. cit., pp. 264 sq. — Engraissement de la volaille. (Bulletin mensuel des Renseignements agricoles, juin 1909, pp. 755 sq.).

(2) Edwin A. Pratt : The Transitior-in Agriculture, p. 159.

(3) Id., p. 161.

> ot NET. Li ah LE ve DOS 7 ARR EE de cu sf dd

ve 5 Nue.

coopératives en assez grand nombre qui engraissent ellesmêmes le bétail indigène et l'expédient directement aux grands marchés d'Écosse et d'Angleterre !. Mais elles n'obtiennent pas d'aussi bons résultats que les engraisseurs du Sussex. « Une fois engraissés, les poulets d'Irlande sont souvent beaucoup plus gros que ceux de Sussex ; mais sur les marchés de Londres, au début de la saison, ils n'atteignent pas des prix aussi élevés. Cela tient à ce que les volailles sont plus avancées en âge et, par suite, la chair moins tendre et pas aussi bonne. Pour y remédier, on devrait conserver lès poulets en croissance normale, sans engraissement, jusqu'à l’âge de dix ou douze semaines, époque à laquelle on pourrait commencer à engraisser. À l’heure actuelle, beaucoup de poulets vendus par des marchands irlandais atteignent l'âge de quatre à cinq mois. Dans le comté de Sussex, les poulets sont toujours élevés en vue de l’engraissement et reçoivent une nourriture conforme à ce but. La nourriture se compose essentiellement d'avoine finement moulue mélangée avec du lait écrémé par écrémeuse centrifuge, à partir de l’éclosion jusqu'à la vente au marché ; il n’y a pas de grande variation d'alimentation quand les oiseaux sont mis en gaveuse. De cette façon, le processus est toujours conforme au but final, tandis qu'en Irlande on emploie un système différent où, probablement, le maïs forme la plus grande partie de l’alimentation. ... Le traitement du jeune exerce une influence sur les qualités à l’engraissement: un poulet bien nourri sera finprêt pour le marché beacoup plus rapidement, et de plus ser: capable d'atteindre un maximum d’engraissement qu’on ne pourrait réaliser avec un jeune mal nourri » ?. L'avantage, en un mot, appartient aux spécialistes qui pratiquent scientifiquement l'élevage comme l’engraissement de la volaille.

(1) H. de Courey, loc. cit.

(2) Engraissement de la volaille, loc. cit., pp. 755 et 757,

Dès que l’homme s'enrichit ou que la vie lui devieñt plus facile, son alimentation s'améliore et se diversifie. De tous les travailleurs européens, l’ouvrier anglais est le mieux payé ; ses salaires ont progressé à peu près sans arrêt. D'autre part, le prix du pain et de la viande a sensiblement diminué. Ce qui a fait la ruine et le désespoir du producteur a fait la joie du consommateur. Les suppléments de salaires, comme aussi les sommes rendues disponibles par le bon marché des céréales et de la viande, sont tout d’abord consacrés à améliorer le régime alimentaire. Après le bœuf, après le lait et la volaille, les fruits et les légumes, et non pas seulement les légumes communs, comime le chou ou la pomme de terre, qui sont la nourriture presque exclusive des plus pauvres, mais les légumes fins, comme le céleri ou les asperges, y ont fait leur apparition. Non pas, sans doute, que tout ménage ouvrier puisse s’en payer le luxe ; mais la classe favorisée qui les achète s’élargit chaque jour ; la consommation progresse, et non pas seulement celle des fruits frais, mais celle aussi du cidre et des confitures, dont la gelée de pommes est invariablement la base, et dont le bas prix du sucre, sur le marché anglais ouvert aux produits primés des raffineries continentales, a singulièrement stimulé la fabrication. Il n'est pas jusqu'aux fleurs qui ne trouvent plus d'amateurs sensibles à leur beauté, désireux d'en égayer leur home et de marquer leur mieux être par un souci plus grand de la décoration. Or, et là sans doute transparaît cet orgueil national bien connu, rien, au goût des Anglais, ne vaut les produits du pays. Il faut bien, au reste, reconnaître que les fruits et les légumes, venus en des contrées plus favorisées, telles la France et la Californie, sont cueillis avant maturité : plus fermes, ils supportent mieux le voyage. C'est une première

ee

8 nt OR TEE El APE f: px nerr PURE AL ULENTe x Ve # L NE, : 2 + L Co 7 e ha Le, : t Re $ g 7 * DT . s * > CE FA A ; & ONE, Î

infériorité. De quelques précautions qu’on entoure leur transport, quelque rapide qu'il soit, — et l’on sait qu'en tous pays les Compagnies de chemins de fer et de navigation ont organisé des services spéciaux, — fruits et primeurs arrivent défraichis, meurtris par les manipulations subies. L'aspect et le goût s’en ressentent ; et l’on comprend, dans une certaine mesure, la préférence que les consommateurs anglais accordent aux produits indigènes. Comme les éleveurs, comme les laitiers et les poultry men, maraichers et horticulteurs jouissent ainsi, nous ne dirons pas d’un monopole, mais d’un sérieux avantage sur leurs concurrents d'au delà les mers. La compétition continentale ou américaine ne les touche guère ; du moins elle ne leur est pas encore bien cruelle. Les prix restent raisonnables et la culture maraïchère ou fruitière, la production des fleurs sont encore rémunératrices !. Elles ont prospéré.

Les statistiques officielles ne donnent aucune indication sur l’extension de la culture maraîchère. Quelques légumes seulement font l’objet de renseignements précis. Si, depuis 1875, la superficie semée en pommes de terre n’a guère changé en Grande-Bretagne, elle a, par contre, diminué de moitié en Irlande ? : ce n’est pas de ce côté que s’est orientée l’agriculture. Mais les choux, qui, en 1881-85, couvraient 31 597 acres seulement, s'étendent en 1908 sur 69120 acres en Grande-Bretagne %. En Irlande, l'étendue qui leur est consacrée est passée de 28 496 acres à 39 147 entre 1881 et 1908 #. Le

() V. sur tous ces points A. Graham, loc. cit, passim ; chap. XV à XVII. — Pratt : The Transition in Agriculture, passim, Chap. IV à XI. — The organisation of agriculture, pp. 413 sq.. — Rider Haggard, loc. cit.,

passim.

(2) Superficie occupée par les pommes de terre : Grande-Bretagne Irlande 1877-86 544 000 acres 1871 : 855 293 acres 1908 562 000 — 1908 : 587230 —

(3) Agric. stat. 1907, p. 13 ; 1908, p. 22.

(4) Agric. stat. of Ireland, 1907, p. XIT. — Id. Abstracts for 1907-06, p. 9.

te Ru

progrès est accusé surtout dans les comtés de Kent, d'Essex, de Cornouailles et deLincoln. Il ne l’est pas moins pour.les laitues, céleris, choux-fleurs, carottes, petits pois etc... Seulement ici les chiffres manquent et nous devons nous borner à peu près exclusivement à donner une idée du trafic auquel ces divers produits agricoles donnent lieu aujourd'hui. Dans les comtés de Lincoln et de Huntingdon, il n’est pas rare de trouver des champs de 100 acres (40 Ha.) et plus en céleri ; les agriculteurs qui le font venir sur leurs minuscules allotments sont innombrables. Aussi voit-on de petits villages, comme Surfleet et Haxey, expédier chaque jour, pendant deux mois par an, jusqu'à 40 et 80 tonnes représentant 48 000 et 96 000 pieds. Annuellement, l'Essex envoie à Londres de 9 000 à 10 000 tonnes de petits pois. De la deuxième semaine de juin jusqu'à la fin juillet, le Great Eastern Railway organise pour les transporter quatre trains spéciaux par semaine. Chaque train comprend 30 wagons, portant chacun 2 tonnes ou 2 tonnes 1/2 de légumes. Depuis vingt ans, le trafic a augmenté de 15 à 20 0/0. Les environs de Leeds se sont fait une spécialité de la production de la rhubarbe. Cinq à six milles tonnes en sont annuellement expédiées à destination de Londres par des trains, qui, durant trois mois et demi, circulent tous les jours, sauf le samedi et le lundi. Aux environs d'Evesham (Gloucestershire), la culture des asperges est particulièrement en faveur. De petits lots de 1 à 3 acres, parfois de 6 acres, quasiment abandonnés, il y a une vingtaine d'années, sont maintenant loués à des prix élevés par des ouvriers qui dépensent de grosses sommes pour planter des asperges. On pourrait multiplier les exemples ; un dernier suffira à fixer les idées et à montrer dans quelles proportions la culture maraichère s’est développée et industrialisée : Sandy (Bedfordshire) expédie en une semaine jusqu'à 16 tonnes de persil ; et en une année, le village et ses environs en fournissent six cents tonnes à Glasgow. Bien qu'une concurrence locale très développée ait déjà sensiblement réduit les bénéfices, la

culture des légumes prospère et, dans certaines régions, notamment dans le South Lincolnshire, elle gagne même sur l'élevage 1,

D'autre part, en 31 ans, l'étendue des vergers s’est accrue de 64 0/0 dans le Royaume-Uni. En Grande-Bretagne seulement, ils ont, de 1897 à 1908, gagné 25 000 acres. Les petits fruits (small fruits), fraises, groseilles, framboises, etc, qui, en 1888, ne couvraient encore que 36 724 acres, en couvrent aujourd'hui 84 880 ?. En Irlande où les recensements agricoles ne donnent de renseignements que depuis 1906, s'annonce un progres analogue à :

1906 : 10 802 acres de fruits de toutes sortes 1907 : 11 449 — 1908 : 12 129 —

Le comté de Kent et le Middlesex sont toujours les vergers de Londres. Mais, au lieu que jadis la production fruitière était pour eux presque un monopole, aujourd'hui, les comtés de Cambridge, Worcester, Gloucester et Lincoln en Angleterre, la vallée de la Clyde et la région de Blairgowrie sur les derniers contreforts des Grampians, aux pentes dominant la vallée de Stratmore, en Ecosse, enfin le comté de Cork, en Irlande, sont devenus les principaux fournisseurs du marché britannique. L’Angleterre, plus méridionale ou plus favorisée par le climat, moins montagneuse, est d’ailleurs plus riche en vergers que l’'Ecosse ou le Pays de Galles. Sur une étendue totale de 308 859 acres que couvrent en Grande-Bretagne arbres fruitiers et plantes à petits fruits, l'Angleterre, proprement dite, pour sa part seule, .en compte 295 000 *. Deux des plus grands centres de production sont la région de Wisbech

(1) Cf. sur tout ce qui précède A. Graham, loc. cit., passim ; Pratt : The Transition in Agriculture, passim.

(2) Agric. stat., 1907, p. 14 ; 1908, pp. 16 et 81.

(3) Agric. stat. of Ireland : Abstracts for 1907-08, p. 8.

(4) Agric. stat. 1907, p. 15.

(Cambs) et la vallée d'Evesham, ou plutôt dans son prolongement, les environs de Toddington. A lui seul, Wisbech expédie en une seule saison de 14 000 à 15 000 tonnes de fruits. La culture est extrêmement variée et comprend à peu près toutes les espèces des pays tempérés. Les plus répandus, de beaucoup, parmi les arbres fruitiers, sont incontestablement les pommiers. Sur une étendue de 250 297 acres de vergers (Grande-Bretagne), ils en couvrent 172 751. Les pruniers et les cerisiers viennent ensuite avec 15 683 et 11 868 acres respectivement. Quant aux petits fruits (84 880 acres), ils se répartissent en fraises (28 815 acres), groseilles (26 241), framboises (9 323) !, etc... Le commerce des fraises se développe rapidement comme dans le sud-ouest de la France. La prépondérance des pommes, d'autre part, explique l'extension prise par la fabrication du cidre (Somerset, Hereford) et des confitures. Le Royaume-Uni compte de deux à trois cents fabriques de confitures ; cinq d’entre elles, seules, consomment annuellement 20 000 tonnes de fruits. Avant la récolte, les fabricants visitent les districts producteurs et achètent les fruits encore pendants. Du reste, la majeure part des fruits indigènes n'est propre qu'à cet usage ; un dixième seulement est bon pour la consommation à l’état frais ?. Un commerce important s’est cependant organisé : la fonction a créé l'organe. Il y a cinquante ans, le marché aux fruits de Manchester se tenait dans la rue; il s’y traitait fort peu d’affaires. Aujourd'hui c’est un beau marché couvert de 5 à 6 acres. À Leeds, en 1854, il n'existait que trois marchands de fruits ; il ÿy a aujourd’hui vingt commerçants en gros et une infinité de détaillants. En outre le marché a été agrandi. L'histoire des marchés de Birmingham et de Glasgow est toute semblable. A la production des légumes et des fruits, souvent est jointe celle des fleurs. Depuis quelques années, l'horticulture est

(1) Agrie. stat. 1908, p. 16.

(2) Tariff Commission, loc. cit., S 955.

devenue une industrie qui se pratique en grand sur des dizai- - nes et des centaines d’acres. Il n’est pas rare aujourd’hui qu’à la place ancienne « des froments dorés, ondulant à la brise, on voie des acreset des acres de fleurs ». L’un possède 16 acres de narcisses d’une seule variété ; un même marchand lui prend chaque année toute la récolte. Un autre a 120 000 rosiers. À Worthing, on montrait une pépinière de 190 000 chrysanthèmes. Sans doute, ce sont là des exceptions d'autant plus singuliéres que la culture des fleurs pour la vente est surtout pratiquée par de petits exploitants. Ce sont cependant des exemples caractéristiques et qui montrent combien cette nouvelle branche de l’agriculture s’est developpée depuis peu. Les tenures sont morcelées, mais tout entières couvertes de fleurs. Cette culture est la spécialité des îles Scilly 1, du Cornouailles et du Lincolnshire. L'une de ses branches les plus intéressantes et les plus prospères est certainement la production des gousses à fleurs, telles celles de narcisses, de tulipes ou de jacinthes. Jadis, la Hollande avait, pour ainsi dire, le monopole de ce commerce ; elle expédiait en Angleterre. Aujourd'hui les îles Britanniques non seulement alimentent leur propre marché, mais encore exportent en Hollande. Il est probable toutefois que la plupart de leurs oignons leur reviennent, plus vieux d’un an et baptisés oignons de Hollande. Cette culture convient particulièrement au Lincolnshire qui est ainsi un jardin complet où alternent légumes, arbres fruitiers et fleurs de toute espèce. « Comparez, dit un horticulteur de ce comté, les oignons du Lincolnshire à ceux de Hollande : les nôtres sont incomparablement supérieurs. Le sol du Lincolnshire est plus propre que le sol hollandais à la production des plantes à oignons, spécialement des narcisses et des jacinthes. La plupart des oignons hollandais sont gros, c’est vrai ; mais ils sont mous et n'ont pas müri. N'ayant pas suffisamment müûri, ils

(1) Les Iles Scilly ont expédié 296 tonnes de fleurs en 1898 et 767 tonnes en 1904. La tonne compte environ 150 000 fleurs. (E. A. Pratt : The Organization of Agriculture, p. 411).

ne fleurissent pas aussi bien que les variétés plus petites el plus fermes produites dans le Lincolnshire. En Hollande, ils viennent généralement dans le sable, la bouse de vache et, pour ainsi dire, dans l’eau. D'où le manque de fermeté dont je parle. Dans le Lincolnshire, nous avons un sol excellent, sans excès d’eau. Les oignons, poussant en automne, en hiver et au printemps, y mûrissent en été, quand l'humidité est suffisante, sans être excessive. C’est pourquoi ils sont supérieurs à ceux de Hollande » f.

Mais légumes, fleurs et fruits souffrent souvent du climat humide et frais, sinon froid, de l'Angleterre. Le soleil leur manque. Il est bien vrai que quelques cantons, mieux abrités par des contreforts montagneux, étalés au soleil, sont privilégiés et rivalisent avec les centres producteurs de France ou de Californie. Maïs ils sont rares. Le climat est en général maussade. Et souvent les fruits ne mürissent pas en plein air. L'art, heureusement, a suppléé à la nature : la production sous verre s’est répandue. En Angleterre, seulement, d’après le Fruit Growers’ Yearbook de 1905, il y a 1500 acres sous verre, ce qui représente une serre large de dix pieds et plus longue que l'Angleterre. Vers 1860, il n’y en avait guère que 200. Aujourd'hui les serres donnent 6 000 tonnes de tomates, 2 000 de pêches, 1 500 de raisins, etc. Elles se sont concentrées autour de Londres, dans l'angle sud-est du Hertfordshire, dans la vallée de la Tamise et sur la côte du Sussex. Le bourg de Worthing (Sussex) en compte 1 220 ?. Placées bout à bout, elles yatteindraient une longueur totale de 32 1/2 milles. La plus grande a 861 pieds de long et 20 de large. On voit quelles proportions elles peuvent atteindre. Grâce à elles, on remédie à la défectuosité du climat et on produit en Angleterre des fleurs et des fruits qui rivalisent avec les primeurs importées.

Le trait commun aux diverses branches d'agriculture que

(1) Edw. À. Pratt : The Transilion in Agriculture, p. 81. (2) Id: p.90,

nous venons de passer en revue, c’est qu’à part des exceptions, notables sans doute, mais en définitive assez peu importantes, elles sont cantonnées sur les petites exploitations. Les témoins entendus par la Tariff Commission en ont fait l'observation unanime, corroborée par les études de M. Pratt et de M. Graham. Dans la région d'Evesham, où elles prospèrent plus peut-être que partout ailleurs à raison du voisinage des grands centres industriels ou miniers, c'est sur de petits domaines de 1 à 3 acres, quelquefois de 6 acres, que se cultivent les asperges. Dans la paroisse de Holt (vallée de la Dee-Denbighshire), 80 0/0 des propriétaires possèdent de 1 à 3 acres, 10 0/0 de 3 à 10 acres et 10 o/o seulement plus de 10 acres. Là se développe la culture de la fraise, qui supplante la production des céréales et même la fabrication du fromage. En Ecosse, un ouvrier des champs achète un lopin de 1 acre etle plante d'arbres fruitiers. La culture sous verre n'échappe pas à la loi commune. La petite propriété, ou, mieux, la petite exploitation a trouvé dans l'élève de la volaille, le commerce du lait, des légumes, des fruits et des fleurs, un moyen d'obvier en quelque mesure à la crise. C’est elle qui s’est plus particulièrement adaptée en sacrifiant la production des céréales à ces diverses branches secondaires de l’industrie agricole qui demandent beaucoup d’attention, de soin et de travail. Cette première forme de l'adaptation, celle qui s'opère par voie de substitution des cultures rémunératrices aux cultures désavantageuses, semble ainsi plus spéciale aux petits exploitants, qu'aucun outillage compliqué ou coûteux, aucune maind'œuvre trop chère n’immobilisent dans un genre de production. Il en est autrement de la seconde.

CERCCIEETCALE

Les Méthodes

La production maraichère et horticole implique une transformation des méthodes de culture. Par les soins, la maind'œuvre, les engrais abondants qu’elle exige, elle est de l’exploitation intensive. Et ceci nous révèle un second aspect de l'évolution. Par un premier moyen, par la substitution de l'élevage, de la culture des légumes et des fleurs, de quelques occupations accessoires enfin, à la production des céréales, les exploitants s’ingénient à porter sur le marché les produits les moins dépréciés. En même temps, et c’est cette seconde forme de l'adaptation qui fait l'objet de ce chapitre, ils s’efforcent d'améliorer les produits, augmentant par là leur valeur, et de diminuer le coût de production à l'unité, soit par la compression énergique des dépenses, notamment, par l’économie de main-d'œuvre, soit par une culture et un élevage à la fois plus intensifs et plus rationnels : « Si le fermage anglais, malgré la réduction des prix, peut être cependant rémunérateur, c’est grâce à l'intensité et à la supériorité de la prodution » f.

En Angleterre, le machinisme, la culture intensive et scientifique trouvaient en effet un milieu essentiellement propice. La nécessité de faire face à des conditions commerciales défavorables les a imposés un peu partout, du moins dans

(1) À. Dulac, loc. cit., p. 167.

l'Europe occidentale. Mais nulle part ils ne pouvaient mieux qu’en Angleterre convenir à la mentalité des agriculteurs, comme à l’organisation de la propriété et de l’exploilation. On n'a pas tout dit, en effet, quand on a opposé le fermier anglais, instruit, homme d’affaires, industriel en son genre, au paysan français ou de l'Allemagne occidentale, timide et ignorant. Il est bien certain que ces grands exploitants sont moins enclins à la routine, plus accessibles aux idées de progrès, plus ouverts aux nouveautés qui bouleversent l’agriculture. Dans leur exploitation, ils apportent à la fois un peu de l'esprit d'initiative qui se donne libre carrière dans l'usine et beaucoup de ce sens pratique des affaires qui caractérise l’Anglo-Saxon. Mais, en plus, ils apportent aussi ec qui manque à tant de nos paysans, surtout dans le centre et le sud-ouest de la France, ce que ne parvient pas chez nous à suppléer le crédit agricole, je veux dire des capitaux : l'argent est le nerf de la culture intensive. À ce point de vue, le 1égime de l'exploitation agricole en Grande-Bretagne est particulièrement favorable. Le fermage assemble les ressources du propriétaire et du fermier ; l’un apporte le capital agricole, l'autre le capital foncier. Au lieu que chez nous la réunion sur üne même tête de la propriété et de l'exploitation exigeraient du paysan des sacrifices qu’il ne peut se permettre. Au surplus, les grandes exploitations, seules ou presque seules, se prêtent à la spécialisation et à la division très poussée du travail, comme à l'emploi régulier des machines !. Sur un petit domaine, que pourraient faire tout le long de l'année des travailleurs spécialisés, adonnés à une seule branche du travail agricole? La même personne est alternativement pâtre ou bouvier ; quand elle ne tient pas le manche de la charrue, elle manie la faux ou la bêche. La femme même, qui trouve cependant dans les travaux intérieurs et l'entretien de sa

(1) Cf. Sur ce point J. Hitier : L'Agriculture Moderne et sa tendance à s'industrialiser. (Rev. Econ. Pol. t. XV. 1901), pp. 755 sq.

re

basse-cour une occupation permanente, ne s’abstient pas d'aller aux champs. Ajoutons enfin que sur les petites exploitations, et sauf exceptions, la production est extrêmement variée et comprend à peu près tout ce qui est nécessaire dans un ménage. Le vêtement seul vient du dehors. D'autre part, est-il besoin de demander combien de temps les machines, à supposer que le petit agriculteur en püt acheter, resteraient inactives, c'est-à-dire improductives, après l'achèvement très rapide, de travaux peu importants ? Ce n’est que sur les grandes étendues, où ils font beaucoup de besogne et économisent beaucoup de main-d'œuvre, que l'emploi des machines et instruments perfectionnés est profitable. Partout ailleurs, — et sauf le cas de groupements coopératifs, comme il s’en fait en Danemarck, comme il commence à s’en créer dans le Royaume-Uni, — il est ruineux !. Ainsi, au triple point de vue de l'amélioration du sol, des cultures et des espèces animales, de la spécialisation et de l'emploi des machines, la grande exploitation est bien moins que la petite, — la banlieue des villes exceptée, — réfractaire à l’industrialisation des méthodes agricoles. Déjà au temps où Léonce de Lavergne visitait le comté de Devon, où abondent les petites tenures de 5 à 20 hectares, il constatait que ce n'étaient pas leurs exploitants, généralement pauvres, qui avaient fait progresser la culture. C'était au contraire sur les grandes exploitations de 200 à 250

(1) Citons un exemple. M. Ringelmann estime que la moissonneuse simple est d’un emploi économique dès qu'on a plus de 12 hectares de blé à récolter par an ; la moissonneuse lieuse, dès qu'on en a plus de 16 hectares. (Moissonneuses-javeleuses et moissonneuses-lieuses : limite économi-

que de l'emploi de ces machines. — Journal d'Agriculture pratique, 1901, I, p. 506). — « Le prix élevé d’un matériel de labourage à vapeur et aussi

les conditions techniques de l'opération font que la charrue à vapeur n’est économique et ne fonctionne pratiquement que dans les exploitations qui opèrent sur un gros chiffre d'hectares et dans lesquelles on n’est pas gêné par le morcellement. Voilà pourquoi la charrue à vapeur est plus largement utilisée en Angleterre, en Allemagne et en Autriche que

chez nous ». (J. Hitier, loc. ‘cit., Rev. Econ. Pol. XVI, 1902, p. 770).

hectares qu’on avait entrepris et mené à bien les améliorations culturales qui peu à peu transformaient le pays 1. Depuis lors, 1l n’en a pas été autrement. Il suffit pour s'en rendre compte de parcourir les enquêtes de M. Ridder Haggard et de la Tariff Commission. Or l'Angleterre est précisément la terre classique de la grande propriété et de la grande exploitation. Est-il besoin de rappeler ici qu’en 1895, les fermes de plus de 40 hectares (100 acres) occupaient 22 792 895 acres, soit 69,96 o/o de la superficie exploitée de l'Angleterre proprement dite ? À elles seules, celles de plus de 300 acres (120 hectares) comptaient pour 27,37 0/0 dans cette superficie ?. Le milieu était donc particulièrement favorable à l’éclosion et à l'extension de la culture intensive.

Certes, c'est une méthode qui coûte cher ; mais elle intensifie les rendements en de telles proportions, que chaque unité de produit revient en définitive meilleur marché. Plus on dépense par acre pour obtenir le maximum de produit brut, à condition, bien entendu, de ne pas excéder le point de saturation pour une terrre donnée, moins on dépense par bushel de blé, par tonne de pommes de terre récoltées. L'idée est aujourd'hui abandonnée qu'aucune nouvelle application de capital ou detravail ne peut en agriculture augmenter proportionnellement le produit ; la loi des rendements décroissants ne devient vraie qu'une fois atteint et dépassé ce point de saturation, que les progrès de la science agronomique reculent d’ailleurs chaque jour. Deux hectares bien fumeés et bien

(1) L. de Lavergne, loc. cit., p. 247.

(2) Agric. Stat., 1886, p. 98 ; 1896, p. 67.

cultivés, dit M. Lecouteux !, en valent quatre pour le rendement et dix pour le profit. C’est pourquoi les Anglais se sont acharnés à tirer de la terre des rendements inconnus en France et sur la majeure partie du continent. Ainsi la récolte moyenne des céréales à l'hectare a atteint en Angleterre, en Allemagne et en France les proportions suivantes pendant Ia période décennale 1897-1906 ? :

Royaume-Uni France Allemagne DIE NE 28 H'. 04 tree? 29 F2 UTP 7e. 24 fi 19; 47 « Avoine.... on 29 Da 74 «

Ce ne sont là que des moyennes féquemment dépassées. Il n’est pas rare, l'enquête de M. Rider Haggard en fait foi, que l'hectare donne 40 hectolitres de blé et des récoltes d'orge et d'avoine en proportion. Au surplus, l'Ecosse et l'Irlande obtiennent des rendements sensiblement plus élevés. Ainsi les Agricultural Statistics for freland de 1907 évaluent comme suit les récoltes moyennes à l’acre des trois principales céréales dans les diverses parties du Royaume-Uni :

(1) Cours d'Economie Rurale, I, p. 419. — Cf. J. Hitier, loc. cit., pp. 105 et 392.

(2) Agric. stat., 1908, — Statistique agricole annuelle de la France, 1906, pp. 82-84. Pour l'Allemagne, les Statistiche Jahrbücher ne donnent que la production moyenne en quintaux. La conversion est faite sur la base de 1 HI. pour 75 kg. de blé récolté. — En Danemark, les rendements sont encore plus considérables qu'en Angleterre. Ainsi, pour l'orge, le blé et l’avoine, M. R. J. Thompson (The development of Agriculture in Denmark, Journal of the Royal Statistical Society, 30 June 1906, pp. 374 sq.) donne (p. 394) le tableau comparatif suivant :

Danemark Grande-Bretagne 1875-79 1897-1903 1894-1903 Bushels par acre Bushels par acre Bushels par acre Blé 30,74 39,08 30,85 Orge 26,54 33,20 33,17 Avoine 29,34 39,68 39,06 Le bushel vaut 36 litres 34, 12

MX EST NE, Ce CEA D

AE ES ONRE, PASERe Pr EN EN A LAN AT ee BURN S Pre e) n NUE f 7 4 qé = ANR AL 1 sh EU AE LT Mars

Récolte moyenne à l’acre (1897-1906) en cwts 1. ; Blé Orge Avoine Angleterre... 16,78 14,66 14,41 Galles SLR 13,98 13,96 11,91 ÉCosses see 20,86 15,98 12,67 Irlandés ete 17,98 17,56 19,90 Les moyennes se ressentent des récoltes médiocres, recueil- | lies sur les terres infertiles où mal soignées ; et plus tard | nous verrons qu'elles abondent. Cependant leur progression | n'a pas laissé d’être remarquable. Dans son rapport sur

les statistiques agricoles de 1907, M. H. Rew la concrétise en | d’éloquents graphiques. N'ayant pas ici cette ressource, nous | devrons encore recourir aux chiffres. Voici ceux que donne la Tariff Commission ? :

Production moyenne à l'acre en Bushels

Blé Orge Avoine Fèves et pois. ?

Page 1