‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 26 sur 90 · TSI · texte numérisé non relu

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On a transporté dans l'élevage l'esprit et les procédés qui renouvelaient la culture : on fait aujourd'hui de l'élevage scientifique et intensif comme de la culture rationnelle et intensive. Et, par là, les deux modes de l’évolution agricole se

(1) Sur tout ce qui précède, cf. F. Chavée, op. cit. — Bulletin Mensuel de l'Office des renseignements agricoles. (Juin 1909), pp. 746 sq.

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rencontrent et coïncident. Comme on choisit les semences, de même on sélectionne le bétail. Et la sélection, naturellement, est guidée par le but qu’on se propose, produire, par exemple, de la viande ou du lait, et par les conditions de climat, de sol, de végétation : les pays froids et de montagne réclament des espèces rustiques, résistantes ou sobres. Les régions de gras pâturages, de température moyenne, s’accommodent de bêtes plus fines et plus délicates. C’est ainsi que peu à peu, se perfectionnant chaque jour, se sont créées les 22 races de moutons, les 15 races de bœufs, les quatre ou cinq races de pores, qui peuplent aujourd'hui le Royaume-Uni. Certes ce n’est pas d'aujourd'hui qu’elles datent pour la plupart. Et les Durham, les Dishley, les Cheviots etc. sont connus depuis plus d’un siècle. Mais ces races mêmes se perfectionnent toujours grâce à une intelligente sélection. En tout cas, l'habitude d’avoir des bêtes racées se répand ; on trouve moins de métis, aux qualités médiocres, si répandus encore il y a quelques années. Par exemple, la race porcine désignée sous le nom de Large Black Pig (grand porc noir), qui convient particulièrement au pays par sa rusticité, sa résistance, sa sobriété et son tempérament calme qui l'adaptent fort bien au pâturage, a été sélectionnée vers la fin du siècle dernier. Les essais d'élevage méthodique remontent à trente ou quarante ans. Mais ils n’ont été pleinement efficaces que du jour où se fonda la Large Black Pig Society ; ce fut en 1899. Depuis lors, la soigneuse préparation des éleveurs du grand porc noir aux grandes expositions a contribué à répandre la race dans le nord et le centre de l’Angleterre ; même dans les régions principales de l'élevage du porc blanc, et d’un pore blanc renommé, comme dans le Yorskshire, la nouvelle race gagne du terrain. On expédie des reproducteurs à l'étranger, en Allemagne, mais surtout en Australie et dans les autres colonies anglaises. Il n'y a pas bien longtemps encore, les éleveurs avaient la plupart du temps recours pour saillir leurs truies aux verrats du voisinage, ce qui ne leur permettait pas toujours d'éviter les inconvénients

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de la consanguinité : la race s’abâtardissait. Aujourd'hui, grâce à la propagande de la société, on prend soin, par l'échange répété et le choix judicieux des reproducteurs, de renouveler le sang de temps à autre !. On a vu déjà que les éleveurs de volaille, à l’aide du nid à trape, opéraient parmi leurs poules pondeuses une sélection rigoureuse. Sur certaines fermes, on mesure et on analyse au moins une fois par semaine le lait donné par chaque vache. Les bêtes improductives ou dont le lait est de qualité inférieure sont impitoyablement éliminées 2. Exploitants et éleveurs sont encouragés dans cette voie, on vient de le voir par l'exemple du large black pig, par les sociétés d'élevage qui détiennent les herdbooks, les stud-herd et les flock-books, et fixent le type (standard) des races. Les concours agricoles sont fréquents : une seule année en vit 257 3. Les plus hauts personnages, le roi lui-même, et toute la noblesse s’y intéressent. Ils sont dotés de prix par les particuliers. L'Etat, — c'est là une des caractéristiques de l’industrie anglaise, — l'Etat n’en donne aucun : l'initiative et l'intérêt privés suffisent à la tâche f.

On s’est, en particulier, préoccupé de hâter le développement des animaux. Certes, comme le remarque M. A. Dulac, « ce n’est guère én l’espace de quelques générations qu’on peut constater à ce sujet des différences très sensibles. Cependant il apparaît avec certitude que les fermiers ont compris de mieux en mieux leur intérêt à nourrir au maximum les animaux dans leur jeune âge, pour réduire autant que possible la durée dé leur vie ; et siles bœufs du poids vif de 650 kg. (13 cwts) sacrifiés à deux ans et demi ne forment pas encore la majorité, ils prennent peu à peu la place de ceux qui n’atteignaient ce même poids qu'à trois ans et demi ou quatre ans...

(1) Cf. Bulletin Mensuel de l'Office des renseignements agricoles, mars 1907, pp. 301 sq.

(2) Rider Haggard, loc. eit., 1, p. 463.

(3) C'est l’année 1901. — A. Dulac, loc. cit, p. 93.

(4) Cf. L. de Lavergne, loc. cit., pp. 129-130, 3)

Quant aux moutons, le boucher en dispose bien souvent avant qu'ils aient un an et la moyenne de leur rendement en viande nette dépasse 25 kg. »1. Cette précocité est le fruit d’une suralimentation raisonnée. Bien que le climat permette de laisser le bétail dans les prairies plus de six mois par an, il ne faut pas croire qu'il se nourrisse exclusivement d'herbage. On lui donne des rations supplémentaires, généralement faites d'une mixture de diverses farines, avec de la pulpe de betterave, des pommes de terre etc. Aux jeunes veaux on donne le lait écrêmé dans lequel on remplace la graisse par de l'huile de foie de morue ?. Ces pratiques sont répandues et aussi bien observées par le moyen et le petit agriculteur que par le grand fermier. Il en est résulté que le rendement du bétail est, à égalité de temps, considérablement accru et la qualité de la viande souvent améliorée.

Il ne faut donc pas s'étonner que les reproducteurs de choix, lorsqu'ils présentent à un haut degré les qualités distinctives de leur race, atteignent des prix fabuleux, ni que les éleveurs étrangers consentent pour:les enlever au marché anglais les plus grands sacrifices. On cite notamment un taureau, Duke of Connaught, et une vache, Duchess of Geneva, qui se vendirent, le premier en 1873, la seconde en 1875, les sommes énormes de 118 125 et 212 250 francs *. Aujourd'hui de tels prix ne se retrouvent plus. Cependant les produits de quelques étables fameuses, devenues les fournisseurs attitrés de reproducteurs, se cotent à des prix fort élevés encore. C’est ainsi qu'on a vu, en 1900, des éleveurs anglais acheter des taureaux shorthorns 5 300 et 6 095 francs, des vaches de même race 6 000 et jusqu'à 9 000 francs. Les étrangers paient encore plus cher : un taureau fut vendu à un Argentin 13 700 francs. , Bien mieux encore, un bêlier du Lincolnshire a atteint, aux enchères publiques de Royal Show, à Derby, en été 1906, le prix

(1) À. Dulac, op. cit., p. 190.

(2) The Tariff Commission, Loc. cit., $ 723.

(3) Grollier : Journal d'Agriculture pratique. — 1892. — IF, p. 268.

extraordinaire de 1450 guinées, soit plus de 38 000 francs. I est allé en Argentine. En 1900, d'ailleurs, à la vente du troupeau de M. Dudding, un bêlier de 18 mois, de même race, avait déjà fait 26 500 francs. Les chevaux ne se vendent pas moins et, sans parler des bêtes qui ont eu des succès sur les

champs de course et qui n’ont plus de prix, celles qui sortent

des bonnes écuries ont sur le marché une grosse valeur. A une vente aux enchères de 44 chevaux shire, appartenant à lord Llagattock, les juments poulinières atteignirent un prix maximun de 12 075 francs ; un étalon fut vendu 17 000. Et le prix moyen de l’ensemble s'éleva à 5 650 francs par tête. Il est à noter d'ailleurs que l’agriculture anglaise, impuissante à suffire aux besoins du pays, est cependant exportatrice. Mais ce qu'elle exporte, ce sont des reproducteurs de choix destinés à améliorer les races étrangères. Les plus gros acheteurs sont les Américains du Sud. Certes, ces exportations ne créent pas aux éleveurs anglais des ressources considérables. Mais elles montrent à quel niveau ils ont su élever les races indigènes, la perfection qu'ils ont su leur donner.

En même temps qu'un sens pratique très avisé, ces résultats supposent un certain ensemble de connaissances, une instruction technique assez développée. Certes, l’enseignement primaire soulève à cet égard bien des critiques, en Angleterre comme en France. On se plaint qu'il prépare les jeunes gens à la vie urbaine plus qu’au travail des champs et qu'il les prédispose à faire des employés, des commis, voire même des policemen. L'enquête de la Tarif Commission, les notes de M. Rider Haggard sont assez suggestives. Cependant l’enseignement agricole est organisé, en Grande-Bretagne par l'initiative privée, en Irlande par le Gouvernement. Un certain nombre d'Universités (Oxford, Edimbourg, Aberdeen, le Technical Collége de Glasgow, les quatre Colléges de Londres) possèdent des chaires d'économie rurale. On y donne un enseignement supérieur, qui dure trois ans et comporte des notions générales de sciences naturelles et une instruction

proprement agricole. À chaque établissement se rattache une férme pour l'étude pratique de la laiterie et des cultures. Ces universités forment des fermiers, des régisseurs et des professeurs. À la sortie, un examen donne droit à un diplôme. — L'enseignement est plus pratique dans les colléges techniques. Il y en a trois en Grande-Bretagne, les deux derniers de fondation récente : Cirencester (1845), Downton, près de Salisbury (1880), Wye (1894). Ce sont des colléges privés ; le dernier, cependant, est subventionné par l'Etat. Une exploitation est jointe à chacun d'eux. Les élèves doivent à leur entrée remplir une simple condition d'âge. — Enfin le pays est couvert de petites écoles agricoles, sans lien, sans organisation. Les Conseils de Comté disposent depuis 1890 de ressources spécialement destinées à l’enseignement agricole, et en particulier à celui des opérations manuelles. Cet enseignement spécial est donné dans quinze comtés. Les sujets qu’il comprend vont du labourage, du fauchage et de la récolte des céréales jusqu'aux soins à donner aux bestiaux et aux arbres fruitiers. Certains conseils de comté se sont également préoccupés de ‘répandre les notions pratiques nécessaires pour la tenue satisfaisante des troupeaux. Tout cela s'adresse plus particulièrement aux' ouvriers agricoles. Les chefs d’exploitation trouvent eux aussi dans les écoles d'ordre inférieur disséminées dans le pays une instruction technique appréciable. Du reste, les conseils de comté organisent, dans la plupart des écoles publiques rurales, des jardins où les principes élémentaires de la culture générale et de larboriculture sont enseignés. Mais, il faut bien le dire, l'Etat ne prend à cet effort qu'une part minime : les crédits affectés à l’enseignement agricole en Angleterre et dans le Pays de Galles n'ont pas dépassé 79 990 L. (1 999 750 fr.) en 1906-07, en sensible diminution d’ailleurs sur ce qu'ils étaient quelques années auparavant (86 851 L. en 1902-03) 1.

(1) Ces crédits se répartissaient ainsi en 1906-07 : Dépenses générales. . . ......::.-:. 10 955 L.

En Irlande, l’enseignement agricole est donné d’abord par une section spéciale du Royal College of science de Dublin. Il dure trois ans. L’Albert Agricultural College de Glasnevin, près Dublin, ne retient ses élèves que pendant un an. Enfin l'instruction pratique et technique se donne dans les stations agricoles d’Athenry (Galway), Ballyhaise (Cavan), Clonakilty (Cork). Mais, ainsi concentré, l’enseignement n’atteindrait qu'une fraction bien minime de la population rurale. Des professeurs itinérants parcourent les comtés, répandant les notions indispensables à l'élève de la volaille, des abeilles, à la fabrication du beurre etc.. Ils font leurs conférences dans les bourgs où ils séjournent deux et trois semaines ; ils inspectent les exploitations du voisinage et donnent des conseils. C’est dire qu’ils sont mêlés de très près à la vie des agriculteurs et qu’ils peuvent leur rendre de très réels services.

Bien que le Gouvernement, sauf en Irlande, n’ait pas directement organisé l’enseignement agricole, il ne faudrait pas croire qu'il s’en désintéresse. Un ministère de l'Agriculture (Board of Agriculture) a été créé à Londres en 1889; un Department for Agriculture and Technical Instruction existe à Dublin. L'un et l’autre publient et distribuent, gratuitement, à toute personne intéressée, de nombreuses brochures (leaflets) traitant, avec toute la simplicité requise, des plus diverses questions d'intérêt agricole : usage et achat des engrais, soins à donner aux animaux, notions d’art vétérinaire, d'hygiène,

Enseignement de la laïterie. . . . . . . . .. 12 066 L. Conférences lagricoles.0.,1. 7.04 4. x 3. 930 :« Elevage de:la volaille. 4.01. 2-527 «€ Maréchalerie, médecine vétérinaire. . . . . DACS2RC ADICUITITERS NU MR EE RAR RTS. 1.199 X PorticulHüre Dear PAR Ep ENNeS O0 ÉrAVATi IDanuels 2. uen en 211000 DEN GRS M AR EL a SR RAR ra 2 043 «

Subventions aux colléges et écoles . . . . . 23 9900 (Bulletin de l'Office des renseignements agricoles — mai 1908 — p.635).

etc.. A l'heure actuelle plus de 150 de ces brochures, tirées en un grand nombre d'exemplaires, ont été répandues dans le public, en même temps du reste que celles de l'Agricultural Organisation Society èt de l’Jrish Agricultural Organisation Society. Les pouvoirs publics participent donc, et directement, à l'instruction des populations rurales avec lesquelles ils se mettent en contact. Ajoutez d’ailleurs que le Board of Agriculture publie un journal mensuel qui propage activement la science agricole et qu’il subventionne, comme on l’a déjà vu, divers établissements d'enseignement professionnel.

Dans un milieu actif, entreprenant, comme celui des agriculteurs anglais, de tels efforts ne pouvaient manquer de produire de prompts et sensibles résultats : ils se sont traduits par l’adaptation rapide des agriculteurs aux conditions du marché et par le perfectionnement de la culture.

Il reste à vaincre une dernière difficulté : en même temps que beaucoup d'engrais, la culture intensive exige beaucoup de soins et de travail. Or, on le sait déjà, le travail renchérit ; les salaires ne cessent de s’accroître. La main-d'œuvre d’ailleurs se fait plus rare à la campagne. Les villes industrielles l'attirent ; et les hauts salaires des usines tendent à se généraliser. Telle est la raison qui, avec la fermeté relative du prix de la viande, oriente les exploitants vers l'élevage : les fermes à pâturages n’exigent pas en effet autant de main-d'œuvre que les terres à céréales. Ainsi, d’après les comptes publiés par la Royal Commission !, les salaires représentent sur ces fermes 16 à 17 o/o de la dépense totale ; leur montant varie entre 10

(1) Appendix Lo Final Report, pp. 52-53.

et 18 s. par acre et, parfois même, tombe à 7 s.5d.. En moyenne, et pour les exploitations de tout ordre, la dépense en salaires représente au contraire 31,4 0/0 de la dépense totale et elle s'élève à 25 s. 5 d. par acre.

Aussi les fermiers, surtout sur les terres arables, cherchentils à réduire au minimum cette source de frais, en accélérant le travail d’abord, ensuite en substituant au travail humain le travail mécanique, à l’ouvrier la machine 1.

Il y a longtemps que les bœufs, troplents, ne sont plus employés comme bêtes de trait. Is ont cédé la place aux chevaux, plus vifs et plus rapides, dont l'Angleterre compte quelques races remarquables : les Shire, les Clydesdale et les Sufjolk. Les plus répandus dans l’agriculture sont les Shire. Ils représentent pour l'espèce chevaline ce que sont les shorthorns pour les bovidés : une race éminemment populaire. Ce sont de lourds chevaux, originaires des Middlands. Leur masse énorme, que la tendance actuelle cherche encore à développer, leur tempérament doux, leur endurance au travail, jointe à une grande souplesse d’allure, en font un auxiliaire précieux de la ferme. Cet emploi des chevaux aux travaux agricoles a d’ailleurs permis d'orienter exclusivement l'élevage bavin vers la production de la viande et du lait et d'éliminer cette espèce, moins rémunératrice, de bœufs spécialement élevés en vue du travail. Les qualités requises pour le labeur agricole rendent moins apte à l’engraissement ; le travail empéche cet engraissement et diminue la qualité de la viande. Et cependant ces bœufs, comme leurs congénères, sont destinés à finir sur létal du boucher. Il y a tout intérêt, pour l'agriculteur, à les élever et à les nourrir exclusivement à cette fin. C'est pourquoi ils ont cédé la place aux chevaux.

Les chevaux à leur tour sont évincés par la machine. Les moteurs inanimés, à vapeur, à pétrole, ont fait leur

(@) Final Report (Channing), passim,; notamment $$ 59, 62, 121. — The Tariff Commission, loc. cit., passim.

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apparition à la ferme et s’y multiplient. Ils ont remplacé les manèges qui, il y a peu d'années encore, fournissaient l’unique force motrice disponible sur une exploitation agricole 1. Dans les comtés de Northampton, de Hertford, dans combien d’autres encore, on ne laboure plus guère qu’à la vapeur; des machines à vapeur exécutent à peu près tous les travaux, sur les grands domaines, bien entendu ?. Il en est résulté la formation et la multiplication d’une classe spéciale d’agriculteurs, celle des propriétaires de machines et de mécaniciens. Au recensement de 1881, ils étaient 4 260 en Angleterre proprement dite ; 4 675 en 1891 ; enfin, en 1901, on en compta 6 545 : leur nombre avait en dix ans augmenté de 40 0/0. C'est d’ailleurs la région de l’est qui en est la plus riche : les cinq comtés arables de Lincoln (694), Suffolk (469), Essex (449), Norfolk (409) et Cambridge (317) en réunissent un total de 2 338 contre 937 seulement dans les contrées herbeuses du Nord et dans les montagnes galloises #. D'autre part, aux mains des ouvriers on met des instruments plus perfectionnés qui facilitent et accélèrent le travail. Il'en est de tout ordre, et des plus imprévus : ainsi la machine à traire les vaches, la machine à tondre les moutons qui économise 8 à 10 minutes par bête tondue et réduit l'opération à une dizaine de minutes #, la machine à gaver les poulets, grâce à laquelle une main experte peut gaver vingt douzaines de volailles en une heure ?. Et nous ne parlons pas du nombre incalculable de semoirs, de moissonneuses, faucheuses, râteleuses, balayeuses à foin (qui font deux fois plus de travail que des charriots) 5, des machines à creuser les drains etc.,

(1) Dommen, loc. cit., p. 23.

(2) R. Haggard, loc. cit., I, p. 521 ; Il, p. 134.

(3) The agricultural population. (Journal of the Board of Agriculture, august 1904), p. 275.

(4) R. Haggard, loc. cit., I, p. 372.

(5) Id., I, p.119!

(6) Id., I, p. 551.

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dont les expositions répandent dans le pays la connaissance et l'usage !. De plus en plus, les agriculteurs se convainquent que, pour remplacer la main-d'œuvre, trop rare et trop chère, il faut recourir aux machines, à la culture à vapeur, aux instruments sur lesquels les travailleurs peuvent s'asseoir et que, autant que possible, le travail de la ferme doit être accompli par un personnel permanent très réduit, sauf à faire, aux moments de presse, appel à des extras ?. Déjà d’ailleurs sur certaines fermes l'emploi des machines a diminué de 25 à 30 o/o la main-d'œuvre. Voilà qui n’est pas fait pour enrayer l'exode vers les villes.

La cherté de la main-d'œuvre et son insuffisance ont eu encore cette conséquence que moyens fermiers et moyens propriétaires (gentlemen farmers) ont dû se mettre au travail. Jadis ils ne participaient, et bien irrégulièrement d’ailleurs, qu'à la surveillance des principales opérations de culture. Ils avaient chiens et chevaux ; ils chassaient et traitaient leurs amis, ayant toujours une bouteille de Porto à leur offrir. A la tête de leur exploitation était un régisseur (manager). À cette vie, ils avaient pris des habitudes de luxe, de bien-être, de paresse et de dépense qui, la crise venue, leur furent néfastes. Aujourd'hui il n'ya guère plus de ces amateurs. Force est à tous de participer aux travaux de la ferme, à côté de leurs hommes, et de mener une vie à la fois plus simple et plus laborieuse. Plus de chevaux, plus de chiens. Les fermiers et les moyens propriétaires économisent par leur propre travail un ou plusieurs salariés. Malheureusement tous n'ont pas pu s'adapter à cette vie nouvelle. Les habitudes prises, l'éducation reçue au temps de la prospérité, les avaient rendus impropres à une exploitation agricole qui exigeait avant tout de l'énergie personnelle, un travail incessant et ardu, une attention soutenue. Il a fallu faire place à d’au-

(1) Cf. Bulletin Mensuel de l'Office des renseignements agricoles, janvier 1908, p. 22.

(2) The Tarif Commission, loc. cit., S 528.

tres, plus rudes et plus pratiques, dans l’'Essex notamment à ces fermiers écossais qui implantaient dans le pays, avec leurs légendaires habitudes d'économie, des femmes et des enfants qui ne boudaïient point à la tâche. (L'ancien fermier de l'Essex n'était pas à la hauteur de Ia situation nouvelle. Aussi sa place a-t-elle été prise par des hommes d’un nouveau type » 1. Ceux-là ont quelquefois réussi. En général, cependant, hors des cas exceptionnels, celui en particulier des Ecossais immigrés en Essex, ni les moyens fermiers, ni les moyens propriétaires exploitant directement ne sont en brillante situation. Engrais, main-d'œuvre, machines supposent de gros Capitaux. Bien souvent les exploitants qui ont le mieux résisté à la crise sont précisément ceux qui disposaient des plus grandes ressources. C’est Ia constatation qui revient avec une insistance frappante sous la plume des commissaires royaux de 1894 et de M. Rider Haggard ?. La culture intensive est rémunératrice, certes, mais elle exige d’abord des avances de fonds considérables que, seuls, les gros fermiers peuvent se permettre. Toutefois, et quelque paradoxal qu'au premier abord le fait puisse paraître, les petits fermiers, ceux dont les exploitations avoisinent 50 acres, se sont en général bien comportés, malgré la dureté des temps. Maintes fois, les commissaires royaux ont pu constater qu’ils étaient en aussi belle situation que les gros exploitants #. C’est que ces petits fermiers parviennent précisément à se soustraire à la néces-

(1) E. A. Pratt: The Transition in Agriculture, p. 39. — H. Levy : Die Lage der englischen Landwirtschaft in den gegenwart. (Jahrbücher für Nationalækonomie und Statistik. IITte Folge, 26tes Band, 1903) pp. 734-735. — R. Haggard, loc. cit., I, pp. 267, 483.

(2) Final Report, pp. 253 sq.. Cf. p. 260 $ 103 : « Le facteur essentiel de la lutte contre les bas prix est le capital du fermier ». — R. Haggard, loc. cit., passim, notamment I, pp. 61, 411 ; IE, pp. 251 et 397. — « No one can farm without money » (1. p. 413). — Tariff Commission, loc. cit., $ 857.

(3) V. R. Haggard, loc. eit., 1 p. 411. — IX, p. 550. — Tarif Commission, loc. cit., $ 784. |

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sité des grandes avances. La plupart ont été domestiques. Tant qu'ils sont restés célibataires et salariés, ils ont pu, en étant soigneux, économiser un petit pécule : hors le vêtement, ils n'avaient pas de dépenses à faire. Souvent, c'est du moins la coutume en Lincolnshire, tant qu’ils sont au service de quelque riche fermier, ils louent ou achètent une pièce de terre ; puis une seconde, une troisième. Enfin ils ont cheval et charrette. À leurs moments de liberté, ils retournent leurs champs et les soignentavec amour. Leurs femmes, la plupart du temps, ont été elles-mêmes filles de ferme ou laitières ; elles ont également fait des économies !. Une fois en ménage, ils exploitent pour leur compte exclusif. De leur situation antérieure, ils ont gardé l'habitude du travail et, comme nos paysans, ils travaillent eux-mêmes, évitant par là de recourir aux salariés ou aux machines ; comme eux, ils travaillent dur, faisant chacun la besogne de deux personnes et vivant de la dépense d’une ?. Leurs femmes et leurs enfants vont aux champs et se contentent pour toute rémunération du vêtement et de la nourriture. Mais leur bien-être s’en ressent ; l'éducation est moins soignée et le travail si rude que certaines personnes considerent le small farming comme-à peine préférable à l'esclavage *. D'ailleurs un moment arrive souvent où la situation de ces petits fermiers eux-mêmes devient critique : ils résistent à la crise Qaussi longtemps qu'ils exploitent leur ferme avec le travail gratuit de leur famille. Mais dès l'instant que les enfants s'en vont et qu'on emploie des serviteurs loués, les profits s'évanouissent » #.

(1) Wilson Fox, loc. cit., p. 16. — R. Haggard, loc. cit., IL, p. 197.

(2) Final Report, p. 34, $ 123. — R. Haggard, I, pp. 147, 220 etc., Il, p. 990.

(3) Final Report, p. 36, $ 126. — Cpr. p. 35 $ 126 : « Plusieurs fermiers de cette catégorie déclarent que ni eux ni leurs familles n’observent aucune heure de travail, qu'ils travaillent du point du jour à la nuit et que, même en faisant ainsi, c’est avec la plus grande difficulté qu'ils arrivent à joindre les deux bouts ».

(4) Ibid., p. 34, 8 124.

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Au reste les capitaux sont encore nécessaires pour l'achat des engrais. Aussi n'est-ce pas dans la culture des céréales que réussit surtout le small farming. La grande ferme donne peut-être de meilleurs rendements. Ce que le petit fermier pratique avec le plus de succès, ce sont les genres d’exploitation qui demandent surtout du travail, des soins et de l’ingéniosité. & Il nous semble, disent les commissaires royaux 1, que la solution dépend grandement des circonstances de sol, de situation, d'exploitation. Dans les arable counties, où il y a difficulté à apporter des changements dans le système de culture, la crise a été peut-être moins marquée sur les grandes fermes, en dépit de ce fait que sur les petites exploitations, on fait moins de dépenses en main-d'œuvre. Mais dans les lieux où le sol et la situation se prêtaient à l'abandon des méthodes habituelles d'exploitation pour la culture des fleurs, fruits, légumes, et pour l'élevage des volailles, les petites fermes paraissent offrir de meilleures perspectives que les grandes. » On peut ajouter à cette liste des productions où triomphe le small farming l'élevage, la fabrication du beurre et le commerce des œufs ?. Dans ces diverses branches, les petites exploitations sont plus productives que les grandes %. Or ces produits divers, horticoles ou animaux, sont précisément ceux qui bénéficient de la plus grande fermeté des cours. En sorte qu'en définitive les petits fermiers sont doublement avantagés, d'abord parce qu'ils économisent beaucoup sur la main-d'œuvre, ensuite parce que leurs produits sont les plus rémunérateurs, sans compter que, produisant surtout pour eux-mêmes, il ont moins à redouter la crise des prix. Aussi, de tous les agriculteurs anglais, sont-ils les mieux capables, sinon les seuls, de s’accommoder des conditions nouvelles.

(1) Ibid., pp. 36 et 37, $ 129.

(2) A. Dulac: Agriculture et Protectionnisme en Angleterre et en France (Rev. pol. et parl., 10 septembre 1905), pp. 517 sq.

(3) R. Haggard, loc. cit., IL, p. 190.

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On ne trouvera pas étonnant que les petites fermes aient toujours preneur et que, la concurrence aidant, elles se louent proportionnellement plus cher que les moyennes ou les grandes. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, entre bien d’autres rapportés par M. R. Haggard, dans le comté de Hereford, le propriétaire d’une ferme de 400 acres devenue vacante ne reçoit qu'une ou deux demandes ; ceux de fermes ayant une étendue de quelque 200 acres en reçoivent un grand nombre (a good number) ; les petites exploitations de 50 acres ne sont pas moins demandées !. Aussi comportent-elles des fermages beaucoup plus élevés. Ainsi, dans le comté de Worcester, deux exploitations sont situées de part et d'autre d’une route, face à face. Elles présentent d’égales facilités de culture et la qualité de leur sol est la même. L'une a 40 acres d’étendue ; elle est louée à raison de 50 s. l’acre ; l’autre a 250 acres et ne rapporte que 1 L. par acre au propriétaire ?. Dans le Northamptonshire, le fermage courant des petites exploitations varie entre 35 et 40 s. par acre ; celui des grandes, entre 15 s. et 1 L. ÿ. Souvent même il arrive que, pour louer les grands domaines, il faut les morceler et les affermer par parcelles #, Et, dans la baisse générale des terres, les petites exploitations seules ont gardé et parfois, lorsque notamment elles se prètent à la production des fruits, augmenté leur valeur vénale *. C'est un encouragement puissant à la diffusion de la petite propriété.

G)'Loe. cit, pp. 313,325 etc,

@}Xbid., L p.325:

(3) Ibid., If, p. 246. — Cf. I, pp. 434 et 443, — Tarif Commission, loc. cit., $ 877.

(4) Tariff Commission, loc. cit., $ 874.

(5) R. Haggard, I, p. 161,

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