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longue énumération : il nous suffit d’avoir signalé ces deux types extrêmes, démontrant par les faits que la coopération peut aussi bien réussir dans tous les milieux.
La vente des produits agricoles est déjà plus difficile à organiser. Les progrès de la coopération naturellement ont été ici moins rapides. Songeant à éliminer les intermédiaires, lord Winchelsea avait, voici quelques années, créé à Londres un grand dépôt central. Mais il avait omis d'organiser les proproducteurs, de former ces sociétés locales qui sont la base indispensable de toute entreprise coopérative à vaste envergure. Les agriculteurs n’approvisionnaient pas le dépôt, ou bien ils ne lui livraient que les produits dont ils ne pouvaient trouver ailleurs l'écoulement facile ou plus rémunérateur. L'entreprise. avorta. Plus sage, l’A. O.S. s’est efforcée de créer cette organisation locale élémentaire. Elle n’a pas visé à supprimer d'emblée tous les intermédiaires, simplement à en diminuer le nombre, en même temps qu’à perfectionner les procédés de production et d'emballage et à améliorer la qualité. Les produits les plus divers ont ainsi donné lieu à la constitution de coopératives de vente, tels le bétail vivant, les produits de basse-cour, le lait, les fruits et les légumes etc.
En ce qui concerne le bétail vivant, dès avant la formation de l'A. O.S., ilexistait à Darlington et à Lancastre des coopératives pour la vente aux enchères. En 1904, il se créa à Winchcomb (Gloucester) une société de ce genre qui fit construire son marché et qui fonctionne régulièrement. La première vente eut lieu le 15 février 1905 ; l’année 1905 en vit 11 ; l’année 1907 en eut 15. Pour bien comprendre l'utilité et le fonctionnement de ces entreprises de vente en commun, il faut savoir que l’agriculteur anglais écoule périodiquement aux enchères ses jeunes produits. Ce procédé, à peu près inconnu chez nous, est courant outre-Manche, où se pratique moins la vente de gré à gré et partielle.
Comme type de Société pour la vente des fruits et légumes,
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on peut citer l’Hereford Cooperative Fruit Grading Society, fondée en juillet 1905. La Great Western Railway Co. a dépensé 1 000 L. pour construire un dépôt qu'elle lui loue. La Société s'est assurée un directeur expérimenté. Dès 1905, elle a vendu 242 tonnes de fruits, trafic considérable si l’on songe que l’année fut mauvaise. En 1906, année plus détestable encore, l’'Hereford Society vendit 248 tonnes. En 1907, sous l'influence d'une température défavorable et d’une récolte insuffisante, les ventes tombèrent à 165 t.. Cette société d’ailleurs cumule les fonctions : en même temps que coopérative de vente, elle est coopérative d'achat. Elle comptait, en 1907 déjà, 280 membres. |
En ce qui concerne les produits de basse-cour, l'écoulement se partage entre les sociétés affiliées à l'A. O. S. et les coopératives adhérentes à la National Poultry organisation Society. Celle-ci comptait en décembre 1907 vingt-deux dépôts dont 14 coopératifs, faisant un chiffre considérable d’affaires. D'autre part, l'A. O. S. a de nombreux adhérents. La Framlingham and District Agricultural Cooperative Society (Sutfolk) créée en 1903, fut d’abord une simple coopérative d’achat. Mais la région ou elle opérait s’adonnant à l'élève de la volaille, elle entreprit bientôt le commerce des œufs. Un entrepôt fut établi où les produits sont mirés, triés et emballés. Des dépôts ont été ouverts à Stradbroke en 1906, à Debusham en 1907. Depuis 1903, les affaires ont pris un essor considérable, comme le prouve le relevé des œufs écoulés.
1903 (cinq derniers mois) 56 191 1906 845 045 1904 — 453 079 1907 1 592 831 1905 — 622 763
La Société a passé des contrats avec quelques grands mar-
chands de Londres qui lui assurent un débouché toujours ouvert et une demande en voie constante d’accroissement.
On se souvient peut-être que la fabricalion du beurre est
peu rémunératrice en Grande-Bretagne. Si l'industrie laitière
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a prospéré, c’est seulement à raison de la vente immédiate du lait frais dans les grands centres urbains qui en font une consommation énorme. Aussi ne voyons-nous pas les crêmeries pulluler comme en Danemark ou en Irlande. La coopération cependant s'est emparée du commerce du lait et l’a profondément perfectionné. Certes toutes les laiteries coopératives n'ont pas la puissance et l'organisation achevée de l'Eastern Counties Dairy Farmers Cooperative Society (Essex). Celle-là cependant mérite d'être décrite. Nous donnerons ensuite quelques indications sur d’autres entreprises plus modestes.
C'est à 1896 que remonte la fondation de l'Eastern Counties Dairy Farmers’ Cooperative Society. À l'origine, la société comprenait 52 membres. Chacun prit 20 parts de 1 L., libérées de moitié. En 1904, elle s’affilia à l'A. O. S.. Elle a pour objet d'acheter le lait à ses membres et de le revendre aux détaillants. À ce trafic, d’ailleurs, elle ajoute celui des œufs, de la volaille et du beurre et l'achat, pour le compte de ses membres, d'ustensiles et d'instruments agricoles, ainsi que d'engrais et de tourteaux. En 1907, ses ventes atteignirent 35 750 L. pour le lait, 594 L. pour les produits de basse-cour. Elle à un représentant à Londres (Strattford) qui traite avec les marchands de l'East End. Ses contrats sont conclus pour un semestre : les prix d'hiver se maintiennent du 29 septembre au 25 mars et ceux d'été, du 26 mars au 28 septembre. Les membres s'engagent à lui livrer journellement une certaine quantité de lait qui doit être dirigé sur les stations qu'elle indique. Cette quantité n’est d’ailleurs pas fixée par le contrat avec une absolue rigueur : on laisse aux fournisseurs une marge de 10 0/0. Si, par exemple, un éleveur s'engage à livrer 100 litres par jour, il lui est loisible de ne fournir que 90 litres ou d’en donner 110. S'il reste en deça du minimum, c’est-àdire s’il ne livre que 85 litres, par exemple, et que la coopérative doive pour satisfaire sa clientèle combler le déficit par des achats, elle le fait aux frais du fournisseur en faute. Si, au contraire, l’agriculteur livre un excédent, il est tenu
d'accepter le prix qu’en a trouvé la société. Les statuts et les contrats signés avec les membres contiennent du reste tout un ensemble de prescriptions touchant la parfaite propreté et la conservation du lait. Après la traite, le lait doit être refroidi à 60° Farenheit, puis filtré. Le producteur doit lui-même le porter à la station et l’expédier soit au représentant de la coopérative à Londres, soit au commerçant qui lui est désigné. Le lait envoyé au représentant est en partie distribué aux détaillants dans un fourgon, propriété de la société, en partie vendu au marché. Au reste, l’entrepôt de Strattford est muni d’appareils réfrigérants et pasteurisateurs, ainsi que d’écrêmeuses du dernier modèle. S'il se produit un encombrement sur le marché, au lieu de le vendre à bas prix, on refroidit le lait, ou bien on le pasteurise et on le conserve pour le lendemain, à moins qu'on ne l’écrême dans le cas où la crême est assurée d'une vente facile. La plupart des clients de l'Eastern Counties Dairy Farmers’ Cooperative Society sont des détaillants. Cependant elle approvisionne aussi les coopératives industrielles de Wolwick et de Strattford : ici l’intermédiaire est entièrement supprimé.
Plus modeste, la Nidderdale Dairy Sociely approvisionne de lait frais Harrogate (York). Le lait livré par les membres est distribué de maison en maison par les employés de la Société, ou détaillé dans un magasin. La Scalford Dairy (Leicester) est une des rares coopératives de production agricole qui fonctionnent en Angleterre. Elle fabrique le fromage de Stilton. Ses débuts, d’ailleurs, ont été pénibles et sa situation ne s’est consolidée que depuis 1906. En 1907, elle a traité 51 179 gallons de lait et fait 4 111 fromages.
Il nous reste à jeter un rapide coup d'œil sur les sociétés de crédit. Bien moins nombreuses qu’en Irlande, elles appartiennent au type Raiïffeisen. Dès 1893, il s'était formé une Agricultural Banks Associalion qui se proposait d'organiser le crédit agricole sur la base de la coopération dans les régions où les petits tenanciers étaient nombreux. Peu à peu, elle
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étendit son activité aux villes et prit le nom plus général de Cooperative Banks’ Associalion. Mais en 1903, elle fusionna avec l’A. O. S.. En décembre 1907, il existait 14 coopératives de crédit affiliées, presque toutes, dans les districts où pullulent les petits agriculteurs. Récemment, il s’est formé, sous le nom de Cooperalive Agricultural Bank, un organe central ayant pour but de procurer des fonds aux coopératives locales, obligées souvent d'emprunter à des taux trop élevés. La plus ancienne des sociétés de crédit fondée en Angleterre est celle de Scawby (Scawby Agricultural Credit Society, Lincoln). Elle date du 3 juillet 1894. Deux ans plus tard (juin 1896), se fondait celle de Wiggenhall (Norfolk). Trois personnes, à l’origine, déposèrent 70 L. qui constituèrent les premiers fonds de roulement. La société n'avait alors que 13 membres. Dès la seconde année, les prêts devenant nombreux, il fallut emprunter pour répondre aux demandes d’avances. La société recoit des dépôts supérieurs à 1 s.. Elle sert aux déposants un intérêt de 4 o/o pour tout capital inférieur à 20 L., de 3 0/0 pour tout capital supérieur. Aujourd'hui, ces dépôts ont pris une telle importance que la moitié des fonds prêtés en proviennent. Conformément aux principes suivis en Irlande, la société ne prête qu'en vue de dépenses productives, telles qu'achat de bétail ou d'animaux de trait, de semences, d’engrais, d'outils ou d'aliments pour les bestiaux. Cette coopérative est le type des banques de crédit agricole fondées en | Grande-Bretagne. 1
Nous venons de passer en revue les mouvements coopératistes de Grande-Bretagne et d'Irlande ; nous avons donné un rapide aperçu de l'organisation et du fonctionnement des À sociétés les plus répandues. Il nous reste à rechercher les
avantages que l’agriculture en a pu retirer. Ce n'est point du reste à une étude théorique que nous entendons nous livrer ici. Il s’agit seulement des avantages qu'en fait la coopération assure aux agriculteurs, avantages qu'indiquent les rapports et les publications des sociétés de propagande. Dès le début, cependant, on peut donner une idée d'ensemble qui les synthétise, les systématise et en fasse ressortir le caractère essentiel.
Ce qui fait la valeur économique de la coopération, c’est qu'elle groupe producteurs et produits de façon à leur procurer les avantages et les privilèges soit de la production, soit du commerce en gros. C’est qu’elle substitue la fabrication, la vente et l'achat par grandes quantités, avec toutes leurs conséquences proches ou lointaines, à une production et à un commerce infiniment divisés, fractionnés, et presque insignifiants dans chaque cas isolé. Il en résulte une fabrication moins coûteuse, plus homogène, plus perfectionnée, parce que son activité et son intensité permettent seules l'emploi de machines et d'instruments modernes dont l'amortissement se répartit sur une masse considérable de produits, le recours à une main-d'œuvre spécialisée et habile. Il en découle encore la suppression plus ou moins complète des intermédiaires dont les profits se prélèvent au détriment des agriculteurs, l'organisation immédiate et directe du commerce par les producteurs eux-mêmes et des conditions meilleures d'achat ou de transport.
Une analyse plus détaillée des faits illustrera cet aperçu. Nous avons étudié plus haut l'organisation des crêmeries irlandaises. On sait qu’elles comportent un ensemble d'appareils que ne pourraient ni payer ni amortir les petits et misérables agriculteurs. Or cet outillage perfectionné a transformé la production du beurre: Le paysan qui fabrique lui-même ne tire guère d’un gallon de lait que 5 onces 33 de beurre. La coopérative arrive presque à un rendement de 7 onces. Encore a-t-elle elle-même amélioré ses procédés et accru leur produe-
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tivité. En 1892, le gallon ne donnait encore que 6,26 onces ; par une progression Constante et à peu près régulière, on était arrivé à 6,68 en 1903 1. Le progrès, depuis lors, s’est encore continué. Or le paysan vend son beurre environ 9 d. la 1b., ce qui met le lait à 3 d. le gallon environ. On sait que l'une des conditions exigées pour le bon écoulement des beurres est, avec la fraicheur et la qualité, l’uniformité de goût, de couleur etc. Dans les coopératives qui mélangent chaque jour et traitent en même temps le lait de tous leurs membres, qui, ayant des fournisseurs dans les régions les plus diverses d'un même canton, corrigent un produit par l’autre, cette uniformité se réalise aisément. Ajoutez qu'on y emballe mieux le beurre ; que les débouchés une fois trouvés sont continuellement ouverts et que,les quantités produites étant assez considérables, 1l n'est pas besoin d'attendre des jours et des semaines pour procéder à la vente ; qu'ainsi l'écoulement est continu et le beurre offert, toujours frais. On ne s’étonnera donc pas que, même quand les crèmeries ne vendent pas directement au consommateur, elles tirent de leurs produits un meilleur parti que le petit paysan. Leurs beurres se cotent de:10 à 11 1/2: d..la Ib.?2. La supériorité durendement’"la cherté relative de leurs produits leur permettent donc de payer 4 d., quelquefois plus, le gallon de lait. Et si l’on admet qu'une vache irlandaise donne environ 500 gallons de lait par an, on voit que son revenu annuel, sans tenir compte des veaux, s'élève à 8 L. 6 s. 8 d., au lieu de 6 L. 5 s., comme sous un régime strictement individualiste. Tel est le premier avantage de l'association ; il est spécial aux coopératives de production.
Si, maintenant, nous nous tournons vers les sociétés de crédit, nous n’aurons pas de peine à établir qu'elles présen-
(4) H. Pudor : Das Landwirtschaftliche Genossenschaftswesen in Grossbritannien und Ireland. — (Jahrbücher für Nationalæœkonomie und Statistik, t. 86, 1906. — III: Folge, t. 31). p. 786.
(2) Id., ibid..
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tent pour le paysan et l’agriculteur, non seulement des avantages, mais une utilité de premier ordre. Les banques ordinaires ne leur prêtent pas à moins de 10 o/o d'intérêt ; elles perçoivent même souvent cet intérêt par voie de retenue sur la somme prêtée, ne versant ainsi que les neuf dixièmes des fonds empruntés. Le délai consenti pour le remboursement est généralement très court. Les petits agriculteurs, écartés par ces conditions, préfèrent ne pas recourir à l'emprunt et s'abstenir d'acheter le bétail nécessaire ou de faire les améliorations indispensables à une bonne culture. Souvent, du reste, ils se heurtent à des refus. Et lorsqu'ils ont ce qu’on hésite à nommer la bonne fortune d'obtenir un prêt de ces banques ou des usuriers, leurs émules, ils se mettent à jamais la corde au cou. L'organisation coopérative du crédit a sensiblement amélioré la situation. Les caisses Raïffeisen, qui traitent avec des maisons honnêtes, auxquelles elles donnent une sérieuse garantie grâce à la responsabilité solidaire de leurs membres, peuvent prêter à 5 ou 6 0/0. Elles n'exigent le remboursement qu'à échéance lointaine, permettant à l’emprunteur de tirer parti des fonds avancés. Si, par exemple, il a contracté un emprunt pour acheter des porcelets, il ne devra rembourser qu'après la vente des porcs gras. La surveillance réciproque des asssociés, stimulée par leur responsabilité solidaire, assure d’ailleurs un emploi productif des avances. La coopération procure ainsi à l’agriculteur un crédit d'autant meilleur marché que les réserves s’accroissent et qu'il est bien utilisé.
Le bon marché est aussi l’un des avantages qu’assurent les coopératives de consommation. Comme les sociétés de production ou de vente d’ailleurs, elles manipulent de grosses quantités de produits et suppriment les intermédiaires. «La situation, avant la fondation des coopératives pour l'achat des produits nécessaires à l’agriculture (agricultural requirements) était telle que le fermier, livré à lui-même, payait par tonne d'engrais artificiel exactement ce que sa propre
ignorance et la cupidité du marchand permettaient à ce dernier d'exiger » !. Ce temps est heureusement passé. Grâce surtout à l'Agricultural Cooperative Wholesale Society en Irlanlande, à l’Agricultural Cooperative Federation en Grande- Bretagne, les coopératives obtiennent des producteurs, des importateurs et des négociants en gros pour leurs achats généralement importants des conditions aussi favorables que les marchands locaux à quis’adressaient jusqu'ici les agriculteurs. Aussi peuvent-elles livrer à bas prix, encore qu’elles réalisent des bénéfices distribués en fin d'année entre leurs membres au prorata des commandes. Ainsi la Carmarthen Farmers” Cooperative Society assure aux cultivateurs affiliés des réductions de 10 et 15 o/o sur le prix des matières alimentaires, de 20 à 30 o/o sur celui des semences, de 30 à 40 o/o sur celui des engrais artificiels. Pour n'être pas partout aussi considérable, la baisse du prix dé revient des produits et objets nécessaires à l’agriculture n’est jamais à dédaigner. Ainsi la Farmham, Alton and District Farmers’and Hopgrowers ? Cooperative Association (Surrey) livre les tourteaux de lin à 20 0/0, les superphosphates, les scories de déphosphoration et la kaïnite à 5 o/o meilleur marché que ne le faisaient les commerçants locaux avant son installation. Les Darley Farmers (York) économisent 5 s. par tonne de tourteaux, 6 d. par 20 stones de farine. Et l’on pourrait multiplier les exemples. Au reste les bienfaits dela coopération ne se limitent pas aux agriculteurs associés. Les autres en profitent également par ricochet. Car, sous la pression de cette concurrence redoutable, le commerce local doit à son tour se montrer moins exigeant, sans quoi la Coopérative peu à peu gagnerait du terrain et finirait par englober la population rurale toutentière. Ainsi, dans la région de Farmham et d’Alton, les marchands de tourteaux et d'engrais se contentent maintenant d'un profit
(1) Tariff Commission, Loc. cit., $ 728 (Déposition de M. R. A. Anderson, secrétaire de l'I. A, O. S.).
de 1s. par tonne, au lieu des 25.6 d. et parfois 5 s. qu'ils percevaient jadis.
Ce n'est pas tout. Autrefois, — ce n’est pas encore bien vieux, — les agriculteurs ne connaissaient les engrais que sous le nom de guano. Pour les apprécier, ils en prenaient une poignée, la mettaient à la bouche et mâchaient consciencieusement ; s'ils avaient la nausée, c'était que l’engrais était bon 1. Ils le prenaient de confiance et payaient en conséquence. On imagine sans peine les tromperies innombrables, les fraudes constantes dont se rendaient coupables les marchands. Il n’en était guêre autrement pour les semences et les multiples articles divers que requiert l’agriculture. C'était l'exploitation de l'ignorance organisée sur une grande échelle. Les coopératives y ont porté remède. Elles se fournissent aux premières maisons. Les produits sont adressés soit directement au cultivateur qui les a commandés, soit aux entrepôts de la Société qui les livre ensuite à ses membres au fur et à mesure de leurs besoins. Dans ces entrepôts, on peut être sûr qu'ils ne subissent aucune adultération. D'autre part, la Société fait procéder à des analyses, qui sont relativement peu coûteuses, portant sur des stocks considérables. Aïnsi elle connaît la teneur en huile des tourteaux qui fait leur valeur nutritive ; et elle les paie en conséquence ; elle est sûre de ne livrer à ses membres que des semences et des engrais de bonne qualité. C’est grâce à la coopération que le Pays de Galles ne sert plus de débouché aux grains de rebut qu'on y vendait comme semence aux cultivateurs confiants et désarmés. |
L'association a encore porté dans un autre domaine, plus délicat, ces préoccupations de bon marché et de qualité. Là où les petits agriculteurs n'ont pas les moyens suffisants pour acheter quelque reproducteur de race, destiné à l'amélioration du bétail, ils se groupent. A plusieurs, ils se procurent un tau-
() Id., ibid.
reau de prix. Et chacun peut recourir à ses services moyennant une redevance minime, fixée à 1 s. dans la Lledrod Agricultural Society (Cardigan). Ils achètent aussi en commun des machines que la coopérative leur loue à bas prix. Telles la Carmarthen Farmers’Cooperative Society, la Clophile and District Agricultural Cooperative Society etc. À bon marché, les petits fermiers se procurent ainsi les avantages de la grande exploitation, machines économiques, étalons de race, qui leur permettent de lutter plus efficacement contre la concurrence étrangère.
Les coopératives de vente complètent l’organisation. Elles aussi suppriment les intermédiaires et réservent au producteur la marge entre le prix de gros et le prix de détail. On a vu comment était organisée la vente du lait, des œufs ou des légumes. Les sociétés d’éleveurs ou de maraîchers s'adressent directement au consommateur. Le chiffre important des affaires leur permet d’avoir leurs agents qui cherchent les débouchés, leurs magasins qui reçoivent, conservent et exposent leurs produits. Elles peuvent payer une réclame profitable, envoyer au loin leurs volailles, leurs œufs, leur lait, leurs fruits et leurs légumes sur les marchés urbains où les prix sont rémunérateurs. Livré à lui-même, l’agriculteur vend au plus prochain marché. Son débouché, tout local, très restreint, surabondamment pourvu, ne lui assure qu’un mince profit : le commissionnaire qui approvisionne les grandes villes vient s’y fournir à bas prix et intercepte le bénéfice que le producteur pouvait légitimement espérer !. La lutte s’est promptement organisée contre lui ; les coopératives se sont multipliées, surtout en Angleterre. Pourvues d'une maind'œuvre habile, spécialisée, elles savent donner aux produits
(1) À Plymouth, sur la vente du lait, l'intermédiaire prélève pour ses frais ou son profit 35 0/0. — A Evesham, l'agriculteur vend ses choux à raison de 9 d. les deux douzaines et demie, tandis que le marchand de légumes les vend 1 1/2 d. où 2 d. pièce. (R. Haggard, loc. cit., I, pp. 194
et 344).