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Seuls du personnel agricole, les travailleurs, les salariés ont bénéficié de la crise. Pour eux, loin d’être désastreuse, elle s'est montrée bienfaisante : il est bien rare qu'un bouleversement économique ne profite à personne. Elle n’a cependant pas laissé d’éprouver les labourers. Le travail est, Comme on sait, mieux payé qu'autrefois. La main-d'œuvre tend à se raréfier ; mais l'influence de cette raréfaction sur sa rémunération est contrecarrée par l’évolution de l’agriculture : l’élevage ne réclame pas autant de bras que la culture proprement dite et, pour cette: dernière même, la machine fait à l’ouvrier une rude concurrence. Il en est résulté d’abord une plus grande irrégularité dans le travail ? et, bien que le salaire à la journée ait plutôt augmenté, les gains de l’ouvrier se ressentent au bout de l’année des chomages forcés. D'autre part, on l’a déjà vu, la hausse des salaires s’est trouvée ralentie. Quoi qu'il en soit, cependant, la rétribution en argent dela maind'œuvre agricole est relativement élevée et c'est sa cherté même qui pousse les agriculteurs à en restreindre l'emploi dans la mesure du possible.
Mais, en regard de l’augmentation du salaire nominal, il faut, pour apprécier sainement la situation du travailleur agricole, placer le bon marché croissant de la vie. Certes,
(1) Final Report, p. 248, $ 64 (2) Final Report, p. 40, $ 139.
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propriétaires et fermiers sont tous, comme les labourers, consommateurs de produits agricoles ; mais il ne le sont pas aussi exclusivement ni de la même manière. Ils sont tout d’abord et surtout des producteurs ou des rentiers. L’alimentation ne tient pas, tant s’en faut, dans leurs budgets une place aussi large que chez les ouvriers ; ils profitent donc moins de la dépréciation des denrées agricoles. D'autre part, leur vie moins simple, plus compliquée, plus raffinée a besoin de produits, même agricoles, et de services dont la baisse n’est que minime, quand même ils ne sont pas l’objet d’un renchérissement : les articles de luxe ont gardé leur valeur et c’est vers leur production que de plus en plus, sous l'effet de la crise, s'oriente l'industrie agricole. Avec leurs revenus réduits, propriétaires et exploitants se trouvent donc moins bien traités que leurs salariés dont la rémunération a sensiblement grossi. Mais à ceux-ci cependant ne se limite pas l'avantage des bas prix. Tous les consommateurs de produits agricoles, c’est-à-dire la nation entière, à l'exception toujours des landlords et des exploitants, ont profité de leur dépréciation. Ceux d’ailleurs à qui elle fut surtout profitable, ce sont tous les travailleurs de l'industrie, aussi bien que ceux de la terre, les personnes de condition médiocre ou moyenne, d’un mot les petites gens, le prolétariat des villes et des campagnes pour qui le principal article de dépenses est l'alimentation. Le Board of Trade a calculé en effet qu’en 1904 elle absorbait dans le Royaume-Uni 61,5 o/o du revenu total de chaque famille ouvrière 1.
Or, entre 1877-81 et 1897-1901, le coût des divers aliments a diminué de 40 o/o ?. Le pain est à bon marché; la viande est à bon marché. Non seulement les dépenses se sont trouvées
() Fiscal Blue Book, IT. — Memorandum I : Consumption and Cost of food in workmen’s families in urban districts in the United Kingdom. p29.
(2) Fiscal Blue Book, I. — Memorandum XVII : Consumption of food and Cost of living of working classes in the United Kingdom. P. 226.
réduites ; mais le régime alimentaire s'est amélioré à la campagne comme à la ville. Certes, dans les comtés à salaires bas, comme ceux de l'Est ou du Sud, le pain, les pommes de terre sont encore le fonds de l'alimentation ; la viande, fraiche ou conservée, de bœuf ou de mouton, est encore un luxe, non pas inconnu, sans doute, mais assez rare : on en mange une ou deux fois par semaine. Au contraire, dans les comtés à salaires élevés, tels ceux du Nord ou des Midlands anglais, nombreux sont les travailleurs agricoles qui en trouvent sur leur table au moins une fois par jour. Combien nos agriculteurs français sont loin de cet ordinaire. La dépense en pain et farine (pour faire le pain à domicile) varie entre 2 s. 10 d. et 3 s. 1 d. par semaine et par famille de six personnes (père, mère et 4 enfants) dans les comtés du Nord et du Centre ; elle oscille autour de 3 s. 10 d. dans l'Est et le Sud. En viande, une famille du Nord ou des Midlands mange de 45.9 3/4 d. à 5 s. 2 1/2 d., tandis que, dans l’est ou le sud, la consommation ne dépasse pas en moyenne 3 s. 5 1/2 d. 1. Il n’en est pas moins vrai que l'influence des bas prix s’est exercée partout ; et l’on pourrait, en [Irlande eten Ecosse, faire les mêmes constatations ?. En 1878, M. W. C. Little estimait à 42 Ibs. par an la quantité moyenne de viande annuellement consommée par les ouvriers agricoles %. Aujourd'hui M. Wilson Fox l'évalue à 62 lbs. environ #. Si l’on se tourne maintenant du côté des villes, on constate, avec la Tariff Commission, que les produits étrangers introduits dans le pays, commandant des prix moins élevés que les produits indigènes dont ils ont d’ailleurs provoqué la dépréciation, sont principalement consommés par les classes ouvrières. « N’étaient les énormes importations de lard étranger et colonial, l’ouvrier se passerait probable-
(4) Wilson Fox, loc. cit., pp. 227 sq.
(2) Id., pp. 239 sq., 247 sq...
(3) The Agricultural labourer (Journal of the Royal Agricultural Society, 1878).
CDEW Fox, loc cit, p: 226! ; 18