NOTA EE
ment de sa tranche de lard du matin »!. Si le prix de la viande n'avait pas diminué, il en consommerait certainement moins et nous n’aurions pas eu l’occasion de remarquer que le commerce du fromage a sensiblement décliné. Aujourd'hui l’ouvrier de la dernière catégorie, le moins bien payé, en un mot, le manœuvre (labourer), tant de l'usine que des champs, consomme annuellement 86 1bs. de viande. Pour l’ensemble même de la classe ouvrière, la moyenne s'élève à 107 Ibs. par an, et pour l’ensemble de la population, à 122 1bs. environ ?. Encore faut-il bien observer que ces chiffres ne comprennent ni la volaille, ni aucun animal de basse-cour, dont la consommation cependant'est, comme on sait, considérable.
Aussi, pour peu que l’on compare la nourriture des familles ouvrières d'Angleterre et du continent, en particulier d’Allemagne, un fait saute d’abord aux yeux : le fonds de l’alimentation allemande, c’est le pain : la consommation du blé et du seigle atteint en Allemagne 525 lbs. anglaises par tête contre 356 en Angleterre 3. Et, fait également caractéristique, ce pain est pour les trois cinquièmes fait de farine de seigle : sur 525 Ibs. de grain que consomme en moyenne chaque personne, 325 sont de seigle et 200 seulement de blé. En Angleterre, au contraire, c’est à peine si la consommation moyenne du seigle s'élève à 6 1bs. En revanche, la viande y est, sauf peut-être en Irlande, l'aliment national. Il n’en fut certes pas toujours ainsi : au temps où Taine visitait l'Angleterre, un manœuvre à Manchester et à Liverpool pouvait à peine en manger une fois par semaine en travaillant dix heures par jour #. Le progrès est donc tout récent ; il est l'œuvre du dernier quart de siècle et il est la conséquence à la fois de la hausse des salaires et de la dépréciation concomitante du
(1) Tariff Commission, loc. cit., $ 1394.
(2) Production and Consumption of Meat and Milk (Second Report). — Journal of the Royal Statistical Society, septembre 1904, pp. 382 sq.
(3) Fiscal Blue Book, I. Memor. XVII, p. 219.
(4) Notes sur l'Angleterre, p. 319.
bétail. Aujourd’hui, de l’aveu unanime, l'Américain et lAnglais sont les plus grands mangeurs de viande. L’Allemand, le Français même, consomment plus de légumes. M. R. H. Rew 1 s’est, à cet égard, préoccupé de comparer le régime alimentaire des populations de divers pays civilisés, du moins en ce qui concerne les produits animaux. Il a résumé ses constatations en un tableau fort instructif que nous lui empruntons :
Consommation par tête et par an
Viande Lait Fromage Beurre Lbs. Gaïlons Lbe Lbs.
Royaume-Uni....... 422 15 10,5 18,5 DAREMArKE Cr. cer. 76 40 © — 20 DÉAMRCe SN TA en ee 80 16 &) 8,2 5,9 MICMAONE.. 0e 99 —- = D A ER Le — 46 — 393 DIBIQUeN AS. ere se 70 — — 25 MOI TNTO RU ae — — 11 13 DUO RPM Es ec 62 40 4,6 15,8 Etats-Unis d’'A....... 150 25 ST 20,5 ASiTalle nn... 262 — J,0 16,7 Nouvelle-Zélande. ... 212 — 4,4 17,8
(a) Y compris la crême et le lait à demi écrêmé.
(b) Calculé sur la production totale, après déduction du beurre et du fromage.
Les données sont, il est vrai, incomplètes. Elles n’en montrent pas moins que de tous les Européens l'Anglais est celui qui mange le plus de viande, encore qu'il soit distancé, et de beaucoup, par les Anglo-Saxons des colonies ou d'Amérique. Par contre, il fait, quant au lait et à ses dérivés, beurre et fromage, moins bonne figure. Mais on remarquera que l'alimentation carnée est le meilleur signe du bien-être et que les
() Observations on the production and Consumption of Meat and dairy produce. (Journ. of the R. S. S.. sept. 1904, pp. 422 sq., 426).
produits de laiterie consommés par les autres Européens ne compensent pas l’infériorité de leur consommation en viande. D'autre part, et pour revenir à l'Allemagne, qu'on a cependant opposée à l'Angleterre 1, non sans quelque parti-pris, à peine est-il besoin de rappeler ici que la viande qu'on y mange est fréquemment de qualité inférieure. Dans certaines régions, en Bavière et dans le Nord (Mecklembourg-Strelitz et Mecklembourg-Schwerin), l'hippophagie a pris d'étonnantes proportions : en 1904, plus de 120 000 chevaux, en 1905, près de 180 000 furent abattus ?. On ne se contente même pas du cheval : on mange du chien : en 1904, 7 000 bêtes furent livrées aux abattoirs publics ; 9 000 en 1905 * et la progression ne parait pas près de s'arrêter #.
Le bien-être semble donc plus grand en Angleterre. La baisse des prix, néfaste aux producteurs et à tous ceux qui,
(1) Cf. Ashley : Progress of the German Working classes.
(2) Revue Scientifique (Revue Rose) 1907, 1er semestre, p. 344. — Cf. Ashley, loc. cit., pp. 155 sq. — notamment p. 159. — A Munich on a abattu un cheval par an en moyenne pendant la période quinquennale
1881-85 pour 252 habitants ;
(3) Revue Scientifique, loc. cit.
(4) & On aime le chien, en Allemagne, mais à la façon des Chinois qui se régalent de sa chair. Une récente statistique établit, en effet, qu'il a été abattu en trois mois, pour l'alimentation 2 495 chiens dans l'empire allemand, et encore ne s'agit-il ici que des animaux immolés dans les abattoirs publics. Car les tueries clandestines ne sont pas rares et les propriétaires de chiens ont été prévenus de se mettre en garde contre les voleurs spéciaux qui exercent sur la voie publique. C'est surtout en Prusse et en Saxe que la cynophagie se développe. À Munich, notamment (sic), la population italienne des faubourgs tient, paraît-il, la viande de ‘ chien pour un grand régal. La consommation canine a d’ailleurs pris dans cette ville de si extraordinaires proportions que les autorités ont cru devoir régler l'abattage et l'inspection sanitaire de cette viande sur le marché ». (Journal des Débats, 7 novembre 1906).
directement ou indirectement, tirent leurs ressources de là production à l'exception des salariés, allège le budget des consommateurs et leur assure une alimentation à la fois plus économique et meilleure. À considérer de pareils résultats, fruits pour une large part des libres importations jointes à l'essor agricole et commercial des pays neufs, on comprend le penchant qu'ont à peu près partout les populations ouvrières pour la liberté des échanges, alors qu’en toute autre matière elles se montrent interventionnistes décidées. Du point de vue des intérêts populaires, l’étatisme et le libre-échange qui, théoriquement, semblent antinomiques, s’harmonisent et se complètent en fait. C'est pourquoi les partis radicaux qui aujourd'hui détiennent le pouvoir en Angleterre, tout en se montrant singulièrement hardis au point de vue social, restent attachés au vieux dogme de Cobden et résistent énergiquement aux idées protectionnistes réveillées, autant dans un but politique et fiscal que dans un but économique, par M. Chamberlain.
Il ne faudrait cependant pas établir une opposition trop absolue entre landlords et exploitants d’une part, consommateurs de denrées agricoles de l’autre. Le malaise des premiers a retenti sur l'économie entière du pays : tous les éléments d’un organisme sont solidaires et la crise qui frappe les uns ne laisse jamais les autres totalement indemnes. La diminution des revenus agricoles s’est traduite, on l’a vu, par un train de vie plus modeste ; le commerce s’en est ressenti. Et, si l’on veut comprendre dans quelle mesure, il suffit de se rappeler les lamentations qui, dans nos villes de province, accueillent les années mauvaises ou même les simples intempéries qui compromettent la récolte. Avec la clientèle rurale, le commerce local perd une large part de ses bénéfices. En Angleterre, où nombre de grandes familles tirent de leurs domaines le plus clair de leurs revenus, on voit combien a dû être profond le retentissement de la crise. Toutefois on ne saurait dire qu'il a neutralisé pour les consommateurs l’avan-
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