‹ La crise et lʹévolution de lʹagriculture en Angleterre de 1875 à nos jours, essai dʹhistoire économiqueChapitre 35 sur 90 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

La Production

C'est en somme une question de répartition que nous venons d'examiner. Avec l’ancien état de choses, prix élevés et salaires faibles, exploitants et propriétaires se trouvaient favorisés. La hausse des salaires, l’avilissement des produits sont survenus, que l’évolution n’a point enrayés, auxquels elle s'est simplement efforcée de parer ; la majeure part du revenu agricole est allée à la main-d'œuvre. Les exploitants et les landlords se sont trouvés réduits à la portion congrue, malgré leurs efforts d'adaptation, cependant que le bon marché de la vie bénéficiait aux consommateurs. C’est un déplacement d'avantages sociaux, légitime et heureux en soi:1il faut toujours, en principe, se réjouir de voir les conditions de vie s'améliorer pour la masse du peuple, les vivres se déprécier et l'alimentation ouvrière devenir plus substantielle et plus raffinée. Si, cependant, eu égard aux ruines amoncelées et qui sont, certes, regrettables, on ne peut pas dire, en l'espèce, que la situation nouvelle soit exclusivement favorable et qu'il convienne de s’en féliciler sans restriction, peut-être, les consommateurs étant l'immense majorité, implique-t-elle en définitive, et du seul point de vue de la répartition, de sérieux avantages, nonobstant les réserves que nous ont suggérées les répercussions de la crise et le caractère souvent plus apparent que réel du bon marché. Le peuple vit mieux ; la main-d'œuvre a vu sa part de produit s’élargir. De moins

en moins femmes et enfants travaillent aux champs : le salaire du mari ou du père suffit aux besoins plus nombreux de la famille.

Mais il n'y a pas qu'une question de répartition ; il y en a une aussi de productivité. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de savoir si le produit agricole est supérieur aujourd’hui à ce qu'il était voilà une trentaine d'années. Comparaison du reste difficile et qu'on ne peut établir qu’assez grossièrement. La question en verité est plus haute. Suivant le mode d'emploi, le rendement d'une machine est, on le sait bien, susceptible de varier dans une large mesure. Le rendement de la terre, vrai laboratoire, n'est-il pas lui aussi plus ou moins considérable selon les méthodes d'exploitation et la nature des produits demandés à la culture ? Or la mévente des denrées agricoles et la hausse des salaires ont provoqué chez les agriculteurs un changement de front que nous avons longuement analysé. Les transformations de la production et des méthodes culturales ont-elles dont orienté l’agriculture dans la voie d’une meilleure, plus complète et plus productive exploitation des forces de la nature ? Voilà le vrai problème que soulève, en fin de compte, l’évolution agricole, et dont l'importance dépasse singulièrement le domaine économique. Il a des répercussions d'ordre politique, d'ordre militaire et international de la plus haute gravité, qui solliciteront notre attention.

L'adaptation, qui n’a pu empêcher la baisse des rentes et le quasi-évanouissement des profits, ne se réalise pas sans déperdition, sans gaspillage même, de forces et d'énergies

naturelles. La lande inculte et improductive a reculé devant la charrue jusqu’en 1890 1. Elle regagne maintenant le terrain perdu. La surface consacrée aux grains, aux récoltes fourragères et aux racines (corn and green crops) ainsi qu'aux prairies temporaires ou permanentes, la superficie cultivée en un mot (cultivated area) se rétrécit tous les ans. A vrai dire, il est toute une partie du sol anglais qui échappe à la statistique : les petites tenures, les allotments, les lopins de terre attachés aux maisons, qui ont les uns et les autres moins de 1 acre d'étendue, ne sont pas compris dans les recensements annuels. Orsiltn'est pas douteux que ces .ninuscules exploitations aillent en augmentant ; il n’est malheureusement pas possible de dire dans quelles proportions. D'autre part, les voies de communication se multiplient, les villes s'étendent toujours au détriment de la terre cultivable 2. Or les Agricultural Returns accusent chaque année un nouveau déficit de vingt ou trente mille acres ; en dix-huit ans, l'étendue recensée a ainsi diminué de 557 000 acres en Grande-Bretagne *. Mais c'est surtout en Irlande que le recul est sensible : 1 086 887

(4) De plus en plus lentement d’ailleurs. Entre 1874 et 1890, la superficie cultivée en Grande-Bretagne a gagné 1 500 000 acres, soit 4,8 0/0. Le gain fut en

1874-75 de 0,47 oo 1875-80 — 0,435 0/0 1880-85 — 0,27 ojo 1885-90 — 0,135 o/o

(Agric. Stat., années diverses).

(2) C'est surtout dans les comtés où les villes se développent que l'étendue cultivable diminue.

(3) Soit de 1,69 0/0 : le mouvement, fort irrégulier, a subi les fluctuatons suivantes :

1890-95... 0,11 1/2 o/o en moyenne par an.

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acres de 1874 à 1908 !. Indépendamment des terrains qu'on ne cultive plus, mais qu'on fait encore plus ou moins pacager, quoique à peu près abandonnés, l'étendue proprement inculte y est passée de 891 553 acres en 1881 à 1 071 187 en 19072. Il n’est donc pas contestable qu'à côté des terres absorbées par l'extension des villes, des routes, des chemins de fer ou conquises par la petite culture et la petite propriété, d’autres sont retournées à la stérilité. Le processus même de l’adaptation implique cet abandon : les sols trop réfractaires à la culture intensive ou à la création de prairies ne sont plus cultivés : on les laisse se couvrir de maigres herbages, parfois de bruyères ; ils deviennent de simples pâtis ; les meilleurs, seuls, demeurent exploités. C’est là du reste ce qui explique en partie les hauts rendements de l’agriculture anglaise ; la sélection produit ici son effet habituel : sur les terrains de qualité supérieure se concentrent tous les efforts, tous les soins et tous les engrais ; les moins bons, les moins aptes à une culture intensive ou tout au moins rémunératrice dans les conditions présentes du marché sont sacrifiés. Ainsi, par l'effet de la crise agricole, et malgré ses efforts d’adaptation, la population britannique ne tire plus aussi bon parti de ses ressources naturelles. C’est une perte sèche qu'elle doit inscrire à son bilan.

Quant aux terres qui restent en culture, si certaines sont l'objet de soins minutieux et constants, il en est, par contre,

(1) Superficie cultivée

Grande-Bretagne Irlande 1874... 31 267 325 acres 15 752 187 acres 1880... 32 101 909 — 15 340 193 — 1890 32 768 335 — »

1900... 32 437 386 — 15 222 104 — 1908... 32 211 386 — 14 665 300 — (Agrie. Stat., années diverses. — Agric. Stat. for Ireland, années diverses).

(2) Agric. Stat. for Ireland 1907, pp. 2-3.

qu'on néglige et qui se détériorent !. Certes, partout où il y avait des capitaux, chez les fermiers entreprenants et hardis, le high farming s’est imposé. Mais n’avons-nous pas vu que, souvent, trop souvent, la confiance s’en va, qu’on manque d'argent et qu'on s'efforce par tous moyens de restreindre les dépenses d'exploitation ? « Un gros article de dépense, dit un témoin du comté de Huntingdon ?, un gros article de dépense sur nos terres argileuses, c’est le drainage. Il y a vingt ans, ces terres étaient en excellent état et bien drainées ; mais les drains s’usent eux aussi et drainer à nouveau les terres argileuses, qui en ont besoin plus qu'aucune autre, serait chose fort difficile et coûteuse. Aux prix actuels des produits, l'opération ne paierait pas, si elle pouvait être faite ; et, en certains cas, ce ne serait pas chose aisée. Ces terres se convertissent en très maigres herbages ». Un témoin irlandais, du comté de Wicklow, rapporte que dans beaucoup de fermes «les clôtures sont à terre et les drains bouchés ». On n'y porte pas remède : le travail est trop cher et les capitaux manquent. On garde de mauvais chevaux, on les nourrit mal, le travail se fait mal et trop tard ; les engrais sont insuffisants 3%. Dans le Lincolnshire même, qui est resté une des régions les plus prospères, les achats d'engrais se sont restreints ; le high farming perdrait du terrain en quelques cantons #. Aux prix ruineux que trouvent les céréales, la tentation est forte chez les fermiers de vendre les pailles pour couvrir les dépenses. [ls n’y résistent pas toujours ? ; d’où moins de fumiers, moins d'engrais ; l'insuffisance du bétail sur certaines fermes, insuffisance que nous avons déjà constatée, tend au même

(1) Final Report, passim, et notamment pp. 10, 13, 240 et 245. — Tariff Commission, loc. cit, $S 219, 544, 569, 705 etc. — R. Haggard, loc. cit., pass.

(2) Tariff Commission, loc. cit., $ 656.

(3) Id., $ 850.

(4) Id., $ 865. À

() Id., $S 226, 619, 874 etc.. — R. Haggard, loc. cit., pass. V. notamment p. 112.

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résultat désastreux. Le manque de ressources, le haut prix de la main-d'œuvre amènent souvent la suppression de certaines façons, de certains travaux nécessaires !. Cet état de choses, un témoin du comté de Bedford le résume très nettement en quelques phrases : « En général, dit-il, la terre est tombée aux mains de fermiers bien inférieurs. Certains exploitent pour arracher, comme ils peuvent, leur vie à la terre, mais non plus, comme autrefois par la culture intensive et l'emploi d'un capital abondant » ?. On vit sur le passé, sur les améliorations et les travaux faits aux temps prospères et qu’on ne renouvelle pas ; on achève d’épuiser des terres qu'on ne reconstitue plus ; d’un mot, on cultive plus mal et sans souci de l'avenir. Le sol, sur ces fermes négligées, rend moins et devient de jour en jour moins productif. Ici, on ne laisse plus inutilisées des forces naturelles ; mais on les exploite à contre-sens, sans les entretenir ; et, de toute façon, c’est un vrai gaspillage.

L'orientation nouvelle de l’agriculture n’est pas’ pour le compenser ou l’atténuer. On sait qu’elle sacrifie les céréales au bétail, la culture proprement dite à l'élevage. Malgré l’exploitation intensive et l'augmentation des rendements, la récolte totale en blé, orge et avoine est tombée de 120 614 000 hectolitres en 1871-80 à 106 757 000 HI. en 1899-1908. Dans le même intervalle les engrangements de blé seul sont passés de 31 300 000 HI. (10 793 000 qrs.) à 19 859 000 (6 898 237 qrs.). Ni la France, ni l'Allemagne #, ni le Danemark #, pourtant

(4) Tariff Commission, loc. cit., $ 569.

(2) Id., $ 1159.

(3) Cf. Blondel : Etudes sur les populations rurales de l'Allemagne et la crise agraire. — Paris, Larose, 1897. Passim.

(4) Voici, d'après M. R. J. Thompson (loc. cit., p. 392), la répartition du sol en Danemark :

Terres en culture Terres en prairies 1866. . . . 3 241 400 acres — 56,4 0/0 2 496 900 acres — 43,6 0/0 18815 MA 751 50 K0/0 2 867 600 — — 43,3 0/0

placés, les deux derniers surtout, dans des conditions climatériques assez analogues, ne s’abandonnent à une aussi radicale transformation. La crise y sévit, sans doute, et les agriculteurs se sont efforcés d'y faire face par la réduction des dépenses et l'augmentation des produits rémunérateurs. L’élevage y a fait des progrès ; mais, au rebours de ce qui se passe en Angleterre, les récoltes de toute espèce y augmentent en même temps. Bien que la superficie emblavée ait diminué de 1 million et demi d'hectares depuis 1881, l'Europe occidentale récoltait, en 1900, trente et un millions de quintaux de plus f. En France, plus spécialement, la surface consacrée au blé a reculé de quelque 350 000 hectares depuis 1885 ; la moisson, cependant, est aujourd'hui plus forte d'environ 8 millions d'hectolitres. L'ensemble des récoltes de froment, seigle, avoine et orge est passé de 225 500 000 HI. à 241 600 000, en dépit d’un sensible recul de l'orge et du seigle qui donnent un produit en argent inférieur à celui du blé 2. Veut-on maintenant jeter un Coup d'œil sur l'Allemagne ? Ici, le spectacle est encore plus suggestif : l'étendue consacrée aux céréales ne

On sait pourtant l'importance prise dans ce pays par l'industrie laitière. — Sur les conditions climatériques du Danemark, v. Thompson, pp. 375-6.

(1) Grandeau : L’Agriculture étrangère à l'exposition de 1900. — Journal le Temps du 10 sept. 1900. — Voici, d’après le même auteur, les surfaces ensémencées en :

DE ia: 19 601 000 Ha. 18 748 000 Ha.

.Seigle. . +. 11 678 000 — 11 449 000 —

Orge... 6 774 000 — 6 432 000 —

MAS Rte 3 062 000 — 3 467 000 —

Avoine. . . 12 222 G00 — 13 620 000 —

(2) DZ0lla, loc cit:

Surfaces en blé Récolte

1885-90 . .'.. 6 920 000 Ha. 100 107 300 000 HI. 100 1891-0520 6 700 000 — 96 104 700 000 — 97 1896-1900. . . 6 820 000 — 98 116 500 000 — 108 1901-05 . . 7 6 580 000 — 95 114 600 000 — 106

C£. J. Hitier, loc. cit., Rev. d'Econ. Polit., XV, 1901, pp. 649 sq...

paraît pas se restreindre : 13 904 838 Ha. en 1893, et 14 224 255, en 1906. Seul le blé semble en défaveur (1 935 993 Ha. contre 2 044 103). Par contre le seigle s'étend sensiblement. Mais, : même pour le froment, grâce au perfectionnement de la culture et à l'amélioration des rendements, la récolte est en voie d'augmentation !. Comme en Angleterre, d’ailleurs, la culture de l’avoine prospère et devient sans cesse plus productive. Ainsi, partout, malgré l'effort d'adaptation nécessité par la crise, malgré même la réduction des surfaces emblavées, la récolte des céréales et celle du blé, en particulier, sont en voie de progrès. L’Angieterre seule fait exception.

Certains, il est vrai, s’en réjouissent pour elle et la donnent en exemple. « En présence de la baisse des prix, et puisqu'il ne faut pas se leurrer de l'espoir de voir les cours se relever d'une facon normale, c’est du côté de la diminution du coût de production qu'il faut s'orienter, et, ceux-là produisant à meilleur compte qui sont servis par les conditions favorables de sol et de climat, chacun doit s'imposer comme un principe directeur de toute entreprise agricole, petite ou grande, de concentrer son effort sur la production pour laquelle la nature l’aide, abandonner les branches pour lesquelles il n’a pas la nature avec lui ; autrement la lutte n’est pas possible avec les rivaux mieux armés ; on est vaincu d'avance. Ce que nous disons du sol et du climat, il faut le dire également du marché, Il faut travailler pour le produit qui, favorisé au point de vue du sol et du climat, trouve en outre un débouché facile, économique » ?. C’est le principe de la spécialisation à outrance. Abandonnez le blé, si la culture n’est pas rémunératrice, et faites des fourrages ; les progrès de la science atténuent les risques naturels et font une sorte d'assurance contre la pénurie absolue de la récolte unique ; en outre ils donnent

(1) La production moyenne à l’hectare est passée entre 1893 et 1906 de 16,7 quintaux à 20,3 et la production globale de 3 405 021 tonnes à 3 939 563. (Statistiches Jahrbuch, 1907. pp. 29-30).

(2) J. Hitier, loc. cit., p. 656. — Cf. pp. 648, 653 et 654.

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plus de régularité aux rendements !. La spécialisation apparait ainsi exempte de dangers, riche au contraire d'avantages.

Sans doute les nécessités de la concurrence conduisent invinciblement à cette conclusion et à cette pratique. Mais la concurrence est-elle toujours un guide sûr pour la meilleure exploitation des forces de la nature ? Les faits que déjà nous avons relevés semblent répondre non : sur bien des points la culture régresse ; le high farming perd du terrain. La substitution de l'élevage à la culture n’est pas précisément un progrès, mais plutôt une régression, un retour à une phase antérieure et plus grossière de l’évolution agricole : l'élève du bétail a partout précédé l'exploitation directe du sol. Or c’est une vérité reconnue que, si elle donne un revenu net, c'est-à-dire un profit, supérieur, la production en viande sur de vastes superficies est loin d’équivaloir comme ressource alimentaire à la production en céréales 2. Une terre en labour, dans le

. comté de Leicester, doit pour être rémunératrice, rapporter

4 L. par acre en sus de la rente. En mauvais pâturages qui ne coûtent que peu de travail et, pour ainsi dire, aucun engrais, il suffit qu'elle rapporte quelques shillings. C'est ce qui permet à l'éleveur de faire un profit tout en tirant de ses terres un moindre produit brut. Mais on évalue à 4 L. par acre et par an la perte brute occasionnée par la mise en prairies des terrains jusque là cultivés 5. Ailleurs on évalue cette perte à 5 L. sur les bons comme sur les mauvais fonds !. Et M. Shaw-Lefèvre l'estime à 3 ou 4 L. pour l'ensemble du pays 5.

(1) Cf. Couteux, Journal le Temps, du 3 juillet 1900.

(2) P. Cauwès : Cours d'Economie politique 1, p. 466. — Le professeur Fr. W. Newman disait que pour donner autant de matière alimentaire qu'en produit une acre de terre qultivée, il faudrait trois ou quatre acres de pâturages. (Comtesse de Warwick: Scientific Agriculture. North American Review, t. 182. — 1906, p. 413).

(3) Tariff Commission, loc, cit., $ 503.

(4) Id., p. 784.

(5) Journal of the Royal Statistical Society (Compte-rendu de la séance du 21 févr. 1905 de la Royal Statistical Society), mars 1905, p. 84.

L'alternance des céréales, blé ou autres, des plantes fourrageres et des racines produit même plus de viande à l’acre que l'herbage de bonne qualité. A plus forte raison les prairies maigres, mal entretenues, créées souvent sur des sols peu favorables, laissent-elles un déficit. L'observation en fut maintes et maintes fois faite devant la Tariff Commission !. À prendre comme moyenne les chiffres indiqués par M. Shaw-Lefèvre qui, Comme on vient de voir, ne sont certes pas exagérés, l'évolution agricole a provoqué une perte nette de 14 à 18 millions de L. par rapport à ce qu'aurait pu être, sous un autre régime, le rendement des terres mises en pâturages. Perte d’ailleurs permanente et indépendante de celles, plus considérables encore, subies par les exploitants. C’est tous les ans que, dans la production nationale, se creuse ce déficit énorme ; et, si l'on songe que, en dehors des superficies perdues pour la culture depuis 30 ans, la majeure partie du pays est en prairies temporaires ou permanentes, on voit combien le régime agricole de l'Angleterre lui est en définitive préjudiciable.

On peut même se demander si, indépendamment de ce qui aurait pu être et par comparaison avec la production passée, les meatmakers ont remplacé les corn-growers, autrement dit, si le produit brut n’a pas diminué. Peut-être, après le manque à gagner que nous venons de mettre en lumière, faut-il encore inscrire au bilan une perte sèche. Comment en pourrait-il être autrement alors surtout que le nombre des bestiaux élevés ne progresse plus du même pas que les espaces enlevés aux céréales et consacrés aux paturages ? Qu'il s'agisse de bœufs ou de moutons, par mille acres de prairies permanentes ou temporaires, on en compte tous les ans quelques uns de moins.

(4) Loc. cit., $$ 354, 619, 873, 1182 etc.

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