D RP OP AT ES NT
Pur LS
Bêtes à cornes (Cattle) Moutons Têtes par 4 000 acres de prairies Têtes par 1 000 acres de prairies 1611-10. > 336 1667 1891-95... 914 1292 1901-05... 912 1182
A dire vrai, cette diminution toute relative est en partie compensée par la précocité des animaux suralimentés. On peut admettre qu'aux environs de 1875, mille acres de prairies donnaient par an environ 31 tonnes anglaises de viande (bœuf et mouton). Aujourd'hui le rendement ne dépasse pas 28 tonnes. C’est qu'autrefois les terres en culture apportaient leur appoint d'aliments (grains et racines). De nos jours cet appoint est singulièrement diminué. D'autre part, eten partie pour la même raison, la production en viande de porc est restée stationnaire : moins de blé, moins de son et d'issues, moins (relativement) de porcs élevés. Il est vrai, par contre, que l'espèce chevaline est en progrès. Encore faudrait-il observer pour elle, comme pour les races ovine ou bovine, que sa multiplication est plus lente que l'extension des paturages exclusivement consacrés cependant à l'élève du bétail. Tous ces faits ne permettent guère de croire qu'en dépit des progrès incontestables faits par la technique agricole, malgré l'habileté avec laquelle nombre d'agriculteurs se sont adaptés aux conditions nouvelles du marché et bien que trente ans et plus se soient écoulés, que la population ait augmenté, que ses besoins aient grandi, l’agriculture ait réussi à tirer du sol autrement exploité un produit brut plus considérable, des aliments en quantité plus grande.
Il est significatif d’ailleurs que les Etats continentaux dont les conditions agricoles sont comparables à celles de l'Angleterre accroissent plus vite leur stock de bétail vivant. Quelques chiffres précis nous dispenseront de commentaire. Is
sont assez éloquents par eux-mêmes ;:
Espèce chevaline Espèce bovine Espèce ovine Espèce porcine Têtes Têtes Tètes Têtes
France (D 1904. 3 139000 14 137 0002 17 801 000 7 522 000 1892. 2 067 000 11 509 000 33 643 000 3 266 000 1904. 2 108 000 11 576 000 29 105 000 3 640 000 1892. 3 836 000 17 556 000 13 590 000 12 174 000 Allemagne ® 1904. 4 267 000 19 332 000 7 907 000 18 921 000
Royaume-Uni (3)
Qu'il s'agisse de chevaux, de bœufs ou de pores, l'Angleterre est rapidement distancée par la France et surtout par l’Allemagne. Fait d'autant plus remarquable que ces pays accroissent en même temps leur production de céréales, de racines et de plantes industrielles. C’est même là ce qui explique, par contre, la diminution plus rapide des troupeaux continentaux. Le mouton se nourrit facilement sur les landes, pâtis, jachères ; c’est même le seul animal qui d'ordinaire permette d’en tirer parti. Aussi l’avons-nous vu se multiplier encore dans le pays de Galles et en Ecosse. En général, dans le Royaume- Uni, l’évolution a considérablement étendu ces pacages médiocres et prairies de montagnes (grazed mountain) ; n'y pouvant entretenir autre chose, on y éléve des moutons. Sur le continent, au contraire, la culture s’est étendue ; elle a constamment empiété, en France notamment, sur les pâtis, landes et pâtures. « Le territoire sur lequel on élevait le mouton avec profit ayant diminué pour faire place aux céréales et aux
(1) Statistique agricole annuelle. Années diverses.
(2) L'année 1904 fut peu favorisée. Les circonstances climatériques ont entraîné une moindre production de fourrages et, par suite, une réduction du bétail qui en 1902, avait compté 14 928 550 têtes. — Si l'on compare l'accroissement du nombre des vaches des deux côtés de la Manche, on constate que, en 20 ans, de 1882 à 1902, il a été de 1 232 000 chez nous contre 402 000 seulement chez nos voisins :
France Royaume-Uni 1882... 6 587 639 3 682 317 1902... 7 819 582 4 084 341
(3) Agric. Slat., 1907, p. 86.
(4) Statistiche Jahrbücher, années diverses.
plantes industrielles, il est donc naturel que le nombre-des moutons élevés sur cette surface ait diminué dans la même proportion. L'extension des végétaux à racines charnues (betteraves, carottes, navets), extension qui est considérable, a plutôt favorisé la production et l’engraissement des bovidés, mieux aptes à utiliser ces aliments avec profit » !. Qu'on ne s'y trompe pas, du reste; c’est sous l'influence du marché que se sont différenciés les systèmes de culture. Sur le continent, les droits de douane ont maintenu les prix des céréales et du bétail gras au-dessus des prix anglais. La culture est restée rémunératrice ; en tout cas, elle n’a pas été ruineuse comme outre-Manche ; l’évolution n’a point été aussi profonde ni aussi brutale. Quoi qu'il en soit, d’ailleurs, et malgré ces conditions qui imposaient, peut-on dire, plus qu'elles ne la favorisaient, l'élève du mouton, le troupeau anglais lui-même a sensiblement diminué d'importance. Comme la production en viande, la production lainière est fortement tombée. Et c’est un autre article à inscrire au chapitre des pertes. Voilà trente-cinq ans, en 1871-75, le troupeau britannique donnait environ 160 millions de Ibs. de laine par an. Au début de ce siècle (1900-04), la toison annuelle ne pesait plus que 138 millions de Ibs. 2 et la différence devait être demandée à l’étranger.
Il apparaît maintenant que nous pouvons donner à la question posée en tête du chapitre une réponse définitive et catégorique. Sous les formes les plus diverses, l’agriculture anglaise, malgré ses progrès, malgré ses allures scientifiques et perfectionnées, offre l’'étonnant spectacle d’un large gaspillage des forces productives de la nature. Terres abandonnées, mal cultivées, détournées de la plus productive exploitation, forment aujourd'hui la majeure partie du sol britannique. Le
() D. Zolla: Etudes d'Economie Rurale. — Paris, Masson, 1896, Dotie
(2) Report of the Tariff Commission, vol. Il. The Textile Trades, — Part 2, Evidence on the Woollen industry : $ 1 512.
js
IAUTE
Es DORE
déficit qui en résulte dans la production nationale n'est pas susceptible de se chiffrer ; il doit être cependant considérable. Tel est le bilan de l’évolution accomplie sous la pression des phénomènes monétaires et de la concurrence étrangere.
La conséquence obligée et immédiatement palpable de cet état de choses est l'impuissance de l’agriculture anglaise à suffire aux besoirs de läâ consommation. Avant 1875, le blé récolté dans les Iles Britanniques alimentait 15 600 000 personnes. En ce début de siècle, c’est tout au plus s’il pourvoit aux besoins de 4 500 000 1. Sans doute, dès avant les Corn Laws, sous leur empire même et pendant la période d’inouïe prospérité que traversa l’agriculture, l'insuffisance des récoltes anglaises s'était à peu près constamment accentuée, au moins à dater de 1841-45, mais jamais avec une pareille rapi- Citer
Population à la consommation de laquelle suffit la production indigène.
1841-45. 24 millions 1871-75. 15,6 millions 1871-75... 15.6 — 1901-05... 4,5 — Différence en trente ans: 8,6 millions Différence en trente ans: 11,1 millions
Aucun commentaire n'égalerait la brutale éloquence de ces chiffres. D'autre part, cependant que la population augmentait de 33 o/o, que son bien-être, ses besoins, les exigences d'une alimentation plus abondante, plus substantielle et plus riche, croissaient dans une proportion, que nous ne saurions. figurer numériquement, mais qui, sans aucun doute, fut consi-
(1) Tariff Commission : Report of the Agricultural Committee, $ 541.
«4 1 24 EN É Le ARCEEE Lo AE CSS EG