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dérable, la production de la viande (bœuf, mouton et porc) augmentait seulement de 4 0/0, celle du lait destiné à la consommation humaine, soit directe, soit indirecte (beurre et fromage), de 25 0/0; pour un accroissement de 15 o/o dans le nombre des consommateurs depuis 1886-90, la récolte de pommes de terre progressait de 1,3 0/0 ! Aïnsi à l'avenant. Encore ne parlons-nous pas ici, puisque nous ne visons pour le moment que la consommation alimentaire, des matières premières, destinées à l'industrie et d'origine agricole, comme la laine, le chanvre, le lin etc... qui, Comme on l’a vu, laissent un déficit croissant d'année en année et qu'on ne doit pas oublier, quand on dresse le bilan de l’agriculture. Certes, il y a bien quelques branches de l'exploitation rurale qui ont fait d’incontestables progrès et dont le produit augmente rapidement, telles l'élève de la volaille, la production des légumes et des fruits. Mais faute de données précises sur les rérécoltes, sur la production annuelle, il est difficile d'en apprécier l'importance pour l'alimentation du pays. Au reste ce sont là en général produits de luxe que la masse ne consomme pas habituellement. Et ce ne sont d’ailleurs pas quelques centaines d’acres, voire quelques milliers, consacrées aux vergers et aux potagers, qui compenseront le recul considéable des céréales ou l'insuffisance énorme des produits animaux. Tout compte fait, — et les statistiques de l'importation le confirmeront tout à l'heure, — la production agricole est de plus en plus insuffisante. Des deux côtés de la Manche, et malgré une crise partout ressentie, encore qu'avec une inégale acuité, l’agriculture a eu des destinées fort différentes. Chez nous, certes, l’industrie n’a pas pris le même essor qu'en Angleterre; quelque puissante qu'elle y soit, elle n’approche point celle de nos voisins. La France est un pays mixte, à la fois industriel et agricole, profondément agricole. Et, sans doute, notre organisme économique est-il, de ce chef, mieux équilibré et plus stable, plus résistant aussi. (Si les rendements obtenus à l’hectare sont (en Angleterre) plus élevés
qu'en France, il n’en reste pas moins vrai que notre agriculture suffit à l'alimentation de notre pays et fournit travail, salaire et vie matérielle à 6 millions 1/2 de travailleurs, représentant avec leurs familles plus des deux cinquièmes de notre population, tandis que l'Angleterre ne nourrit qu’un tiers et ne fait vivre qu’un cinquième de ses habitants » 1. L'importation comble le déficit. Certes, elle ne date pas d'hier. Depuis longtemps, nos voisins recourent aux blés de Russie ou d'Amérique ; depuis longtemps, ils achètent de la viande, vivante ou morte, en Australie, en Argentine et, principalement, autrefois du moins, aux Etats-Unis. Après être resté exportateur jusqu'à la fin du XVII siècle, le Royaume-Uni est devenu importateur de céréales ; et c’est précisément l’invasion du marché insulaire par les grains continentaux — alors la Russie, la Hongrie, l'Allemagne étaient ses plus gros fournisseurs — qui provoqua les multiples remaniements douaniers du XIX° siècle commençant. Depuis lors, les importations n'ont pas cessé de croître ; elles atteignent aujourd'hui des proportions énormes et les denrées étrangères prennent sur le marché anglais une place de jour en jour plus large. En 1875, les achats de matières alimentaires se chiffraient par 3 108 millions de francs ?. Vingt ans plus tard, ils atteignaient 3 727 millions , somme plus considérable que le montant totai de nos importations à cette époque. En 1905 enfin, ils se sont élevés à 5 114 millions. Il est bon, au reste, d'observer que ces chiffres ne traduisent pas exactement le déficit agricole. Outre qu'ils ne tiennent aucun compte des exportations ni des réexportations, à coup sûr assez peu considérables, ils englobent les produits qui n’ont pas leurs
() A. ,Dulac : Agriculture et Protectionnisme en Angleterre et en France, loc.cit:, p 4019!
(2) Tariff Commission, loc. cit., $ 160.
43) Ibid.. Le Board of Trade ne classe les produits importés en objets d'alimentation et tabacs, matières premières, produits manufacturés que depuis 1899. Sa classification et celle de la Tarif Commission ne sont pas comparables.
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similaires dans le pays, tels les fruits des pays chauds et même les denrées qui, devançant les récoltes indigènes, ne leur font pas à proprement parler concurrence, comme les primeurs de France ou d'Algérie. D'autre part, ils n’ont trait qu'aux objets d'alimentation ; ils n’embrassent pas les matières premières d’origine agricole, par exemple les cuirs, peaux, laines, chanvres, lin etc., dont l'industrie britannique fait cependant une ample consommation. Sous ces réserves, on peut, grâce aux données qui précèdent, se représenter approximativement l'insuffisance de l’agriculture anglaises Si l'Allemagne, foyer industriel d’une rare intensité, surpeuplé d’ailleurs et obligé de déverser tous les ans son trop plein sur les pays d'outre-mer, si l'Allemagne, jadis principalement agricole, aujourd'hui essentiellement manufacturière, fait, elle aussi, de plus en plus appel aux denrées agricoles de l’étranger, quoique en des proportions bien moindres que le Royaume-Uni !, toute différente est la situation de la France. Avant le tarif douanier de 1892, la moyenne annuelle des entrées de substances alimentaires pendant la période 1881-91 était de 1 541 millions de francs ; les sorties, s’élevant seulement à 801 millions, laissaient pour la consommation intérieure un excédent d'importations de 740 millions. Le tarif édicté, l’excédent moyen tomba à 395 millions (1892-1902). Il est allé d'ailleurs s’affaiblissant tous les ans et, aujourd'hui, pour une population stationnaire, il est vrai, mais inférieure de quatre à cinq millions d’âmes seulement à la population britannique, il ne dépasse pas une soixantaine de millions 2. Le tarif de 1892 & a constitué la consommation alimentaire des Français en une sorte de domaine dont l'exploitation est, par
(1) En 1906, l'excédent des importations allemandes en denrées ali- ‘mentaires a été de 2 181 millions. Il ne faut pas oublier que la population de l'Empire était à cette époque de 61 millions d'habitants ; celle du Royaume-Uni de 43 millions.
(2) En 1905, les importations se sont élevées à 822 915 000 fr. ; les exportations à 780 542 000 fr.
privilège, réservée au paysan national » {. A dire vrai, et pour ne pas donner à certains faits une signification qu'ils ne sauraient avoir, il faut bien reconnaître que la densité de la population est sensiblement plus élevée en Angleterre que sur le continent et qu’elle surpasse de 15 0/0 la densité allemande, de 45 o/o la densité française ?. Cet écart, considérable en ce qui nous concerne, explique en quelque mesure l'inégalité des importations alimentaires. La justifie-t-il entièrement ? Il n’est pas douteux que les agriculteurs d’outre- Manche usent de procédés plus perfectionnés que les nôtres, qu'ils sont plus accessibles que nous aux idées de progrès et que la culture intensive trouve en eux de chauds partisans. Et cependant l’évolution les emporte vers un gaspillage toujours plus grand de forces et de ressources naturelles, dont les nécessités de l'alimentation nationale auraient dû les garder. Chez nous, au contraire, la culture conserve la prépondérance dès longtemps acquise et, dans l’ensemble, assure une plus complète exploitation de ses ressources. Au reste, à chaque milieu social convient un mode d'exploitation particulier. Pour n'être pas aussi progressif, peut-être, que celui des Anglais, celui de nos paysans est bien adapté à ses fins, puisqu'il réduit à une somme insignifiante les achats à l’étranger. Et nous ne devons pas oublier que si la densité de la population anglaise dépasse la nôtre de 45 0/0, l'excédent des importations britanniques sur les nôtres est considérablement plus élevé.
Si, maintenant, nous passons en revue les divers articles de ces importations, nous nous apercevrons que le plus gros déficit porte précisément sur ceux qui forment la base de l'alimentation : les grains et la viande. Les premiers, qui, il est vrai, ne sont pas tous destinés à la consommation hu-
(1) H. Truchy : Etude sur le commerce extérieur de la France de 1881 à 1902. (Rev. d'Econ. polit., t. XVIIT, 1904, p. 573).
(2) Densité de la population : Angleterre, 133 h. au kq.; Allemagne, 112 ; France, 73.