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Les promoteurs de la réforme et ceux qui l’aécueillirent avec faveur ne pensaient pas qu’elle pût sérieusément préjudicier aux intérêts agricoles. Son plus ardent apôtre, Cobden, tout en déclarant que le régime protectionniste enrichissait les seuls landlords sans profiter aux fermiers,! affirmait en une autre occasion que les propriétaires fonciers n'avaient rien à redouter du libre-échange? M. L. de Lavergne, appréciant la réforme, pensait au contraire que les rentes diminueraient.% Mais, comme Cobden, il estimait que la culture recevrait une vive impulsion : elle ne devait pas abandonner une acre ;* la richesse industrielle, conséquence de la liberté, aurait au contraire pour effet d'élever les salaires, d'accroître le pouvoir de consommation des classes ouvrières et d'ouvrir aux produits de la terre de plus larges débouchés.5 La prospérité agricole devait aller de pair avec la prospérité industrielle et commerciale, sous l'influence de lois naturelles essentiellement harmoniques.
Tout d'abord, les faits semblèrent confirmer ces prévisions.
le tarif. Une loi du 29 avril 1842 avait fixé à 1 L. par quarter le droit à percevoir quand le cours ne dépassait pas 51 s.. S'il atteignait 52 ou 555., le droit tombait à 19, puis à 18 s.. Au-dessus de 55 s., toute nouvelle hausse de 1 s. dans les prix entraînait une diminution équivalente du tarif. Enfin, lorsque le cours atteignait ou dépassait 73 s., il n'était plus perçu qu'un droit fixe de 1 s. par quarter. — Suivant l'act de 1846, le droit d'entrée n'était plus que de 10 s., tant que le prix du blé ne dépassait pas 48 s.; il s'abaissait ensuite de 1 s. pour chaque shilling de hausse. Quand les cours atteignaient 53 s., le droit se fixait à 4 s.. — Abolissant l'échelle mobile, l'act du 1er février 1849 institua un droit fixe del s. par quarter, qui fut enfin supprimé lui-même par l'act du 1er juin 1869. (Bulletin de statistique et de législation comparée du Ministère des finances. — 1886, t. XX, p. 305. — C.-J. Fuchs, loc. cit.).
(1) Cf. Discours du 2 août 1841 aux Communes (loc. cit., p. 35).
(2) Discours du 28 septembre 1843, cité par Ashley (The Tariff Problem, p. 50.).
(3) Loc: cit., p. 200.
(4) Cobden.— Discours du 19 octobre 1843, cité par Ashley, loc. cit., p.50.
(5) L. de Lavergne, loc. cit., p. 201. — Cobden, Discours du 13 décembre 1852, aux Communes.
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Pendant quelques années encore, il est vrai, le prix du blé continua de baisser, tombant de 54 shillings 8 deniers le quarter en 1846 à 38 s. 6 d. en 1851. Les agriculteurs s'émurent ; de véhémentes protestations se firent entendre, dont sir J. Caird recueillit l'écho au cours de sa tournée en Angleterre.? Mais rapidement la situation changea d'aspect. En dix ans, de 1846 à 1856, vingt-trois millions de L. furent dépensés en drainages ;* les perfectionnements dans la culture et l’élevage, amorcés sous le régime protectionniste, se réalisèrent plus complètement. Bref, une prospérité inouïe régna dans les campagnes jusqu'aux environs de 1878. Sur ce point, tout le monde est d'accord. Une démonstration serait superflue. Une seule culture était en recul, celle du blé ; après avoir, en 1841-45, pourvu à l'alimentation de 24 millions de personnes, elle ne subvenait plus, aux environs de 1875, qu'aux besoins de 15 600 000: c'était une sensible décadence que nous retrouverons,accélérée d’ailleurs, à la période suivante. Nonobstant, en Grande-Bretagne, le revenu plein imposable des terres assujetties à l'Income tax passa de 45 753 @16 L. en 1842-43 à 56 372 692 L. en 1872-73. # Pour le Royaume-Uni tout entier,
(1) Report on Wholesale and Retail Prices in the United Kingdom in 1902, with comparative statistical tables for a series of years. — Parliamentary Paper. — London, Eyre and Spottiswoode, 1903. — pp. 70-71. La livre sterling (L.) vaut environ 25 fr.; le shilling (s.), 1 fr. 25; le denier ou penny (d.),environ 0 fr. 10.
(2) « On nous a répété dans le Hampshire les mêmes plaintes à l’occasion de la liberté du commerce et les mêmes clameurs en faveur du système protecteur que nous avons entendues dans les autres comtés. Les fermiers ne paraissent pas conserver un grand espoir qu'on doive le leur rendre et cependant ils se regardent comme ruinés, si l’on ne trouve pas un autre moyen de les secourir. » (loc. cit., p. 117).
(3) Poinsard : Libre-Echange et Protection. — Paris, Didot, 1893.— p. 125.
(4) Final Report, p. 25. — D'après les renseignements fournis par une maison anglaise qui s'occupait de ventes foncières, de 1841-45 à 1871-75, le taux moyen de la rente se serait élevé de 26 s. à 32 1/2 s. à l'acre ; la valeur vénale de la terre aurait progressé de 38 L. 1/2 à 57 L. l’acre, le taux de capitalisation s’élevant ainsi de 27,6 à 36,4. (Bulletin de Stat. et de Législ. comp. du ministère des finances, 1889,t. XXV, pp. 565 et654):
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Irlande comprise, entre 1862 et 1877, il monta de 60 300 000 L. à 69 400 000 L..1 Puis, pendant plusieurs années, jusqu'en 1881, il demeura stationnaire à ce chiffre ; c'était l'apogée ; c'était le commencement de la crise. Mais, durant trente ans, l'essor avait été rapide. La prospérité agricole, comme, du reste, la prospérité industrielle et commerciale, avait coïncidé avec l’ère libre-échangiste.
Qu'est-ce à dire? Et cette coïncidence révèle-t-elle vraiment un rapport de cause à effet ? Laissons de côté le commerce et l'industrie, auxquels d’ailleurs nos remarques seraient pour la plupart applicables. Occupons-nous seulement de l’agriculture. Au lendemain de la réforme douanière, on s'attendait à voir baisser les prix ; c’est ce que Robert Peel prédisait à ses fermiers dans une lettre du 24 décembre 1849. Il n’en fut rien. Après avoir continué à se déprécier pendant quelques années, comme en vertu de la vitesse acquise, et sous l'influence des mêmes causes qui en déprimaient le prix depuis 1820, à partir de 1850, tous les produits agricoles renchérirent. Le blé seul restait stationnaire, ou même marquait une légère tendance à la baisse : 53 s. 4 d. le quarter en 1850-55, 52 s. 10 d. en 1870-75. ? Au contraire, le quarter d'orge
():Memoranda, statistical Tables and Charts prepared in the Board of Trade with reference to various matters bearing on British and foreign trade and industrial conditions. (Désormais nous désignerons cette compilation sous le nom de Fiscal Blue Book, sous lequel elle est connue
en Angleterre.) London. — Eyre and Spottiswoode, 1903-4 — t. I, p. 456.
(2) Wholesale and Retail Prices, pp. 70-71. — Ce n'est pas à cette
baisse seule qu'il faut attribuer la décadence de la culture du blé à cette époque ; car, jusqu'en 1872, les prix sont restés en Angleterre supérieurs à ce qu'ils étaient en France et en Allemagne, où ne s'observait cependant pas un semblable recul. La cause en paraît plutôt résider dans la préférence marquée pour l'élevage plus rémunérateur et dans les conditions climatériques qui, à raison de l'humidité au moment des semailles, notamment à l'automne de 1839 et de 1852, entrainèrent une diminution non seulement dans le rendement, mais encore dans l'étendue emblavée.
— Cf. C.-J. Fuchs, loc. cit., p. 18.
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