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III. COMMENT ON A DONNÉ SYSTÉMATIQUEMENT DES PRIMES

AUX MAUVAIS SOLDATS, A l'iNDISCIPLINE ET AUX APACHES MILITAIRES

Dans la même période, les mêmes fâcheuses influences firent prendre par divers ministres de la Guerre des mesures véritablement insensées.

Décisions officielles ^'^ circulaire du 13 mars 1901

symptomatiques. Prescrivit la réfection de tous les

livrets militaires individuels sur

LES CAUSES 31i

lesquels figuraient les condamnatioas encourues par le détenteur.

Le 26 juin 1901, une autre circulaire supprima la mention du refus ou de l'obtention du certificat de bonne conduite sur les livrets militaires. Auparavant, la mention du certificat de bonne conduite aidait les bons soldats, rentrant dans la vie civile, à y trouver plus facilement un emploi. On ne voulut plus laisser bénéficier le « bon soldat " de cet avantage cependant moral et légitime.

Le 2 novembre 1902, un décret réorganisa les compagnies de discipline dans le même esprit d'indulgence préconçue envers les sujets les moins intéressants.

•Le 31 décembre 1902, une circulaire supprima sur les livrets individuels la mention de la révocation quand elle avait eu lieu.

Le 4 mars 1903, une circulaire interdit de consigner à la caserne le dimanche les hommes qui se sont faits porter malades dans la semaine. Mesure humanitariste peut-être, mais qui dans la pratique n'a fait que favoriser les - tireurs au flanc '- .

Le 13 février 1904, une circulaire interdit aux militaires la fréquentation des cercles de caractère confessionnel. Cette mesure fut dirigée contre les œuvres privées fonctionnant dans un certain nombre de garnisons. Aller dans un cercle catholique, quelle horreur! mais au cabaret, entière liberté.

Le 4 octobre 1904, une circulaire prescrivit que ni la cassation de grade, ni ses motifs ne seraient plus portés sur les livrets individuels.

Le 13 juin 1905, une circulaire supprima la mention des condamnations antérieures sur les tableaux de condamnations prononcées par les conseils de guerre.

Le 25 septembre 1905, une circulaire supprima les groupes spéciaux des bataillons d'Afrique. Jusqu'alors, les

réservistes provenant des bataillons d'Afrique étaient convoqués tous ensemble dans des groupes spéciaux pour leur période d'instruction. Ainsi, ils ne pouvaient pas contaminer moralement les autres réservistes. En cas de mobilisation, ils étaient également convoqués à part et dirigés sur les bataillons d'Afrique. Depuis la circulaire du 25 septembre 1905, les " bataillonneux » ont été traités comme tous les autres hommes. Mesure humanitariste évidemment, mais détestable au point de vue de la discipline. La présence d'anciens « bataillonneux « d'Afrique, versés comme réservistes dans les compagnies normales, a donné, en effet, des résultats désastreux.

Le 4 août 1910, on supprima les compagnies de di«cipline. On les remplaça par des sections spéciales à régime adouci. Il en est sorti le scandale d'Ouessant. (Voir page 117.)

Enfin, depuis trois ans, on a décidé de favoriser les hommes mariés en les incorporant dans la ville de résidence de leur femme, mesure bonne en apparence, mais qui à l'application a été néfaste. Maintenant, dans les grandes villes, on constate avec étonnement que les régiments comprennent parfois un cinquième d'hommes mariés. Il en résulte un abus extraordinaire de permissions incompatibles avec la bonne qualité du service. On pourrait s'y résigner, si cette mesure profitait au moins à des soldats honnêtement mariés. Il n'en est ainsi que pour une infime minorité. Un très grand nombre de nos soldats mariés sont, en effet, des apaches ou des souteneurs qui, pour continuer leur très spécial métier dans la ville qui leur convient et que leur permet de choisir la qualité d'hommes mariés, s'empressent, avant d'entrer à la caserne, d'épouser une de leurs compagnes de trottoir. La petite formalité légale chez M. le maire ne les gêne aucunement. Ils profitent donc de la nouvelle disposition pour rendre le

soir en uniforme, à mesdames leurs épouses, les services de la protection toute particulière que l'on sait.

Peut-on nier que toutes ces mesures, prises avec une aberration inconcevable, ont eu pour résultat de favoriser les mauvais soldats, l'indiscipline et les apaches? On en constate d'ailleurs maintenant les résultats évidents. On aurait voulu abaisser systématiquement le niveau moral de l'armée, aurait-on agi autrement?

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