II. ON A VOULU UNE ARMÉK SOCIALE ET PAS MILITAIRE
Si le général André est arrivé à ce résultat, ce fut certainement parce qu'il est l'un des esprits les plus remarquablement faux des temps modernes. Son aberration, en effet, fut si grande que, pour complaire aux politiciens, il voulut avant tout éviter l'effarant danger des prétoriens. Cette manie se combina avec l'effet des prétentions des socialistes qui pesaient alors sur le pouvoir et bientôt André et ses successeurs s'ingénièrent à faire une armée qui fut, le moins possible, militaire.
On réduisit d'abord la durée du service de trois à deux ans, sans tenir compte des nécessités spéciales de l'artillerie et de la cavalerie. Les périodes de vingt-huit et de treize jours furent abaissées à vingt-trois et à neuf jours. Ces réductions faites, il eût semblé conforme au sens commun que le temps plus court passé sous les drapeaux fût au moins employé exclusivement à une préparation intense à la guerre. Il n'en fut pas ainsi. Au lieu de rester dans les limites si sagement tracées jadis par le colonel Lyautey du rôle social de l'officier, on exagéra ce rôle dans des proportions ridicules.
T . On multiplia pour les soldats les
Les enseignements ., .,
... . conférences d agriculture, d apicul-
varies donnes , , " . . . / ,
. . ^ ture, de ffeographie, de matnema-
au régiment. . o o r >
tique, de cosmographie, d'hygiène,
de sténographie, etc. On expliqua la mutualité aux soldats,
on leur fit visiter les musées. Comme le dit fort bien le
lieut«nant-colonel Debon dans son excellent livre : Faut-il
transformer l'armée ?
Toutes les classes de la société se disent que du moment que l'on trouve an régiment le temps de faire en deax ans an tas de choses qui n'ont rien de commun avec l'instruction militaire, en vue de la guerre proprement dite, c'est que la durée de deux ans est trop longue et qu'un an bien employé serait amplement suffisant.
En réalité, la plupart de ces conférences et cours eurent lieu au détriment de Tentrainement militaire, parce que pendant cette période néfaste la volonté de faire des soldats « sociaux n prima la préparation à la guerre.
.. En outre, pour des raisons de
Les reformes , , ., • • ..
, „ ni- • surenchère électorale et pour obéir
de M. Cheron. . ^ . .
aux sommations systématiques des
âlO LA CRISE FRANÇAISE
antimilitaristes, on fit preuve envers les soldats d'une sensiblerie absolument contraire à toute conception militaire et qui nous rendit la risée de l'étranger. Je me souviens avoir assisté dans un music-hall de Berlin au tableau d'une chambiée française où « la grande fée barbue '> , M. Cliéron, apportait au réveil une tasse de chocolat à chacun des soldats appartenant à sa circonscription.
Sans doute, tout n'est pas à critiquer dans l'œuvre de M. Chéron, ex-sous-secrétaire d'État à la Guerre, et de ceux qui suivirent les mêmes errements. Ils ont pris certaines mesures incontestablement bonnes, puisqu'elles ont permis une meilleure utilisation des fonds affectés à la nourriture des troupes. C'est en se plaçant à ce point de vue que le célèbre manuel de M. Chéron, intitulé : Foiinulaire de cuisine militaire en garnison, mérite des éloges.
Accroître la propreté des cuisines militaires et l'honnête saveur des mets qu'on donne à nos soldats est une œuvre excellente. Ce qui gâta ces réformes, ce fut leur esprit. Il était trop évident qu'elles étaient faites moins dans un but militaire que dans celui de se faire une bonne réclame personnelle auprès des « travailleurs conscients » momentanément sous les drapeaux.