I. AVANT ALGÉSIRAS
Si l'on se reporte par la pensée avant 1905, inènie en tenant compte des traités secrets déjà signés à cette époque, aucune puissance n'était eu mesure, en fait, d'entraver sérieusement notre lente et progressive pénétration au Maroc.
Xotre voisinage par l'Algérie nous contraignait à avoir une politique marocaine et le Maroc constituait pour nous ce qu'on appelait alors une sphère d'influence naturelle.
- , . Cette sphère d'influence, nous
Le Maroc sphère ,, . ,. , , .,
,,. „ 1 avions précisée et sauvegardée par
d influence * , n» i i.în
.„.„ nos accords avec 1 Angleterre, 1 Es-
etr Allemagne. . ,,,.,. ." ,,.
pagne et 1 Italie, puissances méditerranéennes, et si la France avait été alors en bonne condition matérielle et morale, si la France n'avait pas été bouleversée et désorganisée par les suites de l'Affaire Dreyfus, jamais l'Allemagne, qui n'était pas puissance méditerranéenne, n'aurait osé intervenir comme elle l'a fait par le voyage et le discours de Guillaume II à Tanger.
, ,, ... . Or, c'est en 1905, dans un rno-
j .nnif ment d'affolement, dont les causes
de 1905. , , . , , ,
sont précisées un peu plus lom, que
nous commettons une faute capitale d'où découle toutes les autres. M. Rouvier, alors président du Conseil, demanda, sous la pression morale de Berlin, sa démission à M. Delcassé, notre ministre des Affaires étrangères. La personne de M. Delcassé, les fautes qu'il a pu commettre, les services qu'il a rendus sont ici en dehors du débat. Le fait essentiel et néfaste réside en ceci : L'Allemagne, en obtenant du gouvernement de Paris le sacrifice du ministre des Affaires étrangères qui lui déplaisait, mesura, pour la première foi s depuis 1 870, ce quelle pouvait se permettre avec la France. C'est après ce premier succès qu'elle insista énergiquement pour nous faire accepter d'aller à Algésiras. Nous fîmes la seconde faute capitale d'accepter, car c'est seulement à partir de la conférence d'Algésiras que la question du Maroc fut internationalisée ; c'est, en effet, seulement en qualité de signataire de l'acte d'Algésiras que l'Allemagne a eu depuis un titre fondé sur le droit européen pour intervenir et discuter notre action au Maroc.
„ .^ Or, quelle fut la vraie cause de
Encore une suite ,> «f , , , , . , . , -,
j ^ 1 afrolement lamentable qui deter-
de notre . , , . , ,, „
. ^, . mina le cabinet de M. Uouvier,
crise intérieure. ,, , , , .„ , „ ,.
Q abord a sacnlier a Berlin notre
ministre des Affaires étrangères, puis à aller ensuite à Algésiras? Ce fut uniquem,ent la connaissance de l'état désastreux dans lequel MM. André et Pellctan avaient mis notre armée et notre marine. Il est établi, en effet, que pendant la crise antimilitariste qui se déchaîna sur le pays, surtout à partir de 1901, M. Pelletan avait retardé la construction de nos grosses unités, favorisé l'indiscipline dans les arsenaux et les équipages et que le général André avait désor-
gauisé matériellement et moralement l'armée dans des proportions telles que le cabinet Rouvier estima qu'il ne lui était pas possible de soutenir la guerre dont l'Allemagne nous menaçait. C'est donc bien comme conséquence directe de celte faute capitale de notre politique intérieure qui consista à laisser compromettre les instruments de la défense nationale de la France que nous avons accepté Algésiras qui a permis l'intcrcenlion allemande de juillet 1911.