‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 137 sur 191 · III. LES AVANT.*GES DE l'aLLEM.AGXE · texte numérisé non relu

III. LES AVANT.*GES DE l'aLLEM.AGXE

-,..,,, Le choix de l'heure de la guerre

Le choix de 1 heure . , , « i,.ii

, , appartiendra sûrement a 1 Allemagne

de la guerre. * ' , '^

et non a nous, m^me si nous avons

^apparence d'être les agresseurs.

Il faut bien comprendre, eu effet, que la guerre pourra éclater dans des conditions telles que le gouvernement allemand nous aura mis dans la nécessité de nous battre, par exemple, en se servant d'une des nombreuses clauses si complexes du traité du 4 novembre 1911 relatif au Congo-Maroc, de telle sorte que l'opinion française excédée, trouvant l'honneur du pays engagé, se verra placée devant l'obligation de la lutte. C'est là une hypothèse très vraisemblable. Elle est conseillée ouvertement par le général von Bernhardi (voir p. 428). Or, dans la tâche qui consiste à mettre les torts apparents du côté de l'adversaire, la diplomatie berlinoise excelle. On sait avec quel art elle la accomplie avant la guerre de 18"ï0.

48« LA CRK^Ë FRANÇAISE

Depuis Sadowa, Bismarck n'a cessé de harceler la France pour nous amener à commettre une imprudence. Il est 8i bien parvenu à ses fins que la France a été l'ayresseur, ce qui a singulièrement servi la Prusse devant l'Hurope. On peut donc admettre qu'à la veille de la future guerre, le successeur de Bismarck à la VVillhcImstrasse cherchera «à s'assurer le même avantage, qui permettrait à la Russie de se trouver dans un cas de non-application de son traité d'alliance avec nous, qui est purement défensif.

Or, même dans cette hypothèse, c'est l'Allemagne qui aura, en fait, le choix de l'heure de la guerre, car elle ne nous provoquera qu'à l'instant choisi par elle et qu'elle aura préparé. Il n'y a rien à faire à cela, li'organisation du gouvernement de Berlin, plus concentrée que la nôtre au |)oint de vue de la guerre par rapport à notre parlementarisme délahré, lui assure cette supériorité sur nous. Admettons donc que l'Allemagne quelles que soient les apparences aura sur nous l'avantage assurément considérable du choix de l'heure de la lutte.

, .. Oue cette hypothèse concernant

. , ^ les apparences dii)l(>matiques se réa-

foudroyant ,. ' ' , ' / „ .

, ,, lise ou que la guerre soit taitc sans

„ , cette préparation des décors moraux

allemande. n\ i . t ■

(lu conilit, il est certain encore ([ue

l'offeasivc allemande commencera contre nous, par un choc d'une violence inouïe et terrifiante, car à Ikriin on sait que l' Allemagne ne peut pas faire une lon/fue guerre; il s'agit donc de nous abattre vile, afin de ne pas donner aux éléments qui nous sont sont favorables le temps d'agir en notre faveur.

Le caractère foudroyant de l'attaque allemande constituera encore un avantage évident pour nos adversaires.

LES SOLUTIOIVS 4«ft

, • .. . CVst alors niic nous verrons se

La supenonte j • i • u . j i z

, produire les résultats de la suné-

du service '.,,,. . ,11 . .,

rioritc incontestable du service d esd espionnage , ,, , , ,,.,

pionnane alieuiand chez nous dcia allemand. . 1 . « •

signales, (voir p. lG3.j

Dans une étude nia*]istrale, parue dans />« Correspondant {'lo février 1912), le «jénéral Maitrot a rcuiarquablcuieut montré quoi rôle formidable jouera le service d'espioniia*{c allemand dès le début de la procliaine <{uerre.

Los doux nations sont à (^•julitf^, au point do vue transports slrat<^<ji(jnos ot rapiditf'' de otmcontration : o'osl ootto t^galitt' que nus adversairos ohcrohcront à rontpro on lour favour.

Mais commont? Pas on au<{niontant lo UDinbro de voies Ae ooncontration drjà oxislantos on AIsaco-Lorraino ; il semble bien qu'il y ait saturation sur lo front oonsid«W-ô, niais on ralontissaiil par dos dosfruclions nu^thodiquos lo rondonicnt du ri^seau fVaii^'ais. El c'est ioi que nous entrons dans lo vif du sujet.

Toutefois, nous demandons tout d'abord au lecteur de vouloir bien se fiyuror, on ponsi'e, le spectaolo offert par nos voies l'orrées au début d'une «juorrc : tout le trafic arrêté, le réseau national est requis j)ar l'arniéo ; 1 800 trains do troupes vont rouler vers la frontière de l'Est, 100 trains par corps d'armée, la plupart de 50 uagons et lony do 350 mètres. Si on forme 5 trains d'éléments d'année suit 1000 trains, on tout 2800 trains. Et il n'y a pas que ces trains qui suivent les lignes de transport aboutissant à la zone de conoenlraticn ; il y a des trains d'approvisionnements do toutes sortes piuir les places fortes, poar les grands contres do population. 'i"U'j 'ti

Lo ravitaillomoiit (\i^ Paris, on dolnus du ravilailloment journalier, oxigorait 8 000 trains do 500 tonnes, aussi confiora-t-on les doux tiers dos transports aux canaux ; il n'en restera pas moins 2 (îOO trains à destination de Paris.

Pondant tout le temps que dure la concentration, ces énormes trains, avons-nous dit plus haut, se succèdent do vingt on vingt minutes sur les lignes à double voie, à la vitesse de trente kilomètres à l'heure. C'est nn mouvement ininterrompu, nne

lente montée vers l'Est de toutes les forces vives de la nation ; un million d'hommes, que d'antres qui attendent dans les dépôts s'apprêtent à suivre.

S'imagine-t-on l'effet que produirait dans cette masse de trains nn accident quelconque, déraillement, rupture de pont, éboulement dans un tunnel, etc. etc. C'est l'arrêt immédiiit sur une bonne partie de la ligne. \ons savons que tous les cas qui pouvaient être prévus l'ont été, que dans le plan de transport on a étudié des u variantes » dans l'hypothèse ou tel ou tel ouvrage serait détruit ; on détournera les trains par la ligne de X... qui n'est pas, ou est peu utilisée et on rejoindra la voie initiale de la station de /...., etc.

Le voilà, le danger réel, terrible, et soyons bien convaincus que les Allemands mettront tout en œuvre pour le faire naître et provoquer un désastre irréparable.

N'en (loulous pas, les outrages à détruire, les portions de voies à faire sauter ou à saboter sont déjà repérés, reconnus et tes moyens d'exécution arrêtés dans tous leurs détails..

Mais, dira-t-on, il y a un .service de protection des voies ferrées prévu pour tout le réseau ; de plus, certains ouvrages d'art à proximité des villes de garnison seront gardés par des postes de l'armée active que viennent relever des postes de territoriaux.

Voici un bateau, qui, au pas lent de ses deux chevaux de remorque, s'avance sur le canal de la .Marne au Rhin. Il est monté par un honnête équipage, il va à Toul ou à Bar-le-Duc porter un convoi de bois ou quelques tonnes de farines. Il est accompagné d'un convoyeur militaire qui se lient eu tenue prés du patron. Les papiers sont en règle, rien de suspect, rien d'anormal. Soudain, en passant sous le pont du chemin de fer, à Sermaise, ce paisible bateau se transforme en un volcan. Sous son bois, ses sacs de farine, il y avait 500 kilograumies de dynamite. Toul a sauté; bateau, attelage et pont du chemin de fer. Voilà la voie coupée sérieusement, il s'agit d'une grosse réparation. Détourner les trains sur des voies latérales, il n'y faut pas songer, on est au deuxième jour de la mobilisation, tout marche à plein. C'est l'arrêt pour combien de Jours!

LES SOLUTIO^JS Ml

Nous avons cité un moyen ponr u r«^iissir un accident » , nous en citerons dix contre lesquels seront désarmés les gardiens de la voie.

Qu'on ne crie pas au roman, à l'invraiscniblable, tout cec n'est que trop réel, les événements le prouveront.

Quant aux honunes nécessaires pour faire ces coups d'audace, les .allemands n'en manquent pas. Ils n'auront que l'embarras dn choix.

Il ij n leur.% nfjîriers d'abord, qui circulent comme ils l'entendent dans toute In région frontière, qui peuvent faire à loisir des reconnaissances et qui, lorsque l'heure aura sonné, seront heureux de risquer leur vie dans une entreprise qui doit tourner au profit de la patrie. Il y a ensuite les trop nombreux Allemands, qui se sont fxès dans les 6' et 20* corps, et dont la plupart ont des missions secrètes qu'ils sauront accomplir le moment venu.

Nous nous rappelons avoir eu entre les mains une fiche concernant un .Allemand qui était arrivé, certain jour, dans le village de X... et y avait acheté une petite ferme toute proche d'un important ouvrage d'art de Xancy. Cet homme recevait un volumineux courrier et vivait sur un pied que ne justifiaient pas les maigres ressources qu'il pouvait tirer de sa modeste ferme.

C'était certainement suspect, il ne se faisait pas de doute pour nous qu'il avait une mission, celle de détruire le grand point de la voie avec quelques complices qui l'auraient rejoint à l'heure fixée. Le gouvernement français prévenu aurait dû l'expulser, les .\ll<'mnnds dans un cas analogue n'hésiteraient pas une seconde. On s'est borné à l'in-scrire sur le registre des .suspects et, eu face de son nom, oh a écrit gravement : u /| arrêter en cas de tnobilisation générale l i-.

I.'honuue est peut-être toujours là. Il y a longtemps qu'il aura disparu, et que le pont aura sauté quand on viendra ponr l'arrêter.

Notis sommes entourés d'espions et d'agents suspects, et nous ne faisons rien pour nous en débarrasser. Xous l'avons déjà dit, nous le répétons et nous le redirons encore : les Français sont incorrigibles la sévère leçon de 1870 ne leur profitera même pas.

492 LA CRISE KRAMÇAISE

- . ,. , Il s'anit ici pour l'Allemaane

Les socialistes , , " ' , , .

f ■ f' un avantage uon pas absolu mais

^ „ , relatif. Il existe chez nous des

6l fl 11 fini flnfiR

j nroupes socialistes, révolutionnaires

en cas de guerre. " *

et anarchistes qui couiprenneut des

hommes prêts à tout, dont Tactiou mauvaise dans la

période de tension politique et de mobilisation viendra

renforcer et compléter celle des espions allemands.

Kn Allemagne, au contraire, où les socialistes sont infiniment plus nombreux qu'en Kiauce, ils ne représentent pas le même danger pour la conduite de la guerre que les plus exaltés des nôtres, parce que ces socialistes d'outre- Rhin sont au fond nationaux et comprennent fort bien qu'en réalité leur intérêt personnel est solidaire de celui de l'industrie allemande. Mous constatons d'ailleurs qu'eu pleine paix, ils n'osent pas faire appel h. la propagande par le fait comme les anarchistes français. Le bon sens amène donc à conclure qu'a fortiori les révolutionnaires allemands seront encore moins disposés à employer la violence en cas de guerre, assurés qu'ils sont d'une répression impitoyable.

Cette vérité apparaît d'ailleurs très nettement pour peu qu'on étudie l'attitude respective des socialistes français et allemands dans la période récente.

La crise franco-allemande de 191 1 a été une occasion remarquable d'apprécier l'énorme différence entre la puissance d'action des révolutionnaires des deux côtés du Hhin.

En France, pendant l'été et l'automne de 1911, d'innombrables saboteurs, la C. G. T., Hervé et consorts ont travaillé très résolument et pratiquement au sabotage de nos voies ferrées, ont préparé le sabotage de notre mobilisation et l'organisation de la grève générale en cas de guerre. (Voir page 56.) Kn Allemagne, rien d'analogue n'a eu lieu.

An conjjrès des cheminots français, le 2 août 191 1, le citoyen Bonnet de TKsl a même fort loyalement déclaré :

Je suis, inui, certain que les cheminots allemands ne marcheraient pas, eux ! El cela me suflit pour ne pas conseiller à mes camarades français de faire un jon dont le pins clair r<^sul(at serait de doimer à l'ennemi nn avanla<{e. (V oir Le Matin, îi août IWl l .)

Rien n'est plus certain.

Lorsque les compagnons français et anglais émirent au congrès de Copenhague, en septembre 1910, l'idée d'une grève générale en cas de guerre, les compagnons allemands, conduits par M. Ledebour, refusèrent de les suivre sur ce terrain. Cette attitude se confirma lorsqu'en juillet 191 1, nos cégélistes se rendirent à Berlin.

A la réception solennelle d»*s délégués des syndicats français, dans le superbe immeuble du quai Rngel, propriété privée des syndicats allemands, M. Yvetot répondit à la harangue de M. Legien, président de la commission générale des syndicats et député au Reichstag, par un discours violent.

On ne peut nier, même si on n'est point chanvin, le fait que des den.x cAtés des frontières existent des tempéraments absolument différents.

Vous avez dn système et de la persévérance ; nous avons l'enthousiasme et l'élan. Snrveillons la jeunesse, fondons les écoles syndicales pour y enseigner les vrais principes, à la génération prochaine, a/îii qw, si la guerre éclate, les soldats fassent de leurs ai^nes un usage autre que relui qui est attendu.

Puis se laissant emporter, M. Yvetot, faisant allusion aux gouvernants, s'écria :

Essayez donc, idiots que vous êtes, d'armer deux peuples l'un contre l'antre, vous verrez alors l'nsage que ces peuples feront de leurs armes ; ils ne s'en serviront que contre leurs ennemis intérieurs.

Le député allemand Leyien répliqua au citoyen Yvetot avec calme et non sans ironie :

Nous, Allemands, nous n'avons pas la grande tradition révolutionnaire des Français, nous n'avons pas non pins ce tempérament qu'ils viennent de nous montrer, et suivons d'autres méthodes. Xous n'attendons rien des èmeutet, rien des sabotages, rien des troubles dans la rue; nous nous organisons méthodiquement; les résultats ne sont pus trop mauvais, vous êtes quatre,cent mille syndicalistes en France, ce qui est bien ; nous, en Allemagne, nous sommes un million trois quarts. Nous rous laissons vos méthodes, mais permettez-nous de gardfr IfS nôtres. (Voir L'Écho de Paris. 26 juillet 191 1.)

La seconde réponse que reçut le citoyen Yvetot lui fut faite par le gouvernement allemand lui-môme.

Le 27 juillet 1911, le citoyen Yvetot fut expulsé de Berlin pour avoir, dit la communication officielle, u excité des hommes allemands à diriger leurs armes contre leurs supérieurs en cas de guerre « . (Voir L'Echo de. Paris, 28 juillet 1911.)

Veut-on encore des preuves de l'impuissance des socialistes allemands à empêcher pratiquement la guerre.

Au congrès socialiste d'Iéna, le 1 1 septomhre 1911, le u camarade » français Rracke assura :

Si l'on se sert de l'affaire marocaine pour rallumer les haines, le prolétariat français affirmera sa solidarité intime avec la classe ouvrière allemande et manifestera à chaque instant sa solidarité.

Mais presque aussitôt Rosa Luxembourg jeta à la face de Bebel cette apostrophe qui nous permet une constatation intéressante :

Oui, j'accuse le comité d'avoir commis une grave négligence et d'avoir appuyé avec froideur les protestations des socialistes

contre la politique marocaine du gouvernement, alors que les socialistes des autres pays ont été unanimes à s'életer contre le péril marocain. (Voir Le Matin, là septembre 1911.)

Richard Fischer ajouta sans précautions oratoires :

Si nous ne venions pas nous payer de mots, avouons qu'il s'a<{it surtout, quand ou parle d'entente internationale, de préparer la ,'jrève générale. Or, le moyen de la grève générale a été condamné à Stuttgart, et plus récemment à Copenhague. (Voir L'Écho de Paris, 13 septembre 1911.)

Le député allemand Ledebourg dit encore :

Il ne suffît pas de lever les mains, fussent-elles au nombre de deux cent mille, pour empêcher la guerre.

Xous ne savons pas si nous ferons la grève générale, nous ne savons pas davantage si nous ne la ferons pat. (\ 'oir Le Journal, là .septembre 1911.)

Or, a le citoyen Bebel, « 6t remarquer Le Temps (Ki septembre 1911), s'est nettement prononcé contre la grève générale.

■X Les Français, dit-il, proposaient la grève générale internationale, les Allemands s'y sont opposés. »

Cette urTirniution catégorique, à propos de laquelle aucune ambiguïté n'est possible, n'empêche pas les socialistes français d'aflirmer, avec un jésuitisme tout scolastique, que les Allemands sont décidés à résister a à un conflit criminel par tous les moyens économiques et politiques n . Or, le seul moyen économique, c'est précisément la grève générale que Bebel condamne ! )lais le leader allemand est allé plus loin. Il a déclaré .> que les socialistes ne doivent pas perdre de vue les intérêts allemands, et c'est pourquoi ils appuieront la demande tendant à ce que les privilèges accordés à l'Allemagne soient équivalents aux privilèges dont jouira la France. »

En d'autres termes, ils soutiendront M. de Kiderlen. Que

M. Jaurès se pende, car ses ainis de Berlin auront pu proclamer une pareille monstruosité, et il n'était pas là pour vilipender à la même heiuv le gouit-rnement (Vai^ais ! . . .

Pendant ce temps, nos socialistes, même parlementaires, se traînent aux genoux des saboteurs et de .\I. fîusiave Hervé. Il y a tout de même une petite difTérence.

L'attitude prudente, dès le temps de paix, des socialistes allemands se trouve d'ailleurs parfaitement expliquée par ces lignes de la Kôhusclie Zcilung (7 septembre 1910) après le congrès de Copenhague :

W. I.edebour et les compagnons allemands savent trop bien que jouer avec de pareils plans de yrève yénérale, dans les pays de militarisme, mettrait Irop facilement en mouvement contre la social-démocratie toute la machine législative. lU satcnt rrniseinhltihlvmcut aussi trop qw la notion du devoir militairr est si bien entrée u dans la chair et h sainj n de la plus ijrande partie de la population ouvrière allemande, //u'/'lle ne répondrait pas à une motion de yrtrre générale eu cas de guerre. On u compris à Copenhague le fAeheux dilenune où se trouvaient les conq)agnons allemands.

Knlln, dernière constatation particulièrement nette : Un rédacteur du Malin demanda, le 29 juillet 191 1 , à la fin de la réunion soeialist*' tenue à Berlin, en faveur de la ' paix, au député au Heichstag Molkenbuhr, chef du parti socialiste allemand :

— Quelle est à votre avis la signification exacte de la présente manifestation?

— Il est diflicile de prévoir, répondit-il, quels seront les résultats pratiques du voyage de la C. (J. T. française à Berlin et de cette manifestation oiivriùre franco-allemande. Pour ma part, je ne crois pas que le parti ouvrier puisse jamais empâclier la guerre.

Su])posons un cas de mobilisation, les ouvriers allemands ne

pourraient fair^ nutriment que de rejoindre leur régiment. H ne faut pas oublier que le parti socialiate n'a encore réuni jusqu'ici, en Allemagne, que le tiers des roix électorales de l'empire.

Même s'ils n'obéissaient pas à l'ordre de mobilisation, il resterait donc deux tiers de l'armée pour écraser la rébellion. Encore c chiffre d'un tiers n'est-il véritablement applicable qu'au contingent électoral, et non à l'armée qui ne comporte certainement pas un tiers de socialistes. (Voir Le Matin, 30 juillet v.n\.)

Los socialistes français, se rendant parfaitement compte de cette situation, cherchent par tous les moyens à la masquer et à persuader aux Français que les u camarades » d'outre-Hhin sont tout aussi prêts qu'eux-mômes à intervenir contre la yuerre. C'est probablement dans ce but qu'à la fin de janvier 1912 L'Humanité publia une interview du leader socialiste Karl Liebknecht.

Vous me demandez si je crois que la force dn parti socialiste an Reichstag peut empêcher la guerre?

Eh bien, si la guerre est empêchée, je ne crois pas que ce soit par le Parlement. Ce ne sera que par la force de notre parti en dehors du Reiclistag. Puisque nons pouvons redouter d'être amenés à la catastrophe, il faut que tous nos efforts soient concentrés pour rendre notre organisation plus puissante. Notre force doit être plus grande en vue du temps de gnerre que pour le temps de paix. Il faut, si la guerre devait être déclarée, que nous puissions l'empêcher, simplement en nous y opposant.

— Cela vent donc dire que la guerre serait terminée avant d'être commencée?

— Parfaitement, non pas que les cinq millions de citoyens qui forment la réserve de l'armée allemande soient tons de» socialistes, mais nons en avons bien la moitié qui sortent de nos rangs. De plus, les deux premières années de réserves composées de citoyens qui ne sont pas encore âgés de vingt-cinq ans, et

pnr conséquent pas électeurs, et les deux années qui précèdent les listes d'appel composées de jeunes gens de dix-huit à vin|{l ans sont en majorité avec nous. (Voir Le Temps, 3 février 1912.)

Or, le 1" février 1912, Licbknccht, à la tribune de la Chambre des députés prussienne démentit formellement cette interview et, pour accentuer ce démenti, un autre député socialiste, M. Strœbel, déclara :

Nous sommes patriotes, et nous ne voulons pas désarmer la patrie allemande en face de l'étranyer. .'\u contraire, nous désirons mettre au service de notre armée toutes les forces de notre pays.

Ce que nous ne voulons pas, c'est que l'on impose au soldat allemand une ohéi.ssance cadavérique que l'on emploiera contre l'ennemi intérieur. (Voir Le Temps, 3 février 1912.)

Voilà qui est net. Tenons donc pour acquis que, dans la période présente, les socialistes d'outre-lUiin ne «jêneront pas d'une façon appréciable la mobilisation allemande.

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