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IV. 1.KS AVANTAGES DK 1,A FRANCE

Si les Allemands ont des avantages incontestables, nous avons aussi les nôtres. Nos voisins les connaissent d'ailleurs. La Gazette de Voss les résume ainsi en partie :

En France, ils ont beaucoup plus d'aéroplanes que chez nous, ils sont de meilleure qualité que les nôtres. L'artillerie est supérieure à celle de l'Allemagne. Dans l'armée française règne un meilleur esprit. Les relations des honunes et des ofGciers sont tout à fait autres que chez nous. Il faut aussi compter avec ces impondérables, se souvenir que la discipline « cadavérique n a fait son temps. Aujourd'hui, il faut la discipline de la liberté. Cet esprit-là a fait merveille. (Cité par Le Matin, 12 octobre 1912.)

, . La supériorité de notre artillerie

La valeur de . ^ . ,,

^.„ . de campanne est universellement

notre artillerie ^ "

, reconnue,

de campagne. . , n ,

u Si le canon allemand peut tirer

avec soin trois coups, constate le colonel anglais Hepiugton, alors que le canon français en tire cinq, c'est tout ce qu'on peut espérer de lui. n (Cité par Z^e Stamboul, 5 novembre 1911.)

Reste à savoir si nos approvisionnements en munitions sont maintenant suffisants pour alimenter TelTrayant consommateur qu'est le canon à tir rapide (ce qui n'était pas le cas, il y a peu de mois encore), et si, point capital, nos fabriques de munitions sont équipées de façon à être en mesure de fournir pendant la guerre aux dépenses énormes du champ de bataille.

„ ^ . . .^. En matière d'aviation, nous dé-

Notre supenonté • .n ,

. ,. ...^ . passons les Allemands sans conteste,

en aviation militaire ^ , , i r • ^ i i

, - ,.^. Hrace a la fois a 1 ingéniosité de nos

et les conditions " ^ i. i •

, . ^. constructeurs et a I audace de nos

de son maintien. ., , , . i, , .» ,

pilotes. Le major allemand Parseval

le proclame avec une entière loyauté : u L'habileté des

pilotes français, leur courage et leur sang-froid ont enfin

assuré à l'aviation française un succès prodigieux. » (Voir

Le Temps, 25 mars 1912.)

C'est à nous maintenant de garder l'avance prise.

L'aviation est une science bien française dans laquelle les

qualités d'audace, de décision, d'individualisme de la race

mises au service de l'armée peuvent être pour nous une

cause de supériorité, mais c'est à la condition de ne pas

nous exagérer les possibilités actuelles de la quatrième arme,

de la perfectionner sans cesse, à la condition surtout qxie,

sous prétexte d'attendre les renseignements des aviateurs^ nos

chefs militaires ne se dispensent pas de prendre sur le champ

de bataille les décisions rapides qui sont indispensables à une offensive victorieuse.

Il faut encore, comme le recommande le général Maitrot :

Ne pas négliger la construction des dirigeables ; il est de toute nécessité qu'à bref délai la Franco ait une flotte aérienne puissante et nombreuse, dont le râle au début de la guerre, sera de porter le trouble dans la concentration allemande, de la ralentir et de l'entraver. Ici, la mission est nette, elle saute aux yeux : toutes les raies de roncenlrotioii de notre adversaire dépendent des huit ponts de chemin de fer qui traversent le Rhin entre Cologne et Bâle. Ce sont donc ces ponts que nos dirigeables devront viser. (Voir l,e Correspondant, cité par Le Matin, 25 février 1912.)

Comme des aéroplanes ne pourront pas de longtemps emporter des poids d'explosifs suffisants pour de pareilles destructions, de toute évidence, ce rôle capital, essentiel, est réservé aux dirigeables dont nous sommes encore insuffisamment munis.

Nous devons, en outre, nous persuader que, dans le domaine de l'air, nous ne conserverons une supériorité durable qu'à la condition de faire preuve d'une volonté indéfectible.

Nous avons vu (v. p. 433) avec quelle ténacité les Allemands, qui ont déjà l'avantage en dirigeables, travaillent à mettre au point leurs services d'aviation. Les dirigeables et les aéroplanes sont des engins délicats. On ne peut s'en servir efficacement et en grand nombre qu'à la condition d'avoir prévu tous les moyens de ravitaillement possibles : les hangars, les pièces de rechange, les mécaniciens expérimentés. Dans ce domaine, les Allemands feront certainement preuve des mêmes qualités organisatrices qu'ils ont montrées dans la création de leur marine, grâce à leur persévérance, qui, reconnaissons-le, aété jus-

qu'ici plus grande que la nôtre. Ne conservons donc aucuue illusion. Si nous ne faisons pas à notre tour preuve d'un esprit de suite remarquable, en dépit de l'enthousiasme et du concours de notre opinion publique, après avoir été les initiateurs et les maîtres de l'aviation, nous devrons finalement constater la supériorité de nos voisins de l'Est dans les airs comme nous sommes obligés de reconnaître aujourd'hui qu'ils notts ont dépassés sur mer.

I/intimifé du lien moral entre le

.^ . soldat et l'officier a une importance

de notre officier •- i . i . I - j

capitale a la auerre. A cet eaard, avec notre soldat. ■. " . -j. ui

notre avantage est considérable.

Comme l'a montré le général Bonnal, dans notre armée, la fusion de l'officier et de la troupe est complète, nullement superficielle et véritablement admirable.

Ce n'est pas le cas outre-Rhin, où l'officier est le représentant d'une caste, un féodal qui s'ingénie à n'avoir avec ses hommes que les rapports rigides et distants du supérieur à l'inférieur.

C'est là uue méthode qui n'est plus moderne. La crise morale par laquelle vient de passer noire armée, et qui a entraîné tant de conséquences fâcheuses, a eu au moins ce résultat excellent que nos officiers, avec un dévouement admirable, afin de maintenir, malgré l'action des politiciens, les bases essentielles de l'armée, se sont ingéniés à éliminer de leur commandement ce qui subsistait encore de rigide et d'excessif daus l'application de la discipline militaire. Le résultat, c'est qu'aujourd'hui si la discipline de uotre troupier est moins rigoureuse que celle du soldat allemand, elle est plus librement consentie et laisse plus d'initiative à l'intelligence de notre soldat, plus vive que celle du Germain. C'est là un point capital.

L'ordre dispersé des batailles modernes oblige souvent

les soldats à être loin de leurs officiers ou même privés d'eux. Dans ces cas, qui se multiplieront à l'infini, le troupier français si débrouillard saura beaucoup mieux ce qu'il doit faire que le soldat allemand babitué à une obéissauce passive et automatique. Grâce aux conditions présentes des rapports de nos oificiers et de nos soldats, si l'étincelle de l'enthousiasme et l'implacable volonté de vîiincre animent, dès le début de la guerre, l'âme de nos troupes, nos qualités nationales pourront faire merveille.

, Dans le domaine financier, nous

La puissance . ,

o ., disposons d'un atout formidable qui,

judicieusement employé, peut neutraliser bien des avantages des Allemands. Le sort de la prochaine guerre dépendra pour beaucoup de sa durée. Or, la plus longue durée de la lutte ne sera possible, au point de vue matériel, qu'à la puissance qui disposera de plus d'argent que son adversaire. A cet égard, nous sommes les favorisés. Les Allemands le savent bien, aussi tàchent-ils de s'organiser en conséquence. Au commencement d'avril 1912, le professeur Otto Fischer, de l'université de Breslau, a fait devant un nombreux auditoire une conférence sur " la puissance financière de l'Allemagne en cas de guerre » .

Il faut, a déclaré l'orateur, qu'en cas de guerre, l'Ktat pui.ssc tout payer comptant.

En 1870, les trois millions d'hommes des armées de terre et de mer nécessitèrent une dépense journalière de 22 500 000 fr., soit 675 millions par mois, soit 8 milliards 725 millions par an.

Actuellement il faudrait pour les premières six semaines i3 437 500 000 francs, qui seraient couverts par une émission de billets de banque.

La Banque d'empire dispose, en temps normal, de 1 500600000 en espèces monnayées auxquelles s'ajouteraient les 150 millions conservés dans la tour de Spandau.

LES SOLITIOMS 508

Il est de toute nécessité qu'en cas de guerre non seulement les banquiers, mais aussi le public gardent le calme nécessaire .

Cependant si la Jièrc parole de Bismarck, u l'Allemand ne craint rien sur la terre « , devait n'être plus vraie en matière d'argent, 1rs banques se trouveraient en présence d'une difficulté insurmontable. (Voir Le Matin, fi avril 1912.)

Kii cfTct, les banques allemandes, engagées dans des quantités d'afTaires industrielles, n'ont pas les capitaux aussi facilement mobilisables que les nôtres. En outre, la France, banquier et créancier par ses innombrables valeurs mobilières étrangères de tous les États du monde, jouit d'un crédit universel incontestablement supérieur à celui de l'empire allemand. KnGn, tous nos emprunts d'Etat sont souscrits par nous-mêmes avec une aisance qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Xous avons donc une résistance linancicre possible certainement plus grande que celle de notre adversaire éventuel. C'est là pour nous une supériorité colossale dont les conséquences peuvent être énormes en notre faveur, si nous savons en tirer un complet parti.

, ,,., . Là encore, nous constaterons de

Les facilites , . . , , . , , ■ ■

. ., ,„ ^ notre cote un avanta<ie considérable,

du ravitaillement. . , . , ■ ... ,

La durée de la guerre, conailion de

la victoire, sera non seulement entre les mains de celui qui aura le plus d'argent aisément mobilisable, mais de celui qui pourra se ravitailler le plus aisément. Les deux questions sont d'ailleurs intimement liées puisque le meilleur payeur, donc le plus riche en argent comptant, trouvera le plus de facilités de se ravitailler à l'étranger. Or, non seulement nous avons l'argent, mais nous avons aussi les facilités du ravitaillement dues à la situation géographique.

D'abord, le sol français produit à peu près tout ce qui

est essentiel à notre consommation et, de pins, les denx Amériques seront les sources inépuisables de nos ravitaillements de toute nature, à la condition que nous sachions (jardcr la maîtrise de la Manche et de l'Atlantique.

Pourvu que, dès maintenant, nous prévoyions nos nécessités possibles, nous n'avons rien à craindre pour nos ravitaillements en vivres et en matériel de '{uerrc s'il eu est besoin. Les États-Unis sont là. A U'ashinjjton et à New-York, il y a de bons commerçants et de bons politiques. Les premiers ne demanderont pas mieux que de nous vendre tout ce dont nous aurons besoin et les seconds comprendront sans doute que les Ktats-llnis n'ont aucun intérêt à riié|jémonie allemande en Kurope, car une défaite de rAllenja'jue sera bien plus avantajjeuse pour les Ktats-Unis que sa victoire. Comme le déclarait la A^67c-Jb/A Tribune, au moment du conflit colombo-américuin :

Ce n'est point le Japon que nous devons surveiller dans le Pacifique, mais bien l'Alleniaync dans l'Allanlique. C'est avec ses cuirassc^s, dont le nombre augmente avec rapiditi^, que nous pouvons avoir «éventuellement à nous mesurer. (Voir Le Matin, \2 mars 1912.)

litt Tœgliclic Rundschau s'est vivement émue de ce lan<]age :

Quelle est l'attitude du gouvernement de \cw-York vis-à-vis d'une pareille hostiIit(^ à l'égard de r.Alleiiiaync? ('elle atliludc étonne d'autant plus que La Tribune passe pour être inspirée de M. Tafl. (Voir Le Matin, 13 mars HM2.)

Or, au point de vue des ravitaillements, l'Allemayne, de par sa situation géographique, se trouve placée dans des conditions nettement défavorables. On peut admettre que ses approvisionnements lui seront très difficiles à réaliser par la Belgique et la Hollande, car ces deux pays seront

neutres, voloiitairement ou par nécessité, pour ne pas scxposer à des représailles.

La Russie, en supposant même qu'elle ne marche pas avec nous, ne pourra pas ravitailler l'Allemagne dans une proportion sut'ûsante, car, en pareille coujoncture, l'empire des tsars sera contraint de garder pour lui-même ses moyens de subsistance. Reste donc l'Autriche-Hongrie, mais elle aussi se trouvera dans les mêmes conditions que la Russie et a fortiori bien davantage encore, si elle prenait part à la lutte.

Par conséquent, l'Allemagne qui, déjà en pleine paix, dépend de l'étranger pour les produits de consommation dans une énorme proportion, représentant plus de 2 milliards de francs par an, verra croître ses difOcultésde ravitaillement avec une rapidité d'autant plus grande que la guerre entravera nécessairement la culture intensive de son sol.

Pour ces diverses raisons, l'avantage en matière de ravitaillement appartient incontestablement à la France, si nous savons rester maîtres de la Manche et de l'Atlantique.

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